DIDEROT
Pont indiqué, la meilleure préparation au mécanisme et à l’athéisme qui s’accompagnent d’une admiration religieuse pour la Nature.
« La religion et la morale ont des liaisons trop étroites pour qu’on puisse faire contraster leurs principes fondamentaux. Point de vertu sans religion, point de bonheur sans vertu : ce sont deux vérités que vous trouverez approfondies dans ces réflexions que notre utilité commune m'a fait écrire ». A mon frère, Dies,
La religion bien entendue s’accorde avec les sciences expérimentales : cette affirmation où s’exprime la tendance de Diderot a s’évader vers le naturalisme, caractérise tout le dix-huitième siècle, Shaftesbury tout le premier; la connaissance des sciences de la nature permet de mieux louer la sagesse du Créateur. C’est proclamer aussi l’accord de la foi et de la raison; comment Dieu, cette raison éternelle, pourrait-il exiger le sacrifice de la raison humaine; la recherche doit étre libre; le scepticisme général permet seul d’arriver à la vérité.
Même hostilité contre la religion révélée — et même amour farouche de l’indépendance —. La religion naturelle est suffisante, c’est la plus juste, la plus sensée, la meilleure; elle est universelle et incorruptible. La religion révélée, loin de la remplacer, n’a pu que lui ajouter cinq ou six proportions inintelligibles.
Même critique de la superstition, ce « zèle indiscret et bouillant qui se manifeste par la délicatesse gothique des esprits faibles, les fausses alarmes des ignorants et les vapeurs des atrabilaires ». Même critique des miracles.
C’est jusque dans le détail que se laisse reconnaître cette influence : importance des passions pour la vie de l’esprit, réalité objective du Beau, haute valeur de l’enseignement, critique des athées, rejet des peines futures.
Même dans la doctrine définitive, dans le natura-
lisme de Diderot se remarquent des vestiges du théisme
-primitif; on vient de remarquer que le passage était facile de l’hylozoïsme au naturalisme mécaniste; deux citations le montreront avee précision.
Le Supplément au voyage de Bougainville, écrit en 1772, fait déclarer par Orou à l’aumônier « Veux-tu savoir, en tous temps et en tous lieux, ce qui est bon et mauvais ? Attache-toi à la nature des choses et des actions, à tes rapports avec ton semblable; à l'influence de ta conduite sur ton utilité particulière et le bien général. Tu es en délire, si tu crois qu’il y ait rien, soit en haut, soit en bas, dans l’univers qui puisse ajouter ou retrancher aux lois de la nature. Sa volonté éternelle est que le bien soit préféré au mal, et le bien général au bien particulier ». A cette différence près que la Nature se substitue à Dieu, c’est la doctrine même de l'Enquête sur le mérite : même réalisme moral, même affirmation de l’identité du bien de l’individu et du bien de la société; même importance de la vie sociale; même immutabilité des lois de la nature, achevées dès l’origine des temps.
En 1773, Jacques le Fataliste et son maître échangent les propos suivants « M. La Nature n’a rien fait d’inutile et de superflu. — J. Je le crois bien, car puisque une chose est, il faut qu’elle soit ». La note est sans doute plus fataliste; mais il n’y a pas loin entre la doctrine de la Providence et celle du destin. Laissons Jacques et son maitre définir leur différence « J. Et qu'est-ce qui a fait le grand rouleau où tout est écrit ? Un capitaine, ami de mon capitaine, aurait bien donné un petit écu pour le savoir; lui n’aurait pas donné une obole, ni moi non plus; car à quoi cela me servirait-il ? En éviterais-je pour cela le trou où je dois aller me casser le cou ? — M. Je crois que oui. — J. Moi je crois que non; car il faudrait qu’il y eût une ligne fausse sur le grand rouleau qui contient vérité, qui ne contient que vérité et qui contient toute vérité ». Même