‹ Mylord ShaftesburyChapitre 26 sur 55 · REID · texte numérisé non relu

REID

désespéré de l’Enquéte et développement des vues de Shaftesbury et de Butler sur union de l’intérét personnel et de l'intérêt général.

Le sens moral, analogüe aux sens externes, est à la fois une faculté active et une faculté intellectuelle: il se développe naturellement pour nous fournir à lage adulte les notions du bien et du mal et discerner les bonnes actions des mauvaises, c’est le sensus recti et honesti des Anciens. Il constitue la véritable dignité de l’homme, il est l’objet propre de l'approbation morale; l’homme du monde l’appelle honneur; le vulgaire, honnêteté; le philosophe, sens moral. En tout homme il existe naturellement; identique en tous à l’origine, il peut se développer ou se corrompre par l’éducation, la mode, les préjugés et les coutumes.

De même il y a un sens esthétique, le goût, qui discerne les beautés de la nature et ce qu’il y a d’excellent dans l’art. Même distinction entre le bon goût qui se règle sur le beau moral, sur le beau absolu, et le mauvais goût qui s’est laissé pervertir par les préjugés. Après Addison et Akenside (c’est-à-dire Shaftesbury, les Plaisirs de l’imagination ne faisant guère que traduire en méchants vers la prose des Caractéristiques), Reid indique comme objets du goût la nouveauté, la grandeur et la beauté qui réside dans les perfections intellectuelles et morales. I] cite même expressément Shaftesbury en même temps qu’Akenside, quand il fait de la perfection divine le principe de la beauté de Punivers, Fac. int. Ess. VIII, ch. 4.

Ajoutons encore que Reid met sa doctrine du sens commun sous le patronage de Shaftesbury et de Pope. Il se référe longuement au Sensus communis, dans le chapitre 2. Essai VI des Facultés intellectuelles, pour accorder une place honorable a cet ainé de la raison, a cette faculté des principes évidents qui prépare l’avénement de sa cadette. C’est encore une faculté active autant qu’une faculté intellectuelle. « Le sens commun

est ce degré de jugement qui est commun a tous les hommes avec qui on peut converser et contracter dans les circonstances habituelles de la vie... Cette lumière intérieure du bon sens n’est pas accordée a tous dans la même mesure; mais il faut la posséder à quelque degré pour être obligé par les lois, capable de veiller. sur ses intérêts et responsable de sa conduite envers les autres ».

65. On ne peut dire que Voltaire soit disciple de Shaftesbury bien qu’il s’en réclame parfois, qu'il le cite souvent et qu’il lui accorde volontiers des épithètes louangeuses. @

Il partage certains de ses ceeds il tient l'E reur Julien pour un héros et un sage qu’on désespère d’imiter et il prend à l’occasion sa défense; il reproche à Locke d’avoir établi la loi morale sur l’opinion et il le trouve trop crédule pour les histoires de Mingréliens et de Caraïbes.

Il accepte également certaines de ses doctrines ; il professe le théisme, la religion de Jésus, qui abhorre pédantisme et arguties; il admet que l’homme est naturellement bienveillant et sociable, que Vinnéité est virtualité.

Mais il s'oppose formellement à d’autres thèses qui sont les dogmes essentiels de Shaftesbury, l’optimisme, la doctrine de la hiérarchie des êtres dans l’univers, la doctrine du Beau moral. Et il s'inspire autant de Clarke et de Newton, ou de Locke,-que de Shaftesbury.

« Le Tout est bien de Shaftesbury, de Bolingbroke et de Pope n’est qu’un paradoxe de bel esprit, une mauvaise plaisanterie » art. Puissance. « Ceux qui ont crié que tout est bien sont des charlatans. Shaftesbury qui mit ce conte à la mode, était un homme très malheureux... » Principe d’action, XVI. « Le mal inonde la terre. Qu’en inférerons-nous par nos faibles raisonnements. Qu’il n’y a point de Dieu ? Mais il nous

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