‹ MycènesChapitre 15 sur 254 · FOUILLES A T I U V N T II E · texte numérisé non relu

FOUILLES A T I U V N T II E

Position de Tiryiithe. — Description de Pausanias. — Murs cyclopéciis ; ce que siguiiie celle épithète. — La carrière. — Le rocher de Tiryntlie et le mur qui l’entoure. — Galeries, porte et tour. — Murs et terrasses de l’acropole. — Traditions mythologiques et histoire de Tirynlhe. — Tiryntlie détruite par les Argiens. — Rôle que joue dans son histoire le mythe d’Hercule. — Marécages de la plaine d’Argos. — Les murs de Tiryntlie sont le plus ancien monument de la Grèce. — Poterie, preuve d’antiquité. Commencement des fouilles. — Murs de maisons et conduites d’eau de construction - cyclopéenne. — Objets découverts. — Vaches de terre cuite, et idoles féminines à cornes de vache ; ce sont des représentations de la déesse Hèra BoüPIS. — Idole à tête d’oiseau. — Figure de bronze; c’est le seul objet qui soit d’un métal autre que le plomb, à Tiryntlie. — On n'y trouve aucun ustensile de pierre. — ■ Poterie. — Débris helléniques en dehors de la citadelle, qui était la cité lu’imitive.

— Preuves que la ville a été habitée à différentes époques. — La dernière cité de Tiryntlie.

— La poterie archaïque de Tiryntlie ressemble à celle de Mycènes. — Comme formes et comme

décoration, elle dénote une civilisation plus avancée qu’on ne s’y attendrait en considérant la

grossièreté des murs. — Poterie plus ancienne sur le sol vierge, mais on n'y trouve ni

MVCÈNES.

FOUILLES A TIRYNTHE

vaches ni idoles. — Date probable de l’époque où la seconde nation habita Tii ynthe, environ 1000 ou 800 avant J.-C. — Date probable de la construction des murs cyclopéens environ 1800 ou 1600 avant J.-C. — Rien qui ressemble à la poterie des strata d’Hissarlik, excepté les coupes. — Découverte d’un squelette humain. — Fusaïoles. — Quantité de terrain qu’il faudra remuer à ïirynthe. — Importance supérieure de Mycènes.

Tirynthe, 6 août 1876.

Dans rangle S.-E. de la plaine d’Argos, un groupe de collines pierreuses se dressent comme des îles au milieu du pays marécageux. C’est sur la plus basse et la plus plate de ces collines, à 8 stades (i mille) seulement du golfe d’Argos, qu’était située l’ancienne citadelle de Tirynthe, appelée aujourd’hui Palœocastron* . Tirynthe était célèbre comme patrie d’Hercule et renommée h cause de ses gigantesques murailles cyclopéennes. Voici ce qu’en dit Pausanias- : ce Le mur d’enceinte, seul débris qui reste (de Tirynthe), fut construit par les Gyclopes. Il se compose de pierres non taillées ; ces pierres sont si grosses, qu’un attelage de mules ne suffirait pas pour faire bouger seulement la plus petite d’entre elles ; on a intercalé de petites pierres entre les grosses pour les consolider. »

Le plus ordinairement les grosses pierres mesurent 7 pieds

1. Voyez le plan A et la planche 1. 11 est difficile d’expliquer l’étymologie du nom de Tirynthe, qui est probablement un mot pélasgique. Il est très-probable qu’à l’origine cette cité s’appelait Likymna; Strabon (VIII, p. 373) dit qu’il y avait une citadelle de ce nom à douze stades de Nauplie ; c’est bien la distance qui sépare Tirynthe de Nauplie. Il est vrai qu’il ne dit pas expressément que c’est à Tirynthe qu’il fait allusion ; c’est cependant très-probable, puisque Pindare dit (Olymp., VU, 47) ;

xai yàp ’AXxp.rjVaç v.cir^^y'rr^xov voôov axocTCTip Ôevwv, crxX'/ipaç IXai'aç ’sxxav’ èv Tip'jvOi Aixyp,vtov, eXÔovt’ £x 6aXd[xo)v Mioéx?, xaeôé Tioxe “/ôov'oç ocxuix^p ^oXwôst;.

(( Jadis, dans sa colère, le fondateur de ce peuple (Tlépolème), armé d’un rameau de noueuk olivier, fit périr dans Tirynthe Likymnios, frère bâtard d’Alcmène, sorti de la couche de Midée. » (Trad. Sommer). Apollodore (II, viii, 2) confirme le fait, mais il dit que Likymnios fut tué par accident : TX-/]7i6X£p.o; oOv, xxeivaç oO*/ Ixwv Atxu[Jt,v'.ov xy) [îiaxxr,pia yàp aoxoO ôepaTreéovxa 7rXr,(7(7ovxo; •julôpap.s. « Tlépolème tua involontairement Likymnios, qui s’était approché de lui pendant qu’il cliàtiait un esclave à coups de bâton. »

Eustathe (ad toc.) dit que le nom primitif de Tirynthe était Haliis ou Haleis, parce que les premiers habitants de ce rocher avaient été des pécheurs. Le fait est confirmé par Étienne de Byzance (v. ïtpuvç). Pausanias (II, xxv, 8) dit que la cité reçut son nom du héros Tiryns, fils d’Argos.

2. Pausanias (II, xxv, 8) : Tb o-)] X£txoÇ> ô o-i] p-ovov xcov spsiTitwv Xetirexat, KuxXcotiwv p,év laxiv epyov, TtsTiotrjXac oè aoycov XîOwv, p,éye6oç s'/wv â'xaffxo; Xtôo; (3; àu’ avxtov p,-riS’ av ocpxV^ x'.v/i6r,vat xbv p.txpoxaxov utco î^euyou; riaiovcov XtOia ôà £vr|p[j,oc7xai TiaXai to; p.àXi<7xa aOx&v âxao-xov âpp.oviav xoîç [JLeyâXo;; XiOot; slvai-

LES MÜUS LVCLOLÉENS.

environ (^^'“,10) de long sur d pieds (0“\90) d’épaisseur. J’en ai eependant mesuré un certain nombre qui ont 10 pieds (3 mètres) de long sur 4 pieds (i“,20) d’épaisseur. A en juger par la quantité des pierres qui sont tombées, il est probable que les murs, quand ils étaient dans leur entier, ne devaient pas avoir moins de 60 pieds (18 mètres) de hauteur. Si l’appareil du mur d’enceinte avait été composé de pierres taillées, il est certain qu’il aurait disparu depuis longtemps : on se serait servi des pierres dans les constructions des villes voisines, Nauplie et Argos. Ce qui a sauvé la muraille d’une entière destruction, c’est justement que les blocs qui la composent sont énormes ; les populations qui ont eu à construire à des époques plus récentes ont trouvé plus aisé et plus commode d’extraire les matériaux dont elles avaient besoin du pied meme des rochers, que de renverser la muraille et d’en débiter les pierres.

Je dois faire observer ici que l’expression de murs (( cyclopéens )) repose sur une erreur; son seul fondement est la légende fabuleuse qui représente les Gyclopes comme d’excellents architectes. Selon Strabon (VIII, vi), les Gyclopes, au nombre de sept, vinrent de la Lycie et élevèrent en Argolide des murs et autres constructions qui reçurent la dénomination de (( murs cyclopéens )). Selon Apollodore (II, ii, 1) et Pausanias (II, xvi, 4), ce sont eux qui ont bâti les murs de Tirynthe et de Mycènes. G’est probablement pour cela que l’Argolide tout entière est appelée (( terre cyclopéenne » h Il n’y a, bien entendu, aucune raison historique d’appeler (( cyclopéens )) ces murs de pierres non taillées, du nom de la race fabuleuse des géants nommés Gyclopes. Mais, comme le mot est devenu d’un usage général, je ne puis me dispenser de l’employer.

Il est bien entendu, d’ailleurs, que l’on ne peut donner le nom de cyclopéens a tous les murs construits en pierres sans mortier et sans ciment. Sous cette dénomination ne peuvent être compris que les suivants : P les murs formés d’énormes blocs non taillés, dont les interstices sont remplis de pierres plus petites ; 2^' les murs composés d’énormes pierres polygonales bien ajustées ensemble ;

Page 1