‹ Mylord ShaftesburyChapitre 23 sur 55 · HUTCHESON · texte numérisé non relu

HUTCHESON

rence. Le panthéisme hylozoïste est par contre délaissé au profit d’une thèse plus nettement personnaliste et chrétienne.

L'apport propre du disciple est constituée par l’étude des « perceptions intérieures ». Il y a chez l’homme un grand nombre de perceptions sans rapport avec une impression exercée sur notre corps; telles sont les idées de nombre, de durée, de proportion, de vertu, de vice, les plaisirs des honneurs et des félicitations, les peines du remords et de la honte, la sympathie et d’autres perceptions encore.

La perception du bien et du mal nous vient du sens moral; la beauté morale nous plaît sans que nous puissions expliquer cette satisfaction par la sympathie ou par le plaisir des sens, par l'intérêt personnel par l'approbation, par la pensée d’un avantage, par la conformité aux lois ou à la vérité, par la propriété, la convenance ou toute autre cause de ce genre. Il faut done qu’il y ait un sens moral, une propension naturelle et immédiate a approuver certaines tendances et certaines actions, à désapprouver les tendances et les actions contraires. Tous les hommes, délicats ou grossiers, les idiots seuls exceptés, établissent des. différences morales, indépendamment des avantages et inconvénients qu’ils peuvent éprouver. Les hommes jeunes qui sont à la fois moins dominés par l’intérêt et moins capables de se contrefaire, manifestent avec plus d’ardeur leurs perceptions morales.

Ce n’est pas la raison qui juge; elle est inefficace et ne détermine pas nos volontés qui dépendent de nos dispositions; la raison nous indique seulement des moyens pour atteindre nos fins ou compare entre elles des fins différentes. L’habitude, la coutume, les préjugés, association des idées ne peuvent expliquer la formation de ce sens moral, puisqu’elles ne créent rien de nouveau; tout au plus en expliquent-elles les variations; la diversité des systemes philosophiques, celle

de nos conceptions du bonheur; les fréquentes erreurs -sur linterprétation des lois divines peuvent ainsi troubler l’exercice du sens moral; mais elle en supposent existence antérieure. C’est donc un sens et un instinct; une détermination constante de l’âme, assez analogue aux pouvoirs de juger et de raisonner, qui doit être, lui aussi, exercé pour que de mauvaises habitudes ne le déforment pas ni ne l’empêchent de percevoir correctement selon la nature des choses.

Il y a de même un sens du beau, une faculté d’apercevoir les idées du beau et de l’harmonie; c’est ce qu’on nomme parfois le génie ou le goût délicat; il s’exerce en tout esprit qui amène la régularité et l’uniformité; l'engouement pour les styles gothique, indien et chinois n’est par contre que mode passagère. Ce sens joue même chez le mathématicien qui découvre l’élégance d’une démonstration. Nous devons aussi veiller à le cultiver convenablement, car l’association des idées. la coutume, l’éducation exercent également sur lui leur action déformatrice.

Le parallélisme de ces deux sens, mieux leur parenté ne doit pas surprendre;le Beau et le Bien sont euxmêmes toujours unis; la beauté des formes n’a dc charme que si elle traduit les qualités morales.

Bref c’est la doctrine même de Shaftesbury avec beaucoup moins d’enthousiasme et beaucoup plus d'analyses scolaires. Hutcheson est le type du disciple accompli, capable de comprendre les enthousiasmes du maitre et de les détailler pour les besoins de l’explication, incapable de les vivre pleinement par défaut de hardiesse et de chaleur. On aurait tort d’ailleurs de sous-estimer les analyses consciencieuses et parfois subtiles qui se trouvent dans l'Enquête sur l’origine de nos idées de beauté et de vertu ou dans le Système de philosophie morale.

62. Avec Adam Smith, la doctrine du sens moral prend une forme nouvelle, assez célèbre d’ailleurs: le

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