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Nous entendons souvent parler dans les Poèmes des objets

PRÉFACE

d’or cil forme de boutons qu’on employait comme ornements. En maint passage, nous trouvons l’épée aux boutons d’argent, xiphos (OU phasganon) argijroèlon (IL, II, 45; III, 334 et ailleurs). C’est, je le répète, une chose ordinaire. Nous voyons aussi des boutons ou bosses d’or sur le sceptre d’Acbille (7/., I, 246), sur la coupe de Nestor (//., XI, 632-635) et sur une épée ; il est vrai que pour l’épée l’exemple est unique, mais il faut dire aussi qu’il s’agit de l’épée d’Agamemnon, roi de Mycènes, la ville où l’or abondait (//., XI, 29). Sur cette épée, dit le poète, il y avait des bosses en or ou dorées; l’expression (pamphaïnon) dont il se sert pour les désigner vaut la peine d’être notée. Il nous serait difficile de la traduire par un seul mot : elle ne signifie pas seulement (c qui brille d’un vif éclat )), mais (( qui brille de partout », c’est-à-dire, probablement, tout le long du fourreau sur lequel ces bosses étaient fixées et de manière que ce fourreau parût former une seule masse brillante. N’esl-ce pas précisément l’effet que devait produire la rangée de boutons d’or qui a été trouvée le long de l’épée représentée figure 460? En effet, trèsrapprochés l’iin de l’autre, ils sont plus larges que la lame de l’épée et couvraient probablement d’un bout à l’autre toute la surface du fourreau de bois qui est tombé en poussière. N’est-ce pas aujourd’bui une sensation solennelle, que de descendre au fond des tombeaux avec le D" Schliemann et d’y trouver, dans le silence de la mort, encore disposés par rangées, ces boutons ou bosses d’or, quand les fourreaux de bois auxquels ils étaient fixés sont presque entièrement tombés en poussière ; mais, à côté meme des épées dont ils formaient la parure, comme la reliure fait celle du livre, àcôlé aussi de la cendre légère des guerriers dont la main avait manié ces épées?

Expende AnniJjalem : quoi libras in duce summo

luveniesi?

Ces boutons ou bosses se retrouvent encore sur les pommeaux d’épée. Généralement on traduit le Iièlos d’Homère par clou ou bouton à petite tète ; mais il est probable que le même mot désigne encore les boutons plus larges et les bosses que fou retiHuive eu

l . Jnvénal, Sat., X, 147,

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lignes le long de quelques épées (voyez, h ce sujet, les figures 445, 446, 460, 46^2 et 466).

Je n’essayerai pas de poursuivre plus loin une énumération qui deviendrait fastidieuse à force de minutie. Si l’on a trouvé des objets en verre ou en porcelaine, je devrais leur assigner tout de suite une origine étrangère. L’art de mouler des objets et de les polir, dont les exemples sont fort rares, d’après notre auteur et d’après M. Newton, devrait probablement aussi être rapporté à une source semblable. Les seuls outils que semble connaître Homère, pour la manipulation des métaux, sont le marteau et les pinces (//., XVIII, 477 ; 0^., III, 434-5). Pour ce qui regarde la poterie mentionnée par notre auteur, si quelques-uns des gobelets d’argile étaient d’un vert clair, c’est une couleur dont Homère n’avait certainement pas une idée bien nette, parce qu’elle est le résultat d’un progrès (postérieur à lui) dans la fabrication. Encore peut-on supposer, sans invraisemblance, que, dans des œuvres d’art aussi bien que dans des objets naturels, cette couleur a pu frapper ses regards.

A propos des balances recueillies dans le troisième tombeau, il n’y a aucune raison plausible de douter que nous ne trouvions rinterprétation de ce symbole en nous reportant aux idées et aux doctrines égyptiennes sur la^vie future (fig. 301 et 302). Dans les Livres des Morts, nous avons une représentation détaillée de la salle du Jugement, où est citée h comparaître l’ame qui vient de quitter le corps. Ici la balance forme un objet très-important \ et il paraît très-possible que le poète, qui, sur la vie future, avait les idées d’un Grec et non pas d’un Égyptien, ait emprunté à l’Égypte et transplanté du Iladès (égyptien) au Ciel (grec) l’image de la balance, dont il tire de si beaux effets dans quelques circonstances décisives de V Iliade.

En ce qui concerne l’emblème de la double hache ou hache à deux tranchants, j’oserai me dispenser de la réserve et de la circonspection du D" Scbliemann. Sur la forme ordinaire d’une arme en usage a l époque, il ne semble pas qu’il y ait lieu de donner une

1. par rxomple, dans la Terre défi Pharaons do Manning-, la gravure de la page 129.

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explication spéciale (fig. 368). Mais, lorsque nous la trouvons jointe à la tète de vache (fig. 329 et 330), ou bien, comme sur la grande bague à cachet, rapprochée d’une figure qui représente évidemment une divinité, je n’hésite pas à la regarder comme un symbole de sacrifice. Nous n’avons qu’à nous rappeler le passage du troisième livre de V Odyssée, où est décrit l’appareil du sacrifice; Thrasymédès, qui devait frapper la victime, apportait la hache (III, 442) :

nî'X£-.c’jv p.svs-irT&'Xsao; ©pacuar.cî'r,; o^'jv I//OV £v 7,£pcFt T:ap:aTaro, p;ùv

Les dents de sanglier offrent un point de concordance clair et significatif, encore qu’il ne soit que d’une importance secondaire : nous pouvons donc l’ajouter à notre liste (//.,X, 263-264). Il y en a un autre à noter dans la manière d’attacher avec nn fil de métal les couvercles des vases et des boîtes ou coffres. Sur ces deux points, je renvoie le lecteur au texte même du volume.

Si je suis entré dans le détail qui précède, c’est pour essayer de montrer qu’aucun obstacle préliminaire ne nous interdit d’aborder la thèse capitale du livre : les tombeaux récemment découverts et les restes exposés à nos regards, avec des masques d’or qui leur voilent la face et des plastrons d’or qui couvrent la poitrine d’un ou de plusieurs des morts, sont-ils réellement les tombeaux et les restes du grand Agamemnon et de ses compagnons qui, grâce à l’intervention d’Homère, ont joui d’une gloire si durable.

A propos du caractère général des trésors de Mycèiies, je m’en tiens provisoirement aux conclusions deM. Newton (appuyées par M. Gardner), à savoir que, dans son opinion, ces trésors remontent à l’âge préhistorique ou héroïque, époque qui précède sa période gréco-phénicienne; et, dans d’importantes esquisses de détail, j’ai essayé de montrer que ces trésors ont beaucoup de points de concordance avec les Poèmes homériques et avec les découvertes d’IIissarlik. Mais cette Préface n’a nullement la prétention de donner un catalogue complet des objets ou d’accompagner chacun d’entre eux d’une interprétation. Nous rencontrons, en etfet, un certain nombre de faits embarrassants : par exemple, la présence de

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plusieurs objets qui ressemblent h des visières. Nous désirerions h ce sujet des explications plus satisfaisantes que celles du D' Scbliemann, qui les représente comme analogues aux masques des tombeaux et croit pouvoir prouver non-seulement que ces objets étaient portés par les vivants, mais qu’ils étaient aussi imposés aux morts (ch. xi).

Sans aucun doute, à mon avis, ces masques sont pour nous une grande énigme, quand nous avons à nous demander quels sont les personnages qui occupaient les tombeaux maintenant ouverts? Peut-être M. Newton a-t-il raison ; peut-être, en somme, devonsnous nous en tenir ce sagement à présumer » que les quatre tombeaux contenaient des personnages royaux et laisser pendante la question de savoir si ce sont bien là les tombeaux que la tradition locale signalait à Pausanias, du moins jusqu’à ce que les ruines de Mycènes aient été plus complètement explorées, conformément à l’intention que l’on prête au gouvernement de la Grèce.

D’un autre côté, le cas qui nous occupe est tel, que, s’il est hasardeux de creuser le problème, il est en même temps difficile de le laisser de côté.

Il est évidemment difficile de trouver une explication simple, claire et logique de l’étrange inhumation que nous ont révélée les fouilles du D'’ Scliliemann. On pourra peut-être la trouver plus tard : pour le moment, elle ne semble pas s’offrir d’elle-même. Le chemin pour y arriver ne peut être frayé que par une soigneuse et minutieuse exposition des faits et par une comparaison circonspecte de ces faits avec tous les faits analogues fournis par d’autres époques ef par d’autres pays, et qui pourraient sembler de nature à les éclaircir. Quant à moi, comme j’ai abordé la question sans aucune prédisposition à croire, j’éprouve d’autant moins de scrupules à avouer que l’évidence me porte, me force même à tirer certaines conclusions et m’amène à certaines conjectures qui me sont suggérées par ces conclusions. La première conclusion, c’est que nous ne pouvons rapporter les cinq sépultures de l’agora de Mycènes à aucune période de l’âge historique. La deuxième, c’est que ce sont là des sépultures de grands personnages et presque certaine-

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ment, en partie du moins, de personnes royales. La troisième, c’est qn'on reconnaît à des signes certains que les rites de l’ensevelissement ont été pratiqués dans des conditions anormales, à raison de circonstances qui leur ont imprimé un caractère irrégulier et inusité. La conjecture, c’est que ces tombeaux pourraient très-bien être ceux d’Agamemnon et de ses compagnons. Cette conjecture a pour elle d’abord un certain nombre de présomptions, mais principalement la difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité, de trouver une autre hypothèse aussi plausible que celle-là.

Les principaux faits que nous avons à noter sont les suivants :

1° L’emplacement choisi pour les sépultures;

Le nombre des personnes enterrées simultanément;

Les dimensions et le caractère des tombeaux;

4'’ L’application partielle du feu aux corps ;

5^" L’emploi des masques et aussi des plaques métalliques, pour orner ou protéger les corps, ou peut-être pour servir aux deux usages à la fois ;

6" Le dépôt considérable d’objets caractéristiques et précieux sur les corps et auprès d’eux.

1. Sur la question d’emplacement, le D‘’ Schliemann pense que les tombeaux n’étaient pas primitivement dans l’agora, mais que l’agora a été construite postérieurement autour des tombeaux (ch. x). Voici les raisons qu’il donne : le mur sur lequel se dressent, sur une double rangée, les dalles qui sont debout, autrefois recouvertes de dalles horizontales qui formaient des sièges pour les Anciens, et dont six encore sont en place, est d’un travail négligé et inférieur sous ce rapport au mur d’enceinte de l’acropole. Mais si c’était un simple mur de soutènement, quel motif avail-on pour prendre la peine de lui donner la solidité nécessaire à un ouvrage de défense militaire? De plus, le docteur trouve dans l’entre-deux des rangées de dalles, aux endroits où elles ne sont plus couvertes, des fragments de poterie de la période préhistorique postérieure à celle des tombeaux. Mais cette poterie n’aurait jamais pu être placée là au temps de la construction; avec les antres décombres auxquels elle se trouve mêlée, elle aurait compromis la solidité de la

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clôture au lieu de raccroître. Et, d’un autre côté, on se figure malaisément comment elle aurait pu y venir avant que la construction eût été ruinée par la disparition des dalles supérieures. Dans ce cas, elle serait naturellement d’une date postérieure à celle des dalles.

Un puissant argument contre l’hypothèse que l’agora aurait été construite autour des tombes après avoir eu précédemment un autre emplacement, c’est que le fait n’est pas probable. L’espace semble très-limité dans l’intérieur de l’acropole. Tout autour des clôtures de l’agora se trouvent des maisons et des citernes cyclopéennes ; quand des ouvrages de cette nature ont été une fois construits, ce serait un travail très-difficile que de les changer déplacé; et, dans le cas qui nous occupe, les architectes primitifs ont eu pour successeurs des hommes dont les constructions étaient en décadence plutôt qu’en progrès sous le rapport de la solidité. Outre ces raisons, il y avait un lien entre l’agora et la religion du pays, et elle se trouvait, comme on le montrera, dans le voisinage immédiat du palais. Mais, à côté de ces avantages et de ces attraits matériels, toutes sortes d’associations d’idées d’un ordre plus élevé devaient naître et prendre racine autour de l’agora.

On peut montrer clairement que l’agora, chez les anciens, était fixée à la place qu’elle occupait par des liens de toute espèce, en dehors de la question de la solidité de sa construction. A Mycènes, dit notre auteur (ch. x), l’agora est à l’endroit le plus beau et le plus imposant de la cité, d’où l’on apercevait la ville tout entière. C’était sur les hauts lieux que les hommes des âges préhistoriques érigeaient des édifices d’un caractère simple, dans bien des cas probablement sans toit, et qui, avec les autels, servaient au culte des dieux. A Skhériè, l’agora avait été construite autour de ce que l’on pourrait appeler le temple de Poséidon iOd., VI, 266). Dans le camp des Grecs, sous les murs de Troie, l’agora était au milieu de la ligne des vaisseaux (//., XI, 5-9, 806-8). C’est là que l’on administrait la justice, et c’est là qu’ cc avaient été construits les autels des dieux ». De plus, il ressort clairement d’un grand nombre de passages d’Homère que la place des assemblées

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était toujours voisine du palais des rois. A propos de Troie, par exemple, il est dit expressément que l’assemblée se tenait aux portes de Priam (//., II, 788; VII, 345-6). A Skhériè, le palais d’Alkinoos était près du bois sacré d’Athènè (Of/., YI, 291-3); et nous ne pouvons guère douter que ce bois sacré ne fut dans le voisinage immédiat du Posideïon, qui était lui-même dans l’enceinte de l’agora. A Ithaque {Od., XXIV, 415 et suiv.), le peuple s’assemblait devant le palais d’Odysseus et ensuite se rendait en masse à l’agora. L’agora était donc matériellement attachée aux points de la cité qui avaient au plus haut degré le caractère de l’immobilité et de la stabilité. En effet, quand on considère la vie politique de la Grèce primitive, l’agora , ce n’est pas trop dire, a dû devenir, dans le cours naturel des choses, un centre auquel se rattachaient les souvenirs les plus chers et les traditions historiques du peuple. Je ne me crois pas tenu d’aborder la question secondaire de savoir si les dalles du pourtour sont ou ne sont pas une partie originale de la construction primitive.

Mon opinion est que l’agora n’a pas changé de place ; l’opinion contraire fût-elle vraie, l’honneur qu’on a rendu aux morts qui reposent dans son enceiide n’en serait pas diminué, il n’y aurait de changé que l’époque oû on leur a rendu cet honneur. Si nous avons bien sous les yeux l’agora primitive, on les a honorés en les y ensevelissant ; si elle est d’une époque postérieure à leur ensevelissement, on les a honorés en la déplaçant pour la reconstruire autour de leurs tombeaux. Reste à savoir si on l’a fait en connaissance de cause. Gomment en pourrait-il être autrement, lorsque nous constatons que les cinq tombeaux occupent pins de la moitié de la superficie totale? Nous savons, par des témoignages de fage historique, que c’était rendre un hommage public aux morts que de les enterrer dans l’agora; nous ne pouvons douter, ayant ces cinq tombeaux sous les yeux, qu’il n’eu ait été de même dans les temps préhistoriques.

Si donc ces personnages ont été enterrés tout d’abord dans l’agora, c’est un hommage public qifon leur rendait. Si nous admettons l’hypothèse, bien moins probable, que l'agora a été

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transférée et construite autour d’eux, par la raison qu’ils étaient déjà en cet endroit, l’hommage public prend, ce me semble, un caractère encore plus solennel.

2. Le nombre des personnes enterrées simultanément, si l’on rapproche de ce fait les autres particularités de l’inhumation, est un nouveau problème à creuser. L’argumentation du docteur (ch. x), pour prouver que les inhumations ont eu lieu simultanément, semble absolument irréfutable. Le nombre des personnes inhumées {ibid.) était de seize ou dix-sept. Parmi les corps, ^1 y en a un qui semble désigné, avec une probabilité qui approche de la certitude, comme celui du principal personnage. Ce personnage a deux compagnons reposant avec lui dans le tombeau qui porte le n^" i . Or Agamernnon avait deux maréchaux ou hérauts (//., I, 320) à qui leur charge conférait un caractère sacré. Il n’y aurait donc rien d’étonnant qu’on les eût déposés , en supposant qu’il s’agisse ici de ces deux personnages, côte à côte avec leur maître. Des trois corps, celui qui attire le plus l’attention c’est celui qui est au nord des deux autres, tous les trois ayant la tête à l’est et les pieds à l’ouest. Il était en meilleur état de conservation : cela peut tenir, et cette supposition n’a rien d’invraisemblable, à ce qu’on aurait pris, au moment de l’enterrement, des précautions pour le préserver de la corruption. Outre un masque d’or, il portait un grand plastron d’or de 15 pouces | (0'”,39) sur 9 pouces J (0™, 23 I); et on a retrouvé des feuilles d’or sur différentes parties de sa personne ; un bandeau d’or de 4 pieds (i"',20) de long sur 1 pouce | (0'”,04 ~) de large, lui entourait les reins. A côté de lui il y avait deux épées qui, selon la constatation du D' Schliernann, étaient en bronze (fig. 460) ; la décoration de l’ime de ces épées rappelle d’une manière frappante la description de l’épée d’Agamemnon dans VIliade {IL, XI, 29-31). Al pied (0“, 30) du corps, il y avait onze autres épées; mais ce dernier détail ne serait pas caractéristique, car le corps du côté sud avait quinze épées, dont dix gisaient à ses pieds; et l’on trouva un grand amas d’épées à l’extrémité ouest, entre ce corps et celui du milieu.

Le nombre total des corps dans les cinq tombeaux, qui est

l‘UEFACE.

évalué à seize ou dix-sept, semble avoir compris trois lemmes et deux ou trois enfants. La tradition locale, rappelée par Pausanias (II, XYi, 6), parle d’une escorte d’hommes qui accompagnaient Agamemnon, et de Gassandra, avec deux enfants, dont elle aurait été, dit-on, la mère. Cette tradition n’a pas grande valeur, cependant elle témoigne que l’on croyait très-anciennement qu’il y avait des enfants enterrés dans ces tombeaux ; car Gassandra ne peut être devenue captive qu’au moment de la prise et du sac de Troie, et le meurtre suivit immédiatement l’arrivée en Grèce d’Agamemnon et de son escorte. Mais il est aussi probable que ces enfants pouvaient être nés d’une autre concubine, mise par Agamemnon à la place qu’avait dù occuper Briséis. Naturellement ce ne sont là que de pures suppositions; mais ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a rien dans ces indications qui soit de nature à amoindrir la valeur des présomptions légitimes que les découvertes peuvent faire naître sous d’autres rapports.

3. De même que le choix de l’agora comme emplacement, le caractère des stèles funéraires qui concorde si bien avec le style de beaucoup des ornements ’ , et la profondeur même des fosses, témoignent unanimement que l’on a voulu rendre un hommage aux morts. Si je comprends bien les plans, ils accusent une profondeur maxima de 25 à 33 pieds (7“V50 à I0“) au-dessous de la surface, dont la plus grande partie a été creusée dans le roc vif. Mais voici que nous nous trouvons en face d’un fait de nature à ébranler quelque peu l’opinion que nous avions pu nous former jusque-là : des cadavres d’hommes faits, et qui semblent avoir été d’une grande taille, ont été introduits de force dans un espace qui n’a que 5 pieds 6 pouces (P, 65) de long; car il a fallu recourir à une violence telle, qn’il en est résullé une sorte de mutilation.

Nous voici donc, ce semble, en présence de circonstances qui se contredisent. L’em])lacement des tombeaux, leur profondeur, les stèles qui les recouvrent, nous conduisent dans une direction ;

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