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Il ne iaudraitpas induire de ces chiffres, recueillis dans des établissements d'instruction, que l'augmentation de réfraction s'effectue, d'une manière générale, dans les mêmes proportions. Ce serait là une grande erreur. Le milieu scolaire, comme chacun le sait, est des plus favorables à la manifestation de la myopie, et, en général, à toute augmentation de réfraction.
§ 191. — Quelle est l'importance de ces progressions? Voyons d'abord ce qui concerne les hyperopes.
De Reuss a observé que la progression au bout de 5 ans était le plus souvent de 0,75 à 1,50, parfois elle atteignait 2,50 et même 4 dioptries. D'où une diminution correspondante dans le chiffre de l'hyperopie.
Horstmann, qui a suivi depuis la naissance jusqu'à 5 ans la réfraction de 50 enfants, a trouvé pour réfraction moyenne : à la naissance 2,4; de 1 à 2 ans, 1,86; et de 4 à 5 ans, 1,59 dioptrie. En 5 ans, il y avait donc eu une diminution d'à peu près une dioptrie dans le chiffre moyen de l'hyperopie. Cette marche est également celle que Ton constate plus tard.
Hanseu, dans ses recherches sur la croissance des yeux chez les élèves des lycées âgés de 10 à 15 ans, est arrivé à cette double conclusion qu'à cette période de la vie la réfraction est généralement liyperopique et qu'elle augmente,. ' dans les 5 ans, à peu près d'une dioptrie.
Il résulte de ces différentes recherches que la réfraction qu'on possède de 15 à 18 ans diffère de celle qu'on avait à la naissance d'environ o dioptries.
îiYOPIE, llYl'iiimPlE, ASTIGMIE
§ 192. — Chez les myopes plus que chez les hyperopes, la réfraction a une tendance à augmenter avec les années. Cette tendance porte sur un grand nombre de sujets et se trouve plus accentuée.
La myopie, suivant les allures que revêt sa marche, comporte plusieurs divisions.
Si, une fois produite, elle reste au même point ou ne subit qu'une augmentation très minime, qui la porte à deux dioptries environ, elle est dite slationnaire ; malheureusement ces cas sont assez rares. D'après les chiffres, la myopie stationnaire chez les jeunes gens se rencontrerait dans le seizième des cas. Les sujets ne se doutent pas qu'ils sont myopes : grâce au clignement, ils voient au loin presque aussi bien que l'emmétrope et ils ont sur ce dernier l'avantage de retarder, de quelques années, la prise des verres de la presbytie ; en outre, ils ne sont exposés à aucune des complications qui menacent la vue des myopes d'un degré élevé. Si l'on n'avait affaire qu'à des cas de cette nature, la myopie devrait être considérée à bon droit comme une simple anomalie physiologique, elle n'aurait pas donné lieu à tant de travaux de prophylaxie.
Quand la myopie se développe d'une manière assez sensible jusque vers les 20 ans pour rester ensuite au même point, on peut encore lui appliquer l'épitbète de stationnaire. L'anomalie progresse chaque année d'environ 1/2 dioptrie, de sorte que, au point le plus culminant de sa marche, elle atteint au maximum b ou 6 dioptries. Les cas qui se comportent ainsi sont les plus nombreux et l'on peut les considérer comme relativement favorables. Les sujets ne voient pas au loin sans le secours de verres, qu'ils sont obligés de prendre entre 12 et 14 ans; mais leur vision rapprochée est bonne et reste généralement telle pendant toute •la durée de la vie. Les complications qui menacent la vue de ces myopes sont assez rares et d'une gravité le plus souvent modérée. Ce sont ces cas qui ont fait considérer la myopie comme un état créé peu à peu par la nature dans le but d'adapter l'œil aux fonctions d'une race civilisée.
MYOPIE. IlYI'EROl'IE, ASTIf.MIE.
Nous aurons h combattre celle manière de voir (^i 2o8).
Les myopies qui ne subissent pas un temps d'arrêt, lorsque la croissance est terminée ont généralement une marche progressive pendant tout le reste de la vie et atteignent fréquemment de hauts degrés. Leur allure est variable : le plus souvent, elles augmentent pendant certaines périodes de la vie sous l'influence de causes diver.ses pour rester ensuite quelque temps au degré acquis : elles sont dites alors périodiquement progressives; d'autres fois, leur accroissement s'effectue d'une manière continue, on les qualifie d'aholiiment progressives. Leur marche n'a pas toujours un pas égal : il y a des moments où l'allure est l'apide et d'autres où elle est lente. Dans tous les cas, elles n'avancent pas aussi vite dans l'âge adulte que dans la période de croissance. Si, tous les dix ans, elles augmentaient de 5 dioptries comme c'est le cas le plus ordinaire de 10 à 20 ans, le chiffre habituel de 10 à 15 dioptries serait doublé. Fort heureusement qu'il n'en est pas ainsi dans la plus grande
majorité des cas.
La myopie périodiquement progressive n'a pas le danger de celle qui marche sans interruption; elle n'est à craindre que pendant les exacerbations et n'atteint jamais des degrés aussi élevés.
Toute myopie progressive, dit Donders, menace l'avenir ; elle engendre des altérations pernicieuses qui entraînent à leur suite une très grande faiblesse, et même la perte totale de la vue. Lorsqu'un œil est atteint d'une myopie de 15 à 18 dioptries, il est rare qu'il puisse rendre quelques services dans la vieillesse. 11 convient de prévenir ces hauts degrés. S'il est difficile d'écarter les complications lorsque les sujets ne sont pas obligés à un travail oculaire, à plus forte raison, la tâche est-elle pénible, quand on se trouve en face de myopes qui ne peuvent ménager leur vue ni se soumettre à un traitement rationnel.
Les causes accélérant la marche progressive de la myopie sont diverses. C'est parfois un travail trop prolongé, bien qu'effectué dans de bonnes conditions; d'autres fois, c'est
MYOPIE, IIYPEUOI'lli, ASTIGJUE
le manque de lumière suffisante, l'exiguïté de l'objet de l'alleiilion; ici, c'est une grossesse, une lactation fatigante; là, une maladie grave ; chez ceux-ci, l'anémie, la chlorose, chez ceux-là, une hémorrhagie ; chez certains, une dépression morale, de vifs chagrins, des pertes d'argent; chez d'autres enfin, un accident, une peur.
§ 193. — 11 est des myopies auxquelles il conviendrait de réserver tout particulièrement le nom de malignes, tellement leur marche est galopante. Nous voulons parler de ces myopies qui, dès l'âge de 7, 8, 9 ou 10 ans, présentent un degré déjà très prononcé. Ces cas sont assez rares : sur un total de 1000 malades, nous avons rencontré seulement neuf sujets de l'âge indiqué, dont l'anoinalie fût supérieure à 10 D. Nous donnons les résultats trouvés dans le tableau suivant où, en face de l'âge du sujet, est inscrit le chiffre de leur myopie.
Age Degré des myopies en D.
7 ans M, S!0.
Chez six de ces enfants, il y avait des antécédents héréditaires très nets ; chez un, le fait était douteux ; les deux autres n'en présentaient pas.
Sept offraient des croissants de dimensions variables, généralement assez grandes; les deux autres en étaient exetripts. Les vaisseaux rétiniens présentaient, d'une façon très prononcée, la disposition caractéristique des myopies fortes. Aucune autre lésion n'existait dans ces organes. Enfin, l'acuité était sensiblement la même sur les deux yeux et variait entre 1/5 et 2/5 (deux possédaient 2/5, un 1/2, trois 2/5, deux 1/7, un 1/5). En présence de ces chiffres, on prévoit la destinée de ces sujets. Sous l'influence combinée des causes originelles et des fatigues oculaires jusque-
MYOPIE, IIYPEROPIE, ASTIGMIË.
là peu prononcées, le développement de la myopie, la faiblesse visuelle s'accroîlront fatalement, et, nn jour eu l'autre, la cécité surviendra, engendrée par une des maladies intra-oculaires qui forment le cortège presque obligé des myopies extrêmes.
Ces myopies précoces et malignes doivent être rapprochées des myopies fortes sur lesquelles Tscherning en 1883 a appelé l'attention et qui reconnaîtraient d'après lui des causes tout autres que celles qui président à la genèse des myopies ordinaires.
Ces myopies sont-elles d'origine congénitale ou n'onl.-elles réellement débuté qu'après la naissance? C'est ce qu'il est impossible d'affirmer; nous inclinons plutôt pour la myopie acquise.
En effet, l'interrogatoire de ces malades montrent qu'ils possèdent au plus haut degré les véritables éléments qui engendrent la myopie acquise (hérédité, arthritisme, nervosité, faiblesse).
g 194. — On croit généralement que le degré de la myopie diminue avec l'âge. Cette l'emarque n'est exacte que dans le cas de myopie légère, et encore la diminution est-elle plus apparente que réelle. Le rétrécissement physiologique de la pupille chez le vieillard la rend apparente : il y a une amélioration de la vision analogue à celle que le jeune myope peut se procurer en clignant (§ 65) ou en interposant devant un de ses yeux une carte percée d'un trou d'épingle (g 83). La diminution réelle ne résulte pas d'un raccourcissement de l'axe anléro-postérieur, mais d'un léger aplatissement du cristallin. Si le degré de la myopie est élevé, le sujet ne se rend guère compte des modifications appportées à sa vue ; mais, dans la myopie légère, il en est autrement et la vision lointaine devient bien meilleure. Les myopes qui bénéficient de cette modification anatomique sont en petit nombre, pour le motif que les myopies faibles et slationnaires sont relativement rares. On peut dire, d'une manière générale, que la myopie ne rétrograde ni ne se corrige à aucune époque de la vie.