LES CRITIQUES : BERKELEY RUE SOS
tenance d’un homme qui étouffe son ironie; parfois il éclate d’un gros rire : quelle figure ferait cet homme je ne dirai pas au sénat ou dans un conseil, mais dans un salon privé au milieu de gens bien élevés ! Cependant c’est le visage que prennent certains grands auteurs qui, à cette époque voudraient passer et passent en effet pour des modèles, dans des ouvrages polis et travaillés, écrits sur des questions d’extrême importance ». Alc, VI, 32.
54, Les doctrines essentielles sont condamnées. Berkeley se refuse à reconnaître la réalité du Beau moral, du « 7 x#hù» des Anciens; Shaftesbury s’est inspiré de Platon, d’Aristote et des Stoïciens. Au premier, il a emprunté la notion du 7 70 et du r dodo, de Vagréable et de l’utile; mais l’homme se laisse entrainer par des intérêts plus puissants. Au second, il a pris celle du 7 éraiveroy, du louable: mais l’homme isolé ne s’en préoccupe pas; Aristote d’ailleurs avait pris soin de distinguer les vertus politiques de la vertu sublime, purement théorétique. Quant aux Stoiciens, ils n’ont pas donné à la conduite vertueuse le seul motif de la beauté de la vertu: pourquoi Shaftesbury a-t-il brisé ce système, pourquoi en conserver une pièce isolée ? A cette critique qui vise la qualité du classicisme de Shaftesbury, s’ajoute une remarque qui porte contre la thèse elle-même : jamais les hommes du peuple aux sens vigoureux, aux passions fortes, a Ventendement grossier, ne prendront pour fin le « 76 xahoy De
Berkeley combat également la doctrine du sens moral sous tous ses aspects. La morale de l'honneur d’abord, sous la forme où la soutient Shaftesbury; l'honneur est une certaine ardeur, un enthousiasme qui s’échauffe dans le cœur d’un galant homme, et qu’on ne peut définir ni expliquer a la maniére des pédants. Nous sommes donc en pleine incertitude; l’honneur est soumis aux variations infinies de la
coutume et de l’éducation. Aussi, comme le reconnaissent Alciphron et Shaftesbury, l’homme d’honneur est capable d’immoralité et d’injustice. — Un sens moral comparable aux sens de la Yue ou du toucher, il n’y en a pas; l’expression peut toutefois étre utile pour désigner la conscience ou ces habitudes de conduite nées de l’éducation, de la coutume et de la religion. — La sympathie, la pitié sont aussi des guides incertains; il est plus sûr de suivre la raison et le jugement. D’ailleurs puisque la beauté est ordre et proportion, de laveu d’Alciphron, c’est la raison seule qui nous la révèle.
Le théisme sans Providence justicière n’est qu’ur fatalisme, qu’un athéisme déguisé : Dieu, la Nature et le Destin sont conçus comme identiques. Le rejet de la doctrine des peines futures est symptomatique; quand on supprime ces peines et ces récompenses, on enlève au monde toute sa beauté; pas de beauté véritable, si elle ne s’accorde avec l’utilité et la convenance, s’il n’y a pas de fin unique à laquelle tout conspire, même si l’on découvre par ailleurs de l’ordre et de la proportion. Ce qui est vrai de la peinture et de l’architecture, l’est encore de la morale et de la religion. D'ailleurs quelles autorités invoquer pour couvrir ce refus ? Aristote admettait la Providence, il reconnaissait l’utilité des peines futures (Fraser remarque que Shaftesbury et Aristote sont plus proches l’un de l’autre que ne le pensait Berkeley, cf Berk. W. II, 145, n 2). Certains Stoiciens admettaient sans doute la mortalité de l’âme, mais d’autres dont Sénèque et Marc-Aurèle soutenaient la doctrine de l’immortalité. Enfin ce sont là des doctrines essentielles à la religion et l’on peut dire qu’elles favorisent étrangement les progrès de la morale; un croyant possède tous les motifs d’être vertueux que peut avoir un incrédule et il en a d’autres encore qui lui sont propres.
oo. Le futur évêque de Cloyne ne manque pas de