‹ MycènesChapitre 207 sur 254 · VÉRACITÉ DE LA TRADITION · texte numérisé non relu

VÉRACITÉ DE LA TRADITION

et probablement deux ou trois enfants, avaient été assassinés et brûlés ensemble.

La véracité de la tradition semble encore confirmée par la vénération que non-seulement les Mycéniens, mais encore les habitants de l’Argolide ont toujours témoignée pour ces cinq tombeaux. Les bûchers funéraires n’étaient pas encore éteints quand on les a recouverts d’une couche d’argile, puis d’un lit de cailloux, sur lequel on a immédiatement jeté de la terre. C’est à cette circonstance que nous devons la conservation d’une si grande quantité de bois, et aussi celle des corps, qui est relativement si satisfaisante. Dans aucun cas les os n’ont été consumés, et meme dans plusieurs corps qui étaient recouverts de masques et d’épaisses cuirasses d’or, une grande partie de la chair s’est conservée. L’emplacement de chaque tombeau était indiqué par des stèles funéraires, et quand les premières eurent disparu, ensevelies sous la poussière des siècles, on en érigea d’autres sur le nouveau terrain, et toujours au-dessus de l’endroit oû les anciens monuments étaient enfouis. Sur le grand tombeau seulement, celui qui contient les cinq corps, on avait élevé, au lieu de stèles, un autel pour les sacrifices, de forme presque circulaire.

Gomme je l’ai expliqué précédemment, le premier tombeau, selon toute apparence, avait été décoré d’un monument considérable, d’oû proviennent les trois stèles ornées de bas-reliefs; ces trois stèles en ont été probablement tirées pour être érigées sur le nouveau terrain.

J’avais pris d’abord pour des pierres sépulcrales, destinées à indiquer des sépultures, chacune des grandes dalles de la double rangée circulaire qui forment l’enceinte et les bancs de l’agora ; mais il n’en était rien. Il n’y a réellement de tombeaux ni entre les deux rangées, ni h leur droite, ni à leur gauche. Les douze récipients quadrangulaires en Ibrme de tombeaux, qui forment une partie de la clôture de l’agora (côté nord) ne sont pas autre chose que des petits réservoirs ou citernes. Je les ai trouvés remplis de débris domestiques et d’os d’animaux. Dans tous les cas, fagora semble avoir été construite en l’honneur des morts qui avaient été

LES TOMBES ROYALES ET L’AGORA

enterrés dans les cinq tombeaux, mais évidemment à une époque postérieure, quoique cette époque ait certainement précédé de plusieurs siècles la prise de Mycènes par les Argiens. Ce qui me porte à faire cette induction, c’est l’architecture irrégulière et peu soignée du mur cyclopéen qui supporte la double rangée de dalles, dans la partie inférieure de l’acropole, et le nombre de dalles semblables à celles de l’enceinte que l’on voit dans ce mur.

Voici encore une autre preuve; entre les pierres du mur^de même qu’entre les deux rangées circulaires de dalles qui forment la clôture et les bancs de l’agora, de même que dans les citernes en forme de tombeaux, je ne rencontre que des fragments de la poterie ordinaire de Mycènes, et aucune trace de l’ancienne poterie façonnée à la main ou faite au tour que j’ai trouvée dans les tombes royales. Je crois donc très-probable que l’agora a été construite en même temps que l’on posait de nouvelles stèles sur le premier, le second, le troisième et le quatrième tombeau, et que l’on construisait l’autel destiné aux sacrifices sur le quatrième tombeau; je pense que ce renouvellement des stèles a eu pour cause l’immense enthousiasme excité parmi le peuple pour les héros de Y Iliade et de Y Odyssée par les rhapsodes, quand ils s’en allaient de maison en maison chantant les hymnes homériques. Très-probablement les glorieux exploits du roi des hommes, Agamemnon, et de ses compagnons furent fréquemment célébrés à Mycènes, dans l’agora où étaient leurs tombeaux. Je ferai observer que, tandis que toute l’acropole est couverte de ruines de murs de maisons cyclopéens, il n’y a pas trace d’une construction préhistorique dans l’enceinte sacrée de l’agora circulaire.

Mais, néanmoins, les décombres continuaient à s’accumuler, et dans la suite des temps les nouvelles stèles et l’agora elle-même furent enfouies et disparurent, tandis que les habitants gardaient toujours le souvenir de l’emplacement des tombeaux. Je crois donc que, malgré les changements survenus dans la configuration du terrain, on peut admettre comme un fait certain que l’agora continua à servir de lieu d’assemblée à la nation jusqu’à la prise de Mycènes par les Argiens (468 av. J. -G.). Il y avait à cela deux

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