VOLTAIRE
a été démontré qu’il existe. Dirons-nous que ce Dieu est méchant ? Mais cette idée est absurde, horrible, contradictoire. Prendrons-nous le parti de loptimisme ? ce n’est au fond que celui d’une fatalité désespérante ». Et Voltaire, entraîné comme Diderot par Ta logique interne des idées, ajoute « Le mal physique et le mal moral sont leffet de la constitution de ce monde, sans doute; et cela ne peut étre autrement. Quand on dit que tout est bien, cela ne veut dire autre chose sinon que tout est arrangé suivant des lois physiques ». Homélie sur l’athéisme, t. XXXI p. 460. Parfois, il est vrai, Voltaire interprète autrement cette formule qu’il défend contre l’accusation d’athéisme; ce n’est pas l’affirmation d’un état actuel du monde, c’est Vindication qu’un jour tout sera bien; Voltaire n’est pas un contemplatif enthousiaste, c’est un théoricien et un praticien expert de la politique.
La confiance en un Dieu proche de l’homme a disparu; le monde est le moins mal possible; Dieu a agi le mieux qu’il pouvait; ou encore Dieu est incompréhensible; c’est un être puissant qui a créé l’univers, l’homme n’en a pas d’autre notion.
Fable également que la doctrine de la hiérarchie des êtres, malgré sa belle allure qui éveille l'admiration. Il y a des lacunes dans cette chaîne des êtres : une première, essentielle et éternelle, entre Dieu et la plus parfaite des créatures, entre l’infini et le fini. IH y en a d’autres encore : des espèces animales et végétales ont disparu, après avoir été abondantes, le murex par exemple.
Chimère que le souverain Bien, galimatias poétique que le 7 ##0v, Varchétype du beau; toutefois « il y a des actions que le monde entier trouve belles... Le negre aux yeux ronds, au nez épaté, qui ne donnera pas aux dames de nos cours le nom de belles, le donnera sans hésiter à ces actions et à ces maximes. Le méchant homme même reconnaitra la beauté des vertus qu’il
n'ose imiter ». Dict. phil. Beau. Voltaire conserve donc l'essentiel de la doctrine — et il reproche à Locke de ne pas lavoir admis —; il rejette seulement l’enthousiasme métaphysique de Platon et de Shaftesbury. On pourrait encore indiquer d’autres traits de parenté; certains articles du Dictionnaire philosophique et des Questions sur l'encyclopédie, certains des pamphlets voltairiens s’inspirent étroitement des Caractéristiques. On ne rappellera ici que l’article sur le goût et le bon goût, « discernement prompt comme celui de la langue et du palais et qui prévient comme lui la réflexion... Le meilleur goût en tout genre est d’imiter la nature avec le plus de fidélité ». Le commentaire de la Lettre indiquera les rapprochements a faire entre la Lettre et les articles Fanatisme, Prophéties, Apostat; ce sont la des cas d’influence immédiate et certaine. On notera également des analogies d’inspiration qui s’expliquent par l’atmosphère intellectuelle de cette époque : acceptation de la preuve des causes finales comme d’un argument si hautement probable qu’il équivaut à une certitude; identité du théisme véritable et de la morale; utilité sociale d’une religion positive; rejet du pari de Pascal. Peut-être d’ailleurs la lecture des Caractéristiques fut-elle l’occasion de ces analogies. 66. L'influence de Shaftesbury sur Diderot est plus manifeste, surtout dans la première philosophie, dans ce « théisme de passage » que professent le Discours préliminaire et les notes de la traduction de l'Essai sur le mérite et la vertu, de 1745. Les Pensées Philosophiques, écrites l’année suivante en quatre jours. dit-on, pour satisfaire à un pressant besoin d’argent, ne font guère que transposer la Lettre sur l’enthousiasme. Il semble d’ailleurs que le naturalisme matérialiste qui se fait jour dans la Lettre sur les aveugles retient encore quelques traits de l’hylozoïsme de la Rhapsodie philosophique; le théisme moralisateur de Shaftesbury constitue, comme souvent les critiques