CHAPITRE lY
FOUILLES DAXS LA CITADELLE DE MVCÉXES {sUlite)
Salaires et prix du travail à Mycèiies. — Le double cercle de dalles.*— Encore deuKSlèdes sculptées
— Stèles sans sculptures. — Cendres et ossements près des stèles, provenant sans doute de sacrilices. — Fragments d’autres stèles funéraires. — Le style de ces stèles est unique en son genre.
— Leur date probable : environ 1500 avant J.-C. — Maison cyclopéenne remplie de cendres d’os, etc. — Objets trouvés en cet endroit et dans les douze réservoirs. — Importance significative des stèles trouvées dans l’acropole. — Elles désignent les tombes royales que Pansa-
FOUILLES DANS LA CITADELLE
nias n'a mentionnées que d’après la tradition. — Fouilles dans le trésor voisin de la porte des Lions ; il est à peu près aussi grand que celui d’Atrée. — Les vases, idoles antiques, etc., que l’on rencontre dans les décombres qui le recouvrent montrent qu’il est enfoui depuis une haute antiquité. — Idoles de Hèra et autres trouvées dans le dromos et dans l’acropole en grande quantité. — Tètes de vache sur des anses de vases, comme à Troie. — Moules pour boucles d’oreilles et autres ornements d’or et d’argent, et curieux cônes d’argile. — Autres ornements d’argile vernie, pierre ollaire, etc. — Nombreux objets de bronze. — Roues curieuses. — Coulants de diverses pierres pour colliers, avec des intailles d’animaux, et autres objets analogues de formes différentes. — Coupes à deux anses ; le oÉTiaç à[j.9tx'jTT:e>.).ov d’Homère. — Profondeur des décombres. — Brèche dans le mur cyclopéen ; elle est bouchée avec un mur antique de petites pierres. — La carrière de Mycènes.
Mycènes, 9 septembre 1876.
Depuis le 19 août j’ai continué les fouilles avec un nombre moyen (le cent vingt-cinq travailleurs et quatre tombereaux attelés de cbevaux, et j’ai obtenu de bons résultats. Je dirai, pour le lecteur curieux de connaître le prix des salaires à Mycènes, que la journée d’un travailleur ordinaire est de 2 drachmes et demie*, celle des surveillants, de 5 ou 6 drachmes, et je paye chaque tombereau 8 drachmes. Les gens de ce pays, il est vrai, travaillent beaucoup mieux et sont beaucoup plus honnêtes que ceux de la Troade.
Dans la tranchée voisine de la porte des Lions, j’ai été obligé d’interrompre le travail pendant un certain temps, la Société archéologique d’Athènes ayant promis d’envoyer un ingénieur pour réparer le mur cyclopéen au-dessus et a côté de la porte et assujettir avec des crampons de fer la sculpture des deux lions, qui ne serait pas en sûreté, en cas de tremblement de terre.
Dans la seconde grande tranchée, j’ai découvert un second mur de 12 pieds (3™, 60) de haut, construit en pierres calcaires plus petites, jointes sans ciment; il court parallèlement au grand mur d’enceinte et forme ainsi une courbe d’environ un tiers de cercle. l\ pénètre dans le champ voisin, que l’on fouille en ce moment; il semble que c’est accidentellement qu’on lui a fait suivre une direction parallèle à celle du grand mur. Il n’est pas vertical, mais sa paroi ouest a une inclinaison de 75 degrés sur l’horizon, comme la grande tour d’Ilion. Il est à remarquer que ce mur est mal bâti et qu’on y trouve par intervalles des dalles plates travaillées, de la
1. La (Irachme grecque vaut 89 centimes en monnaie française.
LE DOUBLE CEliCLE DE DALLES.
iiièiiie pierre sablonneuse que les stèles, ce qui donnerait à penser que le mur est d’une époque postérieure h eelle du grand mur d’eneeinte eyclopéen. Sur ce mur, il y a deux rangées jiarallèles de grandes dalles qui sont encore de la même espèce de pierre sablonneuse, étroitement jointes ; elles ont lamême inclinaison que le mur et paraissent former, en comprenant la partie qui est encore enfouie dans le champ voisin, un cercle complet. Si cette supposition est exacte, le mur sur lequel sont dressées ces dalles n’aurait été bâti que pour les exhausser dans la partie basse de l’acropole et les mettre au niveau de celles dont les rangées se prolongent sur le terrain voisin qui est beaucoup plus élevé. Un fait particulièrement digne d’attention, c’est qu’à l’intérieur du cercle, dont nous ne faisons que supposer l’existence, et du côté vers lequel s’inclinent les rangées de dalles parallèles, l’espace vide a étéévidemmenl comblé avec des décombres jusqu’à la crête meme du mur, aussitôt après qu’il a été terminé*.
En cet endroit, j’ai souvent trouvé, à une profondeur de 3 ou 4 pieds {0'”,90 àl”b20), des cendres provenant de la combustion de matières animales et des quantités d’os d’animaux ; mais je n’ai pu constater s’il y avait parmi eux des os humains, aucun crâne n’ayant été découvert. L’espace compris entre les deux rangées de dalles inclinées était rempli de décombres mélangés d’innombrables fragments d’une belle poterie archaïque et d’une grande quantité d’idoles de Hèra ; mais on n’y a point trouvé d’os. Dans l’intérieur de la courbe et tout près des deux rangées de dalles parallèles, j’ai trouvé encore deux stèles sculptées, en pierre sablonneuse dure (voy. fig. 141, 14^2). L’une de ces pierres est sur la môme ligne que les deux stèles sculptées déjà décrites, et elle n’est que de 1 pied 5 pouces (0’“,43) plus au sud. Elle a 3 pieds 8 pouces I de largeur à la base, et 3 })ieds 7 pouces J (
au sommet; 6 pouces (0'“,15) d’épaisseur et 4 pieds ^2 ponces (1"',25) de hauteur. La longueur de la rangée des trois stèles est
1. Cette enceinte si curieuse sera décrite plus en détail dans le cliapitre V. On y trouvera une discussion sur l’importante question de savoir à quoi elle était destinée.
FOUILLES DANS LA CITADELLE
donc de 13 pieds 8 pouces (4'‘\i0). Semblable aux deux autres stèles, cette troisième pierre tombale que je viens de découvrir (voy. fig. 141) porte sur son côté ouest une sculpture en bas relief, divisée par un filet en deux compartiments et encadrée des quatre côtés par deux filets parallèles. Il manque à la partie supérieure un morceau que j’évalue àl pied (0''',30) de hauteur. Dans le compartiment supérieur est représenté un guerrier, dont la tète et le cou ont disparu avec la partie de la pierre qui a été brisée. Il est représenté debout sur un char tiré, en apparence, par un seul cheval, mais, je le répète, il se pourrait que ce cheval fût destiné à en représenter deux, l’un cachant l’autre. Le mouvement des jambes et celui de la queue du cheval, qui est levée en l’air, semblent indiquer qu’il court avec une grande rapidité, absolument comme sur les deux stèles précédentes. Les deux jambes de devant ne sont pas séparées, non plus que celles de derrière; on dirait départ et d’autre une seule jambe très-large. Dans cetle sculpture, les renes avec lesquelles le guerrier guide le cheval sont nettement indiquées par une large bande. La queue du cheval aussi est moins touffue et mieux proportionnée, mais le corps même de l’animal est une reproduction exacte de celui du bas-relief précédent. La caisse du char est excessivement basse et très-petite, en comparaison de celle du char de l’autre stèle ; mais elle n’est pas moins remarquable, en ce qu’elle est entourée d’un fflet ou listel (avraS) qui est double à la partie inférieure. Immédiatement derrière la caisse du char on voit un couteau à deux trancliants, d’une largeur énorme et dont le manche se termine par un très-gros pommeau. Gomme il ne peut pas avoir existé de couteaux de cette dimension, jè présume ({ue l’artiste a voulu représenter une épée à deux trancliants avec une garde terminée par un gros pommeau ; mais que, n’ayant pas la place nécessaire, il a fait son épée très-courte, sans rien diminuer toutefois de sa largeur, parce que, dans ce sens, la place ne lui faisait pas défaut. La seule roue qui soit visible est analogue à celles des chars représentés dans les autres bas-reliefs; elle n’a également que quatre rayons formant la croix autour de l’essieu.