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by a more easy and pleasant way of thought. There is a melancholy which accompanies all enthusiasm 47. Be it love or religion (for there are enthusiasms in both #) nothing can put a stop to the growing mis-. chief of either, till the melancholy be removed and the mind at liberty to hear what can be said against the ridiculousness of an extreme in either way.
It was heretofore the wisdom of some wise nations to let people be fools as much as they pleased, and never to punish seriously what deserved only to be laughed at, and was, after all, best cured by that innocent remedy “. There are certain humours in mankind which of necessity must have vent. The human mind and body are both of them naturally subject to commotions : and as there are strange ferments in the blood, which in many bodies occasion an extraordinary discharge; so in reason, too, there are heterogeneous particles which must be thrown off by fermen-
thousiastes : c’est une réaction naturelle contre l’austérité des Saints de Cromwell. Leslie, dans son ouvrage contre les quakers, Le serpent dans l’herbe, voit dans Venthousiasme la cause de tous les maux qui se sont appesantis sur l'Eglise. « Nulle autre voie n’a permis au diable d’étendre son royaume sur les hommes avec plus de succès que lorsqu’il se transforme en ange de lumiére et qu’il peut faire prendre ses prodiges à ses crédules disciples pour les décrets immédiats du Saint Esprit », Préf. III. L’enthousiasme est d’autant plus redou'able qu’il s’empare des personnes religieuses et non des débauchés.
48. H. More avait déjà signalé cette parenté, particulièrement sect. 19 sqq où il rapporte de nombreux exemples d’enthousiastes polygames et débauchés; cf. plus haut, n. 14.
49. Leibnitz, Rem. 10. « Le Sénat romain empécha la célébration des Bacchanales parce qu’il y avait de grands désordres ». Sh. paraît en effet s’exagérer la tolérance et la douceur des Anciens; cf. plus bas n. 216.
ser par fermentation. Si les médecins tentaient de neu-
traliser entièrement ces ferments du corps et de combattre les humeurs qui se manifestent par ces éruptions, loin-d’obtenir la guérison, ils provoqueraient sans doute une peste.et transformeraient une fièvre printanière ou une pléthore automnale en une fièvre maligne épidémique. I] y a certainement d’aussi mauvais médecins du corps politique, qui veulent toujours se mêler de ces éruptions mentales et qui, sous le prétexte spécieux de guérir cet accès de superstition et de sauver les âmes de la contagion de l’enthousiasme bouleverseraient toute la nature et transformeraient des abcès inoffensifs en une inflammation et une gangrene mortelles °°.
Nous lisons dans Thistoire®! que Pan, lorsqu’il accompagna Bacchus dans une expédition aux Indes, découvrit un stratagème pour frapper de terreur une
50. Le Soliloque II, 2, 162, utilise une comparaison analogue « Dans les organismes sains, la nature prescrit des remèdes de son cru et pourvoit à la guérison des maux qui se sont produits lors du développement et de la croissance du corps... Ainsi ’humeur ardente et « trop sanguine » du style élevé s’adoucit par l’effet d’un reméde de nature contraire. Le génie comique fut appliqué comme une maniére de caustique a ces excroissances et ces fongosités du style ampoulé et de la grandiloquence. Mais par la suite le reméde engendra lui-méme un malaise; ainsi les remédes deviennent corrosifs, nous le savons, lorsque les substances malsaines qu’ils combattent, ont été suffisamment éliminées et les obstructions supprimées >». — Ces comparaisons médicales sont tout à fait dans le goût de cette époque. Swift les utilise également, mais avec toute sa truculence, dans le Conte du tonneau. Bacon, Mél. de div. essais, préf. à Francis Osborn, attribuait déjà la naissance de la superstition à des imperfections du corps et de l'esprit; dans le chap. 17, de la superstition, il y ajoutait d’autres causes, celles que l’on donne habituellement, influence des rites et des cérémonies, vénération excessive pour les traditions, ambition des prélats, anthropomorphisme, etc. — H. More fait aussi de
L’ENTHOUSIASME : 185 tation. Should physicians endeavour absolutely to allay those ferments of the body, and strike in the humours which discover themselves in such eruptions, they might, instead of making a cure, bid fair perhaps to raise a plague, and turn a spring-ague or an autumnsurfeit into an epidemical malignant fever. They are certainly as ill physicians in the body-politic, who would needs be tampering with these mental eruptions; and under the specious pretence of healing this. itch of superstition, and saving souls from the contagion of enthusiasm, should set all nature in an uproar. and turn a few innocent carbuncles into an inflammation and mortal gangrene °°.
We read *! in history that Pan, when ie accompanied Bacchus in an expedition to the Indies, found means to strike a terror through a host of enemies by
l’enthousiasme une conséquence du tempérament; il signale parmi les causes matérielles les plus fréquentes, l’action du climat, le vin, le mal de St-Vit, la potion de Bzeptista Porta et autres élixirs analogues. Comme remèdes, il prescrit la tempérance et l’exercice corporel modéré, sect. 52, l'humilité et le calme de la raison, sect. 53-54. La raison qui nous vient du Christ, logos éternel, est souveraine contre l’enthousiasme. — Whichcote assimile enthousiasme et folie « Chez les Chrétiens, ceux qui se prétendent inspirés paraissent fous; chez les Turcs, ceux qui sont fous, sont tenus pour inspirés », cité Phil. Rev., mars 1927, 156. — Le Spectateur n° 494 écrit « Tl y a un siècle environ, c’était la mode en Angleterre pour qui voulait passer pour religieux d’affecter un air aussi dévot que possible et, en particulier, de s’abstenir de toutes les apparences de joie et de plaisanterie qu’on regardait comme les marques d’un esprit charnel. Le saint était de contenance morose; généralement il était rongé de spleen et de mélancolie ».
51. Polyaeni Strateg. I, 2, (n. de Sh.) .— Les huit livres des Stratagèmes de Polyen, écrits en 163, furent publiés pour la 1'° fois à Lyon en 1589.
multitude ennemie à l’aide d’une petite troupe dont il utilisa très heureusement les clameurs au milieu des rocs sonores et des cavernes d’un vallon boisé. Les rauques mugissements répercutés par les antres s’ajouterent à l’aspect horrible de ces lieux sombres et déserts et engendrèrent une telle terreur chez les ennemis que, dans cet état, leur imagination leur fit entendre des voix et, sans doute aussi, leur fit voir des formes surhumaines, cependant que leur incertitude à égard de l’objet de leurs craintes accroissait encore leur frayeur et que leurs regards la propageaient confusément plus vite qu'aucun récit ne pourrait l’exprimer. Et ce fut alors ce qu’ensuite les hommes appelérent une panique. Assurément ce récit fait bien comprendre la nature de cette passion, qui peut difficilement s’éveiller sans quelque mélange d’enthousiasme et de terreurs de l’espèce superstitieuse °°.
52. Bacon, de Augm. Scientiarum II, 13, interprète la légende de Pan; aprés avoir justifié la présence auprés de Pan, dieu de Univers, des chœurs de nymphes, de satyres, de silènes, symboles des âmes vivantes, de l’adolescence et de la vieillesse, il propose une explication de l’expression « terreur panique ». « Car la nature inspire à tous les être vivants une peur et une épouvante qui leur conserve la vie et l’être, leur fait éviter et écarter les maux imminents. Mais toutefois cette même nature ne sait pas garder la mesure et aux craintes salufaires, elle mêle toujours des terreurs vaines et futiles; si bien que tout est plein de terreurs paniques (si l’on pouvait en scruter les profondeurs), surtout les âmes humaines; et, au supréme degré, les âmes du peuple que la superstition travaille et agite à l’extrême (et certes ce n’est rien d’autre qu’une terreur panique) surtout dans les époques difficiles et troublées et dans Vadversité. Cette funeste superstition ne règne pas seulement sur le vulgaire; mais encore, de l’opinion du vulgaire, elle rejaillit parfois sur les esprits les plus sages; comme Epicure l’a très bien dit (plût au ciel que ses autres propositions sur les dieux fussent de ce genre) : ce n’est pas une impiété que de rejeter les dieux du vulgaire; c’en est une que d’appli-
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the help of a small company, whose clamours he managed to good advantage among the echoing rocks and caverns of a woody vale. The hoarse bellowing of the caves, joined to the hideous aspect of such dark and desert places, raised such a horror in the enemy, that in this state their imagination helped them to hear voices, and doubtless to see forms too, which were more than human : whilst the uncertainty of what they feared made their fear yet greater, and spread it faster by implicit looks than any narration could convey 1. And this was what in after-times men called a panic. The story indeed gives a good hint of the nature of this passion, which can hardly be without some mix- ‘ture of enthusiasm and horrors of a superstitious kind °?.
quer aux dieux les opinions du vulgaire ». Voltaire utilise cette comparaison de l’enthousiasme et de la panique en plusieurs endroits. « Les superstitieux sont dans la société ce que les poltrons sont dans une armée, ils ont et donnent des terreurs paniques », 13° lett. phil. « Un homme passionné qui parle avec action a dans ses yeux, dans sa voix, dans ses gestes, un poison subtil qui est lancé comme un trait dans les gens de sa faction ». Dict. phil. Enthousiasme. « Cet empire que Venthousiasme d’un seul exerce sur la multitude qui le voit ou l’entend, la chaleur que les esprits rassemblés se communiquent, tous ces mouvements tumultueux, augmentés par le trouble de chaque particulier, rendent en peu de temps le vertige général. C’est assez d’un seul peuple enchanté à la suite de quelques imposteurs; la séduction multipliera ses prodiges et voilà tout le, monde à jamais égaré. L’esprit humain, une fois sorti des routes lumineuses de la nature, n’y rentre plus; il erre autour de la vérité, sans en rencontrer autre chose que des lueurs qui se mêlant aux fausses clartés dont la superstition l’environne, achévent de l’enfoncer dans les ténèbres », ib, Fanatisme, 1°° sect. Hume, Ess. mor. I, 10, 144 « L’esprit humain est sujet a certaines craintes et a certaines terreurs
188 i! LETTRE SUR
On peut à bon droit appeler panique toute passion qui s’éveille dans une foule et se propage par l’aspect et comme par contact sympathique **. Ainsi la fureur populaire peut s’appeler panique quand la rage d’une foule, ainsi que nous l’avons vu parfois, a jeté les hommes hors d’eux-mémes surtout quand il s’agissait de religion **. Et dans cet\ état les regards eux-mêmes sont empoisonnés. La fureur vole de visage en visage; le mal n’est pas plus tôt aperçu qu’il n’est gagné °°. Ceux qui, plus sains d’esprit, ont observé une foule dominée par cette passion, ont déclaré qu’ils virent sur les visages humains une expression plus affreuse et plus terrible qu’en autre temps, dans les circonstances les plus furieuses °°, Tel est le pouvoir que possède la société sur les mauvaises comme sur les bonnes passions : tant un sentiment acquiert de violence lorsqu'il est collectif et social 57.
inexplicables qui sont engendrées par la situation malheureuse des affaires, privées ou publiques, par la mauvaise santé, par une disposition sombre et mélancolique ou par le concours de toutes ces circonstances. Dans cet état d’âme, il rêve de maux inconnus infinis, produits par des causes inconnues; et quand font défaut les sujets réels de terreur, l’esprit tourne contre lui-même sa propre activité, nourrit son inclination prédominante et découvre des causes imaginaires dont la puissance et la malignité sont sans limites ».
53. Tel est le sentiment naturel qui traduit la nature sociale de l’homme. Sh. a insisté sur la réalité d’un « esprit public » naturel à l’homme, sur la spontanéité de la bienveillance, intr. $$ 22, 23; toute l’école du sens moral reprend ce thème : I appartient à Adam Smith d’accorder à la sympathie un rôle privilégié et d’en faire l’unique ressort de sa morale, ib. § 62. Mandeville, sans nier la puissance de ce sentiment, en a fait au contraire une cause de trouble social et moral, ib. § 50. — Hume insiste également sur le rôle de la sympathie dans la vie morale; l’homme isolé sent qu’il ne se suffit pas a luimême et s’ennuie; l'amour des parents pour les enfants, l'amour des proches et des familiers s’expliquent en partie par
L'ENTHOUSIASME 189 One may with good reason call every passion panic which is raised in a multitude and conveyed by aspect or, as it were, by contact of sympathy #, Thus popular fury may be called panic when the rage of the people, as we have sometimes known, has put them beyond themselves; especially where religion has had to do *4. And in this state their very looks are infectious. The fury flies from face to face; and the disease is no sooner seen than caught. They who in a better situation of mind have beheld a multitude under the power of this passion, have owned that they saw in the countenances of men something more ghastly and terrible than at other times is expressed on the most passionate occasion %. Such force has society in ill as well as in good passions : and so much stronger any affection is for being social and communicative 57.
la sympathie; cette résonance affective explique la contagion des idées et des sentiments, Nat. hum. IJ, I, 11; IX, I, 4, 5, 9; IL, III, 63 II, Ill, 1.
54. Le type classique de cette frénésie épidémique est fourni par la rage fanatique des Ephésiens Actes XIX, 23-40, a laquelle font allusion les Mélanges, II, 2, 209.
55. Helvétius. De l’homme, VII, 10, s’inspire de ce passage « L’enthousiasme est une maladie contagieuse qui se communique, dit mylord Sh., par le geste, le regard, le son de la voix, etc... Le Général le sait; il commande et le fanatique attiré dans une maison de jésuites, s’y trouve au milieu d’enthousiastes. C’est là que, s’animant lui-même du sentiment de ceux qui l’entourent, on lui fait accroire ce qu’il pense, ce qu’il suggère, et que, familiarisé avec l’idée du crime qu’il doit commettre, on le rend inaccessible au remords ».
56. Journal des savants, 25 mars 1709, p. 755. « Il est difficile de comprendre comment on pourrait faire entendre raillerie à un peuple ainsi animé et le guérir de son enthousiasme ‘séditieux par ce remède spécifique ». Remarques analogues ‘chez Leibnitz, 16-17.
57. Ainsi l’esprit de faction et la rage fanatique ne sont que
C’est ainsi, Mylord, qu’il y a bien des paniques hu- — maines outre celle de la peur. Et c’est ainsi que la religion elle aussi est panique , toutes les fois que s'élève un enthousiasme, de quelque nature qu’il soit, comme il arrive souvent dans les époques de désolation. Car des vapeurs montent naturellement; et surtout dans les circonstances tragiques, quand les esprits des hommes sont abattus, dans les calamités publiques, ou bien quand lair ou le régime sont malsains %, ou bien encore quand surviennent des convulsions, tempétes, tremblements de terre ou autres prodiges étonnants ©; à ce moment la panique ne peut manquer de s’élever bien haut et le magistrat, de toute nécessité, doit lui laisser libre cours. Car lui appliquer un remède
des exagérations de la sociabilité naturelle à l’homme. Sh. prélude ici au Traité de la nature humaine et à l'Histoire naturelle de la religion de Hume. — Cf. sur la puissance de ce sentiment naturel et son développement, Sensus, III, 2, 74. « Si manger et boire sont des actes naturels, vivre en troupe lest également. Si un appétit ou un sentiment est naturel, le sentiment de compagnonnage lui est analogue. S’il entre quelque part de naturel dans cette affection qui unit les sexes, l’affection est certainement tout aussi naturelle, qui s’adresse aux enfants nés de cette union; de même lJ’affection mutuelle des enfants, parents et compagnons, élevés sous la même règle et administration. Ainsi se forme peu a peu un clan ou une tribu; on reconnaît un Etat; ».
58. Sh. a déjà indiqué le rôle de l’enthousiasme dans la religion, n. 14; il y insiste encore, l’enthousiasme peut en diversifier la nature en fonction de ses propres transformations. I] y a un enthousiasme grossier « qu’engendrent les cérémonies et le faste, que produisent les calices et les chandelles, les robes et les évolutions » Mél. II, 2, 213; les chrétiens, surtout les catholiques, l’ont utilisé. I] est aussi un enthousiasme moins dangereux, né de la spéculation philosophique : Philoclès partage l’émoi philosophique de Théoclès, ses extases, et, par là, se convertit à sa doctrine; cet enthousiasme est nécessaire; la religion, sans l’amour, n’est plus qu’un commerce intéressé;
Thus, my lord, there are many panics in mankind besides merely that of fear. And thus is religion also panic‘#; when enthusiasm of any kind gets up, as oft, on melancholy occasions, it will do. For vapours naturally rise; and in bad times especially, when the spirits of men are low, as either in public calamities, or during the unwholesomeness of air or diet 5%, or when convulsions happen in nature, storms, earthquakes, or other amazing prodigies : at this season the panic. must needs run high, and the magistrate of necessity give way to it. For to apply a serious remedy and bring the sword, or fasces, as a cure, must make the case
cf. intr. § 17. — Diderot, A mon père, 6: « Je dirais volontiers que les uns et les autres (les impies et les fanatiques barbares) n’ont connu de la Religion que le spectre. Ce qu’il y a de vrai, c’est qu’ils ont eu des terreurs paniques indignes d’elle; terreurs qui furent jadis fatales aux lettres et qui pouvaient le devenir à la Religion même ».
59. H. More avait déjà indiqué ces conséquences du climat et du régime cf. n. 50.
60. Sh. a trouvé des exemples de ces superstitions chez Lucrèce, VI, chez Cicéron, de divin, II, 18-22, chez Lucien, Alexandre ou le faux prophète, Il doit penser aussi à l’ouvrage récent de Bayle, les Pensées sur la comète, 1682. En outre des exemples de pareilles paniques sont encore dans tous les esprits, par exemple la peste de Londres de 1665 dont le souvenir est assez vivant pour que De Foe en écrive le récit en 1722. — Bacon, Nov. Org. II, 29, écrivait déjà que la religion ou « l’insatiable appétit de fausseté et de fable » transforme en prodiges les faits nouveaux ou rares. — Hobbes, Leviathan, I, 12 accorde à la crainte un rôle capital dans la création des religions et juge que les premiers magistrats ont su tirer parti de ces frayeurs populaires, imposant des cérémonies expiatoires dans les épidémies, tremblements de terre et autres calamités.
= LES -sévère, y porter le glaive ou la hache pour la guérir, c’est accroître la tristesse du cas : c’est renforcer la
cause même du malaise. Interdire aux hommes des
craintes naturelles et tenter de les contenir par d’autres craintes, ce ne peut être qu’une méthode tout à fait contre-nature *!. Le magistrat, pour peu qu’il s’y connaisse , devrait avoir la main plus douce; au lieu des caustiques, incisions et amputations, il devrait user des baumes les plus émollients; partageant avec une bienveillante sympathie, l’inquiétude du peuple et, pour ainsi dire, prenant à son compte sa passion, il devrait essayer, une fois qu’il laurait apaisée et satisfaite, de la divertir et de la guérir par des méthodes enjouées ®,
Telle était la politique des Anciens; et voilà pourquoi (comme le dit un auteur distingué* de notre
61. Collins, Lib. de penser, I, 5°. Le seul moyen de détruire parmi les hommes la puissance du diable, c’est de leur accorder la liberté de penser. « Toutes les autres mesures qu’on a prises comme de faire des exorcismes, de multiplier le nombre des prêtres, d’augmenter leur autorité et d’avoir recours au bras séculier n’ont servi qu’à accroître son règne, bien loin de mettre fin à sa tyrannie ».
62. Tel le greffier d’Ephése, Actes XIX, 35-40; cf. Mél, IL 2, 209.
63. Smith, Rich. des Nations, V, 3, 3. « La crainte est presque toujours un mauvais ressort : le gouvernement doit se défendre surtout d’en faire usage contre tout ordre de l’état qui conserve la moindre prétention à V’indépendance. Chercher a effrayer cet ordre, c’est vouloir aigrir sa mauvaise humeur; c’est le confirmer dans son opposition, tandis que, par des moyens plus doux, il est possible de le modérer et même ‘de le gagner entiérement ».
64. Harrington (n. de Sh.). — Fowler, Sh. and Hutcheson, 119, n° 4 renvoie au passage suivant de L’art de donner des lois, HI, 2. « Il n’est rien de plus certain et incontestable pour le sens commun que la majorité des hommes se donnent un guide d’état en matiére de religion. Or une religion nationale,
L'ENTHOUSIASME 193 more melancholy, and increase the very cause of the distemper. To forbid men’s natural fears, and to endeavour the overpowering them by other fears, must needs be a most unnatural method, The magistrate. if he be any artist f?, should have a gentler hand; and instead of caustics, incisions, and amputations, should be using the softest balms; and with a kind sympathy entering into the concern of the people : and taking, as it were, their passion upon him should, when he has soothed and satisfied it, endeavour, by cheerful ways, to divert and heal it ®,
This was ancient policy : and hence (as a notable author “ ef our nation express it) ’tis necessary a people
convenablement établie, nullement contraignante, n’est pe” une contrainte étatique, mais elle est le guide d'état. { en effet l’état ne pouvait guider ceux qui désirent se lai : ser guider par l’état, et si cependant un parti pouvait guider ceux qui désirent l'être par un parti, où y aurait-il pour l’état liberté de conscience ? » Fowler cite également les préliminaires de l’Oceana : « De même qu’un gouvernement qui prône la liberté et toutefois supprime la liberté de conscience, se contredit expressément; de même un homme qui plaide la cause de la liberté de conscience individuelle et refuse cette liberté à la conscience nationale, tombe dans l’absurdité. Et si la conviction d’une conscience individuelle fait sa religion particulière, la conviction de la conscience nationale doit établir une religion nationale ». A ces textes, il faut encore ajouter Oceana, p. 59. « L’état qui perd la puissance dans le domaine religieux, perd aussi la liberté de conscience qui n’a plus alors aucun protecteur ». L’Etat qui, pour Harrington, n’est pas essentiellement religieux et repose sur une loi agraire, ne doit pas perdre le contrôle des Eglises et des doctrines religieuses. La religion en effet, variable de pays à pays, est comme une langue particulière qu’un peuple parle avec Dieu; elle est aussi comme l’âme du corps politique; elle
nation) il est nécessaire qu’un peuple soit dirigé par l'Etat dans sa religion ®. Car refuser au magistrat up culte officiel, supprimer l’église nationale, c’est pur enthousiasme %5 tout comme" la doctrine qui prêche la persécution. Pourquoi n’y aurait-il pas en effet des promenades publiques aussi bien que des jardins privés ? des bibliothèques publiques aussi bien qu'une éducation privée et des précepteurs $ ? Mais assigner des limites à l’imagination et à la spéculation, régler les craintes humaines et les croyances et les terreurs religieuses, supprimer par la violence la passion naturelle de l’enthousiasme ou tenter de l’assujettir ou de la réduire à une seule espèce ou de lui apporter quelque modification, cela n’a pas meilleur sens, cela ne mérite pas plus de considération 8 que le comique n’en accorde au projet analogue en matière d’amour.
est principe d’unité nationale; mais il ne faut pas imposer cette religion d’état; on la propose et, de plus, on contrôle dans les universités la formation de tout le clergé, national ou dissident; cette religion d’état offre aux esprits moutonniers la paix d’une doctrine établie; et les églises dissidentes permettent à la liberté de conscience de se manifester comme il convient dans une démocratie. — Sh. semble adopter l’opinion d’Harrington, R. II, 172. Religion familiale et religion publique coexistent sans s’opposer; tolérance parfaite. Pas de prêtre : le chef de la famille en est le prêtre, comme en général et à un degré plus élevé, le magistrat l’est pour le peuple; les prêtres de profession ne sont que des serviteurs attachés à un temple, des manières de sacristains. Ce sont là sans nul doute des réminiscences des religions anciennes, particulièrement significatives sous la plume d’un zélateur de l’antiquité.
65. Le magistrat doit empêcher que la religion ne dégénère en superstition, il limite le nombre des prêtres, interdit les donations aux temples et aux prêtres, empêche l'exploitation de la crédulité populaire. Voltaire modifie cette affirmation. « Il est indubitable que, dans une ville policée, il est infiniment plus utile d’avoir une religion (même mauvaise) que de
should have a public leading in religion ©, For to deny the magistrate a worship, or take away a national church, is a mere enthusiasm 66 as the notion which sets up persecution. For why should there not be public walks as well as private gardens ? Why not public libraries as well as private educations and home tutors ? But to prescribe bounds to fancy and speculation, to regulate men’s apprehensions and religious beliefs or fears, to suppress by violence the natural passion of enthusiasm, or to endeavour to ascertain it, or reduce it to one species, or bring it under any one modification, is in truth no better sense, nor deserves a better character 8, than what the comedian declares of the like project in the affair of love.
n’en avoir point du tout », Dict. phil., Athéisme, sect. IV, — Sh. s’oppose ici à Locke qui distingue complètement Eglise et Etat; le magistrat se contente de demander aux Eglises de ne pas troubler la paix publique. — Diderot ne conserve de Popinion de Sh. que le seul conformisme à l'Eglise légale : « Quelque difficile qu’il soit de discerner les limites qui séparent empire de la foi de celui de la raison, le philosophe n'en confond pas les objets: sans aspirer au chimérique honneur de les concilier, en bon citoyen il a pour eux de l’attachement et du respect ». A mon frère, 5.
66. Cette remarque vise les dissidents qui tous se réclament contre la Haute-Eglise du principe protestant de la liberté de Vexamen individuel et dont certains vont jusqu’à réclamer avec insistance non seulement la suppression des évéques comme les presbytériens, mais encore celle des prétres des paroisses : tout homme est prétre, tel est le mot d’ordre des Indépendants, des Quakers, des Baptistes et des Niveleurs.
67. Leibnitz, 11 « Ce raisonnement tend seulement 4 prouver que la chose se peut; mais non pas qu’elle se doit; les promenades et les bibliothéques sont agréables et utiles; mais le culte public est nécessaire, parce que le culte de Dieu est nécessaire; plusieurs particuliers qui participent au culte public n’en auraient aucun s’il n’y en avait point de public ».