‹ Mylord ShaftesburyChapitre 38 sur 55 · LETTRE D'ENVOI · texte numérisé non relu

LETTRE D'ENVOI

Mylord,

Votre ami enthousiaste, vous le voyez, a tenu parole au sujet de ce qu’il mandait récemment à votre Seigneurie, à l’occasion de la découverte de sa récente lettre sur l’enthousiasme et la prophétie. |

Malgré son premier trouble lorsqu'il fut ainsi découvert, il affirme cependant à votre Seigneurie que certainement il n’y avait en l’occasion nulle poltronnerie et qu’il n’éprouverait aucune honte à reconnaître publiquement ce qu’il avait écrit en particulier à votre Seigneurie comme son dévoué serviteur; car nul ne vous est plus dévoué; nul ne désire montrer plus ouvertement à tous son dévouement que lui-même. La seule question est de savoir si un écrit de sa main peut être estimé de valeur suffisante pour constituer un cadeau digne de votre Seigneurie. Satisfait sur ce point, il irait plus loin et ajouterait à la fois le nom de votre Seigneurie et le sien qui, bon gré mal gré, sera toutefois deviné après ce qui s’est passé non seulement dans un club (comme on l’a rapporté à votre Seigneurie), mais encore ailleurs dans le monde; car la Lettre a été communiquée également, par cette première personne, à quelques amis de l’auteur, des amis intimes qui ont pu reconnaître l'écriture des corrections. Ce fut pur hasard que la lettre ne parvint pas plus tôt à la presse : un éditeur, il y a plusieurs mois, l’eut entre les mains grâce à certaines de ces personnes indiquées ci-dessus. D’autres lui ont fait l'honneur d’en copier des passages dans leurs lettres que votre ami a vues; ils lui ont accordé la faveur de leur propre parure; ainsi la lettre était à même de se faire connaître rapidement dans le monde, incorporée aux écrits de ces « gentlemen » qui remplacent souvent la presse et se font librement des emprunts les uns aux autres ou même à quiconque entre dans leurs vues.

Toutefois nul autre que votre Seigneurie ne peut affirmer positivement qui est l’auteur, qui est le destinataire de cette lettre. Vous n’étes nullement dans l’obligation de le déclarer, encore moins dans l’obligation de protéger ou de défendre la lettre. Vous n’avez & répondre ni pour lesprit ni pour l’auteur; c’est la, Mylord, une garantie suffisante pour votre qualité. La sienne, l’auteur s’en soucie peu; car, qu’on en use comme on veut, elle ne peut ni causer de dommages ni procurer un avantage au public que l’auteur est bien incapable de servir. C’est bien assez pour lui s’il peut servir votre Seigneurie, ne fut-ce qu’en montrant le bon exemple par ses efforts et en honorant jusqu’à la limite de sa puissance l’homme qu’il considère comme le meilleur serviteur de son pays et de l’humanité. Il serait heureux d’éveiller une émulation de ce genre et de voir s’établir la mode chez les auteurs aussi bien que chez les hommes de bon ton, de lutter pour obtenir votre estime, et de rivaliser pour se révéler ce qu’il pense être en réalité, votre ami le plus zélé et le plus fidèle, votre humble serviteur ».

77. Malgré les indiscrétions signalées dans cette lettre, la Lettre sur l’enthousiasme parut sans nom d’auteur ni de destinataire (84 pages in-8°, 1708). On en attribua la paternité à différentes personnes, à Shaftesbury certainement et aussi à Swift qui s’en défend encore dans l’apologie ajoutée à la cinquième édition du Conte du tonneau 1710 et qui écrit le 14 septembre 1708 à Ambroise Philips : « Il s’est publié dernièrement un essai sur l’enthousiasme qui a obtenu grande faveur et qui est très bien écrit. Tous mes amis veulent que j’en sois l’auteur; mais moi je n’ajoute nul crédit à leurs propos. Par la libre pensée whig, je le tiendrai plutôt pour le vôtre; mais mien, il ne l’est pas » Swift l’attribua de son côté au colonel Robert Hunter {Conte du tonneau, éd. Guthkelch et Smith, p. 6, n. 2).

Notons au passage que Shaftesbury dut être médio-

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