ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Depuis 1873, dâte à laquelle B. Fraenkel donna, le premier, une description du « pharyngo mycosis » les laryngologistes se sont tenus en éveil et les observations se sont accrues en nombre chaque année. :
Bien que Kraus croit que l'examen microscopique soit inutile, pour faire le diagnostic, la plupart des observateurs cependant, procédèrent à une étude bactériologique de tous leurs cas. En général, ils s'accordent presque tous, à reconnaître le « leptothrix buccalis » dans les points blancs mycosiques, et quelques-uns déduisent d'après cette présence constante que le leptothrix est la cause de la maladie.
Nous ne pensons pas de même. Le leptothrix buccalis est presque constant dans la salive et les différentes parties de la bouche ; il serait étonnant qu'il n'y fût pas dans les affections de celle-ci. Et d’après la bibliographie que nous avons consultée consciensieusement et nos recherches personnelles, nous pouvons dire que l’on rencontre non seulement le « leptothrix buccalis », mais aussi l’oïdium
albicans, le nigrities linguæ, le mycosis sarciné, l'aspergillus fumigatus, etc., et dans l’état actuel nous ne pouvons affirmer que le leptothrix soit le bacille qui engendre la mycose du pharynx. Parfois on ne rencontre aucun microbe et seulement des lamelles de nature cornée.
Notre aimable maître, M. le docteur A. Castex, a bien voulu nous faire cadeau d’une touffe mycosique, enlevée sur l’'amygdale d’une de ces malades (Observation N° V).
Cette petite touffe, ou plutôt cette petite pointe, a un aspect filiforme, d'une longueur de quatre millimètres environ, de couleur blanchâtre, ayant une extrêmité effilée, pointue, en rapportavec la profondeur des cryptes; une autre extrémité, renflée, ayant un millimètre et demi d'épaisseur, répondant à la surface muqueuse de l’amygdale. — Ce petit clou mycosique fut d’abord reçu dans un bocal contenant une solution alcoolique au 1/3. Puis deux jours après, je pus grâce à l'obligeance extrême de mon éminent maître et ami, M. le Docteur G. Durante, chef du laboratoire d'anatomie pothologique à l’hôpilal de la Charité, procéder avec celuici, à un examen microscopique de la pièce mycosique.
La dissociation de la pointe effilée, répondant à la profondeur de la crypte, fut très facile, je pus même l’écraser sans peine sur la lame de verre. Quant à la partie renflée, il en fut tout autrement,
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et malgré un travail armé de patience, la dissociation microscopique fut impossible; j'en détachai à peine quelques petites parcelles. Le reste était dur, corné, d'aspect luisant.
Enfin, je soumis le tout à différents procédés de coloration.
1° Avec la solution anilinée de thionine :
Ada MHne eee .. 90 grammes Solution concentrée alcooliquedethionine = 1: 10 grammes
2° Avec le liquide de Loeñler.
3° Avec la solution de fuchsine (Gram).
Naturellement, j'eus soin de fixer les parties mycosiques au-dessus d’un bec Bunsen, avant la coloration : puis je lavai à l'alcool et recouvrai le toutavec une lamelle au baume du Canada. Eh bien ; de tout cela, le microscope ne décéla rien, aucune cellule animale ; seulement quelques poussières. Ce serait peut-être un point de kératose pharyngée, tel que le décrit Brown Kelley (ir Glasgow Médical Journal Janvier 18 96)
Quoiqu'il en soit, nous ne devons pas en conclure que l'examen des points mycosiques est ainsi, toujours négatif. M. le professeur Cornil, pour lequel nous avons une admiration profonde, à fait une étude microscopique très complète de fragments de mycose pris sur deux des malades relatés dans la thèse de M. Colin. Voici un aperçu résumé du résultat de ses recherches :
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« On voit des accumulations de filaments d’une longueur parfois considérable, de sorte qu'un filament peut occuper tout le champ du microscope. Ils sont rectilignes ou un peu incurvés dans un seul sens, quelquefois retournés en paraboles, rarement sinueux.
« Ils paraissent presque tous formés de filaments plus ou moins longs, en général, d’une longueur triple ou quadruple de leur épaisseur. Ils sont d'un diamètre sensiblement analogue, de 1 DA SAONE |
« Ces microorganisme ne sont autres que des leptothrix en touftes.
« Ces leptothrix etces touffes prennentsouvent naissance sur une cellule d'épithélium aplati, qui est généralement granuleuse ou transparente, mortifiée avec un noyau tout à fait atrophié et transparent. Dans ces cellules épithéliales, on reconnait en outre une série d’autres microorg'anismes qui appartiennent aux microbes communs de l1 bouche ; ce sont, soit des microbes en forme de petits bâtonnets minces, en amas, soit des microbes ronds. Un certain nombre de cellules forment une masse remplie de ces microbes ronds. Quelques-unes contiennent plusieurs de ces variétés, d’autres une seule.
« Toutes les cellules granuleuses qui paraissent modifiées à un faible grossissement, sont plus ou moins remplies d'organisme.
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« Au niveau des parties où le leptothrix s’im- « plante sur la surface de la muqueuse, on voit « parfois une dépression dans laquelle l’épithélium « corné se continue avec le corps muqueux de la « muqueuse. Sur la première couche cornée, s'im- « plantent perpendiculairement ou obliquement, « des filaments de leptothrix ».
Goris a rencontré dans les points mycosiques des leptothrix fasciculés, isolés des cocci associés de différentes façons, des cellules épithéliales. L'auteur a rencontré même des fibres musculaires striées, mais comme nous le disons plus haut, l’extirpation a dû être poussée trop profondément, au delà de la région malade, en plan musculaire.
Garel dit que si on fait des coupes au niveau des points malades, on note que le tissu lymphoïde a disparu etest remplacé par un stroma fibro-conjonctif, dans lequel les vaisseaux sont atrophiés ; dans ce stroma existent des cavités représentant des cryptes dilatées, véritables kystes par rétention tapissées d'une accumulation de lamelles cornées. Entre ces lamelles sont des spores et des filaments de leptothrix. La lésion des cryptes semble être la première en date, et le parasite trouverait là un milieu favorable à sa culture.
Garel ajoute que certaines parcelles de mycosis enlevées à la pince, présentent à leur partie profonde une extrémité effilée en cône dur, d'aspect jaunâtre. Cette consistance de la pointe doit d’après
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lui, provenir de sels calcaires incrustés : elle explique en outre la difficulté que l’on éprouve souvent dans l'extraction de certains îlots de mycosis.
Krauss prétend que, lorsque le parasite a réussi à se développer, il entretient et exagère l’irritation de la muqueuse, par la tendance qu'il a à pénétrer dans la profondeur en se ramifiant dans le tissu conjonctif, dans l’intérieur des glandes, et dans les follicules. Krauss a procédé à l'examen microscopique d’un clou mycosique et a constaté la présence d’une grande quantité de filaments de « leptothrix buccalis » dans un amas d’épithélium et de mucus. Ces filaments se coloraient en bleu, par une solution d’iode et d’iodure de potassium. Il ne put enlever les masses mycosiques des muqueuses, qu'avec une extrême difficulté, et chaque fois, il y arriva; par des manœuvres brusques et violentes qui produisirent des petites hémorrhagies. Cette difficulté provient de la propriété du parasite de pénétrer dans la profondeur des tissus et de s’y ramifiier. L'auteur ajoute qu'il est difficile de dissocier et de désagréger la masse extirpée pour l'examen microscopique.
Moure (de Bordeaux) dit que l'anatomie pathologique montre que ces touffes blanches sont composées des éléments du « leptothrix buccalis ».
Hemenway croit aussi que la pharyngo-mycose est une maladie parasitaire du pharynx. Comme les amygdales sont le siège le plus fréquent des para-
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sites, il conseille de la désigner sous le nom de
< es. », ou de mycose tonsillaire.
Higguet (de Bite) en faisant l'examen microscopique des petits points blancs, trouva que les filaments étaient des lamelles de nature cornée épidermique, sans autres éléments. Ce qui se rapprocherait sensiblement de l'examen fait de notre malade de l'observation n° V. |
Vanderpool ditque l’odium albicans est le parasite végétal le plus fréquent dans le pharynx. On rencontre plus rarement les affections décrites sous le nom de nigrities linguae, mycosis sarciné, aspergillus mycosis, mycosis leptothrix. Le nigrities lingucæ ne se voit dans le pharynx que par extension au voisinage de la base de la langue et c’est sur cet organe que son développement est toujours le plus considérable. L'aspergillus mycosis serait beaucoup moins fréquent dans le pharynx que dans l'oreille.
Gautier rapporte que les masses caséuses, rencontrées dans les cryptes amygdaliennes, sont surtout composées de « leptothrix buccalis ». La maladie, d’après lui, attaque de préférence l’isthme du gosier, rarement le pharynx, plus rarement encore la trachée, et avant tout les amygdales palatines.
Royet croit être au-dessous de la vérité, en affirmant qu’on peut constater la présence du leptothrix dans le pharynx de huit personnes sur dix, prises au hasard. D'après cet auteur, le champ de
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culture par excellence du parasite est la portion de la langue située immédiatement en avant du V lingual; c'est de là qu'il rayonne sur les parties voisines. Îl ajoute que les touffes de leptothrix sont placées sur l'amygdale linguale, entre les lobules de la glande, jamais ou rarement dessus : on peut aussi le rencontrer sur les amygdales palatines, la muqueuse pharyngée et l'amygdale pharyngée.