‹ Myopie, hyperopie, astigmatismeChapitre 8 sur 45 · DIFFÉRENTS TYPES D'YEUX · texte numérisé non relu

DIFFÉRENTS TYPES D'YEUX

Classification des yeux suivant leur puissance de réfraction : emmétropes, myopes, hyperopes. — Asymétrie de réfraction ou astigmatisme ou mieux astigmie. — Causes anatomiques des amétropies ; leurs degrés. — Leur influence sur la vue.

§ 19. — On distingue trois variétés d'yeux : les emmétropes, les myopes et les hyperopes; l'astigmatisme est une manière d'être spéciale que peut revêtir chaque variété.

L'œil emmétrope représente le type normal. Dans cet œil, l'image d'un objet situé à l'infini se fait sur la rétine (fig .9) . La

FiG. 9. — Les trois types d'yeux : H, œil hyperope; E, œil emmétrope; M, œil

myope.

longueur de l'organe et sa puissance de réfraction sont dans le rapport le plus parfait ; c'est l'harmonie dans la forme et dans la force.

On l'appelle emmétrope parce que, réunissant juste sur la rétine le foyer des rayons parallèles, il est dans la bonne mesure (éfXfAETGoç, ayant la mesure exacte, œil).

MYOPIE, HYPEROPIE, ASTIGMIE.

Tous les yeux anormaux sont dits amétropes et leur état est qualifié d'amétropie.

Dans l'œil myope, les rayons parallèles forment leur image en avant de la rétine ; leur prolongement va dessiner sur cette membrane une image diffuse rappelant vaguement la forme de l'objet.

Dans l'œil hyperope, ces mêmes rayons ne peuvent se rencontrer ni en avant ni au niveau de la rétine. Si le fond de l'œil était transparent comme sa partie antérieure, ces rayons convergeraient en arrière de l'organe. Interceptés au niveau de la rétine, ils y peignent, comme chez le myope, une tache circulaire dilfuse.

Un œil est myope parce qu'il a un diamètre antéro-postérieur trop long. Parfois cette dimension est convenable, mais l'appareil réfringent est trop énergique. Dans les deux cas, l'effet est le même. L'entre-croisement des rayons parallèles s'effectue en avant de la rétine : la longueur axile est absolument trop longue dans le premier cas, relativement dans le second.

Pour rappeler cet état, on a proposé le mot de brachymétrope (epoc/ùç, court, [j.£tgov mesure, orh, œW). Ce mot n'a pas fait fortune, celui de myope est resté. 11 tire son origine de ce fait d'observation que le sujet, pour mieux voir, rapproche les paupières (au£tv, cligner).

Le plus généralement, l'œil hyperope est un organe qui possède un axe antéro-postérieur trop court. Le point où se rencontrent les rayons parallèles est trop éloigné, il se trouve au delà de la mesure, d'où le mot hypermétrope (ù-sp. au delà, [/.kpov, Sri) et celui plus abrégé d'iiyperope. Cet œil était naguère appelé presbyte. Nous le verrons, la presbytie est tout autre chose et ne doit jamais être opposée à la myopie.

11 est tout à fait exceptionnel qu'une force réfractive audessous de la normale soit la cause de l'Iiyperopie. Quand il en est ainsi, l'organe est relativement trop court; il l'est absolument si l'axe présente une mesure trop brève. Nous n'aurons à nous occuper que de l'hyperopie axile

MYOPIE. IIYPEROPIE, ASTIGMIE.

11 n'en sera pas de même dans la myopie ; l'allongement axile est très souvent accompagné d'un excès de réfraction du cristallin (fig. 10) qui joue un grand rôle dans son his-

FiG. 10. — Myopie par excès de réfraction de la part du cristallin.

toire. Dès lors, nous aurons à parler de la myopie axile et de la myopie cristallinienne qui parfois existe à l'état isolé. Le mot myopie, sans qualificatif, se rapportera toujours à la véritable myopie, à celle que Boerhaave définissait ainsi : Niniia longitudo ocnli niyopiam facit.

g. 20. — L'œil astigmate est celui dont tous les méridiens n'offrent pas la même réfraction. Le méridien horizontal, par exemple, sera emmétrope, le vertical myope ou hyperope; d'autres cas peuvent se présenter.

Dans l'astigmatisme, la différence de réfraction est minime dans deux méridiens rapprochés; elle augmente graduellement à mesure que ceux-ci sont plus éloignés ; elle atteint son maximum lorsqu'ils sont perpendiculaires entre eux. Les deux méridiens qui présentent la plus grande différence de réfraction sont désignés sous le nom de méridiens principaux.

Tous les méridiens d'un œil peuvent présenter la réfraclion maxima ; c'est ordinairement le méridien vertical ou un voisin.

La direction d'un astigmatisme est donnée par celle du méridien le plus réfringent.

Le siège de l'astigmatisme est tantôt dans la cornée, tantôt dans le cristallin. D'où deux variétés d'astigmatisme, le cornéen, le cristallinien. Le plus fréquent est le cornéen; parfois les deux peuvent coexister dans un même œil.

MYOPIE, IIYI'EROPIE, ASTIGMIE.

Quand nous voulons faire comprendre à des personnes peu familiarisées avec l'optique ce qui constitue l'astigmatisme, nous prenons pour exemple une poire en caoutchouc dont la partie voisine de la queue représente la réline, celle opposée l'appareil réfringent. Si l'on rapproche l'une de l'autre les deux faces opposées (inférieure et supérieure), on observe, du côté de l'appareil réfringent, une accentuation dans la courbure du méridien vertical, tandis que la courbure du méridien perpendiculaire (horizontal) devient moindre.

Ce changement de forme influence la marche des rayons lumineux émis par un foyer éloigné; tous ne se rencontrent pas au même endroit. Si les rayons correspondant au méri-

FiG. 11. — Poire en caoutchouc pressée pour faire comprendre la déformation subie par la cornée dans l'astigmatisme.

dien horizontal moins courbe s'entre-croisent directement sur la rétine, ceux qui passent par la courbure maxima forment leur foyer en avant. Il ne peut en être autrement ; le plus fort pouvoir de réfraction appartenant à la surface la plus courbe.

La comparaison de l'œil astigmate à une poire en caoutchouc aplatie n'est pas absolument théorique, elle est l'expression de ce que l'on constate chez un certain nombre de sujets assez fortement astigmates. L'exagération de courbure d'un méridien correspond à un aplatissement de l'organe au niveau de l'équateur

Ainsi donc, tandis qu'un faisceau de lumière, traversant

1. L'équateur est le grand cercle de la sphère oculaire qui est pet^ pendiculaire à l'axe.

MYOPIE, HYPEROPIE, ASTIGMIE.

un appareil de même réfringence dans toutes les directions, donnera lieu à la formation d'un point sur la rétine de l'emmétrope et à celle d'un cercle diffus sur la rétine d'un hypérope et d'un myope, il en sera tout autrement chez l'astigmate. Par suite de la différence de réfraction des méridiens, les rayons ne se rencontreront en aucun endroit sous la forme d'un point, d'où le nom d'astigmatisme (à privatif, (7T'.Y[ji.a, point).

Ils engendreront d'abord, si c'est le méridien vertical qui est le plus courbe, une ligne droite horizontale, puis une ellipse à grand axe dirigé dans le même sens, ensuite un

FiG. 12. — Marche d&s rayons lumineux dans un œil astigmate. La courbe H, à trait plein, représente le méri'dien horizontal d'une cornée; la courbe V, à trait pointillé, le méridien vertical. L'écran rétinien, placé successivement en 1, 2, 5, i, 5, serait impressionné par la série des images suivantes : h, ligne horizontale; eh, ellipse; c, cercle; ev, ellipse; v, ligne verticale.

petit cercle, un peu plus loin une ellipse à grand axe vertical, enfin une ligne verticale. Si c'est le méridien horizontal qui présente le maximum de réfringence, la succession de ces diverses figures se présentera dans un ordre inverse : la ligne verticale, au lieu d'être la figure la plus éloignée de l'appareil réfringent, en sera la plus rapprochée. Selon le degré d'éloignement du fond de l'œil par rapport à l'appareil réfringent, ce sera l'une ou l'autre de ces formes qui impressionnera la réline de l'astigmate.

MYOPIK, IIYPEHOPIE, ASTIGMIE.

g 21. — A notre avis, le mot astigniie doit pour plusieurs motifs remplacer celui d'astigmatisme. A proprement parler, ffTLYjxa, aroç, ne veut pas dire point, mais piqûre. Le véritable mot est (TTt'Yfxr,, -riç, qui appelle à lui la terminaison ie, terminaison que l'on retrouve, par exemple, dans aboulie (a, Poul-q, absence de volonté) ou dans aphonie (à, oojvv], sans voix). D'un aulre côté, des expressions déjà existantes et relatives à l'amétropie en question dérivent de (ST(y^L■f^ et non de (7Tc'Yp.7.. En effet, les instruments destinés à découvrir cette amétropie et à la mesurer portent le nom d' astigtnomélres ; les contractions musculaires susceptibles de les engendrer sont dites astigmogènes. De plus, astigmie présente la même terminaison que les deux autres amétropies. Enfin, ce qui est fort précieux dans le langage scientifique, c'est un mot plus court. L'innovation que nous proposons en entraîne forcément une autre. Le mot astigmate qui dérive du génitif d'a(7T(fyp.a doit céder sa place au mot asligme. De même qu'on dit un sujet aphone, on dira un sujet astigme, et, plus simplement, un astigme.

§ 22. — Les yeux emmétropes de même force réfringente offrent la même longueur axile; ceux de force différente, des longueurs diverses. Le diamètre le plus ordinaire, nous l'avons déjà dit, mesure 24 millimétrés.

Les yeux amétropes présentent de très grandes variations. Il y a donc des yeux plus ou moins myopes, des yeux plus ou moins hyperopes. Tous les yeux amétropes de même longueur ne sont pas amétropes au même degré si leur force réfringente diffère.

Chez les myopes, l'axe antéro-postérieur peut atteindre 28, 30 millimètres et même plus; chez l'hyperope, il est rare que cet axe ait moins de 22 millimètres. L'œil myope est donc susceptible de variations axiles plus grandes que l'hyperope.

Le degré d'une amétropie s'exprime par la force du verre sphérique nécessaire pour amener sur la réline le foyer des rayons parallèles. La myopie sera d'une dioptrie si le concave

MYOPIE, llYPEROPIE, ASTIGMIE.

correcteur porte ce chiffre; l'hyperopie aura 2 dioptries si la correction est obtenue à l'aide d'un convexe de ce numéro.

Dans la myopie, les plus hauts degrés atteignent 25, 50 dioptries et même plus; dans l'hyperopie, 13 à 15 dioptries.

§ 23. — Comme la différence de réfraction entre les deux méridiens principaux n'est pas toujours la même, l'astigmie présente, elle aussi, des degrés divers mesurés par la force du cylindre qui rend la réfraction égale dans tous méridiens.

L'astigmie de la cornée atteint des chiffres plus élevés que celle du cristallin. Alors qu'une asiigmie lenticulaire d'environ 2 dioptries doit être considérée comme un maximum, l'astigmie cornéenne peut atteindre et dépasser o dioptries. Des chiffres plus forts doivent être généralement considérés comme le résultat d'une opération, d'un accident ou d'une ulcération de la cornée.

g 24. Ainsi qu'on l'a vu, les méridiens principaux peuvent revêtir diverses réfractions :

1° L'un peut être emmétrope, l'autre myope ou hyperope : dans ces cas, on a une asiigmie myopiqne simple ou une astigmie hypero})iqiie simple;

2" Les deux possèdent le môme type de réfraction (myopie ou hyperopie), mais à des degrés inégaux : on est alors en présence d'une astigmie myopicjue composée ou d'une asiigmie hyperopique composée ;

3" Enfin, un des méridiens est myope et l'autre hyperope : l'astigmie est alors qualifiée de mixte.

L'astigmie que nous avons définie est la régulière : la réfraction diffère selon les méridiens d'une quantité régulièrement croissante. Dans l'astigmie irrégulière, la réfraction ne présente plus aucune uniformité, elle varie dans les différentes parties d'un même méridien et peut offrir des particularités qui échappent à toute analyse. Pour

MYOPIE. IIYPEROPIE, ASTIGMIE.

ce motif, nous ne nous occuperons pas de cette dernière variété.

Le terme asymétrie est parfois employé comme synonyme d'astigmie.

§ 25. — On a l'habitude de désigner en bloc les trois amétropies par les mots : anomalies de réfraction. C'est là une expression fautive; l'exception ne peut servir à qualifier le fait le plus fréquent. Or, nous venons de l'établir, le plus ordinairement la myopie et l'hyperopie ne relèvent pas d'une erreur de réfraction, mais d'un excès ou d'une brièveté dans la longueur axile. Seule l'astigmie est toujours un défaut de réfraction; dans aucun cas, on ne saurait lui reconnaître une fausse mesure dans la longueur de l'œil. Donc, à proprement parler, l'expression en question ne devrait s'appliquer qu'à l'astigmie et à un certain nombre de cas de myopie et d'hyperopie. Mais l'habitude est prise, l'expression restera, englobant les trois amétropies. Javal, pour faire sentir combien la chose est illogique, s'exprime ainsi : « Reportons-nous à la comparaison classique de l'œil avec une chambre noire de photographe. Si cet instrument est trop long ou trop court, c'est à l'ébéniste que nous nous adressons pour la faire mettre en bon état. Il n'en sera plus de même, si, malgré la mise au point la plus soigneuse, nous ne pouvons pas obtenir d'images nettes sur le verre dépoli ; c'est alors à l'opticien que nous avons recours. »

La comparaison est parfaite ; il est évident que, dans le cas d'un œil trop long ou trop court, on ne donnera à personne le conseil d'aller trouver un chirurgien pour qu'il coupe ce qu'il y a de trop ou ajoute ce qui manque. L'intéressé devra conserver pour la vie le défaut que présente l'axe de son œil. Mais il n'en sera pas de même s'il est atteint d'un véritable vice de réfraction : ce dernier, en effet, comme nous le verrons, peut être traité avec avantage.

§ 26. — La position qu'occupe, dans les divers types d'yeux, l'image rétinienne formée par des rayons parallèles

MYOPIE, IIYPEROPIE, ASTIGMIE.

rend parfaitement compte des différences que présente leur vision lointaine.

L'œil emmétrope peut seul jouir d'une bonne vision éloignée, car, pour bien voir, il faut posséder des images bien formées en contact avec la rétine. Chez le myope et l'hypérope, l'image d'un objet lointain n'est jamais au point : elle est diffuse, floue pour nous servir d'une expression bien connue; dès lors le cerveau ne peut être impressionné par elle que d'une façon défectueuse. Le trouble visuel croît avec le degré de l'amétropie, par ce fait que V imperfection de l'image est proportionnelle à son éloignement de la réline.

§ 27. — La synonymie de « vue longue » et d'hyperopie ne s'explique pas. L'hyperope a beau voir plus loin que le myope, ce n'est pas une raison pour lui reconnaître une qualité visuelle dont il n'est pas d'ordinaire pourvu. 11 n'y a que l'emmétrope qui jouisse d'une vue longue, perçante, capable de distinguer les plus fins détails à une très grande distance.

Chez l'astigme, l'image est également diffuse, même dans les cas où un des méridiens principaux est emmétrope. La vision lointaine, comme du reste la rapprochée, laisse donc toujours à désirer. Le trouble est léger si la différence de réfraction entre les deux méridiens principaux est minime ; prononcée, si elle est grande. Il est évident que s'il existe en même temps de l'hyperopie ou de la myopie, ces anomalies viennent associer leurs effets à ceux de l'astigmie.

§ 28. — Pour se rendre compte pourquoi les myopes possèdent une bonne vision de près, rappelons-nous une des particularités de l'expérience de physique destinée à montrer la marche de la lumière à travers une lentille convergente.

Nous avons vu qu'un objet placé à une dizaine de mètres d'une lentille de cette variété fait son image au foyer de celte dernière; mais, lorsque cet objet se rapproche de la lentille, il ne saurait peindre son image au même endroit

MYOPIE, IIYPEROPIE, ASTIGMIE.

(fig. 13). Un écran révélera sa présence au delà du foyer, en un point d'autanl plus éloigné que l'objet est plus rapproché. Ce même fait a lieu chez le myope. A mesure que l'objet

Fig. 13. — Les rayons divergents du point 0, après avoir traversé la lentille biconvexe, vont faire leur image, non au foyer F, mais au delà, en F'.

se rapproche d'un œil trop long, l'image s'éloigne du foyer de l'appareil réfringent ; l'écran rétinien placé au delà est donc capable à un moment donné de la recevoir. Dès lors une vision nette devient possible.

L'éloignement de l'image, venons-nous de voir, est d'autant plus grand que l'objet se trouve plus près de la lentille ; inversement, un éloignement plus prononcé de l'écran nécessite, si l'on veut y recueillir une image nette, un plus grand rapprochement de l'objet. Ce môme fait s'observe dans l'œil myope dont l'écran rétinien se trouve très éloigné (cas d'une très forte myopie axile) ; il faut alors, pour voir l'objet nettement, qu'il soit très voisin. Si l'écran rétinien est peu distant (cas de myopie axile légère), l'objet n'a pas besoin d'être aussi rapproché.

L'emplacement du point le plus éloigné [punctiim remolimi) où le myope voit encore très distinctement est donc variable suivant les cas, mais toujours le même pour un même degré de myopie La position de ce punctum est tellement constante pour chaque allongement axile qu'on utilise ce fait, comme nous le verrons, pour en déduire le degré de l'anomalie.

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