LÉSIONS DE L'ŒIL MYOPE
Aspect ophtalmoscopique d'un œil normal. — Reflet argenté de Weiss. — Croissants et cônes papillaires — Disposition ramassée des vaisseaux rétiniens. — Empiétement de la rétine snr la papille. — Obliquité du nerf optique. — Augmentation de l'espace inter-vaginal. — Muscle ciliaire des myopes.
g 159. — Dans l'hyperopie et l'astigmie, en dehors de la brièveté de l'organe ou de l'asymétrie des milieux réfringents, les recherches anatomiques ne nous montrent aucune lésion au sens propre du mot ; dans la myopie, il y a, au contraire, des altérations dont le nombre et l'importance varient avec le degré de l'allongement.
Grâce à l'ophlalmoscope, on peut voir dans l'œil vivant une grande partie des altérations qui surviennent pendant le cours d'une myopie et suivre leur progrès. Néanmoins, toutes les lésions de la myopie ne sont pas révélées par cet instrument; un certain nonnbre ne peuvent être vues que si l'œil est extrait de l'orbile. Quant aux changements intimes subis par les tissus, ils nécessitent une dissection minutieuse et l'emploi du microscope.
g 140. — Avant de décrire l'aspect ophtalmoscopique d'un œil myope, il convient de connaître celui de l'œil normal. La Vigure 31 est la reproduction d'un tel œil. Ce dessin, comme tous ceux que nous donnerons, représente les
MYOI'IE, IIYI'EI'.OPIE, ASTIGMIE.
détails du fond de l'œil dans leur situation réelle, non renversée. Four faciliter les comparaisons, nous avons tenu à ne donner que des images fournies par l'œil droit.
Le fond d'un œil normal est d'un rouge orangé. L'exliémité du nerf optique, appelée pajyille, apparaît sous la forme
FiG. 31. — Un fond dVnil normal. Au cenlie, se voit le disque de la pa|.ille; à droite, la macula indiiiuée par une légèie piynienlalinii ; il la parlic externe de la iiapiUe, on aperçoit un croissant blancliàtre constituant une partie de l'anneau sch'rolical ; iminédiatcnient en deliors de ce croissant se voit un arc pigmenté représcnlant l'anneau clioroi;dien.
d'un disque circulaire d'un blanc rosé. Parfois la papille est ovale. Celte forme n'est pas toujours réelle : l'astigraie peut lui imprimer une apparence allongée. La couleur du fond de l'œil est due aux vaisseaux et aux pigments de la choroïde qui se voient à travers la réline. Les vaisseaux de celte meml)rane sortent un peu en dedans du centre de la papille. L'arlère se divise d'ordinaire en quatre rameaux principaux : deux se dirigent en haut et en dehors en décri • vaut autour de la macula des courbes à concavité mférieure, les deux autres vont en bas et en dedans en donnant lieu a des courbes à concavité supérieure. Ces vaisseaux se subdivisent en arlérioles qui portent le sang à la périphérie de la rétine. Les veines, au nombre de quatre également, suivent la même direction que les artères; elles augmentenl de
IIVOI'IE. IIVI'KP.OPIK, ASTRiMIE.
volume à niosiiro qu'elles se rapprochent de la papille où elles se réunissent en un seul tronc.
La macula se trouve distante de la papille d'environ deux fois le diamètre de cetle dernière. Elle est indiquée parfois par un point jaunâtre (§ 12).
A la périphérie de la papille, on aperçoit un petit cercle hlanchàtre, généralement plus apparent du côté externe ;
^2. Il fO 9 (0 ,1 (•
FiG. Ô2. — Coupe antc'ro-posléi-ioui'e d'un nerf optique normal à son entrée dans rœil, d'après FlicIis : 1. Couches externes de la scléiolique. — •i. Conciles internes de cette membrane. — 3. Choroïde. — i. Rétine. — S. Anneau cliorordlen. — 6. Anneau sclérotical. — 7. Papille. — S. Lame criblée. — 9. Vaisseaux centraux du nerf optique. — 10. Fibres du nerf optique. — 11. Espace inler-vai,'inal. — la. Gaine externe du nerf optique. — 15. Artère portant du sang- à la choroïde.
c'est Vanneau sclérotical. Immédiateiuenl en dehors, se voit Vanneau choroïdien représenté par un liséré noii'âlre qui n'existe quelquefois qu'à la partie externe de la papille.
§ 141. — Comme ces deux anneaux subissent des modifications dans la myopie, il importe de savoir par quoi ils sont constitués.
Nous avons dit (§ 7) que la sclérotique présente une ouverture, appelée trou sclèrolical, pour le passage du nerf optique. 11 n'y a pas en réalité un véritable trou à l'emportepièce. La gaine externe du nerf optique, arrivée au niveau de l'œil, se recourbe en dehors pour former les lamelles externes de la sclérotique dont elle constitue les deux tiers de l'épaisseur. En ce point, il y a donc une large ouverture
MYOPIE, llYPEROPIE, ASTIGMIE.
qui donne accès à toute la masse du nerf optique; mais, plus profondément, les lamelles les plus internes de la sclérotique s'étendent au travers du trou sclérotical, mais l'obturent incomplètement; elles présentent, en elfet, de nombreux petits pertuis. De même, la choroïde, privée de ses vaisseaux et de son pigment, existe à ce niveau avec les mêmes perforations. Le tout constitue la lame criblée (fig. 52) qui peut être considérée comme un pont à jour jeté sur le trou optique. C'est à travers ces ouvertures que passent les fibres du nerf optique pour arriver dans l'œil et se répandre de tous côtés sur la surface de la rétine dont elles constituent la couche la plus interne (§ 12).
Si la choroïde est dépourvue de pigments au niveau de la lame criblée, il n'en est plus de même à la périphérie de cette dernière, et c'est cette accumulation de pigments qui constitue l'anneau choroïdien. Comme cet anneau a un diamètre plus grand que celui de la lame criblée, il en résulte que la sclérotique se laisse apercevoir tout autour de la papille; c'est ce qui donne lieu à l'anneau sclérotical.
g 142. — Dans la période de début de la myopie, ce qu'il y a de plus frappant et de plus constant, c'est une rougeur et un trouble siégeant toujours d'abord du côté interne de la papille. Cette rougeur devient parfois très intense et fait contraster les deux moitiés de la papille. Plus tard, la totalité de cette dernière et même ses bords sont comme couverts d'un voile. .
On voit aussi un reflet argenté, décrit parWeiss,en terme d'arc, situé à une légère distance du bord interne du disque
de la papille (fig. 55). , ., , .
La figure 54 représente le fond de l'œil droit d un myope de 4 dioptries, âgé de 25 ans. La rétine, le système vasculaire, la papille, ne présentent rien de particulier. 11 n y a d'anormal qu'une tache d'un blanc jauncâtre ayant la forme d'un croissant qui entoure presque la moitié externe de la circonférence de la papille.
La largeur de ce croissant mesure le quart du diamètre
MYOPIE, IIYPEROPIE, ASTIGMIE. l49 de] la papille. Son bord interne concave s'applique contre
FiG. 55. — Le redet de Weiss se présente sous la rornie d'un arc argenU\ à une petite dislance du bord interne de la papille. Dans noire dessin cet arc est trop apparent.
l'anneau blanchâtre sclérotical, le bord externe convexe est indiqué par un liséré noircâlre. La surface du croissant pré-
FiG. 54. — Croissant à la partie externe de la papille.
sente quelques amas pigmentaires. Elle est traversée par un grand nombre de petits vaisseaux rétiniens qui dans un œil normal se dérobent à l'examen.
MYOPIE, IIYPEKOI'IK, ASTIGMIE
Dans la figure 55, il s'agil de Wvil droit d'un lioinme, Agé de 42 ans, atteint d'une myopie de 9 dioptries avec acuité sensiblement normale. L'anneau sclérotical présente des dimensions exagérées en haut et en bas, mais surtout en dehors.
A la partie externe de cet anneau, se trouve un espace clair, d'un blanc jaunâtre, ayant la forme d'ùn cône à base
Fie. 53. — Vaslo croissanl ayant la forme d'un cùiic.
concave et dont le sommet se porte en dehors et un peu en bas. Son diamètre mesure à peu près celui de la papille.
La surface de ce cône coïncide avec le plan de la choroïde : elle est couverte de taches pigmentaires et de séries rubanées rougeâtres. Le bord périphérique du cône est indiqué par la présence de masses pigmentaires d'un brun foncé qui forment un liséré étroit de largeur inégale se continuant presque tout autour de la papille.
Les vaisseaux rétiniens émergent plus près du bord interne de la papille que chez le malade précédent. Ils se répandent par un trajet plus direct dans le plan de la rétine et leurs divisions s'effectuent sous des angles plus grands. De plus, et c'est là le point important, ils ne décrivent pas, à leur sortie du nerf optique, une aussi grande courbure autour de la macula ; à peine hors de la papille, ils se'
MYOPIE, lIYI'EROriE, ASTIGMIE.
recourbent rapidement en dehors et passent à une plus faible distance dessus et au-dessous de la macula. Il en résulte que les vaisseaux ascendants, au lieu de former avec les descendants un angle obtus très ouvert, sont presque placés à au^le droit les uns par rapport aux autres.
En résumé, sur ce fond d'œil tout serait normal, sauf la présence du cône, l'agrandissement de l'anneau sclérotical et la disposition anormale des vaisseaux rétiniens.
§ 143. — Nous allons passer en revue chacune de ces lésions si caractéristiques.
Le voile qui s'étend sur une partie plus ou moins gi\ande de la papille résulte d'un exsudât. Le reflet circulaire qui siège au côté interne de la papille serait dû, d'après Weiss, à un léger épanchement liquide entre le corps vitré et la réline. Ce reflet se rencontrerait également, mais dans une proportion bien inférieure, dans des yeux hyperopes ou emmétropes. Lorsqu'on le constate chez des non-myopes, on doit craindre l'apparition prochaine d'une myopie. Weiss a dessiné notamment un fond d'œil sur lequel le reflet, au lieu de se trouver directement en dedans de la papille, est porté un peu en haut, à l'opposé d'un petit croissant légèrement oblique en bas et en dehors. Cette disposition est digne d'être notée ; elle est dessinée dans la figure 56.
§ 144. — Le crois.^ant et le cône représentent une même lésion, mais ayant une forme différente. Il y a des croissants et des cônes plus petits que ceux dont il vient d'être question; on en rencontre également de plus développés. Les uns augmentent de dimension en s'étendant du côté de la macula, les autres envahissent les parties hautes et basses de la papille, qu'ils peuvent même arriver à entourer complètement.
Quelles que soient la forme et la grandeur de la lésion, nous lui donnerons, pour faciliter le langage, le terme générique de croissant. Un certain nombre d'auteurs, bien à tort selon nous, se servent pour désigner celte lésion du mot staphylome postérieur.
MYOPIE, IIYPEROI'IE, ASTIGMIl'
Le slaphylome postérieur n'est, coimne son élymologie l'indique ((jtacpuXv^, graine de raisin), qu'une dilatation des membranes do la parlie postérieure du globe oculaire, dilatation qui arrive à former une tumeur plus ou moins volumineuse. Sous prétexte que le croissant est accompagné le plus souvent d'une dilatation stapbylomateuse, il ne faut pas confondre ces deux mots : en effet, il peut y avoir un croissant même très étendu sans staphylome. Inversement,
FiG. 56. — Reflet de Weiss situé un peu oliliiniemenl en haut, à Popposé d'un petit croissant inféro-externe. Ici, és^alement, le reflet est trop apparent.
il est possible qu'un staphylome existe sans la moindre trace décroissant. Ce dernier peut manquer même dans des myopies malignes.
La surface du croissant présente les aspects les plus divers. Les pigments, au lieu d'élre épars çà et là, se rassemblent parfois en deux ou trois cercles concentriques qui semblent indiquer des étapes successives dans la marche de la lésion. Dans certains cas, tout le croissant est chargé d'une pigmentation foncée plus épaisse sur les bords. Cette pigmentation de toute la surface du croissant n'empêche pas de voir la choroïde qui apparaît généralement avec une netteté parfaite, sous une couleur orangée. Dans d'autres circonstances,
MYOPIE, llYl'EROI'IE, ASTIGMIE.
on observe sur le croissant plusieurs zones, le plus souvent concentriques, différant surtout par la coloration. On voit, par exemple, la |)oiiion du croissant contiguë à la macula être entourée par une tache blanchâtre, tandis que, près de la papille, le croissant présente une coloration jaunâtre; parfois, on rencontre une disposition inverse.
Dans les dessins que nous avons reproduits, la limite des lésions est nette, précise; il n'en est pas toujours ainsi. Dans certains cas, il est impossible de savoir où s'arrête le
Fir.. 57. — '-'.roissanl inférieur.
croissant ; la transition entre le tissu sain et le malade est insensible.
Le plus souvent, le croissant siège en dehors et un peu en bas de la papille (lig. 54, 55 et 59). 11 n'est pas absolument rare de rencontrer la lé=ion selon deux autres orientations : ou tout à Ml obliquement enhas et en dehors (fig. 56), ou directement en bas de la papille (fig. 57). Les autres points de la périphérie de la papille sont exceptionnellement le point de départ d'un croissant.
Dans leur développement consécutif, les croissants gardent généralement leur direction primitive. Néanmoins, cela n'est absolument vrai que pour les croissants externes ou
MYOPIE, IIYl'EROPIli, ASTIGMIE.
ceux directement obliques en bas et en debors. Dans les croissants inférieurs, il y a parfois une légère obliquité en debors (jui a une tendance à s'accroître. Lorsque la lésion a pris de grandes dimensions, qu'elle s'est étendue plus ou moins à la périphérie de la papille, il est impossible de se faire une idée sur le point de départ. Celui-ci est quelquefois double : le croissant externe peut êire accompagné d'une lésion de même nature à la partie interne de la papille. Le développement simultané de ces deux croissants est souvent l'origine de ces vastes lésions qui entourent complètement le disque optique.
§ 145. — Rien n'est plus variable, dans les diverses statistiques publiées, que le cbiffrede fréquence des croissants.
En 1868, Donders écrivait: « Presque sans exception, même dans les degrés modérés de myopie, on observe des changements spécialement dans la choroïde. » Dans ces lignes, l'auteur avait en vue les diverses lésions caractéristiques du croissant papillaire. Or, que nous apprennent les l'echercbes entreprises depuis à ce sujet?
Cohn a trouvé le croissant chez 20 pour 100 des myopes. Loring — — '25 — — Conrad — — 28 — — Sleff'an — — 42 — — Chauvel — — 64 — — Dor — — 83 — —
A quoi tiennent ces différences? Très probablement aux divers milieux dans lesquels les observations ont été prises et qui comportaient ici des myopies faibles, là plus fortes. On sait que le degré de fréquence des croissants est en raison directe du chiffre de la myopie. Les recherches de Chauvel, entre autres, témoignent du fait.
Myopie en D. Cboissants. Myopie en D. Croissants.
WYOriE, HYPEROPIE, ASTIGMIE.
11 faut égaleraent lenir compte tic l'époque de la vie à laquelle est survenue l'amélropie. Les myopies hâtives sont exceptionnellement exemptes de croissants, tandis que les myopies tardives en présentent très rarement ^
§ 146. — Le croissant papillaire, nous venons de le dire, est sous la dépendance d'altérations ayant surtout pour siège la choroïde.
Pour hien apprécier ce qui survient dans ces circonstances.
FiG. 58. — Coupe (le la choroïde vue au microscope.
il importe de se rappeler la structure de cette membrane.
Elle se compose de 5 couches qui, de dehors en dedans, se présentent dans l'ordre suivant :
î» La supra-choroïde (fig. 58 A) formée de fines lamelles, sans vaisseaux, richement pigmentée. Lorsqu'on sépare la choroïde de la sclérotique (s.c), les lamelles se déchirent et reslent adhérentes les unes à la choroïde, les autres à la scléi'olique.
2" La couche de gros vaisseaux (B) surtout composée de veines très rapprochées et s'anastomosant entre elles. Les
1. Ôii rencontre des croissants, mais à dimensions toujours modérées chez les non-myopes (5 pour tOO environ v.ucv. les liypcropes, 4à 5 poui- 100 chez les emmétropes).
m MYOPIE, IIYPEROI'IE. ASTIGMIE.
espaces inlervasculaires sont richement pourvus de cellules pignientaires.
5» La couche des vaisseaux moyens, très mince et peu pigmentée (C) .
4" La chorio-capillaire, couche non pigmentée, presque uniquement constituée par des capillaires de très gros calibre, très voisins les uns des autres (D).
5° La membrane vitrée, d'une structure homogène, qui tapisse la face interne de la choroïde (E) .
Lorsqu'on sépare la rétine de la choroïde, des cellules épithéliales pigmentées (er) restent adhérentes à cette dernière, mais, en réalité, elles appartiennent à la rétine.
l 147. — La lésion caractéristique des croissants débute presque toujours par une altération des cellules pignientaires du tissu choroïdien; bientôt après, la chorio-capiUaire commence à s'atrophier, tandis que des altérations se font remarquer du côté de l'épilhélium pigmentaire qui double la face postérieure de la réline. Cet épithélium perd son pigment bien avant la destruction des cellules pigmentaires du tissu choroïdien. Par suite de la disparition de l'èpithelium rétinien, les vaisseaux choroïdiens bordés encore par le pigmenl des espaces inter-vasculaires se laissent voir dans toute l'étendue du croissant sous une forme rubanée. Enfm, les cellules qui tapissent les espaces inter-vasculaires deviennent pâles et tendent à disparaître peu à peu ; alors, les vaisseaux rampent seuls dans le tissu choroïdien, non sans subir eux-mêmes des modifications si le croissant devient staphylomateux. Ou remarque, en eflet, au niveau de l'ectasie, un trajet plus direct des vaisseaux, une diminution de leur diamètre et de l'épaisseur de leurs parois, et cela proportionnellement au degré de distension siil)ie par les tissus. De plus, ces vaisseaux paraissent distendus, plus écartés les uns des autres. Finalement la majeure partie d'entre eux s'oblitère; les plus gros seuls persistent, d'après de Jaeger, même dans les endroits les plus amincis. Si le fond de l'œil parait moins foncé au niveau dun
MYOPIE, IIYPEROPIE, ASTIGMIE.
croissant, et si ce dernier est limité d'ordinaire par un liséré noirâtre, tout cela est dû à des altérations de l'épitliélium pigmentaire: ici, le pigment s'accumule; là, il se résorbe. Les croissants qui paraissent plus foncés que les parties environnantes reconnaissent également pour cause un travail du côté de cët épitliélium.
L'aspect varié présenté par un croissant résulte de ce fait que les lésions ne marchent pas partout avec la même vitesse : au niveau des parties jaunâtres, il y a seulement absence de la couche épithéliale ; dans la partie bleu blanchâtre, le stroma et les vaisseaux choroïdiens sont atrophiés. Cette dernière coloration est due à ce qu'on voit par transparence le tissu même de la sclérotique. Dans aucun point de la surface du croissant on n'a jamais constaté un manque de la choroïde. L'agrandissement de l'anneau sclérotical ne résulte pas d'une solution de continuité de la choroïde, mais du déplacement de son tissu : la partie de la choroïde prenant part à la constitution de la lame criblée se porte en dehors, et comme cette membrane à ce niveau est peu épaisse et privée de pigment, elle laisse voir par transparence une plus grande surface delà sclérotique.
g 148. — Voyons maintenant ce qui se passe du côté de la rétine.
Dans la très grande majorité des cas, cette membrane reste intacte ou est fort peu altérée dans sa texture. Sa distension ne l'empêche pas de conserver sa transparence ; ce n'est que dans les myopies anciennes qu'elle perd sou état normal, surtout au niveau de la macula, et devient adhérente à la choroïde.
La distension de la rétine a pour conséquence d'éloigner un peu la macula de la papille, et de rendre plus apparents et rectilignes les petits vaisseaux qui se trouvent en avant du croissant.
La disposition anormale des gros vaisseaux rétiniens représentée dans la figure 55 ne se rencontre guère que dans la myopie et tout spécialement dans les cas prononcés.
MYOPII'], liVPEROl'lK, ASTIGMIK
Nuol,qiii a fait des recherches sur cette hision,dit : o Sur des centaines d'yeux non myopes examinés par nous dans ces dernières années, nous ne l'avons pas rencontrée um; seule fois. Nous avons examiné suffisammenl d'yeux pour être autorisé à poser comme établi que cette image oplit.dmoscopique est propre à la myopie. » 11 ajoute : « Toutefois on se convaincra facilement qu'elle fait défaut dans bon nombre d'yeux myopes, surtout dans les myopies faibles ».
Les gros vaisseaux peuvent offrir une disposition plus anormale que celle représentée dans la figure 55; l'angle qui les limite peut être inférieur à un angle droit. D'ordinaire, plus la myopie est élevée, plus les vaisseaux sont rapprochés de la macula. Les vaisseaux ascendants sont généralement plus déviés vers l'iiorizonlale que les descendants. Presque toujours cette disposition coexiste avec un croissant atrophique,
ÎNous pensons avec Nuel qu'elle est le résultat d'un glissement morbide de la choroïde et de la rétine à la surface interne de la sclérotique. Mais, comme on le verra plus loin, nous ne partageons pas les idées de notre savant confrère ni sur la pathogénie de ce glissement ni sur sa signification.
§ 149. — Il existe une autre lésion delà rétine constituée par un déplacement de cette membrane sur la papille. La figure 39, empruntée à l'ouvrage de de .laeger et de Wecker, représente un cas de cette nature. 11 s'agit de l'œil gauche d'un sujet de vingt ans atteint d'une myopie de 4 dioptries.
La portion de rétine déplacée occupe le segment interne de la papille et a la forme d'un croissant dont le bord convexe se confond avec la limite du nerf, et le bord concave (indiqué par une ligne nette et mince) va rejoindre le contour pigmenté du croissant atrophique qui se trouve à la partie externe du nei'f. Ce déplacement de la rétine a pour conséquence de modifier la direction des gros vaisseaux qui se dirigent sur la partie interne de la rétine. Alors que les vaisseaux externes ne font qu'un coude peu sensible, les inlernes décrivent une forte courbure (environ les deux tiers
MYOPIE, IIYPEROPIE, ASTIGMIE-
d'un arc de cercle) pour pouvoir marcher parallèlement au plan de la rétine.
Au premier abord, si l'on ne fait pas attention à la présence de l'empiétement rétinien, on peut croire que l'artère
FiG. 39. — Croissant avec empiétement de la réline snr la surface de la papille.
centrale, au lieu de sortir au point ordinaire, présente une émergence périphérique.
La lésion en question se rencontre toujours à l'opposé de l'endroit occupé par le croissant. 11 ne faudrait pas en induire que le déplacement rétinien présuppose l'existence d'un croissant; leur association est fréquente, mais pas obligatoire.
§ 150. — Dans les myopies fortes, on rencontre une autre lésion qui doit être rapprochée de celle que nous venons de décrire. 11 s'agit d'une obliquité de la papille qui semble avoir subi une rotation en dehors autour de son axe vertical.
La figure 40 rend parfaitement compte de ce qui a lieu, surtout si l'on a la précaution de la comparer avec la figure 32.
A la partie supérieure du dessin se voient les fibres du
MYOPIE, IIYPEROPIE, ASTIGMIE.
nerf optique au moment où elles sortent de la papille pour se répandre en dehors et en dedans sur la face interne de la rétine. Le bord interne de la papille est plus saillant que le bord externe. Le même fait s'observe pour l'anneau sclérolical et pour le choroïdien : leur bord interne offre un niveau plus élevé.
En outre, du côté interne, la choroïde, amincie en forme de cône, dépasse d'une quantité notable les bords correspoii-
F,G 40 - Coupe anléro-poslériem-e du nerf optique d'un œil myope a sort entrée dans le globe de l'œil, d'après un dessin du Traité d'ophtalmologie de de Wecker et Landolt : 1. Couches internes de la sclérotique. 2. Choroïde. - 3 Rétine. - 4. Anneau choroïdien. - 5. Lame criblée. - 6. Vaisseaux centraux m-ésenlant un coude. - 7. Fibres du nerf optique changeant deux fois de direction avant de s'épanouir sur la réline. - 8. Gaine externe du nerf optique. — Comparer ce dessin avec la figure 5"2.
dants de l'anneau sclérolical. C'est le contraire du côté externe : la limite choroïdienne se trouve plus éloignée du centre du nerf que la limite scléroticale.
On comprend que l'espèce de promontoire, constitué par le bord interne des anneaux force les fibres nerveuses à ch;mger de direction. D'abord reclilignes, elles s'infiéchissent en dehors au moment de franchir la limite choroïdienne déplacée; puis elles se portent brusquement ;ea ;dedans sur la rétine L'artère centrale obéit à la même incurvation. Les fibres nerveuses qui se répandent du côté externe présentent.
MYOPIE, IIYPEROPIE, ASTIGMIE.
elles aussi, un certain degré de courbure autour du bord externe de l'anneau choroïdien.
La saillie de l'anneau choroïdien, l'incurvation des fibres nerveuses internes, la direction des fibres nerveuses externes, tout nous montre que les tissus ont éprouvé les effets d'un tiraillement opéré dans la direction du pôle postérieur. Nous rechercherons plus loin quels sont les agents de ces déformations.
Parfois, mais très rarement, l'obliquité existe dans une autre direction; elle est orientée en bas comme si la papille avait eu à subir une rotation autour d'un axe horizontal.
§ 151. — Nousavons ditplushaut(§141)quela gaine externe du nerf optique constitue les lamelles externes de la scléro-
FiG. -11. — Coupe antiii'o-postérieuro du nerf optique d'un œil myope, destinée à montrer l'agrandissement de l'espace inlorvaginal, d'après un dessin de l'Atlas de Jaeg-er et de Wecker.
tique; la gaine moyenne de ce nerf va se perdre dans les lamelles internes de cette membrane. Entre ces deux gaines existe un intervalle appelé espace inter-vaginal. A mesure que l'œil devient staphylomateux, cet espace augmente de largeur, tant par le fait de l'écartement de ses deux parois, que par suite du décollement des deux couches scléroticales au voisinage du nerf optique.
La figure Ai représente cette lésion, qui se rencontre particulièrement dans les yeux fortement myopes, mais qui peut exister avec des myopies de 6 et même de 4 dioptries
MYOl'IE, IlYPEROPIE, ASTIGMIE.
(de Jaeger). Il y a d'ordinaire un rapport entre l'étendue d,e cette dissociation et la grandeur du croissant. Il est à rennarquer que l'espace inter-vaginal est toujours plus élargi du côté externe du nerf que du côté interne.
§ 152. — Sous l'influence des diverses lésions que nous venons de décrire, l'organe visuel devient ovoïde, ou même
FiG. 42. — Coupe anléro-postérieure du muscle ciliaire d'un myope.
pyriforme, sans d'ordinaire augmenter devolume (fig. 58). Le plus souvent, en effet, le diamètre transversal et le vertical restent à peu près normaux; seul le diamètre antéro-postérieur subit un allongement. Cette longueur, qui dans un œil à l'état physiologique est d'environ 24 millimètres, peut, dans les cas de staphylome, s'accroître jusqu'à 28, 50, 55 millimètres et même plus.
La dilatation du segment postérieur de l'œil a pour conséquence non seulement d'amincir la sclérotique — au point, dans les cas extrêmes, de la rendre transparente — mais encore de la rendre adhérente à la choroïde. C'est en des points différents que la sclérotique et la choroïde présentent leur maximum d'amincissement : pour la première, c'est au niveau de la macula ; pour la seconde, c'est à la partie avoisinant le nerf optique. Les couches internes de la sclérotique ont plus à souffrir au point de vue de l'amincissement que les couches externes.
MYOPIE, HYPEROPIE, ASTIGMIE.
§ 155. — Nous ne pouvons terminer ce chapitre sans parler du muscle ciliaire des myopes. Chez ces sujets, ce muscle ne présente d'ordinaire aucune atrophie; il paraît, au contraire, plus épais et plus large (fig. 42) que celui de l'hyperope (fig. 43).
Dans aucun cas, le tissu cellulaire ne paraît accru, l'augmentation de la masse tient uniquement à une hypertrophie des faisceaux musculaires.
Le microscope montre que le muscle ciliaire d'un emmétrophe renferme deux parties distinctes : l'une antérieure,
',. -13. — Muscle ciliaire iVun hyperope. Ces deux derniers dessins sont la reproduction de ceux donnés par Jaeger el de Wecker dans leur Atlas.
composée de fibres circulaires ; l'autre postérieure, formée par des fibres longitudinales.
Chez l'hyperope, les fibres circulaires seraient en excès par rapport à l'état normal et les fibres longitudinales en moins grande quantité ; chez les myopes, ces dernières sont à peu près les seules qui existent (IwanolFj.