‹ Mylord ShaftesburyChapitre 43 sur 55 · I. n’y a pas de méthode qui permette de régler du dehors · texte numérisé non relu

I. n’y a pas de méthode qui permette de régler du dehors

Tu ne fais rien de plus que travailler a déraisonner à

raisonnablement ‘?.

Non seulement, Mylord le sait, les Anciens toléraient les visionnaires et les enthousiastes de toute espèce; mais, en échange, la philosophie avait une égale liberté; et ils l’admettaient comme un contrepoids a la superstition. Et tandis que certaines sectes telles que les Pythagoriciens et les Néo-Platoniciens se joignaient aux superstitieux et aux enthousiastes de leur temps; les Epicuriens, les Académiciens et d’autres encore avaient la liberté d’employer contre eux toute la force de l’esprit et de la raillerie. Ainsi s’établissait un heureux équilibre; la raison avait franc jeu; le savoir et la science florissaient ©. Une merveilleuse harmonie, un accord remarquable naissait de toutes ces oppositions. Ainsi superstition et enthousiasme étaient traités avec douceur‘! et parce qu’on les laissait à eux-

les fantaisies de l’imagination spéculative ou les élans de leuthousiasme. Une philosophie livresque, des raisonnements subtils et pédants, loin de s’opposer à ces déréglements de l’âme, ne font que les accroître. C’est une science dérisoire ce sont des projets ridicules, dignes d’un mock-virtuoso, cf. intr., § 43, que cette politique et que ces tentatives de suppression par la force. La régle intérieure que tout homme porte en lui, mais que l’éducation doit dégager et préciser, règle capable de maitriser Venthousiasme parce qu’elle est elle-même enthousiasme, c’est le sens moral, c’est le bon goût,, cf. introd. §§ 13, 17, 24, 25, 47.

69. Térence, Eunuque, I, 1 (n. de Sh.). Noter que Sh. revient encore à une comparaison entre l’enthousiasme religieux et l’enthousiasme amoureux, cf. n. 14 et 48.

70. Mandeville, 5° dial. II, 217 « Les païens et tous ceux qui n’ont point connu le vrai dieu, bien que dans leur nombre, il y ait eu beaucoup d’hommes d’un grand savoir, ont représenté leurs divinités non comme des êtres sages, bienveillants, équitables et miséricordieux; mais comme des êtres passionnés, vindicatifs, capricieux et implacables ».

Nihilo plus agas Quam si des operam ut cum ratione insanias ®.

Not only the visionaries and enthusiasts of all kinds were tolerated, your lordship knows, by the ancients; but, on the other side, philosophy had as free a course, and was permitted as a balance against superstition. And whilst some sects, such as the Pythagorean and latter Platonic, joined in with the superstition and enthusiasm of the times; the Epicurean, the Academie, and others, were allowed to use all the force of wit and raillery against it. And thus matters were happily balanced; reason had fair play; learning and science flourished ©, Wonderful was the harmony and temper which arose from all these contrarieties. Thus superstition and enthusiasm were mildly treated ™, and being

71. Hume, Hist. nat. de la rel., sect. 9, loue également la tolérance des Anciens; il explique, tant bien que mal, les persécutions et les guerres religieuses chez les paiens. On comprend assez cette admiration pour les Anciens, assez commuñe au 17° et au 18° siècles; on connaissait alors l’antiquité à travers les œuvres d'écrivains cultivés, un Xénophon, un Cicéron, un Plutarque, un Lucien; on connaissait en outre l’accueil tolérant, et politique, que les Romains faisaient aux dieux des peuples soumis, cf. Hume, op. cit., 9 et 12. On considérait comme des exceptions les guerres saintes entre les sectes égyptiennes. Hume, ib. et Sh. Mél. II, 1, 194; cf. Intr. § 31. — La philosophie ne s’oppose pas toujours a la superstition; parfois elle s’unit avec elle, union monstrueuse qui engendre la bigoterie dogmatique et pédante. La bataille entre fantômes philosophiques remplace la bataille entre les divinités animales de l'Egypte; « aujourd’hui le monde entier s’est engagé quand d’autres emblèmes se sont dressés à la place des cigognes et des crocodiles; quand de vaines subtilités, des notions abstruses, des périodes ampoulées, des solécismes, des absurdités et mille monstres de l’engeance scolastique firent leur apparition et devinrent les sujets de J’animosité et des querelles communes ». Mél,, II, 2, 206.

L'ENTHOUSIASME As Thay

mêmes, ils ne se déchainaient pas au point d’engendrer

dans le monde entier ? meurtres, guerres, persécutions et ruines. Mais une nouvelle espèce de politique 7 qui — s'étend à un autre monde et se préoccupe plus du bonheur de l’homme dans Ia vie future que dans la vie présente “4, nous a fait dépasser les bornes de l’humanité naturelle; et par delà la charité surnaturelle, elle nous a appris le moyen de nous persécuter les uns les autres très dévotement 5. Elle a engendré une antipathie qu'aucun intérêt temporel n’aurait pu produire; elle nous a imposé une haine mutuelle pour l'éternité entière 6, Et aujourd’hui on voit dans l’uniformité

72. Tindal, Christ., VIII, 89, cite ce passage et le passage cidessus des Mélanges; il rappelle que les superstitieux se sont toujours faits les justiciers de leurs dieux. Diderot, A mon frére, 7 « Mais rappelez-vous Vhistoire de nos troubles civils et vous verrez la moitié de la nation se baigner par piété dans le sang de l’autre moitié et violer pour soutenir la cause de Dieu, les premiers sentiments de l’humanité; comme s’il fallait cesser d’être homme pour se montrer religieux ».

73. Enquête III, 3, 269. « Dans cette espèce de discipline religieuse, le principe de l’amour propre, naturellement si puissant en nous, n’est nullement tempéré ou contenu, mais plutôt il croît et devient chaque jour) plus fort par le jeu des passions éveillées par un intérêt personnel plus ample; et l’on peut craindre que cette tendance ne domine tous les gestes de notre conduite. Car si l’habitude peut engendrer en toute occasion une attention plus vive envers notre bien personnel et notre intérêt privé, elle doit peu à peu diminuer les sentiments favorables au bien public et à l’intérêt social et engendrer une certaine étroitesse d’esprit que l’on peut particulièrement observer (au dire de certains) chez les dévots et les zélotes de presque toutes les confessions religieuses ».

74. « Les fils de ia lumière ont un mépris superbe de cette Jérusalem terrestre; ils prient chaque jour pour sa destruction et pour la venue de ce royaume qui mettra fin à tout) pouvoir charnel et à toute gloire de ce monde. Mais pour nous, hommes de la terre, qui devons entretenir de si nobles pensées

let arose they never raged to that degree as to occasion bloodshed, wars, persecutions and devastation in the world ©. But a new sort of policy 7, which extends itself to another world ‘and considers the future lives and happiness of men rather than the present ™4, has made us leap the bounds of natural humanity, and out of a supernatural charity has taught us the way of plaguing one another most devoutly 5. It has raised an antipathy which no temporal interest could ever do; and entailed upon us a mutual hatred to all eternity . And now uni-

de notre pays et de la prospérité de notre nation et qui sommes fréres selon la chair, c’est assurément pour nous, Mylord, un grand bonheur, et aussi notre plus grand intérét, que votre âme ne se trouve pas en meilleure voie ». Lett. à lord Somers, 2 juin 1709, R. I. 401.

75. On a sublimé par une espèce de chimie mentale les préceptes de paix et d’amour mutuel pour en faire les corrosifs les plus violents, Sensus IV, 1, 89. — « Le christianisme est une religion surnaturelle et la galanterie un amour surnaturel. C’est une entreprise prodigieusement difficile que de se méler des choses surnaturelles; par suite nous autres modernes, pourtant de beaucoup supérieurs sur ce point aux pauvres paiens ignorants, nous devons être sûrs que les dangers se sont multipliés pour nous et nous avons raison de nous préoccuper davantage de ne pas nous égarer. C’est aussi difficile de choisir une juste croyance et d’étre orthodoxe que de trouver le point d’honneur ou d’être l’amant délicat ou l’homme de bon ton au goût des dames », lett. à lord Somers, 20 oct. 1705, R. I, 338.

76. Locke, Lett. sur la tol., trad. Thurot, VII, 220. Est-ce la faute du christianisme ? A Dieu ne plaise que nous ayons une telle idée de la religion chrétienne qui réprouve l’avarice, l'ambition, les querelles, les animosités et tous les désirs crimänels et qui ne respire que la paix, la douceur et la modération !... Ce n’est pas la diversité des opinions qu’on ne saurait éviter; mais le refus de la tolérance qu’on pourrait accorder, qui a été la source de toutes les guerres et de tous les dé-

d'opinion 7 (le séduisant projet!) le seul expédient contre ce fléau. Le salut des âmes 8 est aujourd’hui la passion héroïque des esprits surexcités; il est devenu, pour ainsi dire, le principal souci du magistrat et la fin même du gouvernement ".

Si le magistrat se permettait d'intervenir au même degré dans les autres sciences, je craindrais bien que nous n’eussions une aussi mauvaise logique, d’aussi mauvaises mathématiques et en général une aussi mauvaise philosophie que la théologie Fest souvent dans les pays où la loi impose une doctrine orthodoxe ®.

mêlés qu’il y a eu parmi les chrétiens sur le fait de la religion. Les chefs et les conducteurs de l’Eglise, remplis d’avarice et d’un désir insatiable de domination, se prévalant de ambition des souverains et de la superstition crédule des. peuples inconstants, les ont animés et soulevés contre ceux qui n’adoptaient pas leurs opinions, en leur préchant, contre les lois de l’Evangile et de la charité chrétienne, qu’il fallait priver de leurs biens les hérétiques et les schismatiques et les exterminer entièrement; et c’est ainsi qu’ils ont mêlé et confondu deux choses tout à fait différentes, l'Eglise et l'Etat >.

77. Sh. la tient pour impossible à réaliser, Sensus I, 6, 65, Mél. V, 3, 354; toute uniformité d'opinion déclarée n’est qu’un masque; c’est alors un carnaval continuel que la vie sociale, Sens., II, 1, 57. Même opposition à l’uniformité d’opinion chez Chillingworth, Rel. des prot. ch. 3 et 4; Taylor, Lib. de préch: déd.; Selden, Propos de table, 161; Owen, de la tolér. 201, et dans toute la littérature de la tolérance. Sh vise peut être plus particulièrement l’Acte de conformité d’août 1682.

78. Leland. 73, critique l'ironie avec laquelle Sh. parle du salut des âmes et de ceux qui agissent pour le salut de leur âme et font preuve d’une prévision vigilante pour la vie prochaine,

79. Sh. reprend les idées de Locke, Tol., p. 150 sqq. Le magistrat n’a pas à se préoccuper du salut des âmes; 1° Dieu ne lui a pas commis ce pouvoir; le consentement du peuple ne peut lui conférer; un homme ne peut abandonner le soin de faire lui-même son salut; car la vraie religion consiste dans la

formity in opinion” (a hopeful project !) is looked on as the only expedient against this evil. The saving of souls 78 is now the heroic passion of exalted spirits; and is become in a manner the chief care of the magistrate, and the very end of government itself 7.

If magistracy should vouchsafe to interpose thus much in other sciences, I am afraid we should have as bad logic, as bad mathematics, and in every kind as bad philosophy, as we often have divinity, in countries where a precise, orthodoxy is settled by law ®. ’Tis a

persuasion intérieure; 2° Le magistrat ne posséde que la force extériéure; 3° Un homme ne peut pas, mieux que tous les. autres, découvrir le chemin unique du salut.

80. Bien que Sh. admette la nécesdité d’une religion d'Etat, il est adversaire résolu de l’uniformité d’opinion, qui sup-prime toute indépendance religieuse. Dans Sens. comm, II, 1, 58, il utilise une critique assez en vogue « Avec le temps on pensa qu’il était convenable d’améliorer les contenances humaines et d’uniformiser les complexions intellectuelles et de les modeler sur un même type. C’est ainsi que le magistrat devint costumier et qu'à son tour il fut également habillé, comme il le méritait, lorsqu’il eût abandonné son pouvoir à une nouvelle catégorie de valets de chambre. Mais bien qu’en cette circonstance extraordinaire, on s’accordait à reconnaître qu’il y avait seulement un habit régulier et correct, un seul air particulier, auxquels le peuple entier devait obligatoirement se conformer, malheureusement ni le magistrat, ni les valets de chambre eux-mêmes ne pouvaient décider quelle était, entre toutes les modes, la mode véritable ». On sait quel parti Swift avait tiré de cette comparaison de la religion et de la mode, de ce théme du vêtement dans le Conte du tonneau, cf. Pons, Swift, 309 sqq, où se trouvent indiquées les principales sources de ce thème. Celui-ci apparaissait aussi chez Bacon, Unité de religion, Essais, p. 262, chez Chillingworth, Rel. des prot., où il n’est indiqué qu’au passage « le désir de donner aux hommes) une croyance commune est aussi insensé que le désir de donner à toutes les tailles un même vêtement >,

C’est une terrible entreprise pour un gouvernement que celle d’établir l'esprit. Sil ne s’agit que de nous conserver dans la sagesse et Phonnéteté *, il est vraisemblable que nous aurons autant de capacité pour nos affaires. spirituelles que pour les temporelles; et s’il n’y a qu’à nous faire confiance, nous aurons assez d’esprit pour nous sauver quand nul préjugé ne s’y oppose. Mais si honnêteté et esprit ne suffisent pas pour cette œuvre de salut, c’est en vain que le magistrat s’en mélera; puisque même s’il est vertueux et sage, il peut se tromper aussi facilement que tout autre homme. Je suis persuadé que le seul moyen de sauver le bon sens des hommes et de préserver en tout l'esprit dans le monde, c’est de donner à l’esprit la liberté®. Or l'esprit ne peut être libre quand la liberté de railler est supprimée : contre les extravagances sévères en effet et les humeurs mélancoliques, il n’y a pas d’autre remède 8,

Nous avons certes pleins pouvoirs sur toutes les au-

et chez Locke, Ent. hum., IV XX, 6, certains souffrent « que leur âme paraisse avec une livrée toute usée et couverte de méchants haillons, telle qu’elle lui a été présentée par le hasard ou par le tailleur de son pays ». — Les rapports de l'Eglise et de l'Etat ont fait l’objet de controverses acharnées dans le monde des politiciens et dans celui des spéculatifs. L’Acte de conformité, 1662, la Déclaration d’indulgence 1672, le bill du Test, 1673, la nouvelle Déclaration d’indulgence de 1687, l’Acte de Tolérance de 1689 marquent d’une part les progrès de l’idée de tolérance. D’autre part les penseurs orthodoxes et dissidents, ont, pour la plupart, affirmé l’indépendance de l'Eglise et de l'Etat; celui-ci ne perd pas cependant tout droit d'intervention; et l’on exile et l’on poursuit les catholiques et les athées qui troublent l’ordre public; les Niveleurs seuls, et le baptiste Roger Williams, font preuve de tolérance à leur égard. Cf. Freund, Die Idee der Toleranz im England der Grossen Revolution, Halle, 1927. Par contre d’autres penseurs, Hobbes en tête, font de la religion une institution polikique arbitraire, complètement soumise au prince.

hard matter for a government to settle wit. If it does

but keep us sober and honest 81, ’tis likely we shall have

as much ability in our spiritual as in our tempora! affairs and if we’ can but be trusted, we shall have wit enough to save ourselves, when no prejudice lies ‘in the way. But if honesty and wit be insufficient for this saving work, ’tis in vain for the magistrate to meddle with it : since if he be ever so virtuous or wise, he may be as soon mistaken as another man. I am ‘sure the only way to save men’s sense, or preserve wit at all in the world, is to give liberty to wit *. Now wit can never have its liberty where the freedom of raillery is taken away : for against serious extravagances and splenetic humours there is no other remedy than this 5.

We have indeed full power over all other modifica-

81. Locke, Tol. 152. « En instruisant, enseignant et corrigeant par la raison ceux qui sont dans l’erreur, il peut sans doute faire ce que tout honnéte homme doit faire. La magistrature ne l’oblige à se dépouiller ni de la qualité d’homme, ni de celle de chrétien. Mais persuader ou commander, em- ‘ployer des arguments ou des peines sont des choses bien dif- ‘férentes. Nous avons tous mission d’avertir notre prochain que nous le croyons dans l’erreur et de l’amener à la connaissance de la vérité par de bonnes preuves ».

82. Retour à l’idée essentielle de cette 2° partie; qui a été de mot d’ordre de toute la littérature de la tolérance, « Grande est la vérité et elle l’emportera ». Cf. Freund, op. cit. 129, 209, 226, etc.

83. Leibnitz, 15 « C’est outrer les choses lorsqu'on dit que pour empêcher que l'esprit ne soit banni du monde, il faut lui laisser une entière liberté, même pour l’usage de la raillerie. Cela ne se peut ni ne se doit surtout dans les écrits qui

‘doivent paraître en public sur des choses saintes et révérées,

on ne détruit point Vesprit en l’empéchant de se tourner en mal >.

tres manifestations de l’humeur noire. Nous pouvons

traiter à notre guise les autres enthousiasmes. Nous

pouvons ridiculiser jusqu’à l'extrême l’amour, la galanterie, ou la chevalerie errante $*; et nous constatons que, sous l'effet de Vironie de ces dernières années, cette humeur a bien décliné, qui était autrefois si prépondérante. Les croisades, la délivrance des Lieuxsaints et autres vaillances dévotes sont en moindre honneur que jadis; mais s’il demeure encore quelque chose de cette religion militante *, si cet- esprit sauveur des âmes et ces saints vagabondages triomphent encore, inutile de nous en étonner; considérons la manière cérémonieuse dont nous traitons ce malaise et les méthodes absurdes dont nous prétendons user pour guérir l’enthousiasme *. ’

Je ne peux m'empêcher de penser que si nous an une manière d’Inquisition, une cour de justice avec son appareil, avec des officiers et des juges imposants, éta-

84. Lett. à 1. Somers, 20 oct. 1705, R. I, 337. « La galanterie et les dames doivent jouer leur rôle en tout ce que notre siècle estime de bon ton. Grand malheur pour nous! Ce fait révèle notre origine gothique. Ce fut la chevalerie errante qui fit du beau sexe l’arbitre universel. Le même zèle qui donna aux prêtres le pouvoir absolu sur les âmes des hommes, accorda au beau sexe un pouvoir égal sur leurs esprits. La postérité paie ce zèle; car puisque les dames ont à faire hors de leurs chambres et les prêtres hors de leurs temples, la philosophie est allée à sa ruine et ce fut un sombre carnage parmi les hommes de bon sens ».

85. Rhaps, II, 5, 89, qualifie de fanatisme errant la chasse aux esprits et les pratiques de sorcellerie, qui ne diffèrent en rien, comme mentalité, de la chasse aux miracles. — Mél. I, 2, 162 « L'Eglise militante s’exerce désormais à combattre à coups d'ouvrages de controverse. Il y a un ring autour duquel se groupent les assistants dont les clameurs révèlent les opinions et sentiments. Ce sera mon champion ! Mon argent sur cet homme! Bien frappé pour nous! Encore un bon coup! >

MONS oi

tions of spleen. We may treat other enthusiasms as we please. We may ridicule love, or gallantry, or knight-errantry ** to the utmost; and we find that in these latter days of wit, the humour of this kind, which Was once so prevalent; is pretty well declined. The crusades, the rescuing of holy lands, and such devout gallantries, are in less request than formerly: but if something of this militant religion *, something of this soul-rescuing spirit and saint-errantry prevails still, we need not wonder, when we consider in how solemn a manner we treat this distemper, and how preposterously we go about to cure enthusiasm 56.

I can hardly forbear fancying that if we had a sort of inquisition, or formal court of judicature, with grave officers and judges, erected to restrain poetical licence,

De telles controverses sont ridicules. Si l’auteur a été réfuté pourquoi ces réponses, ces redondances ? sinon, pourquoi s’inquiète-t-il ? Sam. Butler, Hudibras, 109-123. « Quant à sa religion, elle s’accordait bien avec sa science et son esprit; c'était un vrai presbytérien; car il était de cette troupe obstinée de saints errants que chacun reconnaît pour la véritable église militante; ils étaient leur foi sur le saint lexte de la pique et du fusil, décident toute controverse par une infaillible artillerie et prouvent l’orthodoxie de leur doctrine par des gourmades et des coups apostoliques ». cf. Voltaire, 22° lett. phil.

86. Une persécution modérée n’aboutit qu’à surexciter les enthousiastes et à indigner les spectateurs. Une persécution implacable supprime radicalement toute opposition; mais elle fait suspecter la valeur de la doctrine qu’elle défend. Ainsi le paysan qui écoutait un débat en latin entre deux docteurs d'université put décider de quel côté se trouvait la vérité. « Sur ce point, répartit le paysan, je ne suis pas assez sot pour ne pas remarquer qui le premier a mis l’autre en colère », Mél., I, 3, 222.

206 fe LETTRE SUR

blie pour réprimer la licence poétique, et pour contenir, en général, cette imagination et cette humeur versificatrice; et, en particulier, cette très extravagante . passion de l’amour, telle que les poètes nous la présentent sous ses symboles paiens de Vénus et de Cupidon : si l’on interdisait aux poètes, meneurs et professeurs de cette hérésie, sous menace de lourdes peines, de charmer le peuple de leur veine poétique; et au peuple, sous menace de peines proportionnées de s’abandonner à cet enchantement et de prêter attention à un conte d'amour, même en un poème, un roman ou une ballade; peut-être verrions-nous surgir une nouvelle Arcadie en suite de cette cruelle persécution; jeunes et vieux seraient saisis de l'esprit versificateur nous aurions des conventicules champêtres d’amants et de poètes; les forêts seraient pleines de bergers et de bergères romanesques; et les rocs résonneraient des échos des hymnes et des prières adressées aux puissances de l’amour °8. Nous aurions certes grand chance, par ces mesures, de rappeler tout le cortège des dieux paiens et de faire brüler notre froide île nordique d’autant d’autels à Vénus et à Apollon qu'il y en eut jadis à Chypre ou à Délos, en l’une de ces ardentes régions de la ‘Grèce ®.

87. Ce dernier paragraphe n’est pas seulement comme un trait de bravoure qui achève d’emporter l’adhésion du lecteur. On sait la parenté intime que Sh. établit entre les deux enthousiasmes, religieux et amoureux, n. 14, 48, 69, 84; les mêmes causes dans les mêmes conditions produiront les mêmes effets; il y a donc là comme une preuve collatérale de la doctrine de Sh. — En outre celui-ci ne manque pas l’occasion de critiquer des sentiments qu’il juge gothiques et contre-nature, la préciosité romanesque et la galanterie chevaleresque. L’Arcadie de sir Philip Sydney (1590) est un exemple achevé de cette préciosité galante; malgré de réelles trouvailles, elle reste artificielle par son souci de raffinement; elle avait exercé une

grande influences sur l'esprit de ces contemporains; mais elle

and in general to suppress that fancy and humour of versification; but in particular that most extravagant passion of love, as it is set out by poets in its heathenish dress of Venus’s and Cupid’s; if the poets, as ringleaders and teachers of .this heresy, were, under grievous penalties, forbid to enchant the people by their vein of rhyming; and if the people, on the other side, were, under proportionable penalties, forbid to hearken to any such charm, or lend their attention to any love tale, so much as in a play, a novel or a ballad —we might perhaps see a new Arcadia 57 arising out of this heavy persecution : old people and young would be seized with a versifying spirit; we should have fieldconventicles of lovers and poets : forests would be filled with romantic shepherds and shepherdesses and rocks resound with echoes of hymns and praises. offered to the powers of love. We might indeed have a fair chance, by this management, to bring back the whole train of heathen gods, and set our cold northern island burning with as many altars to Venus and Apollo, as were formerly in Cyprus, Delos, or any of those warmer Grecian climates ®°.

avait été assez vite décriée. — cf. Sens. comm. I, 2, 44, la condamnation des pointes précieuses en usage à la Cour d’Angleterre peu avant Sh.

88. Il semble que ce soit là une allusion directe au délire prophétique des Camisards pendant les Dragonnades; il y eut alors en effet une véritable épidémie prophétique; adultes et enfants étaient saisis de l’Esprit, souvent au cours de leurs assemblées nocturnes, de leurs conventicules secrets.

89. Leibnitz, 18. « C’est une bonne remarque... Cependant pour le dire en passant le chevalier Temple a cru que Don Quichotte a fait du tort à sa nation et qu’en guérissant ses compatriotes de l’entêtement d’une valeur outrée et romanesque, il les a fait revenir à l’autre extrémité et jusqu’à la

Mais peut-être, Mylord, vous étonnerez-vous de ce que, engagé en un sujet aussi sérieux que la religion, .je me sois assez oublié pour ‘donner carrière à la raillerie et au badinage %. Je dois avouer, Mylord, que Je hasard n’en est pas seul la cause. A vrai dire, à peine puis-je méditer sur ce sujet, et encore moins en écrire, sans tenter de me mettre dans la meilleure disposition possible °!, Certaines personnes en vérité, qui ne peuvent souffrir la mesure et qui sont tout affectation et badinage, connaissent peu les doutes et les scrupules religieux et elles sont garanties contre toute action directe de la mélancolie dévote et de lenthousiasme qui réclament plus de circonspection et de réflexion pour s'attacher à un caractère et y développer des habitudes. Mais, quelle que soit l’habitude, s’en délivrer

‘mollesse. Je ne sais si M. Temple a raison, mais je craindrais qu’il n’en fût ainsi de celui qui voudrait retirer les gens de la superstition par les railleries; car je crois que s’il réussissait, il les ferait devenir impies ».

90. Sh. va jouer sur le sens du mot « humour »; il l’accole “au mot raillery c’est alors le badinage, l’humeur plaisante; plus bas, c’est la bonne humeur, humeur plaisante encore, ou bonne disposition d’esprit ? Sans nul doute, Sh. ne peut com- ‘prendre une humeur enjouée qui ne soit pas en méme temps et indissolublement une bonne disposition; c’est un corollaire ‘de ses doctrines de Venthousiasme discret et de Vironie, du bon goût et du sens moral, sa thèse essentielle du Beau mioral et de l’Harmonie, — Leibnitz, 17 « Les railleurs en matière de religion passent dans, l’esprit de ceux qu’on raille non seulement pour ennemis de la religion raillée, mais encore pour ennemis de toute religion et en un mot pour des impies ».

91. Leibnitz, 19. « Si la bonne humeur signifie des sentiments ‘de joie, il n’y a rien de si raisonnable » — Le Clerc, Bibl. chois. 1709, 429. « Et il ne faut pas imaginer qu’il parle d’une joie de goinfres ou de gens qui boivent ensemble, mais de la

But, my lord, you may perhaps wonder, that having been drawn into such a serious subject as religion, I should forget myself so far as to give way to raillery and humour ®. I must own, my lord, ’tis not merely through chance that this was happened. To say truth, I hardly can so much as to think on this subject, much less to write on it, without endeavouring to put myself in as good humour ® as is possible. People indeed, who can endure no middle temper, but are all air and humour, know little of the doubts and scruples of religion, and are safe from any immediate influence of devout melancholy or enthusiasm, which requires more deliberation and thoughtful practice to fix itself in a temper, and grow habitual. But be the habit what it will; to be delivered of it at so sad a cost as inconsi-

joie intérieure qui naît de l’amour de la vérité et du sentiment que l’on a que l’on fait ce qu’on peut pour la connaître et qu’on la suit autant que la fragilité humaine le permet ». Lelard, p- 93 note que Sh. identifie raillerie, bonne humeur, bonne disposition. « Mais la bonne humeur qui, au meilleur sens de l'expression, est considérée comme ce qu’il appelle la plus douce et la plus tendre disposition, est toute différente de cette faculté même qui dispose les hommes à mépriser personnes et choses et qui souvent s’adresse de manière à s’accorder assez mal avec la véritable bienveillance ». Smith, Rich. des Nat: Virosis indique aussi comme remédes au fanatisme la science, « grand contrepoison de l’enthousiasme et de la superstition », et la fréquence et la gaieté des divertissements publics. « La gaieté et la bonne humeur que ces divertissements inspirent sont entièrement incompatibles avec ces dispositions de l’âme qui répondent le mieux à leurs vues et dont ils peuvent mieux se servir; d’ailleurs comme le théâtre livrerait souvent les ruses de ces apôtres à la risée et quelquefois même à l’exécration du public assemblé, il est devenu par cela seul, plus que tout autre plaisir, l’objet particulier de la haine de ces docteurs ».

à un prix aussi coûteux que lirréflexion ou la folie”, jamais je ne désirerai que ce soit là mon lot. Je préférerais courir toutes les aventures avec la religion plutôt que de tenter de m/’affranchir de ses croyances par le divertissement: Tout ce que je soutiens, c’est qu'il faut y penser en humeur convenable et, que c’est là se trouver plus qu’à mi-route de sa juste conception, je vais essayer de le prouver.

La bonne humeur n’est pas seulement la meilleure garantie contre l’enthousiasme; elle est le meilleur fondement de la piété et de la vraie religion #; car si des pensées correctes et de dignes conceptions de l’Etre Suprême sont les principes de tout culte et de toute adoration véritables, il est plus que probable que nous ne nous méprendrons jamais à ce sujet, sinon par mauvaise humeur seulement. Rien, sinon la mauvaise humeur %, naturelle ou contrainte, ne peut pousser un

92. De « petites pensées délurées » ne peuvent nous défendre contre les superstitions de notre enfance, lett. à 1. Somers, 20 oct. 1705, R. I, 338. Sh. s’oppose aux mioralistes du plaisir et aux prétendus sceptiques esclaves de leurs passions, incapables de raisonnement et de liberté véritable. Rhaps, II, 1, 31. Peut-être Sh. a-t-il en vue également le Conte du tonneau, la section 9 particulièrement, où Swift déclare qu’en définitive tous les hommes sont fous et plus encore tous les enthousiastes religieux; on doit tenir pour une simple prudence la distinction établie par le Discours sur l’opération mécanique de l’esprit entre différentes espèces d'enthousiasme.

93. Cf. Intr., § 34 — Chez les Juifs eux-mêmes, la danse et la musique furent les auxiliaires de la religion « Le premier roi de cette nation bien que d’un tempérament mélancolique, joignit la musique à ses exercices spirituels et même il lutilisa comme un remède contre ce sombre enthousiasme ou esprit du mal..... Outre les nonfbreux chants et hymnes dispersés dans toute l’Ecriture Sainte, le livre des Psaumes lui-même, Job, les Proverbes, les Cantiques et d’autres livres entiers du recueil sacré qui sont, dans leur ensemble, poésie et qui sont pleins d’images joyeuses et badines, mbntrent assez

derateness, or madness *, is what I would never wish

to be my lot. I had rather stand all adventures with religion, than endeavour to get rid of the thoughts of it by diversion. All I contend for, is to think of it in a right humour; and that ‘this goes more than half-way towards thinking rightly of it, is what I shall endeavour to demonstrate.

Good humour is not only the best security against enthusiasm, but the best foundation of piety and true religion %; for if right thoughts and worthy apprehensions of ae Supreme being are fundamental to all true worship and adoration, ’tis more than probable that we shall never miscarry in this respect, except through ill-humour only. Nothing beside ill humour %,

combien les auteurs inspirés avaient recours à la bonne humeur et au divertissement comme un moyen propre à servir la religion et à renforcer la foi établie... De même le style de notre Sauveur n’est ni plus véhément ni plus majestueux — dans ses plus sévères reproches, ses discours et ses exhortations, qu’il n’est vif, badin et spirituel dans ses réparties, réflexions, fables ou paraboles, métaphores, comparaisons et autres méthodes plus douces de critique et de censure, ses exhortations à ses disciples, la description particulière de leurs mœurs, les images plaisantes qui lui servent à exprimer sa morale et ses règles de prudence; même tous ses miracles, et surtout le premier, apportent avec eux une certaine. allégresse, légèreté et bonne humeur si remarquable que je considère comme impossible de ne pas ressentir un émoi agréable à leur récit », Mél., Il, 3, 228-231. Sh. renvoie au récit du miracle de Cana, Jean, II, 1-17, et surtout sans doute à la réflexion du maître d’hôtel, vers 10,

94. Les « esprits critiques » sont des gens d'humeur maligne, troublés par leur mélancolie, Mél. II, 3, 223. La superstition naît souvent du vice et en retour elle le favorise, Enquête, I, III, 2, 262. — Hobbes, Léviathan, I, 12. « Cette crainte perpétuelle qui accompagne Vhumanité dans son ignorance

homme à penser sérieusement que le monde est gou-

verné par une puissance diabolique et maligne. Oui, je révoque entièrement en doute qu’il puisse y avoir une autre cause de l’athéisme que la mauvaise humeur. Car il y a tant d’arguments pour persuader un homme de bonne humeur que, dans l’ensemble, toutes choses sont heureusement disposées et avec bienveillance * que l’on tiendrait pour impossible qu’il fût assez écœuré de son existence pour imaginer que tout va a l’aventure et que le monde, malgré son apparence vénérable et sage n’a ni sens ni signification %. J’en suis toutefois persuadé, rien d’autre que la mauvaise humeur ne peut nous donner de lOrdonnateur Suprême ® des pensées terribles et mauvaises. Rien ne peut nous persuader de la morosité et de la malveillance de cet Etre que la douloureuse conscience actuelle de sentiments

des causes comme dans l’obscurité, n’a nul besoin d’avoir un objet réel. Et par suite quand il n’y a rien a voir, il n’y a rien à accuser de sa bonne ou de sa mauvaise fortune qu’un pouvoir, un agent invisible et c'était peut-être en ce sens que plusieurs des poètes antiques dirent que les dieux furent d’abord créés par la crainte humaine ». — Spectateur, n° 381 « Si nous examinons les caractères de cette engeance d’incrédules, nous les voyons pétris d’orgueil, de mélancolie et de chicane. I] ne faut donc pas s’étonner que des hommes toujours inquiets en eux-mêmes, soient disposés à inquiéter les autres ». Ib, n° 483 « Ainsi ce n’est pas la religion qui aigrit le naturel d’un homme, mais c’est son mauvais naturel qui aigrit la religion ».

95. Il s’agit bien ici de la preuve des causes finales, à laquelle Sh. accorde une pleine valeur, intr. $ 35, ou plutôt des innombrables preuves d’adaptation intelligente que manifestent les êtres vivants et même les éléments inorganiques, Rhaps II, 4, 64, et Reg., R. I, 17. Cette affirmation de l’harmonie universelle se fonde sans doute sur les résultats acquis par les sciences de la nature; elle semble aussi s'inspirer des philosophies anciennes, le platonisme, intr. § 25 et 42, et le stoicisme, Phil. Reg., R. I, 17, 18, 40 etc. Ainsi s’explique cet accent

Me

either natural or forced, can bring a man to think seriously that the world is governed by any devilish or malicious power. I very much question whether anything besides ill-humour can be the cause of atheism. For there are so many arguments to persuade a man in humour that, in the main, all things are kindly and well disposed”, that one would think it impossible for him to be so far out of conceit with affaires as to imagine they all ran at adventures; and that the world as venerable and wise a face as it carried, had neither sense nor meaning in it %. This however I am persuaded of, that nothing beside ill-humour can give us dreadful or ill thoughts of a Supreme Manager *. Nothing can persuade us of sullenness or sourness in such a being, beside the actual sore feeling of somewhat of this kind within ourselves; and if we

tout particulier : le finalisme de Sh est a la fois un hylozoisme et une dialectique de l’amour; il est expérience immédiate de Vharmonie universelle, Rhaps. III, 1, 97, 105, 114; Enq., I, Il, 1, 246 — Intr. § 47.

96. Le mécanisme est une hypothèse déraisonnable, bonne tout au plus pour l’ivrogne Siléne, Rhaps, II, 4, 62, L’épicurisme est la pire forme du mécanisme : parce que l’inter vention du hasard détruit même l’équilibre mécanique. L’épicurisme est d’ailleurs rejeté par tous les controversistes à cette époque. Le mécanisme se présente sous la forme de l’hypothèse stratonicienne (Bayle, Cont. des pens. § 106-112; sous la forme du pseudo-spinozisme, du naturalisme dont l’hypothése de Toland est assez voisine, Lett. 4 un gent-holl. et Panth. 1° diatr. Il faut aller jusqu’à Hume, 8 dial. sur la rel. nat. pour voir accorder quelque crédit, bien maigre, à l’argument du tirage au sort des possibles.

97. Cette expression est particulièrement heureuse pour désigner le Dieu de Sh.; puissance ordonnatrice infuse dars la matière comme le Dieu des Stoïciens, et que seule la preuve des causes finales nous permet d’atteindre avec certitude, La création échappe à toute investigation humaine.

de ce genre en nous-mémes; et si nous nous effrayons d’apporter de la bonne humeur dans la religion ou de penser avec liberté et agrément a un étre tel que Dieu, c’est que nous le concevons à notre ressemblance et que nous ne pouvons sans peine nous faire une idée de la majesté et de la grandeur sans la doubler de faste et d’ennui.

C’est là, cependant, juste le contraire de ce caractère gue nous reconnaissons pour divinement bon quand nous l’apercevons, comme il arrive parfois, chez les hommes qui possèdent, parmi nous %, le plus haut pouvoir. S'ils passent pour véritablement bons, nous osons les traiter avec liberté dans la certitude que cette liberté ne leur déplaira pas. Ils gagnent doublement à être bons. Car plus nous les étudions, plus notre examen est pénétrant, plus leur valeur apparaît; et, heureux de cette découverte, nous les estimons et les aimons encore davantage quand nous avons fait l'épreuve de cette bonté additionnelle en notre supérieur et que nous réfléchissons à cette sincérité et à cette générosite que nous avons éprouvées ®. Mylord connaît ce mystère mieux peut-être que quiconque. Sinon comment vous aurait-on autant aimé lorsque vous étiez au pouvoir et comment, lors de votre retraite, se serait-on attaché davantage à vous, comment vous aurait-on encore plus aimé ? 100

Dieu merci ! on trouve encore aujourd’hui de pareils exemples. Autrefois ils étaient nombreux. L’on a vu

98. Sh. professe ici un anthropomorphisme résolu, sous l'influence de son mjoralisme, intr. § 34; il faut noter toutefois que cet anthropomorphisme se concilie assez facilement avec Vhylozoisme qu’on vient de signaler. Dieu, centre des âmes et lui-même âme du monde, n’est pas sans ressemblance avee l’âme humaine; il est le génie universel comme l’âme est un génie individuel.

Page 1