MESURE DE L'ACUITÉ VISUELLE
Définition. — Unité de mesure : An^le visuel minimum : acuité moyenne. — Objets utilisés. — DilTérentes méthodes : Une seule lettre à diverses distances; lettres de grandeurs diverses à une même distance; méthode du trou d'épingle.
g 7g. — Jusqu'ici, en parlant de la vision des amélropes, nous n'avons fait allusion qu'à celle qu'ils possèdent naturellement, sans aucun secours de la part des verres. Nous devons également examiner leur acuité visuelle, c'est-à-dire la force dont ils sont réellement pourvus une fois leur vice de réfraction neutralisé.
L'acuité visuelle est donc la finesse du sens de la vue jugée en dehors de toute influence apportée par l'appareil réfringent ou par les dimensions anormales du globe oculaire.
Chez les amétropes, il y a acuité visuelle quand la réline est impressionnée par une image nette; il y a simplement vision lorsqu'elle est en contact de cercles de diffusion. Comme la vision d'un œil dont les défauts sont neutralisés est généralement supérieure à celle qu'il possède avant la correction, il importe d'avoir des termes différents i)our désigner deu.x manières d'être d'une même fonction. Chez l'emmétrope seulement, vision et acuité visuelle sont synonymes, car ils désignent une même chose.
Quand on désire apprécier les qualités d'une vision, on se sert d'un objet quelconque, du premier livre venu, d'un
MYOI'IE, IIYPEROPIE, ASTIGMIE.
paysage lointain; et, si l'on veut désigner les détails de celle vision, on dit qu'elle est excellenle, bonne, moyenne ou mauvaise. Rien de précis, on le voit, ni dans l'examen ni dans le qualificatif. Au contraire, lorsqu'on recherche l'acuité d'un œil, ou se sert d'un objet de forme et de grandeur convenues, placé à une dislance et sous un éclairage déterminés. Le résultat obtenu est l'expression exacte du degré d'acuité.
Les recherches pour mesurer l'acuité sont les mêmes que celles employées pour déterminer la réfraction. Cela se comprend aisément. On ne peut être renseigné sur l'acuité visuelle qu'une fois l'anomalie corrigée. Le verre correcteur indique le degré de l'anomalie, et la finesse ou la dislance des objets que l'on peut distinguer révèle l'acuité visuelle.
Le fait de déterminer simultanément dans la pratique l'acuité visuelle et la réfraction engendi^e parfois une confusion entre ces deux mots.
L'acuité visuelle est une propriété de l'appareil nerveux, la réfraction résulte de l'étal anatomique de l'œil; l'acuité visuelle peut être entière dans des yeux anoi'maux, la réfraction être normale dans un œil qui n'y voit pas; l'acuité visuelle n'existe que dans un œil vivant, la réfraction subsiste après la mort.
§ 77. — Nous venons de dire que, pour la recherche de l'acuité visuelle, on se sert d'objets de forme et de grandeur convenues; nous allons indiquer les principes qui ont présidé au choix de l'unité de mesure, les objets utilisés, et la manière de procéder à l'examen.
Le principe qui sert de base à la détermination de l'ac.uité visuelle est analogue à celui adopté pour la sensibilité cutanée. On cherche le plus petit écartement sous lequel deux objets cessent d'être perçus séparément.
L'unité de mesure de l'acuité visuelle est donnée pai- Vécarlement minimum de deux points lumineux situés à une grande distance — de deux étoiles par exemple — et susceptibles d'être vus séparément. On est renseigné sur l'écar-
MYOPIE, IIYI'EROPIE, ASTIGMIE.
tement de ces deux points par la mesure de l'angle limité par les deux droites appelées lignes visuelles menées de ces deux points à l'œil. Or il est toujours facile, connaissant un angle, d'arriver à la mesure de son arc.
i/angle en question porte le nom d'angle visuel minimum; son arc mesure une minute (60 secondes).
La prolongation des côtés de cet angle dans l'intérieur de l'œil donnera lieu à un nouvel angle de même mesure que le précédent, car les angles opposés par le sommet sont égaux. Ces lignes prolongées limitent sur la rétine d'un œil emmétrope un arc de 0,004 millimètre, distance minima qui doit exister entre les deux points extrêmes d'une image rétinienne pour qu'ils soient distincts l'un de l'autre.
On considère comme ayant une acuité normale tout sujet qui se trouvera dans cette condition. Avec une sensibilité rétinienne, atténuée, l'objet pour être vu devra posséder de plus grandes dimensions. Si celles-ci sont doubles, elles donneront naissance à une image rétinienne d'un diamètre deux fois plus grand; on sera en présence alors d'une acuité réduite de moitié.
On aurait la même acuité (1/2) si l'objet se trouvait à une distance moitié moindre.
Soit AR (fig. 27) le plus petit objet qu'un œil soit capable
Fir.. 27. — .^nglc visuel d'objels de grandeur et d'éloignement dii
de voir à la distance OA. L'angle AOB sera d'une mmule et l'image rétinienne a p aura une largeur de 0,004 millimètre. Si cet œil perd de son acuité et qu'il ait besoin d'une image d'un diamètre double, on arrivera à la lui fournir, soit en imgmentani du double l'objet AB qui alors deviendra AB% •
MYOPIE, UYPEROl'IE, ASTIGMIE.
soil en rapprochant de moitié l'objet AB (qui sera en a b). En effet, l'image a \i' aura dans les deux cas la même dimension; car l'angle visuel boa est exactement de même grandeur que l'angle B'OA .
11 résulte donc que l'acuité visuelle est inversement proportionnelle à la grandeur des objets ou directement proportionnelle à la dislance à laquelle l'œil peut encore les voir. Si l'acuité est double, l'objet sera une fois plus petit ou une fois plus éloigné; si ce dernier est vu à une dislance triple ou avec des dimensions triples, l'acuité sera trois fois plus forte.
Telles sont les données préliminaires qui ont servi à déterminer la grandeur des objets utilisés pour mesurer l'acuité visuelle.
^ 78. — On emploie comme objet des caractères d'imprimerie et tout particulièrement les leltres latines.
Chaque lettre devra être vue sous un angle plus grand qu'une minute. Un objet informe, un point noir sur fond blanc par exemple, sera parfaitement perçu sous un angle de cette mesure; mais il n'en sera plus de même d'une lettre qui se tr ouve composée de divers traits noirs séparés par des intervalles blancs. C'est chacune des parties de la lettre (jui devra être vue sous un angle de 1 minute. Si une lellre n'était constituée que par deux traits égaux en épaisseur séparés par un intervalle de même grandeur, l'angle ne devrait avoir que 0,012 millimètre. Comme les lettres sont généralement formées de cinq parties distinctes (trois traits noirs séparés par deux intervalles blancs), il est de toute nécessité, pour que les traits soient vus sous un angle de 1 minute, que les lignes visuelles menées des extrémités de la lettre présentent un écartement de 5 minutes, La plus petite image rétinienne fournie par ses lettres mesurera donc environ 0,020 millimètre.
Pour la détermination de l'acuité, on écarte les leltres trop compliquées, telle que la lettre M. On dessine les lettres choisies dans un carré ayant des dimensions telles que, à
MYOPIE, IIYI'EIIOPIE, ASTIGMIE.
une dislance donnée, elles soient vues sous un angle de 5 minutes. Les côtés de chaque carré sont partagés en cinq parties égales par des lignes divisionnaires. C'est dans
FiG. 2S. — LeUre faisant partie du tableau d'épreuve; vue à 5 mètres, elle indique une acuité visuelle de i.
ces carrés secondaires qu'on dessine les traits qui composent les lettres (fig. '28).
^ 79. — On a vu plus haut qu'on augmente les dimensions d'une image rétinienne de deux façons dilï'érentes, soit en rapprochant l'objet, soit en amplifiant ses dimensions; cela donne la facilité de procéder de deux manières différentes dans la détermination de l'acuité visuelle.
Si l'on a l ecours à la première méthode, une seule grandeur de lettres est utile; on les éloigne de l'œil jusqu'au moment où elles cessent d'être bien di>tinguées. Si les dimensions des lettres sont calculées pour être vues à 50 mètres, et que l'observé ne fasse à cette distance aucune
ei';'eur dans leur appellation, l'acuité sera de — -=-,
c'est-à-dire entière. Si, au contraire, elles cessent d'être
bien distinguées à 25 mètres, l'acuité ne sera que ^ — 2'
à 10 luèlres, de = 50 5
1/acuité se représenle donc par une fraction, dont le numérateur est donné par la dislance où se trouve le sujet, cl le dénominateur par la dislance à laquelle la lettre doit
MYOPIE, HYPEROPIE, ASTIGMIE.
être lue. On fait précéder ces chiffres de la lettre V pour indiquer qu'ils sont relatifs à l'acuité visuelle.
A défaut de lettres, on peut se servir de la main ou des doigts. Une personne aura une acuité normale, si elle aperçoit la main d'un adulte se mouvoir sur un fond sombre à une distance d'environ 500 mètres. L'acuité devra être également considérée comme entière si les doigts écartés peu-
vent être comptés à 60 mètres. Elle ne sera que de si leur nombre n'est reconnu qu'à la distance de 6 mètres.
g 80. — Dans la seconde méthode de détermination de l'acuité, au lieu d'employer des caractères d'une grandeur uniforme qu'on place à des distances diverses, on se sert de caractères de différentes grandeurs, tous vus à une même distance de 5 mètres. On recherche quels sont les caractères les plus petits reconnaissahles à cette distance. Les divers caractères sont réunis sur un tableau, par ordre de grandeur décroissante. Chaque ligne est formée de caractères de même dimension, et surmontée d'un chiffre indiquant en mètre la distance à laquelle ces lettres doivent être reconnues par un œil normal. Les distances inscrites sont : 50, 35, 20, 15, 10, 7,5 et 5. Un œil qui voit seulement, à la distance choisie de 5 mètres, les lettres de la première ligne ne possède qu'une 5 1
acuité visuelle de gQ = Jq ! s'il n'arrive à lire que celles du
chiffre 10, son acuité sera de 7^ = -; reconnait-t-il toutes
lu A
les lettres, même celles de la dernière ligne, V sera 5 1
§ 81. — L'angle visuel, qui sert de mesure fondamentale aux caractères dont il vient d'être question, ne correspond pas à l'acuité visuelle la plus forte. La plupart des yeux des jeunes gens voient le n» 5 à une distance de 6, de 8 et même
MYOPIE, ini'EUOPlE, ASTlGMIi:.
de 10 mètres. Dans ce dernier cas, ils posséderaient une acuité deux fois plus forte = -^^ = 2^ Toutes les fois que, chez
des jeunes gens, V n'atteint pas g» il faut les considérer
comme ne possédant pas une acuité normale. Chez les vieillards, au contraire, l'acuité diminuant peu à peu, en dehors de toute influence morhide, par le seul fait des années, la dislance de o mètres est réellement trop grande.
Les lettres, vues sous un angle de 5 minutes aux distances indiquées, ne représentent donc pas l'acuité normale, mais Vacuité moyenne.
Quand on est en présence d'un sujet que l'on croit posséder une acuité supérieure à la moyenne, il faut reculer le lahleau et voir à quelle dislance les lettres de la dernière ligne peuvent encore être reconnues. On peut agir plus aisément si l'on possède des lettres plus petites construites suivant le même type, et pouvant être vues sous le même angle de 5 minutes, à une distance de 2 mètres.
g 82. — On peut également déterminer l'acuité visuelle en se servant de fins caractères. Ces caractères, de plus en plus petits, doivent être déchiffrés à des dislances de plus en plus rapprochées; le dernier numérodoilétre lu parun œilnormal, sous un bon éclairage, à 55 centimètres. Les lettres y mesurent une hauteur totale de 0,5 millimètre, par conséquent chaque trait de 0,1 millimètre d'épaisseur correspond, à la dislance indiquée, au plus petit écarlcment angulaire.
Les sujets qui, une fois la réfraction corrigée, pourront lire les caractères de ce livre, par exemple à une distance de 1,25 mètre, le dos tourné à la lumière, de manière que la page soit bien éclairée, devront se considérer comme possesseurs d'une acuité visuelle entière. Si, au contraire, ils ne peuvent le faire facilement qu'à une distance d'environ 60 centimètres, ils n'auront qu'une demi-acuité.
§ 85. — 11 existe une méthode simple pour reconnaître
MYOPIE, HYrEROPIE, ASTIGMIE.
l'acuilé d'un sujet quelle que soit sa réfraction, c'est la méthode du trou d'épingle.
On fait regarder à travers un petit trou, pratiqué dans une carte de visite, tenue aussi près que possible de l'œil. Les rayons lumineux qui passent par cette ouverture arrivent en faisceaux serrés sur la cornée; ils la traversent, ainsi que le cristallin, dajis un point très limité. Dans ces conditions, les surfaces de ces organes perdent en partie leur pouvoir réfringent. Que l'œil soit myope, hyperope, asligme, presbyte, peu importe, une image nette se fera sur la réline et le sujet y verra selon le degré de sensibilité de son appareil nerveux.
Si les fins caractères de 0,5 millimètre sont vus à 55 centimètres comme cela doit l'être, le sujet aura une acuité entière. S'il ne voit qu'à une distance moitié moindre, il faudra penser à un affaiblissement proportionnel de l'acuité, à moins qu'on ne constate des troubles dans les milieux réfringents do l'œil.
§. 84. — Les verres ont une influence sur le parcours de l'accommodation et sur la grandeur des images rétiniennes.
L'hyperope, muni de son verre correcteur, pourra voir les objets rapprochés à peu près dans les mêmes conditions que l'emmétrope, si son accommodation est encore assez puissante. Sans verre, il ne pouvait distinguer d'aussi près que ce dernier, il lui manquait l'accommodation nécessaire pour ramener sur la rétine l'image des objets voisins ; le muscle ciliaire employait toute son énergie à retenir sur la rétine l'image formée par les rayons parallèles. L'hyperopie corrigée, le sujet n'a plus aucun emprunt à faire à son accommodation pour la vision éloignée; cette accommodation reste entière pour les besoins de la vision rapprochée. Dès lors, il se trouve à peu près dans les mêmes conditions que l'emmétrope du même âge : il pourra voir aussi près que lui, s'il possède la même accommodation.
Chez le myope, l'adjonction d'un verre concave augmente sensiblement l'étendue du parcours de l'accommodation.
S'il est jeune, il distinguera de très près malgré la présence du verre, et, avec son aide , il pourra voir jusqu'à l'horizon. Le champ d'action de cet œil est donc accru dans de fortes proportions. Jusqu'ici, il n'avait vu que des espaces très limités; maintenant, il peut emhrasser l'ensemble d'un paysage, d'un monument; des spectacles inattendus s'offrent à lui dans tous leurs détails.
Les verres concaves augmentent plus l'étendue du champ d'action des yeux que les convexes et agissent d'une façon différente. Ceux-là donnent la possibilité de sonder l'horizon, de mieux voir de loin; ceux-ci permettent de distinguer de beaucoup plus près. Les derniers agissent surtout en rapprochant le punctum proximum, les autres uniquement en reculant le punclum remotum.
§ 85. — Les lentilles sphériques apportent des modifications aux dimensions des im.ages rétiniennes.
Les verres convexes les augmentent, cela se comprend aisément : ces verres, en rendant les rayons plus convergents, les font se rencontrer plus près du cristallin, dès lors l'étendue qu'ils délimitent sur la réline est plus grande.
Il est à remarquer que le bombement cristallinien provoqué par la contraction ciliaire change très peu le point d'entre-croisement des rayons lumineux. Il en résulte qu'un sujet atteint d'hyperopie facultative, corrigée par une contraction ciliaire, ne voit pas les objets agrandis, et qu'il est très étonné des dimensions qu'ils prennent subitement, lorsque pour la première fois on lui met devant les yeux des verres convexes correcteurs.
Les verres concaves modifient la grandeur des images rétiniennes, mais à l'inverse des convexes. Le point d'entrecroisement des rayons se trouvant rapproché de la rétine par le fait de la divergence imprimée à leur direction, l'image est réduite et les objets paraissent plus petits. En môme temps, leur distance semble augmentée. Le myope, habitué à juger de l'éloignement des objets par la grandeur de leur image, croit voir plus distants qu'ils ne le sont les
MYOPIE, IIYPEROf'lE, ASTIGMIE.
objets rapetissés par les verres. Aussi, certains préfèrent-ils me pas faire usage de verres qui trompent leur jugement. Ils
aiment mieux voir dans le brouillard que de voir les choses ; autrement qu'elles ne sont.
Tout ce que nous venons de dire sur les lentilles sphéiriques s'appliquent aux cylindriques. Ces dernières, selon lleur nature, agissent de la même manière, mais plus faibleiment. Comme les lentilles spliériques, elles déplacent le par- . cours de l'accommodation, mais dans des limites très resitreintes; elles déforment également les images. Nous nous ■ rappelons un astigme qui nous abordait, un jour, en nous I disant : « Je suis très content des verres que vous me faites I porter; j'y vois beaucoup mieux, mais il me semble que je isuis devenu un ogre : au lieu de voir une assiette, il me : semble avoir devant moi un vaste plat long ». C'était un Ihyperope atteint d'un degré élevé d'astigmie, et qui portait ( de fortes lentilles sphéro-cylindriques convexes. Le verre isphérique agrandissait l'objet, le cylindrique l'allongeait.
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