‹ MycènesChapitre 7 sur 254 · Sijnchronlsme homérique, p · texte numérisé non relu

Sijnchronlsme homérique, p

2. Le D'’ Schliemann me fait savoir que ces traces se retrouvent sur tous les objets.

PRÉFACE

Ce tait, que la crémation ne fut que partielle, mérite un examen plus détaillé. Dans les cérémonies funèbres d’Homère, la crémation est d’un usage général. C’était, d’après les Poèmes, la coutume alors régnante chez les Achéens toutes les fois qu’une inhumation se faisait dans des conditions régulières. Quant à la cérémonie de rinhumation, il y avait, pour qu’on l’accomplit, une raison d’une importance particulière; car, lorsqu’elle n’avait pas lieu, l’ombre du mort ne pouvait se mêler aux autres ombres. Aussi Elpénor, qui n’avait pas reçu les honneurs de la sépulture, fut-il le premier à venir à la rencontre d’Odysseus (Of/., XI, 51), quand le héros pénétra dans le monde souterrain; l’ombre de Patroklos supplie Achille d’inhumer son corps le plus tôt possible , pour lui perniettre de franchir les portes d’Aïdès (//., XXIII, 71). Je regarde comme prouvé d’une façon décisive qu’à cette époque on brûlait toujours les morts dans les funérailles célébrées selon les rites. Cela se passe ainsi non-seulement dans les grandes funérailles du septième livre (429-32), dans celles de Patroklos (XXIII, 177) et d’Hector (XXIY, 785-800), mais encore dans le cas particulier d’Elpénor {Od., XH, ii-I3). Ses compagnons l’avaient d’abord laissé sans sépulture; quand ils le brûlèrent enfin sur un bûcher, nous devons supposer qu’ils ne firent rien de plus que ce que demandait impérieusement l’usage établi. Une comparaison d’Homère rendra peut-être la preuve encore plus concluante. Achille, nous dit-il, pleura pendant que le bûcher qu’il avait fait dresser consumait, tant que dura la nuit, les os de Patroklos, (( comme pleure un père quand il brûle les os de son jeune fils d (XXHI, 222-5). Cette comparaison témoigne d’une coutume générale.

Quand les morts étaient des personnages distingués, la crémation n’était pas complète; car on recueillait avec soin, non pas seulement les cendres, mais encore les os. Ceux de Patroklos, par exemple, sont enveloppés de graisse et j)lacés dans un vase ou coupe découverte {fhialè) ; on les y garde iirovisoirement (XXHI, 239-44) jusqu’aux funérailles d’Achille; alors, avec ceux d’Achille lui-même, enveloppés aussi de graisse et lavés dans le vin, ils sont déposés dans une urne d’or (0^/., XXIV, 73-7). Les os d’Hector

]‘RÉFACE.

sont pareillement recneillis et placés dans une cassette d’or, la cassette est déposée dans une fosse, et l’on entasse par-dessus une masse de pierres (//., XXIV, 793-8). Nous trouvons donc des exemples de crémation incomplète à la fois dans Homère et dans les tombeaux de Mycènes. Seulement, dans le premier tombeau de Mycènes, non-seulement on n’avait pas recueilli les os pour les déposer dans une urne, mais on n’y avait même pas touché ; il faut excepter les os du corps du milieu ; encore les avait-on simplement déplacés, probablement pour voler les objets précieux, puisque, avec le corps, on n’a presque rien trouvé qui eût quelque valeur. Quant au corps du côté du nord, la chair de la face n'avait même pas été consumée.

Mais, si l’usage du feu était universel pour les funérailles, les funérailles elles-mêmes n’étaient pas un honneur que l’on accordât à tout le monde. Généralement on le refusait à ses ennemis. Aussi voyons-nous dès le début de Vlliade que beaucoup de héros devinrent la proie des chiens et des oiseaux {IL, I, 4). Ce traitement, Priam, avant la lutte d’Achille et d’Hector, déclare qu’il le ferait subir à Achille si cela était en son pouvoir (//., XXII, 42), et il prévoit pour lui-même une destinée aussi cruelle(XXII, 66 etsuiv.). Hans V Odyssée, on laisse aux amis des prétendants le soin d’enlever leurs cadavres (XXH, 448 ; XXIV, 4i7). Achille, il est vrai, ensevelit Èétion, roi de la Thèbes d’Asie, avec ses armes, en accomplissant les cérémonies habituelles. (( Une crainte religieuse l’empêcha d’enlever ses dépouilles» {IL, VI, 417); et sa conduite n’a rien qui doive nous surprendre. En effet Èétion, roi des Kilikès, n’était pas un ennemi, car le nom des Kilikès n’est pas mentionné dans le catalogue des alliés de Troie. On voit donc que la coutume n’était pas toujours strictement observée, et il a pu se présenter tel cas exceptionnel où l’on aura choisi une sorte de traitement intermédiaire entre les deux extrêmes, qui consistent, d’une part, l\ accorder au mort tous les honneurs de la sépulture, de l’autre, à rahandonner aux chiens.

5. Quant à l’habitude de recouvrir de masques d’or les visages des morts, j’espère que les découvertes de Mycènes jetteront un jour

PRÉFACE

complet sur cet usage rare et curieux. Pour le moment, je me borne aux observations suivantes :

P Puisque le D" Schliemann a découvert jusqu’à sept masques d’or à Mycènes, l’usage des masques dans ces sépultures n’était pas limité aux personnes de sang royal ; car il est impossible de prouver que ces tombeaux en contiennent un si grand nombre.

^2^ Je ne sache pas que nous ayons pour le moment aucune preuve que l’usage de masques semblables pour les morts ait été, je ne dis pas général, mais simplement connu en Grèce. La littérature grecque, dans les œuvres d’Homère et dans celles des écrivains postérieurs, est pleine de renseignements sur les rites funéraires ; néanmoins, pendant une période de plus de douze cents ans, nous ne trouvons pas une seule allusion à la coutume de mettre des masques aux morts. Il y a un passage sur les masques dans les œuvres de Lucien, qui, comme on le sait, tlorissait dans la seconde moitié du deuxième siècle ; mais on semble s’accorder à penser que ce passage n’a aucun rapport avec les masques de cette espèce. Nous pourrions donc être amenés à formuler la conjecture suivante : partout où cet usage a pu être constalé, c’était un reste de coutumes étrangères, un souvenir d’immigration.

On a trouvé des masques dans les tombeaux, non pas en Grèce, mais en Crimée, en Campanie, en Mésopotamie. Le dernier renseignement, je crois, que nous ayons sur cette question se trouve dans un compte rendu du D" Schliemann, daté d’Athènes, et où il nous parle (p. 45) d’un masque d’or trouvé sur la côte de Phénicie, juste en face de l’ile d’Arados; ce masque est si petit, qu’il n’a pu s’appliquer que sur la figure d’un enfant nouveau-né. Il est bon de se souvenir que la Grèce héroïque porte des traces nombreuses de ce que je me permettrai d’appeler le pliénicianisnie; beaucoup d’usages phéniciens devinrent ceux du pays et contribuèrent à former comme la base de la vie hellénique. Il n’est pas improbable que l’usage des masques de métal ait été une simple appropriation pliénicienne de l’habitude égyptienne de reproduire sur l’envelopjie de la momie les traits du mort ; et, encore une fois.

myckxes.

PRÉFACE

nous ne devons jamais perdre de vue que Mycènes avait reçu de fréquentes immigrations étrangères.

4"" Dans le cas qui nous occupe, ce ne sont pas seulement les masques qui doivent solliciter notre attention, mais encore le plastron d’or, qui évidemment n’avait jamais été destiné à servir à la guerre. Enfin nous avons à tenir compte des autres feuilles ou plaques d’or destinées à parer certaines autres parties du corps, soit qu’on les ait trouvées sur ces parties, soit qu’on les ait recueillies ailleurs.

6. Enfin, à propos du dépôt d’objets si caractéristiques pour l’archéologue et d’une si grande valeur intrinsèque, je me bornerai à faire observer combien ce dépôt est considérable. Il est, j’imagine, de nature à donner à ces objets, et surtout à ceux du premier tombeau, un rang exceptionnel parmi les dépôts funéraires de l’antiquité. J’apprends que le poids de l’or s’élève à 100 livres environ, ce qui est presque le poids de cinq mille souverains anglais. On se figure difficilement qu’il ait été d’usage de faire des dépôts aussi considérables, même dans le tombeau d’un roi; aussi, sur ce point, je suis forcé, pour ma part, de rejeter décidément et absolument l’hypothèse en vertu de laquelle cette grande sépulture, dans l’état où l’a trouvée le D‘’ Schliemann, serait celle d’Agamemnon et de sa suite, telle que l’auraient fait établir Égisthe et Clytemnestre, leurs meurtriers.

Jusqu’ici je me suis borné, presque sans discuter, à établir nettement les faits. Je veux maintenant réunir en un faisceau les fils épars du sujet et aborder la question capitale: Oui ou non, ces débris, à moitié mutilés, à moitié brûlés, sont-ils les ceiidres d’Agamemnon et de ses compagnons ? Véritablement, c’est le cas de dire a l’investigateur, au propre comme au figuré,

Incedis per ignés Sujtposilos ciiieri doloso C

Relisons avec soin le passage du onzième livre de VOdyssée

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