‹ MycènesChapitre 227 sur 254 · ATE DE LA PRISE DE MVCÈNES · texte numérisé non relu

ATE DE LA PRISE DE MVCÈNES

Je dois dire que cette hypothèse de MM. Sayce et Mahaffy, en vertu de laquellè Mycènes aurait été déjà détruite dans une haute antiquité, n’est que trop confirmée par les monuments. Je rappelle d’abord ce que j’ai dit à cet égard vers la fin du chapitre lY. a Du côté ouest, le mur cyclopéen de ceinture a été démoli sur une longueur de 46 pieds ( iS^gSO), et du côté intérieur l’on a bâti, » pour en soutenir les ruines, un mur de petites pierres cimentées » avec de la terre. On ne peut émettre absolument que des conjec- )) turcs quant à l’époque où fut détruit le mur cyclopéen, et celle où » fut bâti le mur en petites pierres; mais, dans tous les cas, ces » deux faits doivent s’être passés des siècles avant la prise de » Mycènes par les Argiens en 468 avant Jésus-Christ, car le petit » mur était profondément enfoui dans les décombres préhisto - )) ri q lies. ))

Je rappelle en outre que l’inscription suivante, qui, nous en

ToBER’oo^JeM

avons la certitude, appartient au sixième siècle avant Jésus-Christ, est gravée sur un tesson de cette poterie grecque noire, qui semble être au moins de trois siècles postérieure à la poterie mycénienne archaïque, même la plus moderne, que l’on trouve à Mycènes immédiatement au-dessous delà couche des décombres de la ville macédonienne.

J’appelle en outre l’attention particulière des archéologues sur la masse immense d’idoles en forme de vaches ou de femmes à cornes ou à têtes de vache, que j’ai recueillies à Mycènes (voyez, par exemple, figures 2-ii, 111-119, 212, 327-330, 531). Ce sont sans contredit les types d’idoles les plus archaïques qu’on ait encore trouvés en Grèce. On rencontre tous ces types d’idoles jusqu’à la surface des couches de décombres archaïques; il est donc bien certain qu’ils étaient encore en usage lors de la prise de Mycènes. Mais il nous paraît parfaitement impossible qne llèrè, la divinité tutélaire de Mycènes, ait encore été représentée nu cinquième siècle avant Jésus-Christ sous la forme de la vache

HELATIONS ENTRE L’ÉEYPTE ET jIYCÈNES.

OU SOUS celle d’idole présentant les signes caractéristiques de la vache.

11 est évident que dans les poèmes homériques Iléré est léinme, sans aucun des signes caractéristiques de la vache; elle n’en a gardé que l’épithéte épithète consacrée par Tustige des

siècles, mais qui dans Homère ne peut signifier que la déesse rfifx grands yeux.

Il nous paraît donc certain qu’à l’époque d’Homère l’usage do représenter Hèrè sous la forme d’une vache ou avec les signes caractéristiques de la vache, était déjà tombé en désuétude et abandonné, et que, par conséquent, la catastrophe de la grande destruction de Mycènes doit être reportée à une époque antéhomérique; même, en considérant le caractère des monuments que j’ai découverts, je ne vois aucune objection à ce qu’elle soit attribuée à l’époque de l’invasion des Héraclides. En effet, la destruction de Mycènes par les Héraclides expliquerait aussi ce fait étrange qu’Oreste n’a jamais régné à Mycènes.

Dans l’art de Mycènes je ne puis découvrir aucune trace d’influence égyptienne ; mais une foule d’objets qui proviennent certainement de l’Égypte : par exemple la masse énorme de têtes de vache en or, l’œuf d’autruche, les sphinx (voy. fig. 277) et les objets de porcelaine égyptienne (fig. 350-352), nous amènent à conclure qu’il y a eu des relations suivies entre l’Egypte et Mycènes. Ce qui prouve avec le plus d’évidence que ces relations ont existé, c’est le culte de la divinité-vache lunaire Hèra,dont j’ai prouvé (voyez la note Hèra Boôpis à la fin du chapitre I"0 l’identité avec la déesse égyptienne Isis, qui était également vénérée en Égypte comme femme avec des cornes de vache (Hérodote, H, 41) ; je rappelle en outre que Isis était née à Argos(Diod. Sic., 1, XXIV, 25; Apollod., II, i, 3), et que Apis, petit-fils du lleuve argieu Inakhos et neveu de la déesse-vache lunaire lo, était d'abord roi d’Argos ; que, de son nom, cette ville et tout le Péloponnèse furent appelés Apia ; que cet Apis céda à son frère sa souveraineté en Grèce et qu’il devint roi d’Egypte (Eusèbe, Chron., 1, 00, 127, 130. éd. Aucher; Augustin, de Civ, Dca\ XVHI, 5f ; qu'après sa mort il

fut adoré en Égypte sous le nom de Sérapis et sous la forme d’un bœuf. De même le mythe grec fait émigrer la déesse-vache argienne lo en Égypte; là elle mit au monde Épaphos, qui n’est qu’un second nom du dieu-bœuf Apis. Mais, selon Diodore de Sicile (I, XXIV, 25), Apollodore (II, i, 3) etHygin (145), lo était la même divinité que Isis. Tous ces mythes grecs semblent prouver, non pas que le culte de la déesse-vache lunaire est venu de l’Égypte en iVrgolide, mais, au contraire, qu’il a été importé de Mycènes ou d’Argos en Égypte, et peut-être les égyptologues, en constatant l’époque à laquelle le culte d’Isis a commencé en Égypte, pourraient-ils nous donner une idée de l’antiquité des relations entre Mycènes et l’Égypte. En effet, le culte de la déesse vache lunaire ne peut pas avoir été importé d’Égypte à Mycènes, mais il doit nécessairement avoir été introduit de Mycènes en Égypte, puisque lo était éminemment une déesse pélasgique ; elle avait un temple célèbre à Byzance, et le mythe attribue même la fondation de cette ville à sa fdle Kéroessa, autrement dit, celle qui porte des cornes. Le culte d’Io semble avoir été apporté d’Asie par les Pélasges; dans tous les cas, ils l’ont importé, aune époque fort reculée, en Argolide. Je rappelle que l’on continua, même dans les temps classiques, de donner à la lune le nom d’Io dans les mystères religieux d’Argos, et que ce nom est purement grec. (Voy. la note Hèra Boôpis à la fin du premier chapitre.)

Pour conclure, je ferai remarquer qu’un sixième tombeau ayant été découvert dans l’agora de Mycènes après mon départ, on s’est efforcé de nier l’identité de ces sépulcres avec ceux que la tradition, dontPausanias se fait l’écho, désignait comme ceux d’Agamemnon, de Gassandre, d’Euryrnédon et de leurs compagnons. Mais il suffit de relire le fameux passage de Pausanias (II, xvi, 6) pour voir qu’il ne désigne pas clairement le nombre des tombeaux; il parle distinctement de six, mais on peut admettre qu’il y en avait même plus de six, sans faire violence au texte de Pausanias :

IrjTi piv ^ATpi(^)ç, sîG’î y.(/l o(70vg cèv ' Aq knaV'ii7.ovi:aç kg OEinviGaç KaT£(povev(Jsv A^lqiGOog.

Mon honorable ami, le célèbre orientaliste M. Émile Burnouf,

LETTUE DE M. ÉM. BUUNOUF.

directeur honoraire de l’École française d’Athènes^ m’écrit : « Je ne crois pas difficile de prouver que les tombeaux de Mycènes sont bien ceux des Pélopides; leur place dans l’acropole et la masse des objets précieux qu’ils renfermaient montrent clairement que ce sont des tombes royales et non celles de particuliers. L’enceinte circulaire, construite à un niveau supérieur, dans un temps où ces princes étaient passés à l’état de héros tutélaires, prouve la meme chose ; elle a pu servir à' agora comme les textes l’indiquent; mais elle a été certainement aussi une enceinte funéraire où ont été célébrés des sacrifices en l’honneur des morts placés au-dessous ; vous y avez trouvé la trace de ces cérémonies nationales. Je ne crois pas qu’on puisse voir dans les squelettes les restes des dynasties antérieures aux Pélopides : elles n’ont aucun caractère historique et appartiennent totalement à la mythologie des peuples aryens. On peut objecter qu’une partie notable de la légende des Pélopides est elle-même mythologique ; mais ce fait est commun à toutes les dynasties préhistoriques chez les peuples aryens, dynasties dont la réalité n’est cependant contestée par aucun savant. Celle-ci d’ailleurs touche à l’histoire, puisqu’elle a été éteinte par l’invasion dorienne, ’dont la date peut être fixée avec une grande approximation.

>> Vous me demandez aussi mon sentiment sur les objets trouvés par’ vous à Mycènes. Il y en a de plusieurs catégories, qu’il serait imprudent de confondre en une seule; car ces catégories portent les marques d’origines différentes. On ne peut pas méconnaître le caractère assyrien ou assyro-babylonien des objets d’or fournis en si grand nombre par vos belles excavations ; ces ornements sont identiques à ceux que l’on voit sur les sculptures assyriennes des musées de Londres et de Paris ; ils ne ressemblent en rien aux parures égyptiennes. Deux d’entre ces bijoux sont caractéristiques et pourraient donner lieu à d’importantes dissertations; ce sont les deux cachets d’or que vous avez publiés sous les ligures 530 et 531. Le premier représente une scène religieuse, celle de la récolte de la plante sacrée; tout y est assyrien, le soleil avec le croissant de la lune et les eaux célestes, les six jours, l'arbre, les costumes

LETTRE DE M. É31. ]]UUN0ÜE.

des personnages. Le second est une sorte d’hiéroglyphe asiatique comme on en rencontre souvent sur les cylindres et les pierres gravées des pays de rEuphrate et du Tigre ; il se rapporte certainement h un fait qui s’accomplissait dans le premier des grands mois de l’année, c’est-à-dire après l’équinoxe du printemps; l’objet placé à gauche paraît signifier qu’il s’agit d’une opération agricole, récolte ou semailles. Quoi qu’il en soit, ces deux cachets me semblent venus à Mycènes d’un pays asiatique, peut-être des rives de l’Euphrate ou du Tigre. ^

)) Je n’ai rien à vous dire sur la masse de poteries brisées que vous avez retirées des excavations. Elles présentent les plus grandes analogies avec celles que fournissent presque tous les rivages méditerranéens. On les attribue maintenant au commerce des Phéniciens ou, plus précisément, des Sidoniens; peut-être y a-t-il ici quelque exagération. Il n’est pas probable que Sidon ait fourni de poterie tonte la Méditerranée; en outre la nature de la terre employée par les fabricants varie d’un lieu à un autre; mais les procédés de fabrication sont à peu près les mêmes et le genre d’ornementation varie peu. On est ainsi conduit à penser que l’art du potier est venu de fOrient de la Méditerranée, mais que de très-bonne heure il s’est établi presque partout des fabriques locales.

)) Les idoles et les vaches, trouvées par vous en si grand nombre dans les ruines de Mycènes, sont évidemment des produits locaux. Si ces statuettes grossières étaient phéniciennes et représentaient Astoretb, ce n’est pas Hèra, mais Apbroditè, qui aurait été la déesse principale de l’Argolide; on aurait eu, non un Hèræon, mais un Apbrodision. D’ailleurs la coiffure de beaucoup d’idoles juycéniennes caractérise Hèra dans tous les siècles suivants ; et, comme vous le remarquez très-justement, la forme de croissant de plusieurs autres indique cette vieille divinité lunaire qui portait le nom d’io et qui, au fond, était identique à Hèra. J’en dirai autant des vaches de terre cuite ; c’est une erreur manifeste que de les identifier au bœuf égyptien. Les musées de l’Europe possèdent un nombre immense d’Apis; ils ont des formes et des marques bien

LETTI’vE DE M. ÉAE EEIENOUE.

disüiictes, qui ne manquent à aueun d’entre eux; ee sont surtout les trois grandes taches noires sur la croupe, le dos et la partie antérieure du corps; les vaches de Mycènes sont le plus souvent jaunes rayées de rouge. Il est vrai qu’elles n’ont pas de mamelles, mais elles n’ont pas non plus l’organe masculin. A ce propos, permettez-moi de rectifier une erreur devenue classique; les motSj^ooç et hos de la mythologie grecque et latine sont presque toujours traduits par bœuf ; cependant ils sont généralement au féminin dans les auteurs et par conséquent désignent des vaches, les vaches du soleil, les vaches enlevées par Cacus, abs tract œqiie baves ^ abjura- Ucque rapinœ (Virg.); nous connaissons aussi la vache suprême des hymnes indiens, c’est-à-dire le ciel considéré comme source de la vie cosmique et identique à i’Hèra des traditions grecques. Je ferai observer que les anciens peuples agriculteurs d’xisie et d’Europe élevaient non des bœufs, mais des vaches; qu’ils attelaient des taureaux à la charrue et que le bœuf était presque inusité chez eux. Ainsi l’absence de sexe dans les terres cuites mycéniennes ne laisse le choix qu’entre la vache et le taureau; or la tradition religieuse, ainsi que l’épithète signale constamment la vache comme

symbole de Junon. C’est donc cette divinité qui est figurée par ces terres cuites. Et comme vous les avez trouvées en très-o'rand nombre dans les excavations, c’est là une preuve nouvelle del’iinportance attribuée dès lors en Argolide à cette divinité. Ces conclusions sont d’ailleurs en parfait accord avec les textes homériques et avec les traditionsreligieuses de toute l’antiquité grecque. J’ajoute qu’elles viennent à l’appui de l’assertion, souvent combattue, qui donne aux idoles troyennes la signification d’Athèna glaucopis : la vache mycénienne et la chouette troyenne sont deux faits du même ordre, qui occupent deux places corres|)ondantes dans la mythologie grecque et se rapportent à la même époque du développement linguistique dans la symbolique religieuse de fantiipiité. ))

M. Burnouf me fait en même temps savoir (pf il a adressé à la Revue des Deux-Mondes un article dévelopjié sur les fouilles de Mycènes.

Après la découverte des trésors des sépultures royales, j'eus

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