‹ Myopie, hyperopie, astigmatismeChapitre 23 sur 45 · DÉBUT, MARCHE, FRÉQUENCE DE L'ASTIGMIE · texte numérisé non relu

DÉBUT, MARCHE, FRÉQUENCE DE L'ASTIGMIE

Astigmie congénitale; acquise. — Variations de l'astigmie cornéenne. — Statistique générale de l'astigmie cornéenne; celle des non myopes; celle des myopes. — Statistique de l'astigmie cristallinienne et de l'astigmie subjective de ces deux catégories de sujets. — Particularités olTertes par l'astigmie des myopes.

§ 165. — Les auteurs reconnaissent toujours à l'astigmie une origine congénitale; ils parlent bien d'une astigmie acquise, mais ils sont les premiers à reconnaître que l'anomalie se rapporte à des faits d'un autre ordre et dépend soit d'une luxation partielle de cristallin, soit d'une lésion cornéenne consécutive à une ulcération.

Nous avons observé un certain nombre d'apparitions d'astigmie cristallinienne. Le premier cas qui se soit offert à nous est celui du D'' L... qui, examiné antérieurement à diverses reprises, n'avait pi^éseuté aucune asymétrie ni objective ni subjective. Or, un jour, un de ses yeux devint subitement le siège d'un astigmie cristallinienne. Voici en quel terme le confrère raconte son petit accident :

« Ayant lu le regard dirigé obliquement pendant quelques minutes, une douleur subite se déclare dans mon oeil gaucbe. Portant ma vue sur un cadran rayonné, l'œil droit fermé, je trouvai immédiatement l'explication de ma douleur; toutes les lignes de ce cadran n'étaient plus semblables. Je remarquai que les lignes verticales étaient manifestement plus

MYOPIE, IlYPEROPIE, ASTIGMIE.

noires que les autres, Un cylindre 0" — 0,50 dioptrie rétablit l'uniformité de la teinte des lignes. La douleur dura environ une heure, mais le spasme persista pendant plusieurs jours. »

Depuis, nous avons rencontré une dizaine d'apparitions d'asligmie cristallinienne chez des personnes dont la réfraction était parfaitement symétrique.

Ces astigmies étaient survenues brusquement au moment des règles ou sous l'influence d'un léger traumatisme du globe oculaire. Leur valeur variait de 0,50 à 0,75 dioptrie. Les unes disparurent sans le moindre traitement, les autres furent traitées à l'aide de l'atropine pendant une ou plusieurs semaines. Chez deux sujets, il fallut prolonger les instillations pendant 50 jours pour obtenir la guérison. La plupart de ces cas restés sans traitement seraient devenus de véritables astigmies statiques, contre lesquelles, à un moment donné, l'atropine eût été sans effet.

§ 164. — En ce qui concerne l'asligmie cornéenne, il faut également nous préparer à modifier nos idées au sujet de la constance de son origine congénitale. Nous n'avons pas vu apparaître, il est vrai, d'astigmie cornéenne chez des sujets qui en étaient jusqu'alors absolument exempts, mais nous avons rencontré, ainsi que d'autres cliniciens, des augmentations de 1, de 2 dioptries et plus, dans des cas où l'astigmie cornéenne antérieure n'était que de 0,50 et même de 0,25 dioptrie. Si ces cas ne sont pas de véritables apparitions d'astigmie cornéenne, ils s'en rapprochent beaucoup et nous montrent le fait comme possible.

Une des raisons qui nous porte à admettre comme très probable l'astigmie acquise, c'est qu'il nous a paru assez facile de provoquer, chez les lapins, des degrés notables d'asligmie cornéenne en ponctionnant la sclérotique sur deux points opposés au voisinage de la cornée. Au bout de quelques semaines, ces asymétries se sont peu à peu dissipées; mais pouvions-nous compter sur un résultat définitif? Un phénomène morbide ne persiste que s'il est l'expression

MYOPIE, IIYPEROI'IE, ASTIGMIE.

du tempérament; sinon, il ne peut subsister longtemps à la cause qui l'a engendré.

g 165. Les augmentations d'astigmie cornéenne dont nous venons de parler prouvent qu'il faut également modifier nos idées sur la fixité de cette asligmie.

11 y a quelques années encore, nous pensions tous que les degrés d'astigmie cornéenne que nous avions à k naissance étaient ceux possédés encore aux derniers moments de la vie. A l'heure actuelle, on peut affirmer que l'asligmie cornéenne, en dehors de toute maladie oculaire, présente des diminutions et des augmentations atteignant des chiffres tels que l'idée d'une erreur d'examen doit être écartée.

Parmi les diminutions les plus importantes, la première est celle signalée par Javal, en 1882. Un y trouve d'abord un amoindrissement de 1,50 dioptrie, puis de 5 dioptries, enfin de 0,50 dioptrie; de telle sorte qu'une astigmie, en 1882, de 6 dioptries, était tombée, en 1886, à 1 dioptrie.

A côté de ce fait, il faut placer celui de Chibret où la diminution de l'astigmie cornéenne est au moins de 0,50 dioptrie.

Nous avons également observé trois diminutions de 0,50 dioptrie chez deux jeunes tilles : la première présentai^, en 1886, une asligmie cornéenne sur chaque œil de 1,25; en 1889, elle n'était plus que de 0,75; la seconde offrait, en 1885, le chiffre 1,25 qui, en 1890, était remplacé par 0,75.

Le premier cas d'augmentation a été observé par Bull chez une jeune malade de Javal. L'astigmie s'accrut de 2 dioptries consécutivement au port d'une louchette qui, portée dans la suite sur l'autre œil, détermina la disparition d'une partie (0,75) de l'astigmie. Cet autre œil a été également le siège d'une augmentation : en 1887, on notait 0J5; en 1890, 1,50 dioptrie.

Javal a également publié deux augmentations (l une de 1,25, l'autre de 1,75) observées chez des enfants dont les yeux avaient été mis hors d'usage par l'emploi d une louchette.

3JY0PIE, IIYPEROPIE, ASTIGMIE,

Nous avons, de noire côté, rencontré plusieurs augmentations variant entre 0,50 et 2 dioptries.

En 1884, nous avons trouvé, chez un jeune homme, une astigmie cornéenne de 2,50 à droite, et de 2 dioptries à gauche; en 1890, nous notions, à droite, 3,50, et, à gauche, 2,50 dioptries. Chez un aulre, une astigmie cornéenne de l'œil droit de 0,50, souvent constatée, s'était transformée brusquement en une astigmie de 2,50. Chez un troisième, l'asligmie était passée de 0,25 à 2 dioptries.

Dans un autre cas (inédit), le changement porta d'une façon égale sur les deux yeux d'un jeune sujet. Ici, il s'agit d'une astigmie cornéenne horizontale; cette astigmie qui était, en 1890, de 0,75 atteignait 1,25, en 1892.

Un dernier fait, également inédit, est celui d'une jeune fille, chez laquelle nous trouvâmes, en juillet 1892, à droite, 1,75, et, à gauche, 2,25 dioptries; quatre mois après, nous notions, à diverses reprises, pour le premier œil 2,75, pour le second 3,25 dioptries.

Ce qui frappe dans ces modifications astigmiques, c'est la jeunesse des sujets. Cette observation que nous faisons ici pour la première fois sera sans doute confirmée par des recherches ultérieures.

Nous avons observé des changements assez curieux chez trois opérés de cataracte. L'un d'eux prosentait, depuis trois ans, une astigmie de 3,25 dioptries. Quelle n'a pas été notre surprise de constater, un jour, sans aucun autre phénomène concomitant qu'une faiblesse visuelle récente, une diminution de 1,75 dans le chiffre de l'astigmie dont la correction convenablement effectuée rétablît la vision antérieure.

La notion de l'instabilité de l'astigmie cornéenne crée des indications nouvelles.

Une première recherche de l'astigmie cornéenne ne peut dispenser d'examens ultérieurs, surtout si le sujet est jeune.

Il faut cesser de mettre sur le compte d'une variation de l'astigmie cristallinienne correctrice tous les changements observés dans l'astigmie subjective; ceux-ci peuvent, en

MYOPIE, IIYPERUI'IE, AST[(iMIE.

effet résulter d'une modification des courbures cornéennes.

Dans le cas d'un brusque cbangement de l'acuité visuelle, il faut penser à la possibilité d'une apparition récente d'un degré notable d'astigmie et à la possibilité d'un traitement approprié.

§ 166. — Quelle est la fréquence de l'astigmie et quels sont les chifTres qu'elle présente ordinairement?

Cette question comporte trois réponses : une pour l'astigmie cornéenne, une autre pour l'astigmie cristallinienne et une dernière pour l'astigmie subjective.

Pour établir la fréquence et les valeurs dioptriques de l'astigmie cornéenne, les matériaux étaient peu nombreux; nous ne possédions, en réalité, que deux statistiques prélevées dans des établissements d'instruction de garçons ; l'une, à Paris, par Nordenson, l'aulre, à Christiania, par Schiôlz.

Pensant que des documents de cette nature ne peuvent avoir une réelle valeur que s'ils portent sur les deux sexes et si tous les âges y sont représentés, nous avons entrepris chez des sujets bien portants une statistique répondant à ces desiderata.

Dans ce but, nous avons examiné 2000 yeux myopes et 1000 yeux emmétropes ou liypéropes.

Comme il n'est pas toujours facile de différencier les hypéropes des emmétropes, nous avons groupé dans une même étude les résultats que ces deux variétés d'yeux nous ont fournis. Les chiffres rencontrés chez les myopes ont été consignés à part.

Ces deux statistiques nous ont servi à en dresser une générale, embrassant la totalité des cas.

g 167. Voici de quelle manière se comporte, d'après

l'ensemble de nos chiiïres, l'astigmie cornéenne :

MYOPIE, HYPEROPIE, ASTTGMIE.

Tableau III.

0,00 Dioptr. .

2,50 Dioptr.

1 fi

fi Q U,Z

FiG. 17. — Fréquence dos divers degrés de l'asUgmie cornéenne dans des yeux normaux de n'importe quelle réfraction. Les chiffres verticaux indiquent le pourcentage; les horizontaux, les degrés dioptriques.

Ces chiffres ont servi à dresser le graphique de la figure 47.

MYOPIE, IIYPEROPIE, ASTIGMIE.

On voit qu'un dixième seulement des yeux ne présente pas d'astigmie cornéennc mesurable.

Dans environ 29 pour 100 des cas, l'asligmie cornéenne est nulle ou inférieure à 0,50 dioptrie.

L'astigmie la plus fréquente est de 0,50 dioptrie.

Les astigmies cornéennes de 0,50 à 1 dioptrie (comprises) déforment à peu près la moitié des yeux (48,4 pour 100).

Les astigmies coinéennes de 1 à 2,50 dioptries représentent à peu près un cinquième des cas, et celles supérieures à 2,50, un vingt-cinquième.

Les astigmies cornéennes qui dépassent 5 dioptries sont fort rares.

g 168, — Le tableau suivant indique la proportion des divers degrés de l'astigmie cornéenne dans les deux groupes que nous avons indiqués.

Tableau IV.

Non Myopes Myopes

0,00 Dioplr. 9,8 0/0 11,10/0

iNon Myopes Myopes

2,50 Dioplr,

A l'aide de ces chiffres nous avons tracé les deux graphiques de la figure 48. , r •

Les cas sans astigmie cornéenne sont un peu plus Irequents chez les myopes que chez les autres sujets, mais la différence est bien minime (environ 1 pour 100).

Les astigmies de 0,25 à 1 dioptrie (comprises) n'atteignent

MYOPIE, llYPEROPIE, ASTIGMIE.

que 57,2 pour 100 des yeux myopes, tandis qu'ils englobent chez les autres 77,6 pour 100 des cas; et les astigmies

Fie. '18. — Le graphique à trait plein est relatif à l'astigmie cornéenne des non myopes"; la lig-ne pointillée à celle des myopes.

supérieures à 1 dioptrie figurent dans la première catégorie pour 45 pour 100, et seulement pour 22 pour 100 dans la seconde, soit une différence d'environ 20 pour 100 à l'actif des myopes. C'est là un fait important à retenir.

§ 169. — Les mêmes faits sont-ils indiqués dans les statistiques de nos devanciers? Afin de renseigner le lecteur, nous dressons le tableau suivant :

182 MYOPIE, IIYPEHOPIE, ASTIGMIE.

Tableau V.

ASTIGMIE COU.MiEi\NE CHEZ

LES iM).\ MYUl'ES

NoilDENSON

StIIIOTZ

TsCHEaNtNG *

odllS clSl.

corn.. . .

Ast. corn.

de0,25àl.

Ast. corn.

ASTIGMIE COR.NÉENNE CHEZ LES MYOPES

Nobdënson

SCIIIOTZ

ClIACVEL

cornéen. .

Ast. corn.

de0,2oài.

Ast. corn

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