‹ Mylord ShaftesburyChapitre 50 sur 55 · Sachez que toute nature particulière produit, avec · texte numérisé non relu

Sachez que toute nature particulière produit, avec

cher s’il existe, en fait, ou non, un esprit qui a rapport à l’ensemble 1%, Car si par malheur il n’y en a pas, nous pouvons encore nous consoler parce que la Nature esi sans malice 181; mais s’il ¥ a réellement un esprit, nous pouvons demeurer convaincus qu’il est, du monde entier, le plus heureusement disposé. Ce dernier cas, on le pense bien, serait le plus réconfortant 1; et l’idée certitude et de maniére constante, ce qui lui est bon, sauf si une cause étrangére la trouble ou lui oppose son action, soit qu’elle la domine et la corrompe intérieurement, soit qu’elle la contraigne du dehors. Ainsi la nature dans le malade combat jusqu’à la fin et s’efforce de rejeter la maladie... Si donc chaque nature particulière est ainsi constamment et infailliblement fidèle à elle-même, si elle est certaine de produire seulement ce qui lui est bon et de réaliser son état normal, la nature générale, la nature universelle n’en pourrait faire autant ? Seule elle avorterait, seule elle s’égarerait ? Est-il une cause étrangère capable jamais de lui faire violence, de la forcer hors de ses voies naturelles ? Si non, tout ce qu’elle produit est pour son avantage et son bien, pour le bien de tous en général; et ce qui sert le bien universel est juste et bon ». Rhaps. IIT, 1, 106-107.

180. C’est la preuve des causes finales, intr. 35-37, et la soiution ambigué de Sh., anthropomorphisme et hylozoisme tout à la fois. — La critique s’en trouve sans doute dans le 6° dialogue sur la religion naturelle de Hume, pour l’hylozoïsme, dans le 10° et le 11° pour l’anthropomorphisme providentiel.

181. Lucréce voit dans la certitude que tout dans la Nature se produit mécaniquement, le remède essentiel contre les troubles de l’âme, I, 102 sqq.; II, 1-61, etc. Selon Sh, l’athéisme est une doctrine triste et funeste « Rien assurément ne peut plus conduire à la mélancolie que la pensée de vivre en un univers chaotique; où l’on peut craindre la naissance de nombreux maux, et où rien de bon ni d’aimable ne se présente, rien dont la vue puisse nous satisfaire, rien qui puisse éveiller une autre passion que le mépris, la haine et le dégoût. Une opinion de ce genre doit peu à peu aigrir le caractère et non seulement amoindrir l’amour de la vertu, mais encore aider à amoindrir et à ruiner le principe même de la vertu c’est-à-

there be really such a thing as a mind which has relation to the whole, or not. For if unhappily there be no mind, we may comfort ourselves, however, that Nature has no malice 1*!; if there be really a mind, we may rest satisfied that it is the best-natured one in the world. The last case, one would imagine, should be the most comfortable 1; and the notion of a common pa- ‘dire la bienveillance naturelle > dng.: i, 11l,.3, 276. —-Loland,; Panth. 69-70, s’oppose à Sh. : « La beauté du Monde, l’ordre du ciel nous forcent à reconnaître l’existence d’une Nature dominatrice et éternelle et nous révèlent la nécessité pour ie genre humain de la contempler et de l’admirer » Le mécanisme s’accorde avec un enthousiasme cosmique. — Tabaraud, Phil. angl. X, 224; « On voit donc que, quoique ce philosophe parle souvent avec beaucoup de noblesse et sur le ton d’un homme vraiment persuadé de l'existence de l’Etre suprême, on ne peut disconvenir que, dans cet endroit et dans quelques autres semblables, il ne prenne les athées sous sa protection. Car enfin s’il n’y a ni mal ni danger à l'être ou même à en faire profession, par quel frein pourra-t-on retenir ceux qui se précipitent dans l’athéisme ou ramener ceux qui y sont déjà enfoncés ? »

182. Intr., § 12. — « Il est très certain que l’admiration et lamour de l’ordre, de l’harmonie et des proportions de toute nature améliorent naturellement le caractère, développent les sentiments sociaux et secondent la vertu qui n’est rien d’autre que l’amour de l’ordre et de la beauté dans la société. Dans les sujets les plus frivoles, une apparence d’ordre fait bonne impression sur l’esprit et gagne sa faveur, Mais si l’ordre du monde lui-même apparaît juste et admirable, l’admiration et l'amour de l’ordre s’accroitront et la passion de l'élégance, l'amour de la beauté, cet auxiliaire si puissant de la vertu, s’affinera davantage à s’exercer sur cet objet si vaste et si magnifique. Car il est impossible de considérer cet ordre divin sans extase ni ravissement, puisque dans les objets ordinaires des sciences et des arts libéraux, tout accord avec une juste harmonie et de justes proportions ravit à tel point ceux qui sont quelque peu connaisseurs ou praticiens en la matière » Enquête, I, III, 3, 279.

d’un père commun moins effrayante 1% que celle d’une nature abandonnée et d’un monde orphelin. Toutefois. dans l’état où se trouve parmi nous la religion 184, bien des personnes honnêtes craindraient moins de se sentir ainsi exposées et seraient plus aises peut-être en leur âme, si elles étaient sûres qu’elles n’ont qu’à se fier au hasard. Car personne ne tremble à la pensée qu'il n’y a pas de Dieu ‘#5; mais on tremble plutôt à penser qu'il en est un 1%. Il en serait toutefois autrement, si nous avions de Dieu une notion aussi complaisante que des hommes; et si nous nous laissions persuader de croire que, s’il y a réellement un Dieu, la plus haute bonté doit nécessairement lui convenir, sans aucun de ces défauts passionnels 18, de ces faiblesses ni de ces

183. « S’il y a un ancêtre suprême, un père commun des hommes et de tous les autres êtres et si tout arrive selon la volonté de ce premier parent, il s'ensuit que tout doit s’accepter avec complaisance et déférence, sans murmure ni plainte... Si univers est comme une cité, si les lois de cette cité sont justes et parfaites, il s’ensuit que tout événement conforme aux lois de la cité doit s’accepter et s’apprécier.,. Cest la fonction du vrai sage, conscient des choses humaines. et divines, d’apprendre comment soumettre ses affections a la régle et au gouvernement de l’univers, comment communier en pensée avec cet esprit suprême et parfait, raison de l'univers. C’est la vivre selon la nature, suivre la nature, reconnaitre Dieu et lui obéir » Phil. Reg, R. I, 5-6. Rapprocher Marc- Auréle, Pens. X, 1; XI, 16; etc.; Spinoza V, 26, 36, 37. — Collins, Lib. d. pens., Il, 3° « Un homme qui a de la raison et de la probité ne peut avoir de justes craintes de cet être si juste, qu’au contraire il doit concevoir de la joie de savoir qu’il existe et il est plus aisé de supposer qu’il a peur qu’un tel Etre n'existe point, que de croire qu’il en puisse être effrayé ».

184. « Les défenseurs de la religion, comme ses adversaires, se plaisent à faire de la vertu un néant, un simple mot. Le prêtre, semblable à un marchand, en fait commerce, c’est comme une loterie avec bénéfice assuré d’un million pour

rent less frightful 1%? than that forlorn Nature and a fatherless world. Though, as religion stands amongst us 14, they are many good people who would have less fear in being thus exposed, and would be easier, perhaps, in their minds, if they were assured they had only mere chance to trust to. For nobody trembles to think there should be no God 1%; but rather that there should be one 1%, This however would be otherwise, if Deity were thought as kindly of as humanity; and we could be persuaded to believe, that if there really was a God, the highest goodness must of necessity belong to him, without any of those defects of passion 487, those

cent et plus, si vous avez la chance d’étre bien conseillé et de choisir les bons fonds. L’athée, en trafiquant rusé, la tient pour un jeu d’intérêt, pour une partie dont l’enjeu est la renommée ou la fortune. Ni l’un ni l’autre ne comprend cette honnéte devise : prodesse quam conspici », à 1. Somers, 10 déc. 1708, R. I, 400.

185. Leibnitz, 35 « Mais je ne suis point de cet avis. On peut trembler non seulement lorsqu’on appréhende un grand mal, mais aussi lorsqu’on pense à la perte d’un grand bien ». Cf. Butler, cité n. 177.

186. Peut-être réminiscence de Plutarque, de Superst., que Sh. va citer; le superstitieux craint l’Etre en qui voleurs et criminels eux-mêmes mettent leur espérance. — Diderot, Pens. phil. 9 « Sur le portrait qu’on me fait de l’Etre suprême, sur son penchant à la colère, sur la rigueur de ses vengeances, sur certaines comparaisons qui nous expriment en nombres le rapport de ceux qu’il laisse périr à ceux à qui il daigne tendre la main, l’âme la plus droite serait tentée de penser qu’il n’existât pas. L’on serait assez tranquille en ce monde, si l’on était bien assuré que l’on n’a rien à craindre dans l’autre : la pensée qu’il n’y a point de Dieu n’a jamais effrayé personne; mais bien qu’il y en a un, tel que celui qu’on me peint ».

187. « Pour ma part, dit l’honnête Plutarque, je préférerais que les hommes disent de moi qu’il n’y a jamais eu de Plu-

imperfections que nous reconnaissons en nous, qu’en gens de bien, nous essayons de dépasser de toutes nos forces et dont nous triomphons chaque jour que nous nous améliorons, comme nous le constatons.

A mon avis, Mylord, ce serait un bien pour nous si avant de nous élever dans les plus hautes sphères de la théologie, nous daignions descendre un instant en nous-mêmes!$8 et si nous accordions quelques humbles pensées à la morale de la franche honnêteté. A regarder en nous-mêmes, à discerner convenablement la nature de nos propres affections, nous deviendrions sans doute meilleurs juges de la divinité d’un caractère et nous apprécierions mieux quels sentiments peuvent ou non convenir à un être parfait. Nous comprendrions alors comment nous devons aimer et louer, une fois acquise la ferme conception du louable et de l’a1mable. Sinon nous courons grand risque de faire à Dieu peu d’honneur, quand nous le désirons le plus. Car on imagine difficilement quel honneur peut venir pour Dieu des louanges de créatures incapables de dis-

tarque plutôt qu’ils en disent : il y eut un Plutarque, un ‘homme irrésolu, changeant, facile à irriter et vindicatif, dvGpwnos dbébatos, evueraGokos, evyeons Tpèc Opyny, puxpdhuTog », etc. Plutarque, de Superstitione (n. de Sh.). — Les Caractéristiques renvoient aux Mélanges II, 3 (233 n.) qui citent longuement l’essai de Plutarque. C’est un texte connu à cette époque; le Spectateur n° 494 le cite également. — Diderot, Pens. phil. 10. « Oui, je le soutiens, la superstition est plus injurieuse à Dieu que l’athéisme. J'aimerais nyieux, dit Plutarque, qu’on pensât qu’il n’y eût jamais de Plutarque au monde que de croire que Plutarque est injuste, colère, inconstant, jaloux, vindicatif et tel qu’il serait fâché d’être ». — Voltaire, Dict. Athéismie, 1° cite la phrase; il y fait allusion, même art. 4°, —- Rousseau, Emile, IV, 230, éd. cit., la cite également; et revient sur les mêmes idées, ib. p. 248, Vic. savoyard.

188. C’est la méthode de l’examen de conscience et le Soliloque, I, 2, rappelle le précepte du temple de Delphes; et la

L'ENTHOUSIASME | 273 meannesses and imperfections which we acknowledge such in ourselves, which as good men we endeavour all we can to be superior to, and which we find we every day conquer as we grow better.

Methinks, my lord, it would be well for us if, before we ascended into the higher regions of divinity, we would vouchsafe to descend a little into ourselves Mae and bestow some poor thoughts upon plain honest morals. When we had once looked into ourselves, and distinguished well the nature of our own affections, we should probably be fitter judges of the divineness of a character, and discern better what affections were suitable or unsuitable to a perfect being. We might then understand how to love and praise, when we had acquired some consistent notion of what was laudable or loverly. Otherwise we might chance to do God little honour, when we intended him the most. For ’tis hard to imagine what honour can arise to the Deity from the

déférence de Socrate à l’égard de son Démon; il conclut à la nécessité de l’examen de conscience pour découvrir son propre génie. La Rhapsodie II, 1, 36, déclare aussi que le dessein de Théoclès est de révéler à Philoclès son moi véritable; il faut d’abord découvrir son génie personnel, puis le génie national pour. voir se manifester le Génie universel, Il n'y à pas la de mysticisme; on s’en éloigne tout au contraire. « Au lieu de scruter minutieusement sa propre nature et son esprit pour ne pas demeurer plus longtemps un mystére pour luimême, il (le mystique) est emporté par la contemplation de mystérieuses natures étrangères qu’il ne peut jamais expliquer ni comprendre. Il a devant les yeux les fantômes que crée son zèle; il est aussi familier avec ses modes, essences, personnes et manifestations de Dieu que le sorcier avec ses diverses formes, espèces et classes de génies et de démons, De sorte que nous pouvons affirmer sans hésitation aucune qu’un saint reclus, qu’un ermite ne parviennent jamais à se découcrir à ce point à ses propres regards », Sol, I, 2, 116.

cerner ce qui est digne de louange et excellent dans leur propre espèce 1#.

Si un musicien était porté aux nues par une coterie de personnes dépourvues de toute oreille musicale, il en rougirait sûrement et accueillerait difficilement sans se déconcerter la bienveillance de ses auditeurs tant que ceux-ci n’auraient pas acquis plus de compétence pour le juger, tant que leurs sens ne pourraient par eux-mêmes découvrir une beauté réelle dans son exécution. Jusqu’alors, il y aurait peu de gloire en lespèce et le musicien, malgré sa vanité habituelle, aurait peu de raisons de se déclarer satisfait 190,

Ceux qui aiment le plus la louange aiment mieux passer inaperçus que d’obtenir des applaudissements hors de propos. Je ne sais comment il se produit que la personne qui, dit-on, fait le bien avec le plus granc. désintéressement, puisse être jugée désireuse de louanges aussi serviles et supposée apprécier une chose aussi mesquine et aussi méprisable que l’éloge ignorant et lapplaudissement contraint 11,

Il n’en est pas de la bonté comme des autres qualités que nous pouvons parfaitement comprendre sans les posséder. Nous pouvons avoir l'oreille parfaitement

189. Ainsi la religion est piété morale; rendre honneur à Dieu, c’est imiter sa bonté et sa justice; c’est là sans doute une doctrine peu originale; elle appartient au sens commun lorsque celui-ci a su se dégager du ritualisme dévot; elle est chère au moralisme anglais, surtout au 17° et au 18° siècle, à l’époque des controverses religieuses : c’est un lieu commun que répétent à l’envi les deux clans adverses, théologiens et déistes, cf. Leroy, op. cit., §§ 25, 35, 51, 54, 76, 78. — Comme exemple-type de cette religiosité morale, le passage suivant tiré des Sermons d’Isaac Barrow, 1630-1677 et cité par VEncyclopédie de Chambers, I, 392 est particulièrement remarquable. « On honore Dieu par une pratique embpressée et soigneuse de toute piété et de toute vertu pour la seule satisfaction de la conscience et pour obéir délibérément à sa sainte

praises of creatures who are unable to discern what is praiseworthy or excellent in their own kind 1#.

If a musician were cried up to the skies by a certain set of people who had no ear in music, he would surely be put to the blush, and could hardly with a good countenance, accept the benevolence of his auditors, till they had acquired a more competent apprehension of him, and could by their own senses find out something really good in his performance. Till this were brought about, there would be little glory in the cace and the musician, though ever so vain, would have little reason to be contented.

They who affect praise the most, had rather not to be taken notice of than be impertinently applauded. I know not how it comes about that he who is ever said to do good the most disinterestedly should be thought desirous of being praised so lavishly, and be supposed to set so high a rate upon sa cheap and low a thing as ignorant commendation and forced applause.

Tis not the same with goodness as with other qualities, which we may understand very well and yet not possess. We may have an excellent ear in music, wi-

volonté. Telle est l’expression la plus naturelle de notre révérence à son égard ».

190. Comparaison familière à Sh. cf. n. 167 et Sol. III, 3, 217 sqq. où s'établit un parallèle entre la morale et les arts, en particulier la musique; toute harmonie est soumise à des lois naturelles. C’est en effet cette idée d’harmonie qui se trouve ici sous toute cette discussion : Dieu est harmonie parfaite et il ne peut y avoir place en lui pour la moindre discordance véritable; parfois peut-être des retards au progrès et à la résolution de la marche harmonique, comme en musique; mais c’est encore harmonie, intr. § 36 et 47.

191. Ainsi s’achéve l’anthropomorphisme de Sh.; Dieu est un artiste et un « virtuoso » accompli; et, l’art le plus élevé ne pouvant se séparer de la morale la plus désintéressée et la plus généreuse, Dieu est Beauté supréme et Bonté souveraine,

-musicale sans être capable de jouer d’aucun instrument. Nous pouvons bien apprécier la poésie sans étre poète ni posséder la plus mince veine poétique; mais nous ne pouvons nous faire une idée passable de la bonté sans être nous-mêmes passablement bons. Aussi, puisque la louange de Dieu est une part si importante de son culte, nous devrions, à mon avis, apprendre la bonté, ne fût-ce que pour apprendre de manière passable à louer 1%. Car l’éloge de la bonté par un cœur impur et trompeur doit certainement être la plus grande dissonance du monde !#,.

Il y a d’autres raisons, Mylord, pour lesquelles cette philosophie tout à fait facile de l’examen intérieur peut nous rendre le merveilleux service de corriger nos erreurs sur la religion. Car il y a une sorte d’enthousiasme de seconde main 14, Et quand les hommes ne

192. John Smith. Excellence et noblesse de la véritable religion, cité par Powicke, 98-99. Les rationalistes qui ont des principes de la vertu une connaissance claire, abstraite et sèche, ne connaissent pas la véritable vertu; ils « ne peuvent être que pauvres, vides et affamés d’eux-mêmes ». Les enthousiastes sont des orgueilleux. « Le véritable métaphysicien, le véritable contemplatif... s’élève au-dessus de sa propre vie logique et rationnelle et pénètre dans l’existence la plus haute... Par l’amour universel et la sainte tendresse, il se sépare de lui-même, tente de s’unir de Vunion la plus intime avec l'essence divine, d'établir son propre centre, si tant est qu’il en ait un, au centre de l’Etre Divin ».

193. Un connaisseur ne peut donc en définitive se mal conduire, ou tout au moins il ne peut persister dans ses égarements. « Ainsi le sentiment du nombre intérieur, la connaissance et la pratique des vertus sociales; le commerce avec les Grâces morales et leur faveur sont nécessaires pour achever le génie d’un artiste bien doué et justement favori des Muses. Ainsi l’art et la vertu entretiennent commerce d’amitié; ainsi

L’ENTHOUSIASME 277 thout being able to perform in any kind. We may judge well of poetry, without being poets or possessing the least of a poetic'vein; but we can have no tolerable notion of goodness, without being tolerably good, So that if the praise of a divine being be so great a part of his worship we should, methinks, learn goodness, were it for nothing else than that we might learn in some tolerable manner, how to praise !**. For the praise of goodness from an unsound hollow heart must certainly make the greatest dissonance in the world #.

Other reasons, my lord, there are, why this plain home-spun philosophy of looking into ourselves, may do us wondrous service, in rectifying our errors in religion. For there is a sort of enthusiasm of second hand 1%4, And when men find no original commotions

la science du connaisseur et celle de l’honnête homme se confondent et s’identifient pour ainsi dire », Sol. III, 3, 217.

194. L’enthousiasme est éminemment contagieux en raison de immense crédulité humaine, intr. § 31-32. —- More, Enth. triumph, 41, signalait déjà le caractère contagieux de l’enthousiasme qui s’empare d’un bon chrétien à la seule lecture de récits relatant les faits et gestes d’enthousiastes; c’est a More que Sh. renvoie, Mél. II, 1, 174, au moment où il parle de lui-même non sans badinage « J’ai oui dire en vérité que la seule lecture de traités et de récits sur la mélancolie avait pu produire cette passion chez un lecteur très appliqué et trés attentif. Et peut-être ce fut la raison pour laquelle notre auteur lui-même (comme il semble le déclarer à la fin de sa 1° lettre) ne se soucia pas en fait de s’attaquer de près à son sujet ou de donner dès l’abord une définition précise de l’enthousiasme ». — Déclaration de Daudé, Facio et Portalès en tête des Avert. proph. de Marion, XIV. « La grande variété, l’économie et la sagesse des manières dont l’esprit se manifeste dans le souffle, les mouvements, la parole, le ton de la

-trouvent en eux ni émotions primitives ni panique prévenante qui les ensorcelle, ils sont encore portés à s’en laisser imposer par le témoignage d’autrui et à recevoir avec crédulité la croyance en de nombreux miracles prétendus 1%, Cette disposition les rend instables, d’une foi très inconstante; le moindre souffle doctrinal les emporte aisément et les livre à toute secte et à toute superstition qui surgit 1%. Mais la connaissance de nos passions jusque dans leurs germes eux-mémes, l’estimation correcte de la croissance et des progrès de l’enthousiasme, l’appréciation convenable de sa force naturelle et de l’action qu’il exerce sur nos sens euxmêmes, peuvent nous apprendre à combattre plus heureusement ces illusions qui surgissent tout armées du spécieux prétexte de certitude morale et de fait matériel.

La nouvelle secte prophétisante 7 dont j’ai parle

voix, la posture, le geste, les actions, les douleurs et généraiement en tout ce qui se pouvait observer pendant son opération entière, ne pouvait manquer de faire des impressions très vives sur ceux qui en ont été tant de fois les témoins ». — Cf. dans le Théâtre sacré des Cévennes les déclarations de Jean Cavalier, p. 38-43, d’Elie Marion, p. 73 (marqué 65 par erreur) sur les circonstances de leur première inspiration prophétique. — Voltaire, Dict. Fanatisme, 2°, cité plus loin n. 247. 195. Sur la crédulité humaine, sur l’amour de l’étrange et du merveilleux, cf. intr. § 31-32. Sur le scepticisme de bon ton, intr. § 16; Saint-Paul lui-même était sceptique, malgré ses visions. « Bien qu’il eût lui-même obtenu un témoignage original et une révélation céleste qui fut la cause de sa conversion, il consentait encore, en de nombreuses occasions, à parler en sceptique, avec quelque hésitation et réserve, au sujet de la réalité de ces manifestations divines ». Mél. II, 2, 202. A l'appui de ce texte, Sh. donne la référence 2 Cor. XII, 2, 3. 196. Voltaire. Ex. imp. d. Mil. Bolingbroke, XII. « L’attrait de la nouveauté attirait des esprits faibles, lassés de leurs anciennes sottises et qui couraient à de nouvelles erreurs comme la populace de la foire de Barthélémi, dégoûtée d’une

in themselves, no prepossessing panic which bewitches them, they are apt still, by the testimony of others, to be imposed on and led credulously into the belief of many false miracles 1%. And this habit may make them variable, and of a very inconstant faith, easy to be carried away with every wind of doctrine, and addicted to every upstart sect or superstition 1%, But the

knowkedge of our passions in their very seeds, the

measuring well the growth and progress of enthusiasm, and the judging rightly of its natural force, and what command it has over our very senses, may teach us to oppose more successfully those delusions which come armed with the specious DRAC of moral certainty and matter of fact.

The new prophesying sect I made mention of

ancienne farce qu’elle a trop souvent entendue, demande une farce nouvelle ».

197. Sh. fait allusion aux Cévenols, cf. n. 111, et aux Anglais qui se sont ralliés à l’enthousiasme des exilés. Facio Duillier ne fut pas le seul en effet A s’éprendre de ces réveries mystiques; de nombreux Anglais furent frappés par l'épidémie prophétique; tel fut le cas de John Lacy, d’Elisabeth Gray, de Jean et Henriette Allut, dont les faits et gestes nous soni connus grâce aux trois séries des Avertissements prophétiques de John Lacy, parues respectivement en juillet, septembre et novembre 1707. D’autres Anglais, sans être saisis d’extases mystiques, sont de chauds partisans de cette nouvelle secte; sir Richard Bulkeley en est un exemple; il écrit pour deferdre les prophètes, Av. proph. de J. Lacy, pref, X-XII, puis pour se défendre lui-même, Réponse à divers traités récemment publiés au sujet des Prophètes, Londres, 1708, où il est amené, pour sa propre défense, à plaider encore la cause de ses amis. D’autres Anglais enfin viennent, mi-confiants misceptiques, à la nouvelle secte; tel est ce M. P... n. qui habitait 2, nouveau Square de Lincoln’s Inn, dans les sous-sols et qui, pour s’éviter les frais d’une petite opération chirurgicale, vint

plus haut, allègue, paraît-il, que, entre autres miracles 1°* elle en a réalisé un tout à fait remarquable, accompli avec préméditation et après avertissement, par devant des centaines de personnes “°? qui témoignent bel et bien de sa réalité. Mais je demanderais seulement sil y avait là, parmi ces centaines, une seule personne qui n'ait jamais été de leur secte et qui ne se soit jamais adonnée à leurs pratiques et dont le témoignage concorde avec le leur ? Je ne dois pas me contenter de solliciter John Lacy d’exercer sur lui ses pouvoirs de thaumaturge, Bulkeley, op. cit., 113-115.

198, Les recueils de Maximilien Misson — le Théâtre sacré des Cévennes — et de John Lacy. — A cry from the desart — rassemblent de nombreuses attestations concordantes, soit qu’elles se rapportent au même fait, soit qu’elles se contentent d’affirmer la réalité de cas analogues, le plus souvent transes prophétiques chez des adultes ignorants ou chez des enfants très jeunes. Dans l’avertissement au Lecteur, VI, Misson déclare « Il serait raisonnable, Lecteur, de vous faire observer que presque tous les témoins que vous voyez ici sont des. témoins d'élite; des personnes dont la foi et la fidélité ont été extraordinairement éprouvés ». Sh. va justement combattre cette affirmation.

199. On pourrait penser, d’après l’indication de ces circonstances, que Sh. exerce son ironie à l’égard des Cévenols et qu’il fait allusion à la vaine tentative de miracle rapportée spirituellement par Voltaire, Dict. Fanatisme. 5° « Un fameux protestant (Facio Duilier) que l’on comptait entre les premiers mathématiciens de nos jours et qui marchait sur les traces des Newton, des Leibnitz, des Bernouilli, s’avisa au commencement de ce siécle de tirer des corollaires assez singuliers. Il est dit, Matthieu, XVII, 19, qu'avec un grain de foi on transportera des montagnes, et lui, par une analyse toute géométrique, se dit à lui-même : J’ai beaucoup de grains de foi, donc je ferai plus que transporter des montagnes. Ce fut jui qu’on vit à Londres en l’année 1707 accompagné de quelques savants qui avaient de l'esprit, annoncer publiquement qu’ils ressusciteraient un, mort de tel cimetière que l’on voudrait. La reine Anne fut obligée de lui donner un jour, une

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above, pretend, it seems, among many other miracles 1%, to have had a most signal one acted premeditately, and with warming, before many hundreds of people , who actually give testimony to the truth of it. But I would only ask, whether there were present, among those hundreds, any one person, who having never been of their sect, or addicted to their way, will give the same testimony with them ? I must not

heure et un cimetière à son choix pour faire son miracle loyalement et en présence de la justice. Le saint géomètre choisit l’église cathédrale de Saint-Paul pour faire sa démonstration. Le peuple se rangea en haie; des soldats furent placés pour contenir les vivants et les morts dans le respect; les magistrats prirent leurs places; le greffier écrivit tout sur les registres publics; on ne peut trop constater les nouveaux miracles. On déterra un corps au choix du saint; il pria, se jeta à genoux; il fit de pieuses contorsions; ses compagnons l’imitèrent; le mort ne donna aucun signe de vie; on le reporta dans son trou et on punit légèrement le ressusciteur et ses adhérents, J’ai vu depuis un de ces pauvres gens; il m’a avoué qu'un d’eux était en péché véniel et que le mort en pâtit, sans quoi la résurrection était infaillible ». — D’autres miracles, heureux ceux-ci, répondent au texte pour une partie seulement des conditions. En août 1703, le « frère » Clary, un Cévenol d’environ 30 ans se trouvait à une assemblée aux tuileries de Cannes près de Sérignan; en état d’inspiration, il se fit allumer un bûcher, malgré les protestations de ses frères cévenols qui n’osèrent pourtant pas lui désobéir. « Toute Vassemblée fut témoin que les flammes qui s’élevaient de beaucoup au-dessus de sa tête, l’environnaient aussi de tous côtés, de telle manière que ceux qui en auraient fait le tour, l'en auraient vu entièrement enveloppé. Il demeura dans cet état jusqu’à ce que les flammes fussent éteintes et que le bois qu’on avait toujours repoussé, fût tout consumé..... Clary avait une veste blanche que sa femme lui avait apportée le matin. Elle ne fut pas le moins du monde offensée, ni un seul cheveu de sa tête non plus ». Théât. sacré des Cév., 51-53 et 110-112; A cry f. the des, 49-52 et 64-66. — Sh. a peut-être en vue les miracles de John Lacy dont il va bientôt parler; le 30

demander si cette personne était complètement libre de cet enthousiasme particulier ? mais si auparavant on l’estimait de jugement assez sain, de tête assez lucide pour être complètement libre de toute mélancolie et, selon toute vraisemblance, incapable de tout autre enthousiasme ? 2% Autrement, en effet, la panique peut s'être communiquée; l’évidence sensible s'être perdue comme en un rêve; et l'imagination peut s’étre enflammée pour consumer en un moment toute parcelle de jugement et de raison. Les matières combustibles gisent la toutes préparées à l’intérieur prêtes à s’enflammer à la moindre étincelle; et surtout quand i!

‘juillet 1707 en présence des 3 autres prophètes et de Facio, Lacy, accroupi dans un coin d’une chambre, glisse dans cette posture à travers toute la largeur de la pièce, dix ou onze pieds. ven 4 secondes, avec ébranlement de la chambre. Les miracles les plus intéressants sont ceux que Lacy accomplit sur la per- ‘sonne d’Elisabeth Gray le 6 et le 8 août en présence de plusieurs témoins. Le 6 août, El. Gray perd subitement la vue el ‘pendant 20 minutes les témoins s’assurent par divers procédés de son entière cécité; 25 minutes plus tard Lacy tombe en “extase et, après un dialogue où El. Gray est la suppliante et Lacy, le Seigneur lui-même, il lui rend la vue. Le 8 août, EI. Gray est prise d’un malaise qui se développe peu 4 peu. Au ‘déjeuner, elle ne peut absorber que des aliments liquides. Une inspiration lui vient; puis elle commence une agonie. « Elie s’agenouillait parfois sur le lit et parfois sur le plancher; elle se jetait sur la face; elle se tordait les mains; elle les frappait Pune contre l’autre; elle frappait du poing le lit et le plancher; son menton s’affaissait avec contracture sur la poitrine en raison du gonflement et de la distension des parties voisines », 146. Spectacle émouvant; Henriette Allut est alors saisie de l’Esprit et exhorte E. G. : « Prends courage, ma servante, Je m’en vais t’envoyer mon serviteur pour le guérir ». Le temps se passe; E. G. agonise toujours; Henr. Allut, revenue de son extase, presse Lacy d'intervenir; mais celui-ci demeure impuissant, parce qu’il n’est pas lui-même en état d'inspiration; il n’est « rien de plus qu’un autre homme ».

be contented to ask, whether such a one had been wholly free of that particular enthusiasm ? but, whether, before that time,. he was esteemed of so sound 2 judgment, and clear a head, as to be wholly free of melancholy, and in all likelihood incapable of all enthusiasm besides ? 2 For otherwise, the panic may have been caught; the evidence of the senses lost, as in a dream; and the imagination so inflamed, as in a moment to have burnt up every particle of judgment and reason. The combustible matters lie prepared within, and ready to take fire at a spark; but chiefly

Enfin à 2 h. 34 m., survient l’extase attendue; prière au Seigneur jusque 2 h. 40 m.; puis Lacy demande où se trouve l'oppression, « Elle dirigea la main de John Lacy vers sa gorge; mais le gonflement et la contracture étaient si grandes qu’il ne put glisser la main entre son menton et sa poitrine, et qu’il dut se servir de l’autre main pour lui renverser la tête en arrière. N. B. Son cou était si gonflé qu’on ne put délier son collier et qu’il fallut le briser. Alors il lui plaça la main gauche sur la poitrine, à 2 h. 55 min. ». Une amélioration se fait sentir aussitôt et à 2 h. 58 min, le calme se rétablit entièrement, ce qui provoque une extase de Jean Allut. — Cf. le récit de sa propre guérison, 7 sept. 1707, par sir Rich. Bulkeley, Rép. p. 110 (celui-ci souffrait auparavant de 4 maladies chroniques; il se porte ensuite comme n’importe quel autre homme en bonne santé) et la très curieuse guérison d’un vieillard de 77 ans, qui souffrait d’un énorme abcès au cou, ou peut-être même d'un anthrax, p. 113.

200. Sh. énonce rapidement les règles de la critique du témoignage et il intervient ainsi dans la controverse autour des miracles, Locke, Ent. hum. IV, 20 et Disc. sur les miracles, avait déja tenté de définir les conditions de toute probabilite d’une part et de la probabilité d’un miracle de l’autre. Mais Vouvrage le plus célèbre alors est peut-être la Méthode courte et facile contre les Déistes de Leslie, 1697, qui établit quatre règles capitales, cf. Leroy, op. cit. § 60-62. Sh. accepte les deux premières, valables pour les faits actuels : 1° les sens sont juges souverains; un miracle doit s’accomplir en présence de

s’agit d’une foule animée du même esprit, Nulle merveille si la flamme naît soudain; quand des yeux innombrables brûlent de passion, que des poitrines haletantes travaillent sous l'inspiration; quand non seulement l’aspect, mais encore le souffle même et l’haleine de ces hommes sont contagieux et que le malaise animateur se communique par une sudation insensible 2%, Je ne suis pas assez bon théologien pour décider quel esprit se révélait si contagieux chez les anciens prophètes que même le profane Saül en fut saisi. Mais l’Ecriture Sainte m’apprend qu’il y avait un mauvais comme un bon esprit de prophétie °°. Et je trouve

nombreux témoins. Il ajoute cette précision : le témoin doit être de jugement sain et non pas seulement de bonne foi. — Diderot, Pens. phil. 46. « Un peuple entier, me direz-vous, est témoin de ce fait; oserez-vous le nier ? Oui j’oserai, tant qu’il ne me sera pas confirmé par l’autorité de quelqu'un qui ne soit pas de votre parti et que j’ignorerai que ce quelqu'un était incapable de fanatisme et de séduction. Il y a plus..... Moins un fait a de vraisemblance, plus le témoignage de l’histoire perd de son poids... Qu’un historien nous en impose, ou que tout un peuple se trompe, ce ne sont pas des prodiges >. Cf. 56 « L’exemple, les prodiges et l’autorité peuvent faire des dupes ou des hypocrites; la raison seule fait des croyants ».

201. C’est contre une interprétation analogue de ses propres extases et inspirations que s’élève J. Lacy dans la préface de ses Avertissements prophétiques, III-IV. De novembre 1706 à février 1707, bien qu'il ait assisté couramment aux extases de Marion, Fage et Cavalier, il n’a ressenti aucune inclination à les imiter, huit jours séparèrent leur dernière entrevue et ses premières extases qui en outre sont assez différentes des leurs et survinrent alors qu’il ne les attendait, ni ne les désirait. Ces extases furent les conséquences de ses prières à Dieu pour bien rédiger son premier ouvrage : Un cri venu dn désert.

202. Rien n’est plus curieux que le récit de la contagion extatique qui existe à l’état endémique dans le petit groupe des quatre prophètes dont J. Lacy est le chef, cf. Avert. proph.

in a multitude seized with the same spirit 1, No wonder if the blaze rises so of a sudden; when innumerable eyes glow with the passion, and heaving breasts are labouring with inspiration; when not the aspect only, -but the very breath and exhalations of men are infectious, and the inspiring disease imparts itself by insensible transpiration 2°. I am not a divine good enough to resolve what spirit that was which proved so catching among the ancient prophets, that even the profane Saul was taken by it. But I learn from Holy Scripture, that there was the evil as well as the good spirit of prophecy 2%. And I find by present experience as

2° part. proph. 5, 20, 28, etc. Les extases par sympathie 38-39 et 43-45 sont les plus intéressantes; ce sont celles résumées n. 199, où Lacy opère ses miracles sur El. Gray.

203. Cf. Rois, 1, ch. XXII, vers 20; Chron. 2, ch. XVIII, vers. 19 (n. de Sh.) — Le premier texte fait le récit du meurtre du grand prétre Achimelech et de ses prêtres sur l’ordre de Saiil dont Rois 1, XVI, 14, dit « En même temps l’esprit du Seigneur se retira de Saiil et il était agité du malin esprit envoyé par le Seigneur »; c’est ce dernier passage qui se rapporte plus immédiatement à la phrase de Sh. Les Paralipomènes décrivent la scène de l’envoi de Vesprit malin contre Achab « 20. L'esprit s’avanca et se présenta devant le Seigneur et lui dit : C’est moi qui le séduirai. Le Seigneur ajouta : Comment le séduiras-tu ? 21. J'irai, répondit cet esprit, et je serai un esprit menteur en la bouche de tous ses prophètes. Le Seigneur dit : Tu le séduiras et tu en viendras à bout; va et fais ce que tu dis ». — Les Caractéristiques renvoient en outre aux Mélanges II, 3, 227-228 à un morceau sur les Juifs dont le début a été cité n. 126; voici le passage qui se rapporte à Saül : « Le premier roi de cette nation, malgré sa complexion mélancolique, associa la musique & ses exercices spirituels ct même il l’utilisa comme remède contre l'enthousiasme sombre et le malin esprit; quel peut-être le degré de parenté de cet esprit avec l'esprit prophétique qui inspira Saül même après son apostasie, notre auteur ne prétend pas le déterminer »; et Sh, renvoie à Samuel I, XVIII, 10 et XIX, 9, 23, 24.

d’aprés l’expérience actuelle aussi bien que d’apres toutes les histoires, saintes ou profanes, que lopération de cet esprit est partout le méme pour ce qui est des. organes corporels.

Un homme de condition ?# qui écrivit récemment. pour défendre la prophétie ressuscitée, et qui depuis est tombé lui-même en des extases prophétiques, nous dit « que les anciens prophètes avaient l’esprit divin sur eux pendant l’extase et que leurs corps prenaient d’étranges attitudes qui les faisaient appeler fous (ou enthousiastes) 2% comme il apparaît avec évidence (ditil) dans les exemples de Balaam, Saül, David, Ezéchiel, Daniel, etc. » 2%, Et il s’avance jusqu’à justifier cette affirmation par les pratiques des temps apostoliques et par le réglement que l’Apôtre lui-même applique à ces dons en apparence irréguliers 27, si fréquents et si

204. John Lacy esq. naquit à Saffron Walden en Essex en 1664. Après une rapide éducation classique, il vint à Londres pour y gagner sa vie en 1680, En 1706, il était marié, père de famille; sa piété lui avait établi une excellente réputation et il comptait parmi les membres les plus riches de la congrégation du D' Calamy à Westminster. La perte d’un procès et la rencontre des:Prophètes français le firent donner dans le mysticisme et l’extatisme.,

205. Th. sac. des Cév. IV « Et leur état a des circonstances si miraculeuses qu’il ne se peut imaginer rien de plus déraisonnable que de penser à les mettre au rang des malades ou des fanatiques. Qu’on les nomme comme on voudra, ce sont des instruments admirables et redoutables, en la main de Dieu, par le moyen desquels sa Sagesse adorable et sa Toute-Puissance ont fait des choses grandes. Ce sont ici des mystéres, des profondeurs, des merveilles qui doivent étre aux hommes sensés des motifs de piété et d’humilité ».

206. Lacy, Un cri, 2° éd. préf. IX; « Beaucoup des anciens patriarches et prophètes, que l’on reconnait aujourd’hui comme inspirés, indépendamment de l’évidence des miracles qui le manifestent, furent stigmatisés par leurs contemporains comme des fous et des malades; notre bienheureux Seigneur

L’ENTHOUSIASME : BT

well as by all histories, sacred and profane, that the operation of this spirit is everywhere the same as to: the bodily organs. :

A gentleman 2% who has writ lately in defence of revived prophecy, and has since fallen into the prophetic ecstasies, tells us « That the ancient prophets: had the spirit of God upon them under ecstasy, with divers strange gestures of body denominating then» madmen (or enthusiasts) 2%, as appears evidently (says he) in the instances of Balaam. Saul, David, Ezekiel, Daniel, etc » 26, And he proceeds to justify this by the practice of the apostolic times, and by the regulation which the Apostle himself applies. to these seemingly irregular gifts 2°’, so frequent and ordinary (as

lui-méme fut autrefois considéré de cette maniére par sa fa~ mille et ses amis, malgré ses ceuvres merveilleuses; quelle merveille y a-t-il à ce que les Apôtres, et encore plus ceux qui leur ont succédé ou peuvent le faire, en méme occasion, héritent de la même renommée » et X « 1° Les agitations corporelles qui expriment au dehors le moment où pénètre le Verbe du Seigneur et où son esprit gouverne la bouche de l’inspiré, qui, en dehors de ces agitations, ne parle pas au nom de Dieu; Que les anciens Prophètes avaient sur eux l'Esprit de Dieu dans l’extase et qu’ils prenaient des attitudes étranges qui les faisaient appeler fous, c’est un fait qui apparaît avec évidence par les exemples de Balaam, Saül, David, Ezéchiel, Daniel, Jérémie et l’homme qui vient pour joindre Jéhu; ce dut être aussi un tremblement ou un ébranlement du corps qui permit de porter contre les Apôtres (lorsqu'ils étaient pleins du Saint- Esprit) l’accusation qu’ils avaient bu trop de vin nouveau; et ils proclamèrent beaucoup de leurs messages avec une véhémence qui annonce une flamme intérieure ».

207. 1 Cor. XIV (n. de Sh.). — cf. particulièrement vers 25- 36 « Que faut-il donc faire mes frères ? Lorsque vous vous assemblez, quelqu'un de vous a-t-il un cantique, a-t-il une révélation, a-t-il une interprétation ? Que tout se fasse pour

communs (à ce que prétend notre auteur) dans l'Eglise primitive dans les premiers moments de la croissance et du développement du Christianisme 2%, Mais je lui laisse établir aussi bien qu'il le peut la ressemblance entre ses propres pratiques et celles des temps apostoliques. Je sais seulement que les symptômes qu’il décrit et qui le travaillent lui-même (le pauvre homme !) sont aussi paiens qu’il peut les prétendre chrétiens 2%. Et quand je le vis récemment en proie à une agitation (tel est leur mot) en train de débiter une prophétie en un latin pompeux?!® dont il est, semble-t-il, totale-

l'édification. S'il y en a qui parlent une langue inconnue, qu’il n’y en ait que deux ou trois au plus, qui parlent, et celà l’un après l’autre; et qu’il y en ait un qui interprète. Qu'il n’y ait aussi que deux ou trois prophètes qui parlent et que les autres en jugent. Et si un autre de ceux qui sont assis, a une révélation, que le premier se taise. Car vous pouvez tous prophétiser lun après l’autre afin que tous apprennent et que tous soient exhortés. Et les esprits des prophètes sont soumis aux prophétes; car Dieu n’est point un Dieu de confusion; mais un Dieu de paix, comme on le voit dans toutes les Eglises des saints. Que vos femmes se taisent dans les Eglises, parce qu’il ne leur est pas permis d’y parler; mais elles doivent étre soumises, comme aussi la loi le dit. Que si elles veulent s’instruire sur quelque chose, qu’elles interrogent leurs maris dans la maison; car il n’est pas bienséant aux femmes de parler dans l'Eglise >, On peut se demander si Shi n’a pas mis quelque ironie à citer ce chapitre comme confirmation de la doctrine de Lacy : l’apôtre y condamne en effet la prophétie chez la femme et les Cévenols comptent presque autant de prophétesses que de prophètes, cf. n. 14.

208. Lacy, ib. XVIII cite toutefois lui-même les premiers versets indiqués dans la note précédente, et les versets 2, 5, 24 sans d’ailleurs indiquer que ce sont là des passages assez distants les uns des autres dans l’épitre de St-Paul. Il les fait précéder de ces réflexions : « On s’offense beaucoup ici de leur conduite parce que leurs extases paraissent se produire au hasard et cette apparente irrégularité est contraire a la

our author pretends) in the primitive church on the

first rise and spreading of Christianity 2%, But I leave it to him to make the resemblance as well as he can between his own and the apostolic way. I only know that the symptoms he describes, and which himself {poor gentleman !) labours under, are as heathenish as he can possibly pretend them to be christian 2. And when I saw him lately under an agitation (as they cali it) uttering prophecy in a pompous latin style 20, of

décence et à la régularité de la prétrise, telle qu’elle est établie cepuis tant de siècles; cependant cette pratique ne diffère pas de celle des temps apostoliques ».

299. M. Pons signale, dans son ouvrage sur Swift, p. 367 sqq., la parenté des explications physiologiques de l’enthousiasme données par Swift et par Sh. et leur conformité aux doctrines médicales de cette époque. Swift prend plaisir à développer le mythe éoliste; il décrit, comme suit, « les grimaces et les contorsions des prédicateurs inspirés » : « car après avoir causé une espèce de tranchées, le vent et les vapeurs émises, produisaient par leur tumulte et leur tourbillonnement à l’intérieur une sorte de tremblement de terre dans le petit univers humain, tordaient la bouche, gonflaient les joues et donnaient aux yeux un terrible relief ». Pons. 371.

210. Lacy, ib. IX-X, déclare qu'à l’école il apprit peu de latin et encore moins de grec de telle sorte qu’à l’âge de 28 ans, il fut incapable de lire dans le texte le De Bello Belgico, de Strada, A l’état normal il ignore donc presque totalement latin, grec et français qu’il comprend et parle aisément pendant ses extases. Le don des langues lui a été conféré le mercredi 2. juillet 1707, Av. proph., 31° pr. « Tibi semper adhacreo. Cum vocas, praesto sum. Sole clarior demonstrata erit potestas mea in te. Loquendi et scribendi facultatem, mi fili, non tantummodo latine, sed -in alias linguas tibi dabo; imo correcte, non solum latinam, sed et etiam graecam. Gratiain opulentissimam et excellentissimam huic populo ». — cf. le témoignage de sir R. Bulkeley, Rép. 92 : au cours d’une pro-

ment incapable en dehors de son extase, alors me revint à l’esprit la description, par le poète latin, de la Sibylle dont les agonies étaient si parfaitement semblables 711. :

« Subitement ce n’est plus le même visage, ni la méme couleur; la chevelure ne demeure pas en ordre. mais une poitrine haletante, un coeur farouche se gonflent de rage; et de paraitre plus grande, et de ne plus

menade en voiture le 9 aotit 1707, N. Facio et R. Bulkeley ont proposé a J. Lacy des passages d’auteurs latins, les plus difficiles qu’ils ont pu se rappeler : Metamorphoses d’Ovide, Enéide, Odes et Art poétique d’Horace, du Lucrèce, du Martial, etc.; J. Lacy traduisait ligne à ligne ou vers à vers et ne se méprit que sur le sens de 3 mots. — Th. s. des Cév., p. 14, déposition de Jean Vernet sur les transes extatiques de sa mère : Elle ne parlait que français pendant linspiration; ce qui me causa une grande surprise, la première fois que je l’entendis; car jamais elle n’avait essayé de dire un mot en ce langage, ni ne l’a jamais fait depuis de ma connaissance. Et je suis assuré qu’elle ne l’aurait pu quand elle l’aurait voulu >. P. 28, dépon de Jacques Bresson « Il y avait beaucoup d’enfants de sept à huit ans. Mais je ferai mention particulière d’un enfant de 3 ang que j’ai vu 4 ou 5 fois dans les agitations, pendant l'inspiration. Il parlait distinctement, assez haut, en bon français et faisait des exhortations fort touchantes »; cf. également 20,42,69, 96... — Leibnitz, Nvx. Ess. IV, 19 « Quelques personnes idiotes ayant l’imagination agitée se forment des conceptions qu’ils n’avaient point auparavant; ils sont en état de dire de belles choses à leur sens ou du moins de fort animées : ils admirent eux-mêmes et font admirer aux autres cette fertilité qui passe pour inspiration. Cet avantage leur vient en bonne partie d’une forte imagination que la passion anime et d’une mémoire heureuse qui a bien retenu les maniéres de parler des livres prophétiques que la lecture ou les discours des autres leur ont rendu familiers ».

211. Elie Marion, Av. proph., VI-VII déclare : « Lorsque l'esprit de Dieu me veut saisir, je sens une grande chaleur dans mon cœur et les parties voisines, qui est quelquefois précédée par un frissonnement.de tout mon corps. D’autres

which, out of his ecstasy, it seems, he is wholly incapable, it brought into my mind the Latin poet’s description of the Sibyl, whose agonies were so perfectly like these 211,

Subito non vultus, non color unus.

Non comptae mansere comae, sed pectus anhelum. Et rabie corda tument; majorque videri

fois je suis saisi tout d’un coup sans en avoir eu aucun pressentiment. Quand je me trouve saisi, mes yeux se ferment sur le champ et cet esprit me cause des agitations du corps, me faisant pousser de grands soupirs et des sanglots entrecoupés, comme si j'avais de la peine à respirer. J’ai même fort souvent des secousses extrêmement rudes; mais tout cela se fait sans douleur et sans que je perde la liberté de penser. Je demeure dans cet état, pendant un quart d’heure, plus où moins, avant que je ne profére aucune parole. Enfin je sens que cet esprit forme dans ma bouche les paroles qu’il veut me faire prononcer, lesquelles sont presque toujours accompagnées de quelques agitations ou mouvements extraordinaires ou du moins d’une grande contrainte ». Ib. 14, 19, 36, 43, 55, 74, descriptions des transes d’autres extatiques. — Lacy, Av. proph. pref. IV-V « Cela commenca par une manière de respirer surnaturelle; puis ma tête commença à s’agiter et à trembler avec force et violence d’un mouvement horizontal très rapide, d’un côté a l'autre. Puis j’éprouvais des spasmes de la poitrine, assez analogues à des hoquets; après quoi mains et bras se mirent à trembler violemment; enfin se produisit une angoisse, un travail du gosier; parfois, une sorte de saisissement et de spasme du corps tout entier; dans la semaine qui précéda mes premières prophéties, j’observais de temps à autre une agitation involontaire de la langue, et, tour à tour, des lèvres, de la bouche, de la mâchoire; toute cette préparation des organes corporels s’accompagnait d’une constante élévation de mon âme à Dieu; mon esprit était inexplicablement ravi en un état de joie spirituelle, de saint mépris pour les choses de la terre, en une incessante prière, beaucoup plus ardente et zélée que jamais auparavant ». — J. Brown, 305-307. « Il n’est pas déplaisant de remarquer sur ce point la différence de vues

parler d’une voix mortelle; car déjà linspire la puissance, plus proche, du dieu » 22.

Et encore, aussitôt après : .

« Monstrueuse dans sa caverne, la prêtresse délire, comme si elle pouvait vomir le Dieu puissant hors de sa poitrine; celui-ci fatigue d’autant plus sa bouche écumante, domptant son cœur farouche; et il lécrase pour la façonner » #5,

Ce qui est le style même de notre auteur expérimenté. « Car l’inspiré (dit-il) subit une épreuve, pendant laquelle l’espritÿ par de fréquentes agitations, façonne les organes, habituellement pendant un mois ou deux avant la prophétie » 214,

L’historien romain, parlant d’un enthousiasme tout à fait horrible qui sévit à Rome, longtemps avant son époque, décrit cet esprit de prophétie : Les hommes, l'esprit comme égaré, prophétisaient avec un tremblement fanatique du corps ?%. Les actes odieux qu’il rapporte ensuite de ces enthousiastes, je n’en transcrirais pas volontiers le récit; mais je ne peux manquer de recopier le texte de l’indulgent décret? du Sénat en

entre Mylord et l’homme de condition qu’il cite, dans leur tentative pour établir ce prétendu fait. L’un travaillait à préciser une ressemblance entre la manière des anciens prophètes et celle des nouveaux pour redoubier le crédit de la prophétie ressuscitée; le dessein manifeste de l’autre était de détruire, par le moyen de ceite ressemblance dont il voulait faire reconnaître la réalité, le crédit des prophéties de l’Ecriture, car il savait bien que les autres prophéties n’en méritaient AUCH (la seule conclusion à tirer de cette ressemblance des symptômes corporels) c’est que cette agitation convulsive des organes corporels est une marque caractéristique de l’enthousiasme, qu’elle permet de distinguer de l'inspiration véritable dont parle l’Ecriture Sainte ».

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