Voyez l'Atlas des Antiquités troyennes, pl
TOMBEAU AU SUD DE L’AGORA
d’un casque. Le palladium de la seconde rangée, h gauche, est exactement semblable aux idoles troyennes ; seulement, il est un peu effacé; on voit au-dessus trois épis de blé. Quant aux idoles de Hèra, en forme de têtes de vache ornées de cornes, il y en a une dans la première rangée et deux dans la seconde. Les cornes des deux dernières sont remarquables par leur longueur ; dans la tête qui est la première à la droite du spectateur il y a deux cornes plus petites entre les deux grandes; elle a donc quatre cornes en tout. Le dernier dessin à droite de la première rangée représente un objet curieux que je ne puis pas bien distinguer; en tournant la gravure à droite, on le prendrait pour un oiseau. Entre les deux rangées de palladia et d’idoles de Hèra, il y a douze signes qui ressemblent à des yeux.
A propos des idoles de Itéra en forme de têtes, M. A. H. Sayce me fait observer que l’expression homérique 'Wfjt]
doit être d’une antiquité beaucoup plus reculée que Fexpression IzvvAAivoq ll/3vî, parce qu’elle indique la prononciation de '\\pr\ avec un digamma initial. Il ajoute que Hèrè était dans l’origine Swârâ (la luisante) ; si donc l’expression remonte à une antiquité aussi reculée, on n’a plus à objecter que ne peut pas signi-
fier (( à figure de vache », sous prétexte que les Grecs de la période historique ne représentaient pas leurs divinités avec des têtes d’animaux.
En même temps que les deux bagues, j’ai recueilli le beau lion d’or massif qui est représenté au double de la grandeur réelle (fig. 53*^). Il est fixé sur un gros fil d’or, couché, et la tête tournée du côté du spectateur ; cette tête, comme tout le reste du corps, est une reproduction très-fidèle de la nature. Je crois, avec M. Newton, que ce lion a été d’abord jeté dans un moule et ciselé ensuite.
J’ai encore recueilli quatorze coulants d’or provenant d’un collier ; j’en reproduis seulement six (fig. 533-538) ; ils sont tous décorés de quatre rangées de protubérances en forme de perles.
Gomme on le voit sur le plan G, tous les bijoux que je viens de décrire ont été trouvés au même endroit, sur un espace de deux pieds (0'",60) de long sur 8 pouces (O'b^O) de large ; juste à 6"590
LION D’OPx ET COULANTS DE Gül.LJElL
(OU pieds) au-dessus de la surface du sol telle qu’elle était avant le commeiicemeiit des fouilles, et à 8 pouces (0'",20) seuleuieiit au-dessous du point oùj’avais laissé les fouilles le 6 décembre dernier. Le plan G montre en outre qu’il restait encore 1 pied
B’ig, 532. — Lion d’or. Même tombeau. Au double de la grandeur réelle.
^ pouces (0“,35) de décombres au-dessous de l’endroit où les bijoux ont été découverts.
On avait aussi trouvé des os dans ce tombeau, et nous avions tous cru d’abord que c’étaient des os humains; mais mon honorable ami le docteur Théodoros Arétæos, le célèbre chirurgien athénien, déclare, après examen, que ce sont des os d’animaux. Gomme je
Fig. 533 à 538. — Coulants d’or d’un collier. Même tombeau. Au double de la grandeur réelle.
l’ai déjà dit plus haut, la conduite d’eau cyclopéenne, représentée dans le plan G, a été évidemment construite à une époque préhistorique postérieure à celle du tombeau ; et les constructeurs, qui ont eu à fouiller le tombeau jusqu’au roc vif, ont certainement volé ce qu’il contenait et jeté les os du squelette. Heureusement le petit coin qui avoisine le mur pieds (0'“,G0) de long, 8 pouces (0‘*b^20) de large) et où se trouvaient les bijoux, a échappé à leurs rocherelles; et c’est grâce à cette circonstance que les bijoux ont été conservés pour la science h
I. L’endroit où ont été trouvés ces bijou.v est indiqué par la lettre et sur le plan et sur la coupe fldati G.)
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Enfin je mets sous les yeux du lecteur trois gemmes lentoïdes provenant de colliers. Je les ai achetées à Chonika, village de la plaine d’Argos, tout près de l’emplacement de l’ancienne ville de Phœnikè [^oivUri)^ à la distance d’un mille anglais de l’ancien Hèræon. Je ferai observer au lecteur que ce nom de Ghonika n’est qu’une corruption du mot
Les deux paysans qui m’ont vendu ces trois gemmes lentoïdes m’ont dit qu’ils avaient trouvé celle du milieu en travaillant sur l’emplacement de Phœnikè, et les deux autres près de l’emplacement de l’ancien Hèræon. Je n’ai aucune raison de révoquer en doute l’exactitude de leur renseignement; car, comme son nom le prouve, Phœnikè était une colonie phénicienne, et la gemme du
Fig. 539 à 541. — Trois gemmes lentoïdes, de serpentine et d'agate, ornées d’intailles, trouvées sur l’emplacement de Phœnikè et sur celui de l’Hèræon. Grandeur réelle.
milieu (fig. 540) qu’ils affirment avoir trouvée en cet endroit, représente très-certainement deux figures phéniciennes, qui doivent être de très-anciens types d’idoles. Leurs têtes ne sont indiquées que par des creux horizontaux, sans trace de visages ; les cous sont très-longs, et les épaules, qui, comme tout le reste du corps, sont d’un dessin rectiligne, sont d’une largeur énorme. Rien de plus caractéristique que leurs longues jambes et leurs pieds, qui ressemblent plutôt à des sabots de chevaux qu’à des pieds humains. Un de ces hommes tient dans la main droite et l’autre dans la main gauche un zigzag qui doit être un symbole du feu, peut-être même lafoudre. L’hommequi est àlagauche du spectateur lève son bras gauche qui est très-court et semble soulever quelque chose; le bras gauche de l’autre figure est très-long et la main touche presque le sol. Au-dessus de l’épaule droite de l’homme qui est à la gauche du spectateur, il y a un signe étrange, qui est peut-être un caractère d’écriture ; et l’on voit près du cou de l’autre homme un signe en
GE31MES LENTOÏDES ACHETÉES A CHONIKA. 447
forme de flèche ; j’appelle particulièrement l’attention sur ces deux signes. Cette gemme lentoïde est en agate d’un rouge foncé, et hémisphérique ; elle est percée d’un trou horizontal.
La gemme lentoïde qui est à la gauche de cette dernière (fig. 539), dans la position où elles sont sous les yeux du spectateur, est en serpentine verdâtre. Elle est convexe des deux côtés et percée d’un trou horizontal. Elle représente, en intaille, deux chevaux dressés sur leurs jambes de derrière, en face l’un de l’autre, mais détournant la tête en sens inverse. La queue du cheval qui est à la gauche du spectateur est représentée par une simple bande; celle de l’autre est touffue ; sur la tête de chacun des chevaux se dresse un ornement, qui faisait sans doute partie du harnachement. Entre les têtes des chevaux apparaissent deux figures humaines ; celle qui est à la gauche du spectateur est coiffée d’un bonnet phrygien; elle étend les mains vers l’autre figure qui semble avoir la tête nue, et qui tient un objet rond dans la seule de ses deux mains qui soit visible.
La troisième gemme (fig. 541) est une agate jaspée de blanc et de brun; elle est également convexe et percée d’un trou horizontal. Les intailles en sont bien plus artistiques. Elle représente une idole de Hèra; c’est une tête de vache, à longues cornes, qui reproduit fidèlement la nature. Entre les deux cornes on voit, renversée, une hache à deux tranchants, embellie d’ornements. L’extrémité du manche porte deux ornements qui sont ou des anneaux ou des boutons tournés. A droite et à gauche de la tête de vache, il y a un objet très-élégamment orné, dont nous ne pouvons expliquer la nature; ces deux objets ressemblent à des cornes d’abondance.
Je rappelle au lecteur que cette gemme lentoïde et celle où sont représentés les deux chevaux ont été trouvées près de l’ancien Hèræon, dont on voit encore les fondations. Elles se composent de différentes assises de maçonnerie cyclopéeime, formées d’énormes blocs non taillés ; ces fondations sont probablement aussi anciennes, peut-être même plus anciennes que les murs de Mycènes et de Tiryiithe. Les fouilles que j’ai pratiquées sur cet emplacement, en février 1874, ont montré que raccumulatioii de décombres ify
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dépasse pas une épaisseur qui varie entre 1 pied et demi et 3 pieds (0"\45 à 0"\90), par conséquent il n y a rien à chercher de ce côté. L’ancien Hèræon fut accidentellement détruit par le feu en 423 avant Jésus-Christ, et l’emplacement a été abandonné, parce que le nouvel Hèræon était bâti sur la pente, 50 pieds (15 mètres) plus bas que l’ancien.
M. A. H. Sayce m’écrit : « J’incline à croire que les antiquités » de Mycènes sont d’une date bien antérieure à celle que vous leur » attribuez. Je ferais remonter les plus anciennes à l’époque où » l’influence babylonienne commença à prévaloir dans le bassin » ouest de la Méditerranée, à la suite des conquêtes du roi » chaldéen Naram Sin d’Agané (dont le second successeur était » le conquérant élamite Khamuragas, qui étendit son pouvoir )) jusqu’aux bords de la Méditerranée, 2000-1700 avant Jésus- )) Christ). En outre je crois que les trésors, la porte des
» Lions, etc., sont postérieurs aux tombaux et aux murailles cyclo- » péennes. La civilisation assyro-babylonienne est venue en Grèce t) non-seulement par la Phénicie, mais aussi par l’Asie Mineure. )) Les dessins de M. Perrot et de plusieurs autres explorateurs )) sont comme les anneaux de la chaîne qui rattache l’ancien art )) grec à l’art assyrien (ou plutôt babylonien). Peut-être en
)) explorant Sardes y trouveraiPon un art et des types semblables )) à ceux de Mycènes. Mais le grand centre d’où cet art se répan- » dit par l’Asie Mineure était Karkhémish, la riche capitale des
)) Hittites, dont les ruines ont été découvertes, à Jerablûs (près
)) de Birajik sur l’Euphrate), par MM. Skene et George Smith. )) En pratiquant des fouilles, on y trouverait une seconde Ninive, )) avec des sculptures qui montreraient la transition de l’art assy- » rien à la forme que l’on pourrait appeler forme grecque ou )) forme de l’Asie Mineure. Ce ne sont pas là de vaines conjec- » tures, car on y a déjà découvert des morceaux de sculpture )) qui présentent ce caractère. La domination hittite s’étendait )) sur la Cilicie et la Lycaonie ; on en a pour preuves les scul- » ptures récemment découvertes, et tout particulièrement celle » qui a été trouvée à Ibreez, et qui porte une inscription en
DATE DE LA PDISE DE MYCÈAES.
» hiéroglyphes hittites. Ce fait, que j’ai sigoalé à M. Gladstone,
confirme les preuves qu’il a fournies de l’identité des Hittites » et des Kétéiens
ï» J’aperçois dans les antiquités de Myeènes un point d’une )) imporLance capitale : l’art de graver sur la pierre dans l’Asie )) occidentale et en Europe est venu de la Babylonie, où la pierre )> était rare et précieuse. Dans la Babylonie archaïque (antérieure )) au seizième siècle avant Jésus-Christ], la civilisation avait fait » de grands progrès, et cependant elle était encore dans l’âge du )) bronze. Le fer n’était pas employé en Babylonie, et probable- )) ment il y était inconnu. Comment alors pourrions-nous expli- )) quer l’état relativement avancé de la civilisation dans l’aii- )) cienne Myeènes, quoique le fer y fût inconnu, sans supposer )) que cette civilisation était née de celle de la Babylonie ar~ )) chdiqne ou qu’elle s’y rattachait par des liens quelconques. » Si elle était parente de la civilisation de l’Assyrie, de l’Égypte )) ou de la Babylonie postérieure au seizième siècle avant Jésus- )) Christ, nous aurions assurément trouvé à Myeènes trace de la )) connaissance du fer. »
M. A. H. Sayee appelle en outre mon attention sur le savant article de J. P. Mahaffy, professeur au Trinity College de Dublin. Cet article, publié dans VHermathéna^ V, a pour titre : Sur la date de la prise de Myeènes par les Argiem. J’en donne ici la traduction : « Il semble que personne n’ait trouvé de difficultés dans le récit de Diodore répété par Pausanias, où il est dit que la ville de Myeènes fut détruite par le peuple d’Argos après les guerres Médiques. Je crois cependant que la plupart des savants, en y regardant de plus près, s’étonneront, dès le premier abord, que l’ancienne ville de Myeènes ait pu exister aussi longtemps dans le voisinage immédiat d’Argos, et que son rôle ait été si peu important dans l’histoire grecque. Mais rétoimement cessera, et tous les doutes seront levés si l’on se reporte au texte d’Hérodote. Hérodote, en effet, rapporte que quatre-vingts Mycéniens rejoignent les Grecs aux Thermopyles, et il cite d’autre part les Tirynthiens et les Mycéniens parmi les villes ou tribus des Grecs