‹ Mylord ShaftesburyChapitre 49 sur 55 · Cf. R. I, 347, cité intr · texte numérisé non relu

Cf. R. I, 347, cité intr

145. Cest une doctrine générale à l’époque de Sh. que la religion naturelle doit préparer la religion révélée ou, pour les déistes, que la religion naturelle fondée sur la raison se suffit 4 elle-méme, cf. Leroy, La Critique et la religion chez David Hume §§ 25-28 et 89. — Spinoza, Traité théol. pol., écrivait déjà, ch. XII, début « La raison elle-même en effet aussi bien que les enseignements des prophètes et des apôtres, nous révéle la parole éternelle de Dieu et son alliance et nous crie que la vraie religion est gravée de la main de Dieu dans le cœur des hommes, c’est-à-dire dans Vesprit humain et que c’est là le véritable original de la loi de Dieu, loi qu’il a pour ainsi dire scellée de son propre sceau, quand il a mis en nous l’idée de lui-même et comme une image de sa divinité », trad. Saisset, 211. — Helvétius. De l’homme I, 14 « Une religion estelle gaie ? sa gaieté suppose une noble confiance dans la bonté de l’Etre Suprême ».

nettement son prétendu caractère de bonté et de grandeur; puisque nous révélons notre méfiance à l’égara de son caractère et redoutons sa colère et son ressentiment, au cas où nous nous livrerions à cet examen en toute liberté 14.

L’un de nos écrivains sacrés nous montre un remarquable exemple de cette liberté. Quelque patience que Yon attribue à Job 17, on ne peut nier qu’il montre avec Dieu assez d’audace et qu’il querelle vertement sa Providence #3. Ses amis en vérité interviennent auprès de lui avec force et utilisent tous les arguments, bons ou mauvais, pour réfuter, tant bien que mal, ses objections et pour rétablir les affaires de la Providence #?. Ils se

146. Ce serait agir comme des matamores qui, par leur garde farouche autour de leur maîtresse, « nous donnent des mérites de leur dame une opinion très médiocre ainsi que de leur propre esprit puisqu'ils adorent ce qu'ils ne permettent à personne d'examiner et ce qu’ils ne se soucient pas d'examiner euxmêmes sous un jour convenable ». Rhap, I, 3, 25. — Whichcote, Serm. II, 244. « Nous ne déprécions pas le Tout-Puissant, ni ne limitons sa toute puissance à dire qu’une chose étant posée, une autre doit nécessairement s’ensuivre. Par exemple si Dieu fait une promesse, il doit l’accomplir; s’il a créé un être intelligent et doué de volonté, il doit le traiter comme tel; si sa créature est finie et faillible, il doit lui accorder son indulgence ». :

147. Hobbes, de Cive, XV, 6 utilisait l'exemple de Job pour soutenir, en s’appuyant sur Job XXXVIII, 3 sqq., que le droit de Dieu 4 commander dérive de sa toute puissance et que Dieu punit non pas tant pour chatier les pécheurs. que pour montrer sa puissance; c’est la doctrine habituelle de Hobbes qui fait reposer toute législation sur la volonté arbitraire du prince.

148. Le livre de Job est certainement l’un des premiers « Spectacles de la Nature » et il est singulièrement d’actualité au 18° siècle. On y loue la Providence, V, 6-27; XII, 13-25; XXVI, 4-14; XXXVII; l’objection classique tirée de la réalité de la misère humaine VII, IX, 22-24, celle tirée du triomphe de l’impie, XIV, XXI, 7-15; du triomphe du méchant, XXIV;

character of goodness and greatness; whilst we discover this mistrust of his temper, and fear his anger and resentment, in the case of this freedom of inquiry 146, ie

We have a notable instance of this freedom in onc: of our sacred authors. As patient as Job 147 is said to be, it cannot be denied that he makes bold enough with God, and takes his providence 48 roundly to task. His friends, indeed, plead hard with him, and use all arguments, right or wrong, to patch up objections and set the affairs of providence upon an equal foot 1#.

y sont posées avec force; on y fait allusion à l’ignorance de la créature, III, 20-24; la défense de Dieu est présentée par lui-même XXXVIII; elle nous convie à admirer le spectacle de la nature; la génération sexuée y est déjà donnée comme une preuve de la providence divine, XXXIX; divers animaux sont cités comme exemples de la munificence divine; l’âne sauvage, le rhinocéros, l’autruche, le cheval, l’aigle, l’éléphant et la Baleine, XXXIX à XLI.

149. « La plus grande difficulté que vous aurez à vaincre, viendra de ce que les Anciens appelaient x°6ey td xoxiv. D'où vient le mal? » lett. à M. Ainsworth, 8 fév. 1709. On a indiqué dans l’introduction §§ 36 et 47 la réponse de Sh.; se reporter d’autre part pour le rejet du manichéisme à Rhaps, III, 1, 109; pour le recours du chrétien à la vie future, Ib. IJ, 3, 57; pour Vexplication par la hiérarchie des êtres et l’harmonie des contraires Rhaps. I, 2, 14; I, 3, 22; II, 1, 34; III, 2, 130; Sensus IV, 2, 93; Reg. R. I, 90, etc.; pour Vargument de la limitation de la connaissance humaine, Rhaps., I, 3, 65; III, 1, 108: Enquête, I, Il, 1, 246; Reg., R. I. 90; etc.; pour les objections tirées de la misère humaine, Rhaps. I, 2, 15, II, 4, 67 et 76; etc. — Butler insiste beaucoup sur la nécessité de la misère humaine comme état d’épreuve, où nous devons nous qualifier pour la vie future. Analogy, I, 3, 4 et 5 — et il tire argument de l’ignorance humaine pour prouver la nécessité d’une révélation; Anal. I, 3 et Serm. XV. — Hutcheson, Nat.

font un mérite de dire de Dieu tout le bien possible, de toute la force de leur raison et parfois ils en outrepassent complètement les bornes 15, Mais c’est, de Tavis de Job, flatter Dieu, avoir égard à sa personne et même

des pass. I, 2, 58 et Mor. Phil. I, II, 9, 180 sqq. revient sur cette ignorance naturelle à l’homme et sur la hiérarchie des êtres : Dieu a permis le mal; l’expérience du mal d’ailleurs exalte notre sentiment du bien et l’exercice de la vertu. — Méme argumentation chez Bolingbroke IV, fragm. 45, 50, 55. 56, etc.; chez Pope, hiérarchie des étres I, 35-76, 113-130; 281-294; III, 1-78; IV, 49 sqq. — Diderot, Ess. I, I, 1, 34 n « Dans l’univers tout est uni. Cette vérité fut un des premiers pas de la philosophie et ce fut un pas de géant..... Plus on voit loin dans la Nature et plus on voit d’union. Il ne nous manque qu’une intelligence et des expériences proportionnées à la multitude des parties et à la grandeur du tout pour parvenir a la démonstration : Mais si le tout est immense, si le nombre des parties est infini, devons-nous étre surpris que cette union nous échappe souvent ? » — Voltaire accepte la doctrine de l’unité universelle et rejette l’optimisme, intr. § 12. « Leur tout est bien ne veut dire autre chose sinon que le tout est dirigé par des lois immuables... ne trouvez-vous pas un grand lénitif dans l’ordonnance de milord Shaftesbury qui dit que Dieu n'ira pas déranger ses lois étérnelles pour un animal aussi chétif que l’homme ». Hom. sur l’athéisme, 460. 150. Job, V, 8, 13, XI, 7-8; la critique porte contre les agnostiques : contre Th. Brown, l’auteur de La religion du médecin 1642, ouvrage demeuré longtemps très populaire, ch. IX, des mystères et profondeurs en la religion. « Je prends quelquefois plaisir dans la considération de quelque mystère jusqu’à ce que la raison m’oblige de nvécrier, 6 profondeur. Je prends

le plus souvent mon plaisir par manière de récréation, quand :

je suis seul, dans ces obscures énigmes et exerce mon entendement dans ces emblémes cachés de la Trinité, de l’Incarnation et de la Résurrection : Je réponds à toutes les objections que me fait le diable et ma raison rebelle avec ce seul paradoxe de Tertullien, c’est véritable, parce] que c’est impossible »; ch. X de la foi : la foi y est considérée comme un bouclier plus que comme un glaive; à l’occasion de la malé-

Fm

They make a merit of saying all the good they can of God, at the very stretch of their reason, and sometimes quite beyond it 1%, But this, in Job’s opinion, is flattering God, accepting of God’s person and even mocking

diction de Dieu contre tout le sexe féminin : « La raipon tâche de me persuader que toutes ces choses là sont fausses, néanmoins je crois qu’elles sont vraies, jugeant que ce n’est pas une foi commune de croire de telles choses qui surpassent non seulement la raison, mais qui semblent y contredire et au témoignage des sens ». — L’agnosticisme de Peter Browne, évêque de Cork qui écrivit en 1699 une lettre-réponse au Christianisme| sans mystères de Toland, soutenait que notre connaissance des attributs divins est purement analogique; Sh. le discute indirectement, Mél. V. 3, quand il critique les procédés d'interprétation de l’Ecriture. — Enfin Sh. peut critiquer la méthoda familière à Bayle qui accumule des difficultés dialectiques insurmontables pour s’en remettre à la révélation, cf. Caïnites D, Epicure T, Lucrèce F, etc.; cf. Rhaps. I, 2, 18 où Sh reproche au sceptique de ne pas oser opposer la démonstration à la foi. Hobbes, Lév. III, 32, déb. conseillait aussi, mais non par agnosticisme, de s’enfermer dans la lettre et de ne pas chercher par la raison à découvrir la signification des mystères incompréhensibles « Car il en est des mystères de notre religion comme des pilules salutaïres pour un malade; quand on les absorbe d’una seule fois, ils exercent leur pouvoir de guérison; quand on les mâche, on les élimine presque entièrement sans qu’ils aient agi ». — Locke, Ess. IV, 28, 11, s'élevait contre cet excès de zèle « Credo quia impossibile est : je le crois parce que c’est impossible, est une maxime qui peut passer dans un homme de bien pour un emportement de zèle; mais ce serait une fort méchante règle pour déterminer les hommes dans le choix de leurs opinions ou de leur religion. — Bolingbroke, Lett. à Pope, III, 52 « Moins les hommes savent, plus ils croient savoir, Dans leurs esprits la croyance passe pour connaissance; et les circonstances qui devraient entrainer le doute, redoublent la foi. Toute vive apparition, qui se montre à @ux, dans le vaste désert de leur imagination, passe pour une réalité ».

-s’en railler 11, I] ne faut pas s’en étonner. Quel mérite y a-t-il en effet à croire en Dieu et en sa Providence pour des raisons faibles et frivoles ? Quelle vertu, à soutenir une opinion contraire à l'apparence des choses et à se résoudre à n’écouter aucune objection dirigée contre elle ? Excellent caractère du Dieu de vérité ! °° il s’irriterait assez pour nous accabler si nous accusions de mensonge notre entendement et il se déclarerait satisfait si nous croyions à l’aventure et contre la raison 153, ce qui pourrait bien être le plus grand mensonge au monde; puisque tout se présente à nous comme preuve du contraire Hi,

Il est impossible qu’un homme, s’il n’est pas un méchant, puisse souhaiter que Dieu n’existe pas; car c’est former un souhait contraire au bien général et même contraire à son bien particulier, quand on le comprend bien 5. Mais si un homme n’est pas assez

151. Job, XII, 4; XIII 4, 7-10. « Dieu a-t-il besoin de votre mensonge ? Ou que vous usiez da déguisements pour le défendre ? Est-ce que vous prétendez favoriser Dieu et faites-vous des efforts pour le justifier ? Cela peut-il plaire) à Dieu, lui à qui rien n’est caché : ou se laissera-t-il surprendre, comme un honfme, à vos tromperies ? C’est lui-même qui vous condamnera, puisqud ce n’est que par la dissimulation que vous défendez ses intérêts ». — Bacon, Nov. Org., I, 89, critique presque dans les mêmes termes les superstitieux qui s’opposent à la recherche scientifique.

152. Tindal, Christ, XII, 185 « Et je ne peux croire que le Dieu de vérité puisse autoriser l’erreur, qu’il puisse en user dans un malin dessein; en théologie comme en mathématiques, une maxime est certaing : uno absurdo dato, nulli sequentur ».

153. Tindal, ib, I, 2 « Un examen sincère des questions religieuses ne peut être poussé trop loin; car c’est là la seule voie pour découvrir lé vrai christianisme. Les Apôtres se jugeaient obligés, quand ils faisaient des prosélytes, de leur recommander une recherche impartiale... Oui, même ceux-là qui ridiculisent le plus la doctrine de sincérité ne manquent jamais en d’autres occasions d’affirmer que l’infidélité est due

him #1, And no wonder. For, what merit can there be in believing God, or his providence, upon frivolous and weak grounds ? What virtue in assuming an opinion contrary to the appearance of things, and resolving to hear nothing which may be said against it ? Excellent character of the God of truth !!% that he should be offended at us for having to put the lie upon our understandings, as much as in us lay, and be satisfied with us for having believed at a venture and against our reason 3, what might have been the greatest falsehood in the world, for anything we could bring as a proof or evidence to the contrary #4.

It is impossible that any besides an ill-natured man can wish against the being of a God; for this is wishing against the public, and even against one private good too, if rightly understood 5. But if a man has not any

au manque d’examen sincère et que, si l’on examine avec impartialité le christianisme, on doit sd convaincre de sa vérité. Je peux ajouter que, si nous pouvons supposer qu’un examen sincére ne produit pas toujours cet effet, cependant il doit toujours rendre les hommes agréables a Dieu, puisque tout ce que Dieu réclame, c’est qu’ils fassent tout leur possible pour découvrir sa volonté ».

154. Dans un monde harmonieux où tout s’explique et se justifie, on ne peut concevoir l’existence d’une réalité inutile et d’une virtualité qui ne passe pas à l’acte : tout se trouve défini par sa fin : l'intelligence et la raison chez l’homme ne se comprennent pas sans l’effort pour parvenir à la vérité.

155. C’est la doctrine de l'intérêt bien entendu, intr. § 28. Enquête. [, II, 1, 243, « Donc s’il y a en toute créature un certain intérêt ou bien, il doit y avoir aussi une fin déterminée à laquelle chaque élément de sa constitution doit se rapporter naturellement. Si l’un de ses appétits, passions ou tendances ne conduit pas à notre fin, mais à une fin contraire, nous devons nécessairement le juger mauvais pour la créature. Ainsi celle-ci est mauvaise pour elle-même, comme elle l’est pour ses congénères, lorsque certains de ses appétits ou sen-

mal intentionné pour étouffer sa croyance, il doit se faire certainement une triste opinion de Dieu et l’estimer moins bon qu’il ne se juge lui-même, s’il pense qu’un usage impartial de la raison, en n’importe quelle question ‘spéculative, puisse lui faire courir un risque dans l’au-delà et qu’une mesquine renonciation à sa raison et l’affectation de croire en une proposition trop rude à son entendement, puisse lui donner droit à une faveur dans l’autre monde #6. C’est être un flagorneur en matière de religion, un simple parasite de la dévotion. C’est agir avec Dieu comme les mendiants retors 1°‘

timents la rendent nuisible pour autrui. Or si la constitution naturelle de toute créature raisonnable fait que ces mêmes déréglements des appétits qui la rendent mauvaise pour autrui, la rendent également mauvaise pour elle-même et que la même régularité des sentiments qui la rend bonne en un sens, a le même effet dans l’autre sens, alors cette bonté qui la rend utile à autrui est pour elle-même un bien et un avantage réels ». Robertson rapproche ce passage de l'Enquête de Spinoza, Eth, IV, 19-35, cf. ég. 36 « Le bien suprême de ceux qui sont des suivants de la vertu est commun à tous, et tous peuvent en tirer pareillement de la joie ». — Butler, Serm I, 3, 9; V. 1; XI, 2, 14, 16; Reid, Fac. act., III, 2-4, reprennent cette morale de Vintérét bien entendu, intr. § 60-64.

156. Collins, Lib. de pens., II, 3° « L’on n’a qu’à donner a ses pensées toute la liberté dont elles ont besoin pour connaitre évidemment qu’il y a un étre parfaitement bon et tout puissant qui a fait le monde et qui le gouverne par une juste et sage providence; et de ce principe qui nous découvre les causes de toutes choses, nous apprendrons que cet étre infiniment juste ne peut obliger les hommes en quelque pays et de quelque condition qu’ils soient, qu’à la connaissance des choses de l’évidence desquelles ils peuvent se convaincre par la raison dont il les a doués; nous apprendrons qu’un homme qui a de la raison et de la probité ne peut avoir de justes craintes de cet être si juste qu’au contraire il doit concevoir de la joie de savoir qu’il existe, et il est plus aisé de supposer qu’il a peur qu’un tel Etre n’existe point que de croire qu’il en puisse être effrayé; nous apprendrons que la puissance aussi

such ill-will to stifle his belief, he must have surely an unhappy opinion of God, and believe him not so good by far as he knows himself to be, if he imagines that an impartial use of his reason, in any matter of speculation whatsoever, can make him run any risk hereafter; and that a mean denial of his reason, and an affectation of belief in any point too hard for his understanding, can entitle him to any favour in another world °°, This is being sycophants in religion, mere parasites of devotion. Tis using God as the crafty beggars 17 use those they address to, when they are

bien que le bonheur de cet Etre Souverain ne pouvant ni s’accroître ni diminuer et lui-même n’ayant aucun besoin, il ne peut rien exiger des hommes que pour leur propre bien ». 157. Sh. renvoie en note aux Mélanges, IJ, 3, dans les Caractéristiques. A cet endroit, il cite les traités de Plutarque sur la superstition et contre l’épicurisme « O pitoyables Grecs ! dit-il en s’adressant à ses compatriotes alors en pleine décadence, qui, par vos superstitions, adoptez si volontiers le goût des nations barbares et apportez dans la religion un air hideux de dévotion sordide et avilissante, d’humiliation disgrâciée et de contrition, une physionomie et une contenance abjectes, de is consternation, des prosternations, des laideurs et des contorsions dans l'exercice du culte, des attitudes du corps contraintes et pénibles, des visages décomposés, des intonations de mendiants, des roueries de mendiants, des grimaces, des courbettes et tous les autres gestes de ce genre... Honte sur nous, en vérité, Grecs. Car pour nous (nous le savons), depuis l’antiquité, nos lois particulières sur la musique et les chœurs publics nous ont prescrit d’officier de la manière la plus élégante, avec une contenance correcte et virile, en évitant ces grimaces et ces contorsions familières à certains chanteurs. > 158. La peinture elle-même seconde le développement de ia mendicité dévote parce que les peintres ont été encouragés par le clergé romain; le meilleur tableau au monde est le Saint-

Jérôme du Dominiquin, R. II, 119. — Toland, 3° lett. à Séréna § 13, le Spéctateur n° 201, Hume, Hist. nat. 6 font aussi du superstitieux un fade courtisan — Diderot, Entr. d’un phil.

av. la Maréchale, « Mais oui : on peut faire l’usure avec Dieu

Ne Ong

avec les personnes à qui ils s’adressent, quand ils ignorent leur qualité. Les novices se présentent naivement avec, peut-être, un « mon bon monsieur » Où un « par votre bonté »; mais avec les vieux routiers, quelle que soit la personne dont ils abordent la voiture, c’est toujours « votre Honneur ! », « généreux Mylord ! » ou « généreuse mylady ! » Car si c'était réellement un lord, nous perdrions tout (disent-ils) à ne pas lui donner

son titre; et si notre individu n’est pas un lord, il ne

se fâcherait pas; le titre ne sera pas mal accueilli.

Il en est ainsi en religion #8. Nous avons un intérêt considérable à bien mendier et jugeons que l’essentiel c’est de deviner le titre et de trouver la bonne manière 159, C’est l’échappatoire le plus misérable que l’on puisse imaginer que cette affirmation clamée avec tant d'énergie, qui passe pour une maxime importante auprès de bien des hommes habiles : « Il faut s’efforcer d’avoir la foi et de croire aveuglément; car si, après tout, il n’y a rien de vrai, il n’y aura pas grand inconvénient à s’être trompé de la sorte; mais s’il y a quelque chose ce sera funéste pour tous ceux qui n’auront pas cru pleinement 1% ». Mais ils se sont si bien mépris

tant qu’on veut : on ne le ruine pas. Je sais bien que cela n’est pas délicat, mais qu'importe ? Comme le point est d’attraper le ciel, ou d’adresse ou de force, il faut tout porter en ligne de compte, ne négliger aucun profit. Hélas ! nous aurons beau faire, notre mise sera toujours bien mesquine en comparaison de la rentrée que nous attendons. Et vous n’attendez rien, vous ? »

159. Souvenir des exhortations de l’apôtre Paul à rejeter la lettre pour conserver l’esprit, 2 Cor. III; à se justifier selon la foi et non pas seulement selon la loi, Rom. X; 1 Cor. XII; Héb. X et XI; critique de tout ritualisme, grec, romain ou anglican.

160. C’est le pari de Pascal, Pensées, 233, éd. Brunsch. Sh. a lu, outre le texte, la remarque I de l’art. Pascal dans le Dictionnaire de Bayle, qui cite un texte analogue d’Arnobe. De plus c’est un argument familier aux prédicateurs anglicans;

ignorant of their quality. The novices amongst then:. may innocently come out, perhaps, with a «good sir », or a « good forsooth »; but with the old stagers, no matter whom they meet in a coach, ’tis always « good your honour ! » or « good your lordship ! » or « your ladyship ! ». For if there should be really a lord in the case, we should be undone (say they) for want of giving the title; but if the party should be no lord, there would be no offence; it would not be ill taken..

And thus it is in religion 5. We are highly concerned how to beg right; and think all depends upon hitting the title, and making a good guess 5°? Tis the most beggarly refuge imaginable, which is so mightily cried up, and stands as a great maxim with many able men, « that they should strive to have faith, and believe te the utmost; because if, after all, there be nothing in the matter, there will be no harm in being thus deceived; but if there be anything, it will be fatal for them not to have believed to the full » 1°. But they are so far

Chillingworth l’indique au passage dans la Défense de la charité par les catholiques, II, 83; Tillotson (Serm. sur Job, XVI, 28 « Et il dit à l’homme : La souveraine sagesse est de craindre le Seigneur et la véritable intelligence est de se retirer du mal ») reprend tout au long ce thème : « L’athéisme spéculatif est non seulement une opinion tout à fait imprudente et peu consolante. Et cela pour deux raisons : 1° parce qu’elle est contraire à l’intérêt présent et au bonheur actuel de Vhumanité; 2°, parce qu’elle est infiniment hasardeuse et incertaine en dernière analyse », p. 71, Serm. 1680. Voici le développement de cette 2° raison « L’athée oppose à l’homme religieux qu’il n’y a pas de Dieu; mais il se trouve en une inégalité et un désavantage étranges; car il aventure son intérêt pour l'éternité alors que le religieux hasarde seulement la contrainte de ses désirs (et il est bien préférable pour lui d’en être quitte) ou tout au plus la perte de quelque avantage temporel ».

qu’au moment où ils raisonnent de cette manière, it est certain qu’ils ne peuvent jamais croire pour leur satisfaction et leur bonheur en ce monde, ou avec Vavantage d’une recommandation pour l’autre 11. Car outre que notre raison qui connait la fraude, ne sera jamais véritablement satisfaite de ce principe de croyance, qu’elle nous laissera souvent aller à la dérive et qu’elle nous ballottera sur une mer de doutes et de perplexités 1%, nous ne pouvons en fait qu’empirer dans notre religion, que nourrir une opinion pire encore de Dieu, puisque notre croyance se fonde sur une conception aussi injurieuse 15%,

Aimer le public, travailler au bien universel, favoriser l'intérêt du monde entier, jusqu’à la limite de nos forces, c’est assurément le comble de la bonté, c’est réa-

161. Leibnitz, 32, défend l'argumentation de Pascal et Tillotson. « Ce raisonnement est bon; il ne donne pas proprement une croyance; mais il oblige d’agir suivant les préceptes de la croyance; car on n’a pas la croyance quand on veut, mais on agit comme l’on veut. Ce n’est pas le manque de croyance qui mérite proprement d’être puni; mais la malice et l’obstination; et c’est ce que beaucoup de théologiens reconnaissent expressément ». — Lacy, Avert. prophét., I, 18 « Qu’est la foi, sinon la vue des choses invisibles aux sens! >.

162. Tindal; Christ, XII (Que ceux qui, pour exalter Ja Révélation, affaiblissent la force de la religion rationnelle et naturelle, sapent toute religion et qu’il ne peut y avoir deux régles indépendantes pour le gouvernement des actions humaines), utilise une argumentation analogue : « Une soumission aveugle est si loin de croire à la vraie religion qu’elle place toutes les religions sur le même pied » 169; « En résumé donc je n’ai pas besoin de dire : heureux est l’homme qui est si complètement dirigé par la loi de raison et la loi de nature qu’il n’admet aucun mystère, aucune proposition inintelligible, ni allégories, ni hyperboles, ni métaphores, types, paraboles ou propositions de sens ambigu pour confondre son entendement ». 207. Voltaire, Dict. Dieu, 5° « Dans le doute où nous sommes tous deux, je ne vous dis pas avec Pascal : Prenes

mistaken that, whilst they have this thought, ’tis certain they can never believe either to their satisfaction and happiness in this world, or with any advantage of recommendation to another 161, For besides that our reason, which knows the cheat, will never rest thoroughly satisfied on such a bottom, but turn us often adrift, and toss us in a sea of doubt and perplexity 1%, we cannot but actually grow worse in our religion, and entertain a worse opinion still of a Supreme Deity, whilsi our belief is founded on so unjurious a thought of minis,

To love the public, to study universal good, and to promote the interest of the whole world, as far as lies within our power, is surely the height of goodness, and

le plus sûr. Il n’y a rien de sûr dans l'incertitude. Il ne s’agit pas de parier, mais d’examiner : il faut juger et notre volonté re détermine pas notre jugement. Je ne vous propose pas de croire des choses extravagantes pour vous tirer d’embarras;... Je vous dis : Continuez à cultiver la vertu, à être bienfaisant à regarder toute superstition avec horreur ou avec pitié; mais adorez avec moi le dessein qui se manifeste dans toute la nature et par conséquent l’auteur de ce dessein, la cause primordiale et finale de tout ». — Diderot, Pens. phil. 34, « Un semiscepticisme est la marque d’un esprit faible; il décèle un raisonneur pusillanime qui se laisse effrayer par les conséquences; un superstitieux qui croit honorer son Dieu par les entraves où il met sa raison; une espèce d’incrédule, qui craint de se démasquer à lui-même; car si la vérité n’a rien à perdre à l’examen, comme en est convaincu le demi-sceptique, que pense-t-il au fond de son âme de ces notions privilégiées qu’ii appréhende de sonder et qui sont placées dans un recoin de sa cervelle, comme dans un sanctuaire dont il n’ose approcher »,

163. Diderot. Addit. aux pens, phil. 3 « Lorsque Dieu de qui nous tenons la raison en exige le sacrifice, c’est un faiseur de tours de gibecière qui escamote ce qu’il a donné ».

liser ce caractère que nous appelons divin: Dans cette disposition, Mylord, (car certainement vous la devez bien connaître) 1°, il nous est naturel de souhaiter qu’autrui participe à notre action, convaincu par la sincérité de notre exemple. Il nous est naturel de souhaiter que notre mérite soit reconnu !%, surtout si notre fortune nous fit servir une nation en bon ministre, ou assurer le bonheur, comme prince et père d’une nation, d’un nombre considérable d’hommes commis à nos soins. Mais s’il arrivait que, dans le nombre, il y en ait quelques uns, élevés dans une telle ignorance et dans une province si reculée que jamais ils n’aient entendu parler de notre nom ni de nos actions; ou si,

164. « Vous savez que le grand principe de la charité n’est point le fruit de ces sombres spéculations, ni de cette philosophie ténébreuse et monastique, mais de la conduite morale, de amour du genre humain et du zèle pour l’intérêt général >, 1, 4 M. Ainsworth, 10 mars 1707, cf., intr. § 22, 25.

165. Il n’y a pas là une simple politesse banale, cf. n. 23,. encore moins une pure formule de transition, destinée à donner au développemgnt le ton épistolaire; c’est une manière élégante d’amener la discussion relative à la gloire de Dieu, tout en soutenant l’anthropomorphisme par une comparaison avec un épisode de la vie de lord Somers, sans doute sa défense devant la Chambre des Communes, n. 100.

166. De nombreux passages de la Bible parlent de la gloire de Dieu; cette expression a deux sens différents; c’est la manifestation éclatante et surnaturelle que Dieu fait de sa présence en certaines circonstances; mais c’est aussi, et c’est le sens qui nous intéresse ici, l'honneur que rendent à Dieu les créatures par leurs hommages; toutes les créatures sont invitées à rendre gloire à Dieu, Ps, XXVIII, 2-9; LXVII, 3-5; XCV, 3-8, etc.; Les cieux chantent cette gloire, Ps. XVIII, 2, etc., cf. Dict. de la Bible, par Vigouroux, III, p. 251. — La gloire de Dieu est encore l’occasion de nombreuses allusions dans la littérature critique et théologique, Milton. Par. Perdu, IV 674 sqq.; XII, 474 sqq.; Bayle, Rép. aux quest. d’un Prov. II, 74. On tente d’expliquer ce désir de gloire en Dieu; la réponse

makes that temper which we call divine’6 In this temper my lord (for surely you should know it well) 16, -*tis natural for us to wish that others should partake with us, by being convinced of the sincerity of our example. Tis natural for us to wish our merit should be known 1%, particularly if it be our fortune to have served a nation as a good Minister; or as some prince, or father of a country, to have rendered happy a considerable part of mankind under our care. But if it happened that of this number there should be some so ignorantly bred and of so remote a province, as to have lain out of the hearing of our name and actions;

de Bayle est que ce désir n’existe pas; mais les attributs divins « éclatent autant dans ses ouvrages que s’il n’avait eu d’autre vue que de les étaler aux yeux de ses créatures » loc. cit. Même interprétation de Tindal, appuyé sur Grotius et Tillotson, Christ. IV, 32 « Telle est l’excellence transcendante de sa nature, telles sont les marques inexprimables de sa sagesse et de son pouvoir en toutes ses ceuvres qu’il n’aurait pu les faire plus grandes s’il avait eu seulement en vue sa propre gloire ». — Les Avertissements prophétiques d’Elie Marion, ceux de John Lacy parlent sans cesse de la gloire de Diev, mais en un sens trés humain. Elie Marion annonce le règne de Dieu; sa Gloire va luire; « La corruption a gagné toute la terre, je ne suis point connu. On m’a délaissé comme une chose de néant. Mais je viendrai : ma Gloire apparaîtra. Je ne suis pas un Dieu immobile qui ne ressente les outrages faits à ma parole. Malheur, malheur à ceux sur qui mon bras vengeur tombera : Il fera un désordre terrible dans le monde et le précipitera dans la géhenne ». 24. « Les lions et les lionceaux se repaîtront de la chair des méchants; la terre en sera empuantie; l’air en sera infect du carnage que j’aurait fait sur Babylone. Mes yeux se saouleront; ma colère se rassasiera et s’épuisera sur ce malheureux peuple qui m’a abandonné. J’appellerai Ninive la cité déloyale, la paillarde 4 subversion. J’entrerai dans mon sanctuaire; j’entrerai dans le Lieu Saint; j'en chasserai ces imposteurs qui se sont emparés de mes sacrifices », 68.

en ayant entendu parler, ils avaient été embarrassés de récits étranges et contradictoires repandus partout sur notre compte, au point de ne savoir que penser, ni même s’il existe réellement dans le monde une personne telle que nous, ne serions-nous pas, à vrai dire ridicules de nous offenser de leur opinion ? #7 ne passerions-nous pas pour extraordinairement moroses et chagrins si, au lieu d’en plaisanter, nous pensions sérieusement à nous venger d’offenseurs dont l’ignorance campagnarde, le jugement erroné et l’incrédulité auraient ravalé notre renom 1°,

Que dire alors ? Est-ce réellement mériter la louange que de s’en préoccuper de la sorte ? Faire le bien pour la gloire, est-ce un geste si divin ? 1° n’est-il pas plus divin de faire le bien même quand on peut penser que notre geste demeurera sans gloire, de faire le bien même aux ingrats, même à ceux qui n’ont aucune connaissance du bien qu’on leur fait ? D’où vient-il alors qu’un geste si divin chez l’homme perdrait son caractère en l’Etre Divin ? Et si l’on accorde que nous sommes des images de Dieu, ce serait par les éléments faibles, efféminés et impuissants de notre nature que

167. « Toutes les renommées ne sont pas semblables. Il y a entre elles autant de différence qu'entre le vacarme et la musique. La simple renommée est un cliquetis qui plait aux enfants et les gens les plus en renom dans le monde sont de fameux fous. Mais la renommée qui naît de l’accord et de l’harmonie des sages et des gens de bien est musique, c’est un charme irrésistible pour une âme héroïque », 1. à 1. Somers, 20 oct. 1705, R. I. 338.

168. Leibnitz, 33 « Mais comme un homme qui ne connaît point le bon médecin: en est assez puni, parce qu’il n’est point guéri, il peut arriver par la même raison que ceux qui ne connaissent point les perfections de la Divinité s’en punissent eux-mêmes parce qu’ils n’en tirent pas le secours qu’ils pourraient attendre de cette connaissance ». — Diderot, Pens. phil. 29 « On doit exiger de moi que je cherche la vérité, mais

or hearing of them should be puzzled with odd and contrary stories told up and down concerning us, that they knew not what to think, whether there were really in the world any such person as ourself; should we not, in good truth, be ridiculous to take offence at this ?167. And should we not pass for extravagantly morose and ill-humoured if, instead of treating the matter in raillery, we should think in earnest of revenging ourselves on the offending parties, who, out of their rustic ignorance, ill-judgment, or incredulity, had detracted from our renown ? 168

How shall we say then ? Does it really deserve praise to be thus concerned about it ? Is the doing good for glory’s sake so divine a thing 1% ? or is it not diviner to do good even where it may be thought inglorious, even to the ungrateful, and to those who are wholly insensible of the good they receive ? How comes it then, that what is so divine in us, should lose its character in the Divine Being ? And that according as the Deity is represented to us, he should more resemble the weak,

non que je la trouve. Un sophisme ne peut-il pas m/affecter plus vivement qu’une pensée solide? Je suis nécessité de consentir au faux; mais, qu’ai-je à craindre, si c’est innocemment que je me trompe ? L’on n’est point récompensé dans l’autre monde, pour avoir eu de l’esprit dans celui-ci; y seraiton puni pour en avoir manqué ? Damner un homme pour de mauvais raisonnemients, c’est oublier qu’il est un sot pour le traiter comme un méchant ».

169. Tindal, Christ, IV, 33 « N’abaissons pas Dieu jusqu’à nous quand nous supposons qu'il agit comme nous, pauvres créatures indigentes, en cherchant adoration et honneur dans son propre intérêt; oui, ne le revêtons pas de nos pires faiblesses, lui qui n’a ni parti ni passions, lorsque nous le représentons comme un être ambitieux, soupçonneux, furieux et haineux ? »

s’établirait la ressemblance plus que par nos qualités | généreuses, mâles et divines ? 170,

On pourrait penser, Mylord, que rien n’est réellement plus facile que de connaître à première vue nos propres faiblesses et de distinguer les traits de Vhumaine fragilité qui nous sont si familiers 171, On pourrait penser qu’il est très facile de comprendre que colère et irritation, courroux, vengeance, jalousie de l'honneur et de l'autorité, amour de la renommée et de la gloire et autres passions analogues se rencontrent seulement chèz les êtres finis et sont nécessairement exclues d’un être parfait et universel. Mais si jamais nous n’avons établi en nous une notion du moralement excellent 172, ou si nous ne pouvons nous fier à cette

170. Réfutation de l'interprétation trop humaine de l’expression litigieuse par un recours au véritable anthropomorphisme, par un recours à ja véritable nature humaine, intr. § 42 et § 37. — Rhaps. I, 1, 6-7 déclare de même qu’il ne faut en rien se laisser ailer à l’effémination; il faut éviter un excès de délicatesse dans le style; un bon tableau doit avoir de la musculature autant et plus que de la couleur et de la draperie.

171. Soliloque, I, 2, 114 « On pourrait penser que rien n’est plus facile que de connaitre notre propre esprit et de comprendre quel est notre dessein essentiel, quelle fin nous nous proposons et poursuivons manifestement en chaque circonstance de notre vie. Mais nos pensées constituent le plus souvent un langage implicite si obscur que c’est la tache la plus ardue au monde que de lexpliciter. Aussi la bonne méthode est de leur donner voix et parole... », sur l’examen de conscience et le soliloque, cf. intr. § 14 et 20. Pope, sur l’homme II, 1-30, revient sur la nécessité de l’examen intérieur en raison des contradictions de la nature humaine.

172. Thése capitale de Sh. la morale précéde et introduit la métaphysique et la religion, intr. § 19, 34 et 40. « C’est un juste sentiment moral qui seul peut nous faire connaître l’or-

L’ENTHOUSIASME sorta 263 womanish, and impotent part of our nature, than the generous, manly and divine ? 17°,

One would think, my lord, it were in reality no hard thing to know our own weaknesses at first sight, and distinguish the features of human frailty with which we are so well acquainted 171, One would think it were easy to understand that provocation and offence, anger. revenge, jealousy in point of honour or power, love of fame, glory and the like belong only to limited beings, and are necessarily excluded a being which is perfect and universal. But if we have never settled with ourselves any notion of what is morally excellent 1%; or

dre et la proportion et qui nous donne le ton convenable et Ja mesure des passions humaines », Sol. II, 3, 181. « Ainsi l'étude de l’affectivité humaine ne peut manquer de m’amener à la connaissance de mon être. Telle est la philosophie qui, par nature, a la prééminence sur toutes Jes autres sciences ef connaissances, Certainement elle n’est pas de cette espéce appelée vaine et décevante (1, puisqu’elle est le seul procédé pour découvrir lerreur et la vanité. Elle n’est pas de ce genre qui dépend des généalogies et des traditions (2 ef qui soulève de vaines questions et des querelles frivoles (3, Elle tire son nom non pas, comme les autres philosophies, de la pure subtilité et du simple raffinement de ses spéculations, mais de son excellence, de sa supériorité sur toutes les autres spéculations, de sa préséance sur toutes les autres sciences et occupations, puiqu’elle indique la règic universelle et qu’elle assigne sa valeur à toute chose dans ia vie. Cette science juge la religion elle-même, examine l’inspiration, éprouve les prophéties, discerne les miracles; la règle unique, l’unique norme se tire de la rectitude morale et du discernement de ce qui est sain et juste dans les affections. Car si l’on connaît l’arbre seulement aux fruits (4, mon premier effort doit être pour distinguer la véritable saveur des

264 LETTRE SUR raison qui nous affirme que rien si ce n’est l’excellence morale, ne peut trouver place en Dieu 178, nous ne pouvons nous fier ni aux récits d’autrui sur son compte, ni même à ses propres révélations 174 Nous devons auparavant être sûrs qu’il est bienveillant et ne peut nous tromper. Sinon il ne peut y avoir de véritable foi religieuse ni de confiance. Or s’il y a en fait des préliminaires à la révélation et une démonstration préalable 1” pour nous assurer de l’existence de Dieu et de plus

fruits, pour m'affiner le palais et établir une juste saveur comme type. M’ordonner de juger la valeur de l'autorité par la morale, lorsqu'on suppose la règle morale soumise entièrement à l’autorité et à l’arbitraire, c’est tout de même en définitive que de m’ordonner de fermer les yeux pour voir, de mesurer sans règle, de compter sans arithmétique », Sol, Il, 1, 193. On notera l'inspiration évangélique de cet important passage : les notes 1, 2 et 3 renvoient à St-Paul; la note 4 à St-Luc et St-Matthieu. Sh., Rhaps, II, 3, 50, signale la force de ce procédé; quand on commence par la morale, on peut discuter utilement avec les athées — Wollaston utilise cette méthode dans son Esquisse de la religion naturelle; il part de la distinction essentielle entre le bien et le mal, progresse pas à pas jusqu’à l’idée d’une religion naturelle et ne parvient qu’à la 5° section aux vérités qui ont trait à Dieu et à la Providence. — Butler, Serm. I, $ 2 soutient aussi l’antériorité des obligations naturelles, piété et vertu, sur la Révélation; nous sommes hommes avant d’être chrétiens. — Hutcheson, M. P. I, I, 2, 35; I, II, 9, 168 sqq.; la religion naturelle nait non seulement de la considération de l’ordre du monde et de l’organisation des vivants, mais encore de la réflexion sur notre propre nature morale, — Diderot, A mon frère, 7 « La religion et la morale ont des liaisons trop étroites pour qu’on puisse faire contraster leurs principes fondamentaux. Point de vertu sans religion, point de bonheur sans vertu » — Dis. prél. 11 « Si la corruption des mœurs est plus funeste à la religion que tous les sophismes de l’incrédulité; et s’il est essentiel au bon ordre de la société que tous ses membres soient vertueux; apprendre aux hommes que la vertu seule est capable de faire leur félicité présente, c’est rendre à l’une et à l’autre

if we cannot trust to that reason which tells us that nothing beside what is so, can have place in the Deity *°; we can neither trust to anything which others. relate of him, or which he himself reveals to us 7. We must be satisfied beforehand that he is good and cannot deceive us. Without this, there can be no real. religious faith or confidence. Now, if there be really something previous to revelation, some antecedent demonstration of reason 15, to assure us that God is, and

un service important ». Et encore Essai, II, 3 n. « La pureté de la morale peut faire présumer la vérité d’un culte; mais si la morale est corrompue, le culte qui préconise cette dépravation est démontré faux ».

173. Leibnitz, 4 « Il est bien dit aussi au § 32 que rien que ce qui est moralement excellent ne doit avoir place dans la Divinité..... Dans toutes ces peines ou dans tous ces maux infligés au péché, il n’y a rien de contraire à la bonté de Dieu, au contraire c’est la bonté ou la sagesse qui les demande pour un plus grand bien ».

174. Sur Vinutilité du miracle, intr. § 32. — Locke, Disc. sur les mir., in Œuv. div., 1710, p. 364 « II faut observer 1 Qu’on ne peut regarder une mission comme divine si la personne qui en est revétue, annonce quelque chose qui déroge à Vhonneur et à l’unité du vrai Dieu, ou qui combatte la religion naturelle et les principes de la morale; parce que Dieu a découvert ces grandes vérités aux hommes, par les lumiéres de la raison et qu’il est impossible qu’il leur enseigne le contraire par la révélation; puisqu’en ce cas il détruirait l’usage et l’évidence de la première, sans laquelle on ne saurait distinguer la révélation divine des impostures du diable ».

175. Intr. § 35-36. — « Car pour opposé que je suis a la cause du théisme, nom donné au déisme, lorsqu’il rejette la révélation, j’estime cependant que le principe de toute religion est, en toute rigueur, le théisme et que, pour être un chrétien décidé, il faut être d’abord un bon théiste; seul en effet le théisme est capable de combattre le polythéisme ou l’athéisme » Rhaps. I, 2, 19. — Hume reprend cette assertion, non sans lui donner un sens différent, cf. Leroy. La crit. et la rel, chez D. Hume, § 131 et 164 : « Etre un sceptique philo-

sy

qu’il est assez bon pour ne pas nous tromper?*, la même raison, si nous voulons nous y fier, nous démontrera que la bonté de Dieu surpasse la plus haute bonté que l’on trouve chez les hommes et de cette manière nous ne pouvons avoir ni crainte, ni hésitation qui nous causent de l'inquiétude : car c’est la malignité seule, et non la bonté, qui peut nous effrayer 1".

Il est un raisonnement curieux, mais tout à fait souverain dans certains malaises spirituels pour ceux qui peuvent l’utiliser; le voici : « Il n’y a malignité que s’il y a opposition d'intérêts. Un être universel ne peut avoir d'intérêt opposé; donc il ne peut être malin À ». S'il y a un esprit universel, il ne peut avoir un intérêt particulier; mais le bien général, le bien de l’ensemble et son bien particulier doivent nécessairement se confondre et s'identifier. Il ne peut avoir d’autre volonte, de désir étranger; il n’est attiré par aucune fin contraire 1%, Si bien que nous avons seulement à recher-

sophique, c’est, chez un homme lettré, le premier pas et le plus essentiel, menant à être un vrai chrétien, un croyant. » II, 467.

176. Locke, Ent. hum., IV, 18-5 « Nous ne saurions dire comment il est possible de concevoir qu’une chose vienne de Dieu, ce bienfaisant auteur de notre être, laquelle, étant reçue pour véritable, doit renverser tous les fondements de connaissance qu'il nous a donnés, rendre toutes nos facultés inutiles, détruire absolument la plus excellente partie de son ouvrage, je veux dire, notre entendement et réduire l’homme à un état où il aura moins de lumières et de moyens de se conduire que les bêtes qui périssent ». — Tindal, Christ, VI, 56 « Si nous ne pouvions, par la raison, distinguer le bien du mal ou. connaître par l’examen des perfections immuables de Dieu les commandements possibles de la divine bonté ou les défenses qu’il fait à ses créatures, avant toute révélation externe, nous ne pourrions distinguer la vraie religion établie des nombreuses fausses religions ».

177. Butler combat cette opinion, Serm. préf. 25 : « La malignité peut être apaisée ou contentée : son humeur peut

' L’ENTHOUSIASME " 267 withal that he is so good as not to deceive us 1%, the same reason, if we will trust to it, will demonstrate tu us that God is so good as to exceed the very best of us in goodness. And after this manner we can have no dread or suspicion to render us uneasy : for it is malice only, and not goodness which can us afraid 177. There is an odd way of reasoning, but in certain distempers of mind very sovereign to those who can apply it; and it is this : « There can be ho malice but where interests are opposed. A universal being can have no interest opposite; and therefore can have no malice 8 ». If there be a general mind, it can have no particular interest; but the general good, or good of the whole, and its own private good, must of necessity be one and the same. It can intend nothing besides, nor aim at anything beyond, nor be provoked to anything contrary 1. So that we have only to consider whether

changer; mais la bonté est un principe d’action fixe, ferme et immuable. Si la première tient le glaive de la justice, le plus grand des crimes est manifestement fondé à espérer Vimpunité; mais si c’est la bonté, il n’y a plus d’espoir possible lorsque la raison des choses ou les fins du gouvernement réclament une punition. Aussi chacun voit combien plus de chances d’impunité un méchant peut avoir sous une administration partiale, que sous une administration juste et honnéte ».

178. La malignité est le fruit d’une affection « partial », intr, § 21; l’Etre universel, par nature, ne peut en éprouver de telle. — Hutcheson, M. P. I, II, 9, 177 « Il est évident que des dispositions malveillantes ne peuvent se concevoir comme primitives en cet Esprit tout puissant, source de toutes les réalités et souverain ordonnateur de Il’univers; au contraire une bienveillance naturelle et la propension à dispenser le bonheur doit être sa disposition essentielle, permanente et immuable ». — Pope, S. l’homme, III, 109 sqq., un Etre souverain est un souverain bien.

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