PETER SENTE
L’ENTHOUSIASME is 12
that imposture has no privilege; and that neither the credit of a court, the power of a nobility, nor the awfulness of a church can give her protection or hinder her from being arraigned in every shape and
appearance. ’Tis true, this liberty may seem to run too. far. We may perhaps be said to make ill use of it.
So every one will say, when he himself js touched, and his opinion freely examined. But who shall be judge
of what may be freely examined and what may
not * ? Where liberty may be used and where it may
not ? What remedy shall we prescribe to this in gene-
ral ? Can there be a better than from that liberty itself which is complained of ? If men are vicious, petulant,. or abusive, the magistrate may correct them : but if
they reason ill, ’tis reason ®° still must teach them to
berté de penser est une absurdité parce que tous les hommes. sont fous, Rép. à Collins, 1713. — Berkeley oppose, Alciphron, III, 16, qu’il faut cacher les vérités dangereuses « Quel service peut-on rendre à l’humanité en amoindrissant les motifs d’être vertueux, quel dommage lui fait-on en les renforçant ? » Sh. a déjà répondu. Mél, V, 3, 344 sqq que les « demi-penseurs », l’espèce la plus insipide, la plus misérable qui soit et la plus absurde, sont dominés par leurs passions et leurs vices, que la passion la plus funeste pour l'intelligence et le jugement, c’est la superstition et la bigoterie. — « C’est notre pensée elle-méme qui doit retenir notre activité de pensée. Et les droits de cette pensée à nous contraindre, comment les reconnaître sinon par un examen libre, hors de toute contrainte », ib, 342; cf. intr. § 15. Tout effort pour asservir la pensée provoque une recrudescence de la satire, de l'ironie et du burlesque comme en Italie, Sensus, I, 4, 53.
30. Il s’agit, non de la raison raisonnante, mais du bon sens. « En matiére de raison on fait plus en une ou deux minutes par questions et réponses que par une conférence prolongée pendant des heures entières. Les discours ne sont bons qu’à émouvoir les passions, la puissance de l’éloquence sert à terrifier, exalter, ravir ou réjouir plus qu’à convaincre ou à ins-
son % qui doit leur apprendre à mieux juger #!. La justesse de la pensée et du style, le raffinement des mœurs, les bonnes manières, toute espèce de politesse ne peuvent venir que de l'essai et de l’expérience du meilleur. Que la recherche soit libre seulement et la juste mesure sera vite trouvée en tout **, Quelle que soit ’humeur qui se manifeste tout d’abord, si elle est contre-nature, elle ne peut se maintenir; et la raillerie, quand on l’a primitivement mal appliquée, tombera certainement en définitive là où il convient #.
truire », Sensus, I, 4, 49. Plutôt que de sombrer dans le pédantisme, il vaudrait mieux s’en tenir au sens commun, Sens., IV, 1, 88; Rhaps. I, 1, 5. Taylor avait déjà déclaré la guerre aux spéculations abstruses, aux interprétations sophistiquées de la Bible et aux explications des Pères, des Papes et des Conciles : « Moins d’arguties, plus de simplicité ». Lib. of proph. § 2. La vision immédiate du vrai et de l’honnête, étrangère à toute philosophie savante, c’est ce que Sh. appellejle bon goût ou le sens moral, intr. §§ 13 et 24. Butler, Serm. V, § 15. « Ainsi morale et religion doivent être claires, aisées à comprendre; elles doivent recourir à ce que nous appelons sens commun, par opposition aux facultés supérieures et à l’instruction; car elles en appellent à l’humanité ». — Cf. sur le sens moral, Hutcheson, ‘Mor Phil, LIL, 2, p. 24) et: LL db -552Sq
31. Diderot, note de l’Essai, I, 1, 1, p. 23. « J’avouerai cependant qu’il y a des hommes assez déréglés pour affecter l’athéisme et Pirréligion à qui par conséquent il vaudrait mieux faire honte de leur vanité ridicule que de les combattre en forme. Car pourquoi chercherait-on à les convaincre ? Ils ne sont pas proprement incrédules. Si l’on en croyait Montaigne, il faudrait en renvoyer la conversion au médecin, l’approche du danger leur fera perdre contenance. « S’ils sont assez fous, dit-il, ils ne sont pas assez forts... ». Mais s’il y a quelques impies de bonne foi comme la multitude des ouvrages dogmatiques lancés contre eux ne permet pas d’en douter, il est essentiel à l'intérêt et même à l’honneur de la Religion qu’il n’y ait que les esprits supérieurs qui se chargent de les combattre ».
do better ft, Justness of thought and style, refinement in manners, good breeding, and politeness of every kind can come only from the trial and experience of what is best. Let but the search go freely on, and the right measure of everything will soon be found 2. Whatever humour has got the start, if it be unnatural, it cannot hold; and the ridicule, if ill-placed at first, will certainly fall at last where it deserves #.
32. Sh. ne requiert l’intervention du magistrat que contre. la raillerie licencieuse et le langage bouffon « qui causent une juste colére, produisent une funeste impression sur le vulgaire et corrompent les hommes tout autrement que par leur raison » Lett. 4 Le Clerc, 6 mars 1705, R. I, 353; cf. intr. § 38. Sh. s’oppose à Hobbes, de hom. XIV, 4 « La religion n’est pas philosophie; elle est la loi en toute cité; par suite on ne doit pas en discuter et il faut s’y conformer. Car on ne peut douter si l’on doit nourrir de Dieu des pensées honnêtes, ou's’il faut l’aimer, le craindre et l’honorer : ce sont des pratiques religieuses communes à toutes les nations ».
33. Leibnitz, Rem. § 5. « Cela serait vrai si les hommes aimaient plus à raisonner qu’à rire. Mais le faux ridicule, ajoute-t-on, n’éblouira que le vulgaire. Je réponds que le vulgaire a plus d’étendue qu’on ne pense, il y a quantité de gens polis qui sont peuple par rapport au raisonnement souvent méme les plus raisonnables se laissent aller au plaisir de rire plus qu’il ne faut... § 7. Je ne vois pas aussi que le ris, c’esta-dire quelque chose qui tient plus du mépris et abaisse l’idée de l’objet soit une pierre de touche qui serve à reconnaître la vérité. Mépriser ce qu’on ne connait pas encore est une prévention dont il faut se défaire ». — Berkeley, Alc., III, 15 rejette également l’usage de la raillerie comme critère de la verité; il y a cing ou six siécles, écrit-il, on se serait raillé de la circulation du sang, des antipodes, du système de Copernic et des montagnes de la lune. — Mêmes remarques de Brown, Ess. p. 48 sqq, qui ajoute p. 56. « De fausses images empreintes en la fantaisie rendent ce qui est réellement élégant et juste,
Je me suis souvent étonné de voir des hommes ce ‘sens #* s’alarmer de l’intervention en certains sujets * de quoi que ce soit qui ressemble à de la railleric; comme s'ils se méfiaient de leur propre jugement. Car quel ridicule peut tenir contre la raison ? Comment ur homme de la moindre justesse de pensée peut-il souffrir un ridicule mal placé ? Rien n’est plus ridicule que cela même. Le vulgaire peut certes gober une plaisarterie malpropre, une simple drôlerie ou une bouffonnerie; mais il faut un esprit plus délicat et plus véritable pour réussir auprès des hommes de bon sens ou de bonnes manières %. Alors comment se fait-il que
apparemment faux et laid et le représentent comme réellement méprisable et ridicule ». — Warburton, Div. leg. ded. p. XIX. « Mais pour montrer combien on doit attendre peu de bons résultats de cette méthode d’esprit et d’humour, on peut pousser plus loin et observer que méme la raillerie de la fausse vertu qui certainement ne mérite aucune pitié, a produit parfois de facheuses conséquences. Les Espagnols se sont plaints, et avec raison à mon avis, que la juste et inimitable raillerie de la chevalerie errante par Cervantès, a détruit, en même temps que cette folie, une grande part de leur honneur véritable. Et il apparaît avec une extrême évidence que la fine satire du fanatisme par Butler n’a pas peu contribué à jeter le discrédit sur la piété sobre à l’époque débauchée de Charles II. La raison en est qu’il y a de nombreuses analogies apparentes entre la vérité et ses contrefaçons. Il appartient à la seule intelligence de découvrir des ressemblances entre les choses; et les esprits communs n’en peuven: discerner les différences. — Leland, 91, critique aussi la niéthode de la raillerie « … mais alors ceci suppose que la raillerie elle-même doit se soumettre au jugement de la froide raiscn. Et comme le reconnaît Mylord, c’est en fait une étude difficile que de tempérer et de régler cette humeur ».
34. Il ne s’agit pas seulement des semblables du vieux gentilhomme de la Rhapsodie, II, 2, 47, pourtant si représentatif de cette opinion; Warburton. Div. leg. ded. XIII, l’expose avec netteté « Car quel plus grand affront peut-on faire A l’austé-
I have often wondered to see men of sense *4 so ‘mightily alarmed at the approach of anything . like ridicule on certain subjects; as if they mistrusted their own judgment. For what ridicule can lie against reason ? or how can any one of the least justness of thought endure a ridicule wrong placed ? Nothing is more ridiculous than this itself. The vulgar, indeed, may swallow any sordid jest, any mere drollery or buffoonery; but it must be a finer and truer wit which takes with men of sense and breeding %. How comes
rité de la raison, 4 la sublimité de la vérité et à la sainteté de ja religion que de les soumettre au contact impur d’un bouffon grossier ? La politesse d’Athénes, que vous prétendez tant admirer, serait ici une leçon pour vous. Toutes les questions de cette nature y étaient confiées, quand il fallait les examiner, au tribunal le plus grave et le plus austère, l’Aréopage : ses juges n’auraient pas souffert que les avocats des parties contraires s’adressassent aux passions sinon selon les règles habituelles de la rhétorique la plus chaste ».
35. Il s’agit, bien entendu, des questions: religieuses; l’enthousiasme s’y donnant libre cours et introduisant avec lui fanatisme et superstition, la raillerie doit le contrebattre. Sh. transpose ici la doctrine de examen individuel soutenue par les théologiens protestants, Chillingworth, Taylor et Tillotson en téte. Ceux-ci veulent appliquer 4 la Bible et aux dogmes religieux les méthodes critiques scientifiques, dans la ferme conviction que cet examen révélera la force du christianisme; de même, pour Sh., la raillerie, c’est-à-dire la critique enjouée de bon goût, manifestera les véritables principes de la morale et de la religion. Comparer les réserves de Chillingworth Rel. des protestants, ch. 3-4, de Taylor, Lib. of proph. § 3 sur la valeur des interprétations littérales de la Bible et le passage des Mélanges, qui s’en inspire, V, 1.
36. Cf. Lettre a Basnage sur Bayle, R. I, 374 et surtout lettre à Coste du 25 juillet 1712. Sh. y appose l’ironie lettrée et spirituelle à la grossièreté bouffonne de Swift, trop appréciée du vulgaire. « Témoins le pouvoir et le succès considé-
nous nous montrions si pusillanimes dans nos raisonnements et que nous nous effrayions de subir l'épreuve du ridicule ? Ah! dit-on, ce sont des sujets trop graves. Peut-être : mais laissez nous voir d’abord s’ils le sont réellement ou non : car, suivant la manière dont nous les concevons, ils peuvent bien paraitre très graves et très importants à notre imagination alors que de leur propre nature, ils sont tout à fait ridicules et futiles. La gravité est de l’essence même de l’imposture #7. Celle-ci non seulement nous leurre sur la nature des autres choses; maïs encore elle est presque toujours portée à nous leurrer sur sa nature prepre. Car même dans la conduite de la vie quotidienne, comme il est difficile à un personnage solennel de rester longtemps hors des frontières du formalisme ? Nous ne saurions être trop graves, si nous pouvons nous assurer que nous sommes en fait tels que nous Pimaginons *%. Et nous ne saurions trop honorer ou révérer une chose pour sa gravité, si nous sommes sûrs que cette chose possède en fait cette gravité que nous lui attribuons. L’essentiel est de toujours distinguer la véritable gravité de la gravité feinte; et on n’y peut parvenir qu’en portant toujours en soi la règle *® et en
rable de ce détestable écrit de ce plus détestable auteur du Conte d’un tonneau, dont les mœurs, la vie, la plume et la langue prostituées correspondent exactement certes au désordre, à l’obscénité, à la licence et à la grossiéreté de ce faux esprit, de ce style et de cette humeur de bouffon ». R. I, 504.
37. « Grimaces et accents sont de puissants auxiliaires de l’imposture et plus d’un sophisme formel supporte l’examen, quand on l’appuie d’un visage austère, qui ne passerait pas avec un air débonnaire » Sensus I, 5, 52. Whichcote, Sermons, I, 66. « On a depuis longtemps observé que la faction et le zèle fictifs étaient une espèce de feu sauvage. Plus un homme est hypocrite dans sa religion, plus il est furieux et farouche; plus il est faux, plus il est imposant ». Leibnitz, 6, note au contraire : « La badinerie n’y convient pas moins; tout ce qui
| L'ENTHOUSIASME 177 it to pass, then, that we appear such cowards in reasoning, and are so afraid to stand the test of ridicule ? O ! say we, the subjects are too grave. Perhaps so; but let us see first whether they are really grave or no; for in the manner we may conceive them, they may, peradventure, be very grave and weighty in our imagination, but very ridiculous and impertinent in their own nature. Gravity is of the very essence of imposture 3”. It does not only make us mistake other things, but is apt perpetually almost to mistake itself. For even ip the common behaviour, how hard is it for the grave character to keep long out of the limits of the formal one ? We can never be too grave, if we can be assured we are really what we suppose. And we can never too much honour or revere anything for grave, if we are assured the thing is grave, as we apprehend it. The main point is to know always true gravity from the false : and this can only be by carrying the rule constantly with us, and freely applying it not only to
‘amuse et détourne la vue du point dont il s’agit, est propre à tromper ». — John Brown combat aussi cette affirmation, Ess, 70. Si la gravité accompagne souvent l’imposture, c’est « en conséquence d’une maxime tenue depuis longtemps pour accordée, que la raison apporte la preuve de la vérité. Que l’on adopte d’une manière générale l’opinion de Mylord que la raillerie est le critère de la vérité, bientôt l’on verrait la bouffonnerie accompagner l’imposture aussi régulièrement ».
38. On sait combien Sh. prétend s’opposer aux esprits légers et aux plaisantins. Cf. Intr. § 16 et infra note 92.
39. Cette règle, c’est le bon sens, cf. notes 30 et 26. C’est à soi-même qu’il faut appliquer d’abord la méthode d’examen critique et de raillerie. Le soliloque, l’examen de conscience, est la première démarche de toute philosophie, intr. §§ 14 et
Vappliquant librement non seulement à tout ce qui -nous entoure, mais encore à nous-mêmes, car si par malheur nous perdons la mesure à notre endroit, nous la perdrons bientôt pour tout le reste. Or quelle règle, quelle mesure y a t-il au monde, si ce n’est l’examen de la nature réelle des choses * pour découvrir celles qui sont véritablement sérieuses et celles qui sont réellement ridicules ? Et comment peut-on le faire, sinon en leur appliquant le ridicule pour découvrir si elles le supportent ? Mais si nous craignons d’appliquer cette règle à l’une quelconque des choses, quelle garantie pouvons-nous avoir contre l'hypocrisie d’un formalisme en toutes choses # ? Nous nous sommes permis le formalisme sur un point; et ce même formalisme a le droit de nous commander en tout à son gré #. Nous ne sommes pas toujours disposés à bien juger des choses #. Nous devons auparavant juger notre pro-
20. Il faut, avant tout, détruire en nous toute grossièreté et toute immoralité, pour former à la fois sens moral et bon goût. Cf. Sensus IV, 1, 88 qui oppose aux morales subiiles et évasives la franchise et la droiture du sens commun et Mél. III, 2, 271. qui insistent sur la formation du goût par des études et des exercices appropriés.
40. Retour à l’idée de l’existence réelle du type spécifique, d’une vérité objective et indépendante, que l’on appelle à sa guise Vérité, Beauté, Utilité, Bien. L’opinion, sujette à l’erreur, ne la rencontre que par accident; seuls le bon goût et le bon sens nous en révèlent le charme impérissable; dans une lettre du 7 novembre 1707, Sh. confie au général Stanhope, que, malgré son respect et sa reconnaissance, il ne peut accepter la philosophie de Locke, qui, par ignorance des Anciens, a trop accordé à Vopinion,
41. Ici cependant Sh. a écouté les enseignements de Locke. Cf. Ess. sur l’ent. hum., IV, XVIII, 25. « Nulle proposition ne peut être reçue par révélation divine, ou obtenir l’assentiment qui est dû à toute révélation émanée de Dieu, si elle est contradictoirement opposée à notre connaissance claire et de simple vue; parce que ce serait renverser les principes et les
L'ENTHOUSIASME pha LES
the things about us, but to ourselves; for, if unhappily we lose the measure in ourselves, we shall soon lose it in everything besides.. Now what rule or measure is there in the world, except in the considering of the real temper of things #, to find which are truly serious and which ridiculous ? And how can this be done, unless by applying the ridicule, to see whether it will bear ? But if we fear to apply this rule in anything, what security can we have against the imposture of formality in all things #4? We have allowed ourselves to be formalists in one point;-and the same formality may rule us as it pleases in all ofher #.
Tis not in every disposition that we are capacitated to judge of things #. We must beforehand judge of
fondements de toute connaissance et de tout assentiment... La foi ne peut nous convaincre d’aucune chose qui soit contraire a notre connaissance ».
42. Leibnitz, Rem., 8, « Les Magistrats, les Maîtres des cérémonies et les Hérauts d’armes se dépouillent de leur formulaire avec leurs robes et avec l’exercice de leurs fonctions publiques ». Peut-être cependant, comme le remarque Sh., faut-il réagir sans cesse pour ne pas devenir l’homme de la fonction sociale que l’on remplit, pour éviter la déformation professionnelle. Les magistrats de Leibnitz devaient avoir beaucoup d'esprit critique; ou bien ils ne se prenaient pas tout à fait au sérieux.
43. Le jugement n’est pas l’œuvre du seul eniendemént Paffectivité et la volonté y ont part. « Philosopher, au sens convenable du mot, ce n’est que porter les bonnes manières à un degré plus élevé ». Mél. III, 1, 225. « Par hérésie, on entend une obstination de la volonté et non pas seulement un défaut de l’entendement. Pour cette raison, il est impossible qu’un homme honnête, et bien disposé soit schismatique ou hérétique et affecte de se séparer de son culte national pour des raisons faibles ou sans provocation grave » Ib, I, 3, 221.
pre disposition “4; ensuite, et en conséquence, les autres choses qui tombent sous notre jugement. Mais nous ne
devons plus prétendre juger des choses ou de nos pro- .
pres dispositions quand nous avons abandonné notre droit initial au jugement et que, sous le prétexte de gravité, nous nous sommes permis de tomber dans le dernier ridicule et d'admirer profondément ce qu’il y a de plus ridicule dans la nature, du moins selon la mesure de notre savoir. Car pour ne nous être jamais résolus à l’éprouver, nous ne pouvons jamais avoir de certitude. i
Souvent une plaisanterie décide de questions d’importance avec plus de force et mieux que de graves discussions #.
Je peux le soutenir en toute sécurité, Mylord, c’est une affirmation si vraie en soi et si bien admise comme vérité par les habiles formalistes de l’époque, qu'ils aiment mieux souffrir pour leurs impostures la raillerie la plus acerbe et la plus violente qu’on puisse imaginer, que d’être effleurés, si légèrement que ce soit, par cette autre raillerie. Ils savent très bien que, tout comme les modes et les goûts, les opinions #, même les plus ridicules, sont entretenues par le formalisme et que ces opinions compassées, nées sans doute de la mauvaise humeur et conçues dans une sombre tristesse, ne sont jamais écartées que par une gaieté mesurée et par des
Les passions sont les « poisons de la raison ». Une erreur de raisonnement est vite redressée quand la passion est écartée. Mais si la seule audition de certaines propositions de philosophie suffit à émouvoir nos passions, c’est clair, le poison nous a déjà imprégné » Sensus, II, 1, 62. En somme l'esprit est unité et l’on ne peut séparer les facultés si ce n’est pour l’étude pédante; le bon sens, le bon goût expriment l’homme tout entier et c’est pourquoi l’homme de bon ton est seul à philosopher convenablement. — Sh. reprend ici une doctrine assez répandue au 17° siècle dans le monde des théologiens au sujet de Vhérésie, doctrine que traduit fidèlement la citation ci-
our own temper “4, and accordingly of other things which fall under our judgment. But we must never more pretend to judge of things, or of our own temper in judging them, when we have given up our preliminary right of judgment, and under a presumption of gravity have allowed ourselves to be most ridiculous and to admire profoundly the most ridiculous things in nature, at least for aught we know. For having resolved never to try, we can never be sure,
Ridiculum acri Fortius et melius magnas plerumque secat res *.
This, my lord, I may safely aver, is so true in itself, and so well known for truth by the cunning formalists of the age, that they can better bear to have their impostures railed at, with all the bitterness and vehemence imaginable than to have them touched ever so gently in this other way. They know very well, that as modes and fashions, so opinions #, though ever so ridiculous, are kept up by solennity; and that those formal notions which grew up probably in an ill mood and have been conceived in sober sadness, are never to be removed but in a sober kind of cheerfulness, and
dessus; Taylor, Lib. of. Proph. §§ 1 et 13; toute la littérature baptiste, qui fait de la croyance un don du St-Esprit.
44, La morale est la propédeutique par excellence et son procédé essentiel est l'examen de conscience, Intr. 14, 20, 40; note 39.