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COMPLICATIONS DE LA MYOPIE

Mouches Yolaiites de deux variétés. — Décollemeut de la rétine. — Vision périphérique et champ visuel. — Taclie aveugle. — Lésions de la macula. — Choroïdite disséminée. — Cataracte polaire. — Glau-

come.

2 154. La myopie, par suite des préjugés qui régnent encore à son endroit, est considérée par beaucoup comme un état de l'œil plutôt favorable que dangereux. Les pages qui précèdent ont dû renseigner le lecteur. S'il ne l'était pas, le tableau des complications va lui montrer que la myopie n'est pas une simple condition optique, mais une maladie et parfois une maladie grave.

A vrai dire, les cas légers ne doivent pas inquiéter, mais il n'en est plus de même des cas moyens, et surtout des cas extrêmes, qui s'accompagnent presque toujours d'altérations si profondes et si multiples que l'amétropie, amsi que le fait remarquer Landolt, ne représente qu'un symptôme secondaire dans l'ensemble de l'état morbide.

Généralement les spécialistes ne sont consultes par les myopes que si une complication vient les inquiéter. Ces su els feraient bien mieux, pour écarter les accidents qui tôt ou tard les menacent, de se renseigner en temps opportun sur les règles d'hygiène appropriées à leur vue.

8 155. — La complication la moins sérieuse assurément.

MYOPIE, UYPEROPIE, ASTIGMIE.

mais qui néanmoins préoccupe beaucoup ceux qui en sont atteints, est constituée par la vision de corpuscules appelés mouches volantes. Il y en a de deux sortes; celles constituées par des opacités siégeant dans le corps vitré sont seules visibles à l'ophtalmoscope.

On no connaît pas la cause des moucbes volantes invisibles à l'examen. On suppose qu'elles sont dues à la migralion de quelques cellules pigmentaires.

Elles sont en nombre variable et suivent les mouvements du globe. Ces corpuscules deviennent très évidents toutes les les fois qu'on regarde un objet vivement éclairé, comme le ciel, le plafond d'une chambre, le champ d'un microscope ; ils se laissent voir, au contraire, très difficilement par un temps sombre et dans une pièce un peu obscure.

Toutes les variétés d'yeux y sont exposées, mais les myopes beaucoup plus que les autres.

Nous le répétons, ces mouches ne sont l'indice d'aucune lésion grave, même chez les myopes, et ne devraient pas être la cause des vives inquiétudes qu'il est parfois si difficiles de faire cesser. C'est parmi les malades de ce genre, dit Wells, que le charlatan trouve ses partisans les plus chauds et ses meilleurs clients.

11 faut réconforter le rr|oral de ces malades, faire disparaître toutes les irrégularités des organes circulatoires et digestifs, corriger l'astigmie qui ne fait presque jamais défaut, et donner aux cylindres correcteurs une teinte neutre qui diminue l'intensité de la lumière et rende ainsi les mouches moins appréciables.

§ 156. — Les mouches volantes visibles à l'ophtalmoscope ont réellement une importance pathologique. « Elles doivent être considérées, dit Giraud-Teulon, comme des témoins s'offrant spontanément d'un embarras actuel ou passé dans la membrane nourricière de l'œil, et, par conséquent, comme un indice d'une fatigue de l'organe. »

Les opacités du corps vitré résultent le plus fréquemment d'épanchements de sang provenant de la choroïde ou d'une

IIYUPIE, llYI'EROPli;, ASTIGMIE.

altération du corps vitré consécutive à une lésion de cette membrane chargée de lui apporter les matériaux de nutrition.

La forme de ces mouches est des plus variables : tantôt elles ont l'aspiict d'une toile d'araignée, tantôt de fdanients délicats; le plus souvent, ce sont des flocons noirâtres, flottant dans l'humeur vitrée liquéfiée, qui gagnent les parties déclives lorsque l'organe reste immobile. Si, pendant la lecture, un de ces flocons se place devant la macula, il suffit de porter brusquement le regard à droite ou à gauche pour que la vision devienne libre.

Quand ces flocons sont peu nombreux, ils n'apportent qu'un léger embarras et peuvent coïncider avec une acuité normale. Lorsqu'ils sont en nombre et pourvus d'une grande mobilité, ils gênent la vision et indiquent un plus haut degré de ramollissement du corps vitré. On doit voir en eux des avant-coureurs de lésions plus graves. 11 convient donc de les traiter en écartant tous les motifs de congestion intraoculaire.

§ 157. — Le décollement de la rétine est la complication la plus redoutable de la myopie. Elle est caractérisée par le soulèvement d'une partie plus ou moins étendue de cette membrane détachée des liens qui l'unissent à la choroïde; l'espace ainsi créé est rempli d'un liquide légèrement cilrin.

Le décollement rétinien se traduit par des troubles visuels dont l'importance et la soudaineté d'apparition frappent vivement l'attention. La vision centrale est plus ou moins atteinte et une certaine étendue de la vision périphérique se trouve annihilée. En efi"et, la portion de rétine décollée cesse de voir, d'où un rétrécissement du champ visuel.

g 158. Ouvrons une parenthèse pour dire ce que l'on entend par vision périphérique et champ visuel.

Notre vue est bien loin d'être bornée au point de fixation : en même temps qu'on regarde un objet, on voit ceux qui l'environnent. Le champ visuel est l'étendue en largeur qu'un

MYOPIE, IIYPEBOPIE, ASTIGMIE.

\œil peut voir eu gardant une position fixe. La vision périphérique, quoique bien indistincte et bien imparfaite en comparaison de la vision centrale, n'est cependant pas moins importante que celte dernière; c'est elle qui nous permet de circuler facilement dans les rues et d'éviter les dangers qui nous menacent d'un côté ou d'un autre.

L'étendue du champ visuel d'un œil normal est représentée figure 44. Dans le cas en question, elle atteignait : en haut 55 degrés; en dedans 60; en bas 65; en dehors 90.

1 Il 1 '1

FiG. -ii. — Limites du champ visuel d'un œil droit normal.

Ces chiffres ne sont que des moyennes : l'étendue du champ visuel d'un œil bien portant est variable selon l'éclairage, la conformation de la face et la saillie du nez. Ce n'est qu'en dehors que la surface atteint son maximum; rien de de côté ne vient restreindre les limites de la vision périphérique.

Le rétrécissement du champ visuel dans le cas d'un décollement de la rétine se manifeste du côté opposé à la lésion. Comme généralement cette dernière existe à la partie inférieure, il en résulte qu'habituellement le rétrécissement siège en haut (fig. 45). Lorsque le décollement est primitivement supérieur, il ne tarde pas à s'étendre à toute la mem-

MYOPIE, Il\]'EROr'lE, ASÏIGMIE.

brane parce que le liquide épanché obéit aux lois de la pesanteur.

Bien que la région nnaculaire ne soit généralement pan comprise dans le décollement, la vision centrale laisse cependant à désirer. En effet, la lésion périphérique ne tarde pas à retentir sur le reste de la rétine qui, irritée, congestionnée, perd une partie de ses propriétés.

L'irritation rétinienne est évidente : elle est indiquée directement par les apparitions lumineuses qui se mani-

FiG. 48. — Champ visuel d'un œil droit atteint d'un décollement de la partie inférieure de la rétine : le champ visuel est rétréci en haut par suite de ce décollement.

festent aux moindres oscillations du globe oculaire, et, indirectement, par les améliorations de vision qui surviennent, à un moment donné, sans le moindre recollement de la rétine.

Le maximum de fréquence du décollement se rencontre de 30 à 60 ans. Le plus généralement, il reste limité à un seul œil : sur 43 cas rassemblés par Schweizer, 41 étaient monolatéraux. Il est d'autant plus fréquent que le degré de myopie est plus élevé. Au-dessus de 10 dioptries, on rencontre le décollement dans environ 5 pour 100 des cas.

g 159. — Par quel mécanisme le décollement de la rétine se produit-il? Plusieurs théories sont en présence. D'après la plus ancienne, le décollement résulterait de

unOPlE, IIYPEROPIE, ASTIGMIE.

deux faits : 1° d'une extensibilité moindre de cette membrane comparée à celle de la choroïde; 2'' des liens d'attache qui l'unissent en ses deux points extrêmes à cette dernière. II s'ensuivrait que, pendant l'évolution myopique, la rétine serait obligée d'abandonner la choroïde, son support naturel.

Ensuite est venue la théorie d'un épanchement séreux dû à la choroïde, épanchement qui soulèverait peu à peu la membrane nerveuse.

La dernière explication est celle qui fait intervenir la rétraction du corps vitré. Cette rétraction suppose l'existence antérieure d'une série de lésions : décollement du corps vitré, présence d'un liquide entre ce dernier et la réline, adhérence en certains points de ces deux organes par des brides cellulaires. La rétraction du corps vitré amènerait la déchirure périphérique de la rétine par l'intermédiaire de ces brides; la fissure rétinienne, permettant l'irruption du liquide entre la rétine et la choroïde, serait la cause immédiate du décollement.

La théorie qui nous paraît la plus probable est celle qui incrimine uniquement la choroïde.

La première théorie ne nous paraît pas réelle parce qu'elle suppose la rétine ni extensible ni mobile. Or, ces deux qualités, elle les possède, même à un assez fort degré. D'un autre côté, cette manière d'envisager les choses ne s'applique qu'à une catégorie de décollements, à ceux qui surviennent chez les myopes; ceux observés assez fréquemment chez les emmétropes restent inexpliqués.

Quant à la "dernière théorie, elle repose sur des faits réels, mais relatifs à des cas arrivés à la dernière période du mal. Il y a tout lieu de supposer que les lésions constatées ne sont pas celles qui ont présidé à la genèse du décollement. Du reste, la théorie de l'attraction a contre elle ce fait observé des miUiers de fois : si l'on vient à évacuer le liquide, la rétine s'applique contre la choroïde. C'est une preuve que cette lésion n'est pas sous la dépendance du corps vitré, et que celui-ci n'enserre pas la réline dans des griffes cicatricielles. A ceux qui voudraient expliquer la

MYOPIIÎ, IIYPEROPIE, ASTIGMÎE.

mise en contact consécutive à une ponction par une rétraction des deux membranes externes, il suffit de rappeler que le rapprochement peut se faire au bout de quelques semaines sans l'aide d'aucune évacuation, ce qui dénote bien que rien du côté du corps vitré ne s'oppose à la mise en place de la rétine.

Malheureusement, qu'il y ait ponction ou non, la réapplir.ation rétinienne n'est d'ordinaire que momentanée : au bout de peu de temps, une nouvelle exsudation survient qui soulève encore la rétine. Cependant, il n'y a pas de praticien qui n'ait observé quelques rares cas où l'accoUement ait persisté très longtemps : d'ordinaire alors les sujets étaient jeunes et la lésion assez limitée.

§ 160 — Le champ visuel peut présenter des lacunes. Une des plus curieuses est celle qui est due à l'agrandissement du punctum caecum (tache aveugle).

Chez tout le monde, en dehors du point de fixation, il existe une interruption dans le champ visuel.

Pour se rendre compte de sa position, il suffit de répéter l'expérience de Mariette. Si, à une certaine distance d'une

FiG. 46. — En regarclanl la croix de l'œil droil, le disque cesse d'être visible quand le livre esL à 0 m. 20 c. environ.

croix tracée sur un fond noir (fig. 46), se trouve un disque blanc de la largeur d'un pain à cacheter, et qu'on éloigne le dessin de 20 à 25 centimètres environ de l'œil droit, l'autre étant fermé, à un moment le disque cesse d'éti'e perçu. Sa disparition a lieu quand son image va se peindre sur la papille, région dépourvue de toute sensibilité visuelle et

MYOPIE, llYPEROPIE, ASTIGMIE.

appelée pour cette raison punctum csecmn. Au delà comme en deçà de cette dislance, le disque blanc sera vu car son image se fait alors non sur la papille, mais sur la rétine. A l'état normal, cette lacune nous échappe toujours, de même que de toutes les petites interruptions dues à une infiltration sanguine ou inflammatoire de la rétine.

Chez les myopes atteints d'un large croissant, on observe assez souvent un agrandissement de la tache aveugle dont les dimensions augmentent au fur et à mesure que la lésion atrophique progresse. D'où une lacune du champ visuel parfaitement perceptible par le malade, qui voit continuellement devant lui une tache grisâtre.

§ 161. — La macula est, chez les myopes, la région de la rétine la plus sujette à des altérations diverses.

L'apparition d'une lésion en ce point effraye toujours les malades, et cela avec juste raison. Le rôle important que joue la macula dans l'acte de la vision, la précision qui doit présider à cet acte, expliquent parfaitement les troubles visuels qui surviennent lorsque le moindre désordre anatomique vient à l'atteindre. Des lésions même nullement progressives peuvent compromettre à des degrés divers et souvent pour toujours la vision centrale. A la suite d'une prolifération inllammatoire de l'épithélium choroïdien, d'une exsudation ou d'une hémorrhagie, les éléments essentiels de la rétine présentent des modifications qui les rendent momentanément ou pour toujours impropres à la vision.

Les malades accusent un brouillard plus ou moins intense qui cache l'endroit visé. Veulent-ils hre, une tache couvre les lettres fixées, les objets leur paraissent tiraillés, déformés, parfois plus petits. En outre, ils sont parfois éblouis par diverses sensations lumineuses, dues à une pression anormale supportée par la rétine.

Environ un vingtième des myopes sont atteints d'affections de la macula, c'est particulièrement ceux dont la myopie atteint et dépasse 12 dioptries.

Les affections de la macula sont très rares au-dessous de

MYOPIE, HYPEROPIE, ASTIGMIE.

10 ans; elles présentent leur maximum de fréquence entre 40 et 70 ans, et se montrent beaucoup plus souvent chez les femmes que chez les hommes. Les raisons de cette prédilection fâcheuse doivent surtout être recherchées dans les troubles variés que subit presque toujours la femme à l'époque de la ménopause.

Dans plus de la moitié des cas, l'affection est binoculaire; généralement le mal débute dans un œil assez longtemps avant d'attaquer l'autre.

La fréquence des lésions de la macula, chez les myopes, tient à deux causes : la rétine à ce niveau se trouve intimement liée à la choroïde; et, en ce point, se concentre toute la pression intra-oculaire.

§ 16'i. — 11 nous reste à parler brièvement de trois complications qui se rencontrent chez les myopes.

La choroïdite disséminée a un aspect caractéristique : sur toute la surface du fond de l'œil, on voit des taches Ijlanches et jaunes qui sont séparées par des amas irréguliers de pigments.

La cataracte spéciale aux myopes est constituée par une opacité siégeant au pôle postérieur du cristallin. L'organe devient opaque parce qu'il est mal nourri. L'opacité, par suite de sa position centrale, est très gênante, surtout lorsqu'une lumière vive, contractant fortement la pupille, empêche la pénétration des rayons par la périphérie du cristallin. D'un autre côté, l'évolution de cette variété de cataracte est très lente, il faut de nombreuses années avant qu'elle se complète. Enfin, le résultat de l'intervention chirurgicale est toujours très aléatoire, tant à cause des difficultés opératoires surgissant d'ordinaire, que par suite des lésions intra-oculaires ayant engendré l'opacité de la lentille.

Le glaucome apparaît chez les myopes sans réaction inflammatoire. La vue se perd peu à peu par le fait d'une accumulation liquide qui a pour effet d'exercer une trop forte pression sur les fibres du nerf optique à leur entrée dans l'œil et d'en rompre la continuité. 11 peut paraître

MYOriE, IlYPEROPIE, ASTTGMIE.

extraordinaire qu'un organe staphylomateux qui se laisse distendre facilement devienne Je siège d'une trop grande tension intra-oculaire. Le fait est pourtant réel, mais il n'arrive que si la sclérotique, par suite de l'âge, vient à perdre son élasticité et qu'elle ne cède plus à une pression intérieure anormale. L'intervention opératoire s'impose pour faire cesser la tension, mais, se rappelant les nombreuses lésions dont l'organe est le siège, on doit agir avec prudence.

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