ADAM SMITH, FERGUSON
présentent simplement l’idée générale de la perfection comme fin à poursuivre. Ces règles peuvent se pervertir sous l’influence de notions religieuses erronées : il est bon de ne pas trop s’écarter du sens commun qui, s’il ne réussit pas à nous conduire jusqu'aux fins les plus délicates, nous amène cependant à proximité.
Cette sympathie spontanée explique pour une part la sociabilité humaine; l'intérêt personnel la seconde alors : l’homme dépend d’autrui pour la satisfaction de certains besoins; la vie sociale, vue de cette manière, ressemble assez au commerce entre les marchands avec toutefois ce caractère original qu’un « esprit d'équipe » se développe, le sentiment de ne faire qu’un avec ses compagnons. Intervient aussi la résonance sympathique qui éveille dans l'esprit de chaque individu une satisfaction désintéressée du bon ordre social. Enfin si l’amour et la bienveillance se joignent aux causes précédentes, la société parfaite se trouve réalisée; on atteint l'idéal; on combat son égoifme; on laisse libre cours à sa bienveillance; on vit beaucoup pour autrui et peu pour soi-même. On écoute la nature et le christianisme qui s’accordent à prêcher la srande loi de l’amour.
Telles sont les grandes lignes de la morale de la sympathie, où se retrouvent des idées essentielles de la Lettre sur l’enthousiasme : sociabilité naturelle de l’homme, force de la résonance affective, bienveillance naturelle, grande valeur du sens commun. D’autres thèses des Caractéristiques se retrouvent dans la Théorie des sentiments moraux et dans les Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations organisation remarquable de la nature entière qui sert en même temps deux grandes fins : la conservation des individus et la propagation des espèces; bienveillance universelle du Créateur; réflexions sur le sectarisme et la tolérance en matière de religion. Adam Smith juge toutefois que la morale de Shaftesbury est incom-
plète; l’auteur des Caractéristiques a très bien vu qu’il n’y a pas de vertu sans adaptation, sans convenance à une fin; il n’a pas vu que la vertu mérite, outre l’approbation, une récompense, desméme le vice qui correspond a une disconvenance, doit être désapprouvé et puni; peines et récompenses sont ainsi de grande importance pour Adam Smith.
63. On retrouverait encore la thèse de la sociabilité humaine chez Ferguson qui, dans son Essai sur lhis- — toire de la société civile, déclare considérer lindividu isolé comme une abstraction « Les hommes sont a étudier en groupes, comme ils ont toujours vécu. L’histoire de l'individu n’est qu’un détail des sentiments ‘et des pensées qu’il a entretenus pour son espèce; toute expérience qui se rapporte à ce sujet doit se faire sur des sociétés entières et non sur des individus isolés ». I, 1, p. 6. De même Ferguson professe un réalisme moral et soutient la doctrine de la bienveillance naturelle.
64. Reid est le dernier représentant célèbre de cette école du sens moral. Il combine, pour ainsi dire, les deux doctrines de la conscience de Butler et du sens moral de Shaftesbury et Hutcheson, bien qu’il préfére cette dernière expression plus à la mode. Il prêche également, en éclectique partisan du sens commun, la morale de l'intérêt bien entendu.
Des personnes respectables veulent qu’on aime la vertu pour elle-même; c’est une exagération d’ordre mystique et une réaction contre la théorie contraire trop facilement acceptée. Sans doute l’intérêt bien entendu n’a rien de relevé et il reste insuffisant: c’est le calcul d’un esclave; mais il conduit à la pratique de toutes les vertus, directement à la prudence, à la tempérance et au courage, indirectement à la justice, à l'humanité et aux vertus sociales. Aussi seconde-t-il la véritable vertu; il est le seul remède qui puisse retirer les méchants de labîme : allusion et réponse au cas