FRÉQUENCE DE L'HYPEROPIE ET DE LA MYOPIE
L'amétropie est plus fréquente que l'emmétropie. — Proportions de l'hyperopie manifeste et de la réelle. — Pourcentage de la myopie- — Influence des études, du sexe, da la race. — Degrés liyperopiques et myopiques. — Parfois les deux yeux ne présentent pas la même réfraction (anisométropic). — Antimétropie.
§195. — L'emmétropie est-elle la règle? les amétropies constituent-elles l'exception?
En ce qui concerne les enfants et les jeunes gens, la réponse est catégorique. L'emmétropie est certainement moins fréquente que l'amétropie. Toutes les recherches se donnent la main pour montrer que la réfraction dominante, pendant les dix-huit premières années de la vie, est réellement l'hyperopique (Haltennoff).
A vrai dire, ce n'est pas ce qui découle des statistiques faites dans les écoles françaises; mais il faut se rappeler que, dans ces dernières, il s'agit non de l'hyperopie réelle, mais de la manifeste, toujours moindre par suite des corrections qui dissimulent un certain nombre de cas.
Ces statistiques sont seulement au nombre de quatre : celle de Gayat résultant de l'examen, dans les écoles communales de Lyon, de i 588 enfants dont 483 filles âgées de 6 à 14 ans ; celle de Dor, pratiquée au lycée de cetle même ville, sur 1 016 élèves âgés de 7 à 21 ans; puis celle de Nordeuson, «ffectuée à l'école alsacienne de Paris, chez 226 enfants de J à 20 ans; enfin, celle de Vignes dans deux écoles coramu-
MYOPIE, IIYPEROPIE, ASTIGMIE.
nales de Paris, contenant 521 garçons de 7 à 13 ans. Voici dans quelle proportion s'est présentée l'hyperopie manifeste :
.... 6,8 pour 100 .... 5,5
.... 12,1 — Moyenne. 9,4 —
Ces chiffres comparés à ceux que nous allons faire connaître, prouvent la fréquence, dans la jeunesse, de la correction hyperopique, et combien il est important de recourir n l'examen ophtalmoscopique, ou mieux, si c'est possible, à la paralysie atropinique de l'accommodation.
Conrad, à Kœnigsberg, en déterminant la réfraction à l'ophLalmoscope chez plus de 1 500 lycéens, est arrivé à un total de 47,5 pour 100 d'hyperopes, malgré les chiffres énormes (jusqu'à 50,7 ponr 100) de myopes existant dans les classes supérieures. L'hyperopie et la myopie réunies comprenaient 70 pour 100 des élèves.
Randall, après avoir comparé de nombreuses statistiques, pense que la proportion de l'hyperopie dans les écoles primaires est de 76 pour 100 et dans les écoles supérieures de 56 pour 100.
Herrenheiser, sur un très grand nombre d'écoliers de 6 à 20 ans, a constaté que l'hyperopie se rencontrait dans plus de 50 pour 100 des yeux.
Callen a étudié les yeux de 457 enfants de couleur (nègres ou Indiens) dans deux écoles de New-York; l'âge des enfants variait de 5 à 19 ans. Il a trouvé à l'ophtalmoscope 90 pour 100 d'hyperopie réelle, après avoir pris soin d'atropiniser son œil pour prévenir les erreurs qui auraient pu dépendre de son accommodation.
Il est ordinairement inutile de pousser les précautions aussi loin ; l'atropinisation de l'examiné suffit. Si ce confrère est arrivé à une forle proportion d'hyperopie, cela tient non à la méthode employée, mais à une question de race.
Gayat . .
Dor . . .
Nordenson Vignes . .
MYOPIE. llYI'EUOI'Ii;, ASTIGMIE.
Chez CCS enfants, la myopie, représentée uniquement par '2, 6 pour 100, n'avait porté atteinte que faiblement au chiffre de l'hyperopie.
§ 196. — Ces exemples suffisent pour montrer la prédominance de l'hyperopie pendant l'enfance et l'adolescence. En est-il de même chez l'adulte? C'est probable; mais, à l'heure actuelle, il est impossible de donner une réponse absolue; les recherches statistiques sur des yeux sains d'adultes n'ont pas encore été pratiquées sur une assez vaste échelle.
A défaut d'une réponse absolue, nous en fournirons une partielle, relative à l'Allemagne, laissant de côté toutes les statistiques dans lesquelles la réfraction n'a pas été déterminée à l'ophtalmoscope, car ce que nous recherchons ici, c'est l'hyperopie réelle. Cette distinction est importante à faire même chez les adulles qui présentent souvent, eux aussi, des contractions correctrices. L'exemple suivant en est la preuve. Randall, après avoir trouvé à l'ophtalmoscope 75 pour 100 d'hyperopes chez des étudiants américains, n'en a rencontré subjectivement que 26 pour 100.
En Allemagne, nous ne voyons que la statistique de Ilerrenheiser capable de nous renseigner. Cet observateur, sur un total de 5426 yeux de sujets âgés au moins de 20 ans, a rencontré 56 pour 100 d'hyperopies, 30 pour 100 d'emmétropes et 13 pour 100 de myopes. Nous ne pouvons nous appuyer sur d'autres statistiques qui ont été faites sur des matelots, des recrues, des soldats, des employés d'administration, parce que, bien que très exactement établies, elles pèchent toutes en ce sens qu'elles ne tiennent pas compte des légers degrés d'amétropie. En outre, certaines concernent des groupements où une sélection antérieure avait déjà eu lieu.
§ 197. — Les matériaux relatifs à la fréquence de la myopie dans nos établissements d'instruction sont un peu moins rares que pour l'hyperopie, mais, malheureusement.
.MYOPIE, IIYPEIIUI'IE, ASTIGMIE.
Ibien inférieurs en nombre à ceux publiés clans la plupart (des autres pays.
Aux statistiques que nous avons indiquées, il faut ajouter : 11" les deux de Nicati (dans l'une, 2212 enfants, garçons et (filles, des écoles primaires de Marseille ont été examinés; îdans l'autre, 922 élèves du lycée de cette ville, âgés de 8 à :20 ans); 2» la statistique de Despagnet (467 élèves, càgés de '7 à 20 ans, d'un collège de Paris).
Voici les chiffres de myopie constatés ' :
Écoles primaires. Lycées.
Gavât 3,2 0/0 .) «
Dor » - 22,5 0/0
Nicati. ■ • 10,1 - 24,6 -
Nordenson »— ■ 14,6 —
Vignes . 10,9 — n —
Despagnet » — 55.5 —
Moyenne 8,0 — 24,2 —
Si nous rapprochons de ces moyennes celles trouvées dans i les autres pays, nous voyons que la France occupe un rang intermédiaire. Le tableau IX, emprunté à un travail publié récemment par Éperon (Lausanne), nous fournit les éléments de celte comparaison.
Le confrère a pris soin de compulser toutes les statistiques, au nombre d'environ 70, et de diviser les exarninés en trois catégories : 1° élèves des écoles primaires de la campagne; 2° élèves des écoles primaires de la ville; ô° élèves des écoles secondaires (lycées ou collèges français, gymnases allemands, écoles réaies, écoles supérieures de filles, collèges anglais
1. Nous ne rapprochons pas de ces cliiffres ceux qui figurent dans les premières reclien lies faites en France. Elles datent d'une époque, où le diagnostic précis de la myopie laissait un peu à désirer. Scliokalski avait trouvé, à Louis-le-Grand, sur 170 élèves, 25 myopes, soit 14,6 pour 100; à Cliui lemagnc, sur 8(t7 élèves, 89, soit H pour 100. Sur 6 500 élevés des classes élémeniaires des 6° et 7° arrondissements de Paris, il n'avait pas rencontré un seul cas de myopie.
MYOl'IE, IIYPEROPIE, ASTIGMIE.
OU américains). Nous avons fail subir quelques modifications aux chiffres relatifs à la France, et nous avons remplacé la statistique de Lausanne par une autre plus générale embrassant la Suisse romande et basée sur les recherches d'Emmert, d'Éperon et de Sulzer*. Dans ce lableau, les nations sont groupées d'après les races.
Tableau IX.
Allemagne
Âutriclie, Hongrie.
iSuisse allemande. .
UCl iXlCLlllO • ■ • ^
iSuède, Norvège. .
'Danemark ....
Anglo-Saxons
Angleterre ....
Nouvelle-Zélande. .
Slaves. . . .
Latins. . . .<
Suisse romande. .
11 ne faut accorder à ces chiffres qu'une valeur relative. Les statistiques ne sont comparables que lorsqu'elles sont effectuées aljsolument d'après les mêmes règles et dans les mêmes conditions.
Cette réserve faite, on voit que la myopie augmente en nombre, proportionnellement aux exigences des établissements d'instruction; elle croît, d'une manière constante, des
1. Nous avons laissé de côté les cliiCfres de ^Yilly entachés vi'aisemblablement d'exagération.
M.YOriE, llVl'EROPIE, ASTICMIE. 221
écoles de village, aux écoles élémentaires de la ville et de celles-ci aux écoles secondaires.
On voit également que les écoles primaires de Russie contiennent le plus de myopes; celles de Belgique, le moins. En ce qui concerne les écoles secondaires, l'Autriche occuperait le premier rang et l'Angleterre le dernier.
g 198. — Éperon a pris soin dans son tableau de grouper les nations d'après les races. Cette influence de la race est facile à vérifier dans un pays tel que la Suisse. C'est, sauf erreur, Dor qui a constaté scientifiquement la prédisposition plus prononcée des jeunes gens de race germanique à contracter la myopie. Colin, à ce propos, émettait le désir que de nouvelles recherches fussent dirigées dans ce sens. Pflùger (de Berne) a constaté, de nouveau, une différence considérable entre les sujets de race romande et ceux de race allemande*. « Celte question, dit Éperon, me semble définitivement tranchée par une statistique dans le sens d'une prédisposition plus considérable do la race germanique. La différence est presque double. »
Des recherches sur ce même sujet ont été effectuées dans d'autres pays et montrent que certaines races sont réellement plus prédisposées à la myopie.
Loring a trouvé que, dans les mêmes écoles de New-York, suivant la nationalité des élèves, la myopie se répartissait de la manière suivante :
Allemands. . 23,25 0/0
Américains 19,55 —
Irlandais 14 28 —
CoUard, à Utrech, a noté :
Allemands • . 40 » 0/0
Hollandais 27 » —
1. Cet auteur, en 1875, a trouvé 14,37 pour 100 de myopie chez les instituteurs de la Suisse française et 24,3 pour 100 cliez ceux de la Suisse allemande.
MYOPIK, HYPEROPIE, ASTIGMIE.
Ainsi, d'après ces diverses statistiques, les races germaniques seraient plus aptes à contracter la myopie que la race romande, la race anglo-saxonne et les Hollandais proprement dits.
Reich, à Tiflis, a trouvé :
Russes. Arméniens. Géorgiens.
Gymnase classique. ... îO 0/0 7,8 0/0 -45 0/0
Gymnase de filles 30 — 24 — 21 —
École de la Ville 2 — 14 — 14 —
École Normale 8— 25 — 10
Soil, en somme, plus de myopes chez Arméniens et les Géorgiens que chez les Russes.
§ 199. — En ee qui concerne la race juive, voici les résultats qui ont été notés.
Nicali a trouvé dans les écoles de Marseille une proportion beaucoup plus grande de myopes chez les enfants Israélites, dans les mêmes limites d âge et dans les mêmes conditions d'instruction, que chez les autres élèves des écoles primaires. La différence est de 15 — 8 = 7, pour les garçons et de 10 — 7 = 3 pour les filles.
Stéphenson a examiné 1 149 élèves des écoles centrales de Londres où les chrétiens et les juifs font les mêmes études et dans des conditions extérieures identiques. Il a trouvé que 10,6 pour 100 du nombre total des juifs étaient myopes, tandis qu'il n'y en avait que 1,9 pour 100 parmi les autres.
§ 200. — L'influence apportée par la race explique parfaitement la répartition géographique de la myopie en France. Cette répartition est tout à fait inégale, comme on peut s'en convaincre en comparant les chiffres, fournis d'abord par Dévot, puis par Nimier, indiquant pour les quatre grandes races qui peuplent la France le nombre des myopes exemptés sur 100 000 conscrits.
MYOPIE, IIVPEROPIE, ASTIGMIE.
Départements : Dévot. Nimier.
Armorico-Bretons du nord-ouesl 151 427
Celtiques du centre 109 45i
Belges iVoi mands du nord-est 591 614
Aquitains Ligures du midi. ....... 517 661
Ces chiffres indiquent, d'une manière générale, que les descendants des anciens Celtes présentent moins de myopes que les descendants des anciens Belges et Normands et surtout que ceux des anciens Aquitains et Ligures.
§ 201 . — Les filles deviennent-elle plus facilement myopes que les garçons? En pratique, ainsi que le fait remarquer Pflùger, la comparaison est difficile à établir, car il est rare que les programmes soient les mêmes pour les deux sexes. Dans les quelques cas où il a été possible de rencontrer des conditions à peu prés semblables, la myopie s'est montrée plus fréquente chez les filles, ainsi que le témoignent les chiffres suivants :
Garçons. Filles.
Manz 6,2 0/0 7,2 0/0
Hoffmann • . . 12,0 — 26,6 —
Florschiitz 12,0 — 14,0 —
Netoluzka 7,0 — 10,5 ■
Willy 42,1 — 60,0 —
Eperon 5,4 — 6,5 —
■ Widmarck (Stockholm), d'après des recherches pratiquées dans divers établissements des deux sexes (742 demoiselles âgées de 7 à 20 ans et 704 garçons du même âge) n'est pas arrivé à rencontrer du côté des filles uu plus grand nombre de myopies ; mais il a observé des particularités bien dignes d'attention.
Alors que la myopie commence chez les garçons à 8 ans (7 pour 100), elle n'apparaît chez les filles qu'à 10 ans pour présenter d'emblée la même proportion que les garçons (10 pour 100). De 12 à 15 ans (compris), époque où appa-
MYOPIE, IIYPEROPIE, ASTIGMIE.
raît la menstruation, les filles seraient plus atteintes. A partir de 16 ans, la suprématie du nombre reviendrait de nouveau aux garçons.
§ 202. — ^ Après avoir étudié la fréquence des amétropies, examinons celle de leurs degrés.
L'hyperopie légère est plus fréquente que la myopie faible; l'hyperopie élevée, au conti-aire, serait plus rare que la myopie forte. Déjà la myopie de 2 dioptries se rencontre beaucoup plus souvent que l'hyperopie d'un chiffre égal.
Les degrés les plus élevés observés dans l'hyperopie atteignent 15 dioptries. Dans la myopie, on a noté les chiffres de 25, 28 dioptries et au delà.
Voici la proportion des divers degrés d'hyperopie manifeste d'après les statistiques de Dor et de Nordenson.
UoR. >"onDESSON.
1 Dioptrie 65,3 0/0 84,1 0/0
Dans la statistique de Nordenson, 84,1 pour 100 des hy peropes n'arrivent pas à 2 dioptries. C'est à peu près la même proportion qu'a trouvée Schiôtz (81 pour 100). Dor n'obtient que 65,3 pour 100, parce qu'il a rangé à part les cas d'astigmie hyperopique.
§ 203. — Pour montrer la fréquence des divers degrés de myopie, nous ne produirons que deux statistiques : celle de Dor (452 yeux de lycéens) et la nôtre (2 000 yeux de sujets de notre consultation).
AIYOI'II':, IIÏPEROI'II'], ASÏFGMIE. t2'25
Tableau X.
Don.
G. Maiitin
Don.
G. Martin
1 Dioplr.
Dioplr.