ABC
Fig. 2b. — Images rétiniennes dans l'asligmie : A, deux lignes placées à angle droil; B, leur image sur la réline d'nn astigme selon la verticale ;C, leur image lorsque l'asligmie esl horizontale.
2° Dans le cas d'emmétropic du méridien horizontal, cette déformation prend la forme d'un Irait allongé verticalement;
3" La déformation verticale de chaque point a des conséquences autres pour la ligne horizontale que pour la verticale. L'allongement en hauteur de chaque point de la ligne horizontale produit une bande d'une certaine largeur et d'un noir atténué, par suite de l'éparpillement de la lumière sur une plus grande surface. Au contraire, l'allongement en hauteur des points de la ligne verticale donne lieu à une ligne peu large, nette et très noire; ici, les traits résultant de la déformation de chaque point empiètent les uns sur les autres et se recouvrent mutuellement.
La ligne verticale, dans le cas supposé, sera donc mieux vue, uniquement par ce fait que la déformation de l'image des points constituant cette ligne s'opère dans la direction même de cette ligne.
Si, au contraire, l'œil esl emmétrope selon le sens vertical, si, par conséquent, ce sont les rayons verticaux partis des
MYOPIE, IIYPEROPIE, ASTIGMIE.
(deux droites perpendiculaires qui font leur image sur la 1 rétine, la déformation de l'image de chaque point sera hori- .•zontale, et le sujet verra mieux les lignes horizontales, tou- 1 jours par le motif que la déformation des images des points -s'effectue parallèlement à la direction de ces Ugnes (fig. 25 C).
L'analyse des déformations subies par les points entrant .dans la composition des lignes montre comment il se fait (que ce soient les lignes dirigées perpendiculairement à la (direction du méridien emmétrope qui apparaissent plus mettes et plus noires. Un voit donc maintenant que ce qui mous semblait tout à l'heure contraire aux notions acquises ;se trouve expliqué grâce à d'autres notions.
g 72. — Il résulte de ce qui vient d'être dit que les asligrmes dont le méridien horizontal est emmétrope voient bien Iles détails verticaux des objets, et que, inversement, ceux (dont le méridien emmétrope est vertical apprécient heauicoup mieux les détails horizontaux.
Comme les détails verticaux dominent dans la nalure, dans Iles œuvres d'art, dans nos caractères d'imprimerie, il est ; avantageux que les astigmes aient leur méridien emmétrope I dirigé horizontalement. Fort heureusement pour ces sujets. ' c'est ce qui a lieu le plus ordinairement. L'astigmie verticale étant de beaucoup la plus fréquente, la plupart des astigmes ont leur méridien emmétrope dirigé horizontalement.
Quand le méridien horizontal n'est pas naturellement emmétrope, les sujets font des efforts, faciles à analyser, pour le rendre tel.
C'est ce qu'on remarque dans l'astigmie hyperopique simple à réfringence inaxima verticale. Dans ce cas, le foyer des rayons verticaux (V) arrive sur la rétine (R) et celui des horizontaux (H) en arrière (dg. 26 A). L'œil ne parait pas satisfait de cet état de choses, puisqu'il a recours, autant que son accommodation le lui permet, à une contraction générale qui amène sur la rétine le foyer des rayons horizontaux et en avant celui des verticaux (fig. 26 B), d'où une transformation d'une astigmie hyperopique simple en myopique
MYOPIE, IIYPEROI'IE, ASTIGMIE.
simple, el partant la possibilité de mieux voir les détails verticaux.
Il est tellement avantageux d'avoir le méridien horizontal emmétrope que les astigmes qui ne peuvent, comme dans l'exemple précédent, transporter l'cmmétropie de leur méridien vertical du côté de leur méridien horizontal, prennent parfois des altitudes bien curieuses. Ainsi voit-on certaines personnes incliner la tête à droite ou à gauche pour mieux voir les aiguilles d'une horloge, ou les heures indiquées en
FiG. 26. — Ce schéma reprûsenle la transformation d une asligmie verticale hypei'opique simple (A) ou asligmie verticale myopique simple (B).
chiffres romains sur un cadran solaire. L'inclinaison de la tète a pour but de placer le méridien emmétrope perpendiculairement à la direction de l'aiguille ou à celle des traits caractéristiques des chiffres. De même, on rencontre d'autres personnes qui, en face des barreaux verticaux d'une grille ou de grandes lettres d'imprimerie collées sur un mur, penchent la tête de telle sorte que la ligne horizontale réunissant les deux yeux devienne sensiblement parallèle aux barreaux et aux caractères. Chez ces derniers, le méridien vertical de leurs yeux, transformé pour un moment en méridien horizontal, devient alors apte à faire arriver sur la rétine les rayons horizontaux émanés de ces objets. Dès lors, les barreaux de la grille et les lettres — caractérisées surtout par leurs traits verticaux — sont beaucoup mieux appréciés.
Giraud-Teulon cite le fait d'un officier de marine, à vue imparfaite pour la lecture, qui offrait l'organe le plus délié des officiers de son bord pour distinguer un nicàt de
MYOPIE, IIYPEROPIE, ASTIGMIE.
vaisseau à l'horizon. Il n'avait pour cela qu'à incliner la tète ide90 degrés sur l'épaule. L'officier en question était atteint d'une astigmie horizontale; son méridien vertical était emmétrope. En penchant la tête, il mettait ce méridien emmétrope perpendiculairement à la direction du mât et ;se plaçait ainsi dans les conditions visuelles décrites ci- 1 dessus.
Le l'ait pour un astigme vertical de mieux voir les veriticales ne le tire pas toujours d'embarras. S'il est peintre, il me reproduira qu'imparfaitement la nature. On raconte que • Cassas, peintre d'histoire, qui travaillait dans l'atelier de iGros, voyait avec désespoir que le maître ajoutait toujours ides traits horizontaux sur ses dessins. Marchai, tourmenté ipar une vision, qu'une astigmie subjective rendait double, . et empêché par là de peindre, se donna la mort.
§ 75. — On peut penser que les traits caractéristiques des llettres d'imprimerie, qui varient avec certaines races, sont ll'expression d'un état astigmique différent. Les lettres llatines seraient plus répandues par le motif que le nombre ides yeux emmétropes horizontalement est plus grand. Les llettres hébraïques, dans lesquelles dominent les traits hori- /zontanx, devraient leur origine à ce fait que les Juifs ont iplus souvent le méridien vertical emmétrope. L'asligmie l'est héréditaire chez l'individu, et le fils présente tout partiiculièrement la variété d'asymétrie constatée chez le père. IL'hérédité individuelle conduit à l'hérédité de race. Dès lors, lil est à peu près certain que la plupart des Juifs d'autrefois l'étaient des astigmes horizontaux.
^ 7-4. — Il est réellement extraordinaire, étant données Iles obligations imposées à la vision par l'astigniie, que ll'écriture la plus répandue parmi nous n'ait pas la môme lidirection verticale que les caractères d'imprimerie. La chose ■est d'autant plus curieuse qu'autrefois notre écriture était lidroite. Si l'écriture anglaise a pu se généraliser, c'est qu'il l'est possible aux astigmes qui ne corrigent pas d'obéir à
MYOPIE, IIYI'EROPIE. ASTIGMIE.
ces obligations en prenant certaines alliludcs ou en faisant subir aux cahiers certaines inclinaisons.
En face d'un objet qui ne peut être déplacé, le sujet penche la tète; si l'objet est maniable, c'est ce dernier qui supporte une partie ou la totalité du déplacement. Ainsi, quand un astigme trace des caractères inclinés, ou il penche la tête sur l'épaule droite, ou il place le papier de manière que son bord supérieur soit incliné obliquement à gauche; quelquefois les deux mouvements sont combinés pour augmenter l'effet cherché, consistant à mettre la ligne qui réunit les deux yeux perpendiculairement aux pleins des lettres. Dans cette position, les lettres sont appréciées avec le plus de netteté, la déformation que l'cëil astigme selon la verticale (nous raisonnons sur le cas le plus constant) fait subir aux points constitutifs des traits pleins s'opérant dans la direction même de ces traits. Si les astigmes n'avaient pas à leur disposition ces moyens, l'écriture anglaise n'aurait eu des adeptes que parmi ceux qui présentent une astigmie plus ou moins oblique ou parmi ceux exempts de toute asymétrie.
§ 75. — Dans notre pensée, les caractères gothiques seraient dus à une déformation des lettres latines par l'astigmie.
Supposons uu œil atteint d'une astigmie verticale de 1 dioptrie. Si un tel œil essaye de lire des minuscules latines d'imprimerie, d'un corps moyen (9 à l'i par exemple), en rapprochant le livre le plus possible, il arrivera un moment où chaque lettre semblera avoir à ses côtés une figure ombrée rappelant grossièrement la lettre elle-même, et l'on observera en luême temps une déformation très nette et très caractéristique de cette dernière. Ses dimensions en hauteur paraîtront accrues, ses parties arrondies deviendront angulaires, l'extrémité supérieure d'un jambage se déjettera à gauche, l'inférieure à droite. Cette déformation, s' étendant uniformément à toutes les lettres, on se croira en présence d'une page de gothique.
MYOPIE, UYPEROPIE, ASTIGMIE.
Un astigme myope d'au moins 3 dioplries devra répéter l'expérience précédente en plaçant le livre préférablement un peu au delà du punctum remotum.
Les personnes sans astigmie pourront produire la déformation en se rendant artificiellement astigmes à l'aide d'un I cylindre positif de 1 dioptrie (axe horizontal). Elles pourront. : à volonté, adjoindre à ce premier verre un sphérique convexe iqui les rendra myopes.
La défoi-mation que nous venons d'indiquer est tellement .caractéristique que nous sommes porté à croire que l'écriiture gothique si bizarre, si maniérée, si peu naturelle, a été -enfantée par un copiste astigme et myope. Ou ce produit difforme d'une organisation vicieuse aurait vu le jour sans -que son auteur s'aperçût qu'il créait quelque chose de nou- \veau;il avait devant lui des caractères latins dont les images ; arrivaient altérées sur sa rétine; en copiste fidèle, il reprotduisit sous une forme anguleuse des caractères arrondis; 'OU, ce qui est plus présumable, un savant, ayant eu la révéllation gothique en plaçant un manuscrit aux dislances (extrêmes de la vision distincte, et, ayant remarqué les formes inouvelles que prenaient les lettres, eût l'idée de les reproiduire telles qu'il les voyait et de proposer leur emploi.