CHAPITRE H
DIAGNOSTIC DES AMÉTROPIES
Hypcropie; astigmie; amblyopie simulant myopie. — L'aspect extérieur Va rien de caractéristique. — L'épreuve des verres renseigne exactement. — Diagnostic de l'asligmie à l'aide du tableau éventail. — Procédé du punclum remolum. — Méridiens de l'œil. — Astigmie verticale, horizontale, oblique. — Astigmie ^uljjective, objective. — Opbtalmomètre. — Oplilalmoscope.
g 29. — Il ne faut pas compter sur les particularités visuelles propres à chaque amétropie pour les distinguer les unes des autres, ni même pour les dilTérencier d'avec l'emmétropie.
Au premier abord, on croirait que la myopie, par exemple, avec la netteté de sa vision voisine et le trouble de la vision distante, est suffisamment caractérisée ; ce n'est pas toujours vrai. Un œil myope à vue faible — il ne faut pas confondi^e une vue faible avec une vue courte — ne veira que fort imparfaitement de prés, et sera pris pour im organe astigme ou liypei^ope.
Inversement des hyperopes ou des astigmes d'un fort degré peuvent ressembler à des myopes à vue faible : comme ces derniers, ils ne voient de loin que confusément, et, pour lire, ils mettent le nez pour ainsi dire au contact du livre. Chaque jour, on rencontre des sujets qui par leur manière d'être se comportent exactement comme des myopes et qui en réalité ne le sont pas.
ÔO
MYOPIE, IIYPEROPIE, ASTIGMIE.
11 y a quelques mois, un négociant bordelais nous conduisait son jeune fils, âgé de 8 ans, pour que nous déterminions les verres de myopes utiles à sa vue, Le père, la mère, les deux frères avaient d'excellents yeux. On croyait l'enfant myope parce qu'il ne voyait pas Ijien les objets distants et que dans son travail il rapprochait beaucoup. Un coup d'œil jeté sur les yeux et le haut de la face, nous porta à émettre quelques doutes sur la réalité de la myopie, doutes qui allèrent en s'accentuant quand le père nous eut dit : « Ce qu'il y a de bizarre dans la vue de cet enfant, c'est qu'elle est sensiblement améliorée par les lunettes de sa grand'mère qui est presbyte, o
L'examen ne tarda pas à transformer la probabilité en certitude : le moindre verre concave troublait la vision qui, au contraire, fut très heureusement influencée par un verre convexe. La correction fut obtenue avec le -h 6 dioptries. Nous étions donc en présence d"un hyperope dont la vision était mauvaise et qui trouvait dans le rapprochement le moyen de mieux voir de près. Dans ces conditions, l'image rétinienne est plus grande et il en résulte qu'elle est mieux vue, bien qu'elle soit distante de la rétine et partant plus diffuse.
Voici un autre fait non moins curieux. Un receveur général, myope ainsi que sa dame, nous conduisait, en 1885, sa Jeune fille âgée d'une dizaine d'années. Elle avait la vue courte, et, depuis un mois, elle portait des verres concaves d'un numéro assez fort déterminé par l'opticien. Ces verres amélioraient la vision, mais fatiguaient l'enfant. On nous consultait pour savoir si le numéro n'était pas trop fort. L'examen ne tarda pas à nous révéler 4 dioptries d'asligmie des deux yeux qui n'étaient nullement myopes. Nous ordonnâmes les cylindres correcteurs qui. tout en procurant une vision bien meilleure que les verres concaves, n'engendrèrent aucune fatigue. Ils furent portés depuis lors sans interruption, à la grande satisfaction des parents, qui constatèrent bientôt une sensible augmentation de la force visuelle.
Les amblyopes peuvent être pris pour des myopes. Qu'en-
MYOPIE, HYPEROPIE, ASTIGMIE.
tend-on par amblyope? Tout simplement un sujet qui a la vue faible comme l'indique l'étymologie ((x;i.6Xùç, émoussé, obtus, et wi];, œil) ; le mot amblyopie est donc synonyme de vue faible.
Une amblyopie, pour revêtir les allures d'une myopie, doit être assez prononcée. Alors le sujet voit de loin confusément et ne peut distinguer les petits objets voisins que par le rapprochement, se procurant ainsi, comme l'hyperope de tout à l'heure, une plus grande image rétinienne.
g 50. — L'aspect extérieur des amétropes ne renseigne pas non plus sûrement sur la nature de l'amélropie.
On dit que les myopes ont les yeux gros et saillants et qu'ils clignent. C'est parfaitement vrai pour certains, mais ces caractères sont loin de se présenter chez tous; d'autre part, il y a des sujets qui ont les yeux volumineux, hors de tête, ou qui clignent sans être myopes.
Dans riiyperopie, le globe oculaire est relativement petit, aplati en avant, souvent peu enfoncé; les deux yeux sont écartés l'un de l'autre, les rebords orbitaires plats, la face sans relief prononcé, la partie supérieure du nez si peu accentuée qu'elle fournit difficilement un support aux lunettes. Tout cela est assez typique, mais il faut se rappeler qu'on ne le rencontre que chez les hyperopes d'un fort degré.
La plupart des astigmes n'offrent rien dans leur manière d'être qui frappe l'attention, de sorte que ni les personnes qui les entourent ni eux-mêmes ne se doutent de la présence d'un vice de réfraction. Ainsi que Javal le fait remarquer : « On peut avoir lu d'excellents mémoires sur l'astigmatisme sans penser qu'on est astigmate : plus d'un sujet s'est montré à l'examen plus astigmate que le malade qu'il conduisait, sous prétexte d'astigmatisme et qui présentait tout autre chose qu'un vice de réfraction. »
Néanmoins, certains offrent des phénomènes bien caractéristiques sur lesquels nous nous étendrons plus tard. C'est, par exemple, l'impossibilité de pouvoir distinguer nettement et en même temps des lignes verticales et des lignes hori-
MYOPIE, IIYPEROPIE, ASTIGMIE.
zonlales; si les unes sont noires et nettes, les autres seront troubles. Ce sont des erreurs commises dans l'appellation de quelques lettres : 0 souvent pris pour un G ou pour un 8, la lettre Y pour un T, etc. 11 en résulte que, parmi les lettres de même grandeur, l'astigme distingue facilement les unes et ne parvient pas à reconnaître les autres ; il peut même lire des lettres beaucoup plus petites si elles ne donnent lieu à des déformations trop importantes. D'autres fois, c'est l'Iiabitude de pencher la tète dans des directions déterminées, d'incliner le livre de manière à lire les lignes de haut en bas. Ces phénomènes divers sont intéressants à connaître; ils permettent parfois de porter à coup sûr le diagnostic d'astigmie.
§ 31. — D'une manière générale, l'épreuve des verres est tout à fait indispensable pour différencier entre elles les diverses vues.
Pour déclarer un sujet myope, il faut que sa vue soit immédiatement et extrêmement améliorée dans son application aux objets distants par l'interposition de verres concaves de foyer plus ou moins court.
Do même, on ne peut qualifier d'hyperope que celui dont la vision ne se trouvera pas troublée d'une façon non douteuse par l'interposition d'un verre convexe.
Le verre cylindrique qui produit des effets analogues prouvera l'existence de l'astigmie.
L'action de chacun de ces verres est très facile à comprendre.
L'œil myope est un œil pourvu d'un pouvoir réfringent trop grand. L'interposition d'un verre concave approprié a pour effet de combattre l'excès de réfraction et de faire que l'image des objets qui se trouve en deçà de la rétine soit reportée sur la rétine même. Le système optique de cet œil est trop convergent, le verre donne aux rayons la divergence voulue.
Le verre convexe agit en sens contraire : il vient fournir de la réfraction à un œil qui n'en possède pas assez. Son
' MYOPIE, IIYPEROPIE, ASTIGMIE. 33
action convorgenle rend possible la rencontre des i-ayons lumineux sur la rétine.
La correction de l'astigmie par le verre cylindrique n'est
FiG. U. — Correclion d'un œil myope par un verre concave. Les rayons parallèles vont l'aire leur loyer sur la rétine r, comme si l'objet se Irouvail en F, foyer virtuel du verre.
pas plus difficile à saisir. L'œil astigme, avons-nous vu (§ 20), est un organe qui présente plus de réfraction dans un sens (vertical par exemple) que dans le sens perpendiculaire. 11 est évident que le verre cylindrique concave qui
FiG. 15. — Correction de l'iiyperopic à l'aide d'un verre convexe. Les rayons parallMos, au lieu d'aller se réunir au delà de la rétine, forment leur foyer sur cette membrane, exactement comme s'ils élaienl pourvus d'un certain degré de convergence.
représente la différence existant entre les méridiens, corrigera le défaut visuel ù son axe se trouve dans la direction du méridien le moins réfringent, s'il est horizontal dans le cas supposé. En effet, du côté de ce méridien, rien ne sera changé, mais, du côté du méridien perpendiculaire trop l'éfringent, le cylindre va agir de la même manière qu'un sphérique concave vis-à-vis d'un œil myope; par sa diveigence, il va annihiler la trop grande convergence propre à
MYOl'Il'l, IIYPEIIOI'II':. ASTIGMIE.
ce méridien. Dès lors, tous les méridiens présenteront la même réfraction, la rétine sera impressionnée par une image horaocentrique et la vision sera distincte.
11 va sans dire qu'on arrive à corriger une asymétrie à l'aide de cylindres convexes, mais alors il faut diriger ïaxe
FiG. 16. - Ce schéma représente la correction d'un œil astigme par une lentille cylindrique: V, courbe verticale de la cornée; H, courbe horizontale : R, rétine; n, coupe de cette lentille selon son axe; p, coupe de cette lentille pèrpendiculàiroinenl à cet axe. Les rayons paï allèles rli, passant par la courbe horizontale, vont faire leur foyer sur la rétine; les rayons rv, passant par la courbe verticale, plus réfringente par suite d'une courbure plus accentuée, se réunissent en avant de la rétine. La lentille cylindrique, mise devant cet œil (axe horizontal), n'a aucun effet sur les rayons horizontaux r'h', car ceux-ci la traversent selon l'axe; les rayons verticaux r'V, par suite de leur passage à travers un milieu limité par des surfaces concaves, acquièrent de la divergence et vont former leur foyer, comme les horizontaux, sur la rétine. La réfraction de cet œil astigme ost ainsi rendue symétrique.
(hi verre parallèlement au méridien le plus réfringent. Le cylindre fournit dans ce cas de la réfraction aux méridiens qui en sont le moins pourvus.
Le cylindre concave est tout particulièrement indiqué dans les cas d'astigmie myopique; le convexe, dans les astigmies hyperopiques. Pour les astigmies mixtes, on peut indifféremment employer l'une ou l'autre espèce.
Pour faciliter la recherche des verres correcteurs, on fait regarder au sujet, à une distance de 5 mètres environ, des lettres de plus en plus petites et qui par leur ensemble constituent le tableau d'épreuve (§ 80).
Le degré réel d'une myopie est indiqué par le verre concave le plus faible qui procure la meilleure vision lointaine; c'est le contraire dans l'hyperopie : son degré est donné par la valeur du verre le plus fort qui conserve ou
MYOPIE. llYPEliOPlE. ASTICJIIE
améliore celte même vision. En ce qui concerne l'astigmie, sa force correspond au cylindre le plus fort qui égalise la réfraction des divers méridiens.
§ 52. — Le diagnostic de l'hyperopie est aussi simple que possible; le verre correcteur déterminé, le travail est lîni. La myopie comporte parfois une autre recherche; il est des cas. en effet, où il est intéressant de savoir si le raccouj-cissement de la vue est dû à un allongement axile ou à l'excès de réfringence du cristallin. On trouvera au chapitre de la myopie spasmodique les éléments de ce diagnostic différentiel.
Une foule de questions se présentent au sujet de l'astigmie et rendent son diagnostic très complexe et très difficile. En effet, pour reconnaître la présence et le degré d'une astigmie, on ne peut procéder, comme pour les deux autres amétropies, en présentant des cylindres positifs ou négatifs selon toutes les orientations jusqu'à ce qu'on ait trouvé l'inclinaison et le verre préférés. Une telle manière de faire serait longue, fatigante et très peu sûre.
Lorsqu'on veut savoir si un sujet présente de l'astigmie et selon quelle direction, on le met en face d'un cadran horaire (fig. 17) placé à 5 mètres. On pose alors la question suivante : « toutes les lignes de cette figure sont-elles également noires? » Une réponse négative révèle l'existence de l'astigmie, et l'orientation de la ligne la plus noire indique la direction d'un des méridiens principaux. On yteut également se servir du tableau éventail (fig. 18) que l'on place également à 5 mètres. Ici la question est autre. On demande à l'examiné : « tous les groupes sont-ils vus d'une façon égale ou l'un d'eux est-il plus net, plus distinct du côté de sa petite extrémité? » S'il n'existe réellement aucune différence dans la façon dont chaque groupe est vu, on conclura à l'absence de l'astigmie; si, au contraire, les trois lignes sont vues bien séparées sur une plus grande étendue dans un groupe — le groupe U par exemple — que dans tous les
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autres, l'astigmie est démontrée ainsi que la direction verticale d'un des méridiens principaux.
Le tableau éventail a toute notre préférence pour divers motifs et notamment parce qu'il nous permet de trancher un autre point de diagnostic. Il faut, en effet, savon-, avant d'aller plus loin, si le méridien correspondant au groupe le
FiG. 17. - Cadran horaire pour la détermination de l'asligmie. Les lignes noires, espacées de 15 degrés, correspondent aux i.eures et df mi- leures. La graduation commence au méridien vertical (midi) et marche dans le sens aes aiguilles. Réduction au 1/10.
mieux vu est emmétrope. On le saura si le moindre spliénque positif, interposé devant l'œil, trouble la netteté de ce groupe, et si aucun sphérique négatif n'est susceptible de le faire voir mieux ou dans une plus grande étendue. Le méridien correspondant à ce groupe sera déclaré hyperope ou myope si l'un de ces verres produit de l'amélioration.
Après avoir constaté que le méridien en question est amétrope, naturellement ou par l'interposition d'un sphérique, on s'occupe d'égaliser la réfraction des autres méridiens, c'est-à-dire de les rendre tous emmétropes. Dans ce but, on présente successivement à l'œil un cylindre concave, puis un convexe, l'un et l'autre d'un numéro faible, axes perpendiculaires à la direction du groupe le mieux vu.
MYOPIE, IIYPEROPIE, ASTIGMIE.
Un de ces cylindres donnera de la netteté aux groupes troubles, tandis que l'autre agira en sens contraire, indiquant par là que ce n'est pas lui qui procurera la correction. Si, par exemple, le verre préféré est le cylindre concave, cela montrera qu'on est en présence d'une astigmie myopique, on précisera le degré en cherchant le cylindre de
FiG. 18. — Notre tableau-éventail pour la détermination de l'astig-mie. L'axe de chaque groupe est distant de celui des groupes voisins de 15 degrés. Même graduation que pour le cadran horaire. Réduction au 1/10.
même signe qui fera voir de la façon la plus égale possible tous les groupes. Supposons qu'on ait trouvé l'œil emmétrope, l'astigmie dirigée verticalement, le cylindre correcteur de — 2 dioptries : alors, on sera en présence d'une astigmie verticale myopique simple de 2 dioptries.
On verra bientôt que le méridien vertical est désigné par 0° (zéro); on pourra donc inscrire abréviativement le diagnostic de la sorte :
Si cette astigmie s'était rencontrée chez un myope de 6 dioptries (astigmie myopique composée), le diagnostic serait indiqué de la manière suivante :
Qo 2 — 6 D.
MVOl'lE, IIVl'EKUl'lE, ASÏIGMIE.
g 55. — La méthode quo nous venons d'indiquer pour arriver au diagnostic précis de l'asligmie est une des meilleures. On peut procéder plus simplement, mais à la vérité moins sûrement, par la détermination du punctum remotum des deux méridiens principaux. Nous allons indiquer cette méthode que le lecteur pourra utiliser pour savoir s'il est astigme et à peu près à quel degré.
Nous avons dit que, chez le myope, le point le plus éloigné de la vision distincte occupe une position constante (§ 28). On arrive au diagnostic du degré de la myopie, en déterminant à quelle distance ce point se trouve de l'œil et en recherchant ensuite à quelle force dioptrique correspond la distance focale notée. Pour cela, il suffit de diviser 100 par le chiffre de cette distance. Si, par exemple, le punctum remotum est à 55 centimètres, la myopie sera de 100 : 35 = 5D.
On peut procéder de la même manière pour un œil myope atteint d'astigmie. Après avoir déterminé, ainsi qu'il vient d'être dit, le degré myopique du méridien le moins réfringent, on recherche de la même laçon le degré myopique du méridien le plus réfringent, et, retranchant le chiffre le plus faible du plus fort, on arrive ainsi au degré de l'astigmie.
Pour déterminer le punctum remotum des méridiens principaux, on n'a qu'à prendre le cadran horaire. Ce cadran, avec les dimensions de la figure 17, est tout à fait propre aux recherches en question. On n'a qu'à le tenir verticalement devant un des yeux (l'autre couvert) et assez éloigné pour qu'il paraisse trouble dans son ensemble. Si, en rapprochant le cadran, toutes les lignes deviennent distinctes en mémo temps, cela indique une réfraction égale dans tous les méridiens. Si, au contraire, certaines lignes seulement apparaissent fines et noires, il faudra conclure à la présence d'une astigmie; la direction de la ligne la plus noire indiquera l'orientation du méridien principal le moios myope. La distance extrême à laquelle ce méridien se montrera net l'évélera la distance du punctum remotum de ce méridien.
MYOPIE, UYPEROI'IE, ASTIGMIE.
Pour déterminer la position du puncluni remoium du méridien le plus myope, on rapproche le cadran jusqu'au moment où le méridien perpendiculaire est sur le point de se troubler.
Si le punctum remotum du méridien le plus myope est à 0,25 centimètres, celui du moins myope à 0,55, les myopies correspondantes seront de 100 : tiS = 4D et de 100 : 53 = 5D. L'astigmie, représentant la difl'érence, sera de ID.
Ce procédé n'est applicable qu'aux myopes ; mais rien n'est plus facile que de rendre myope pour un instant l'emmétrope et même l'hyperope. Il suffit de mettre devant l'œil un verre convexe : l'emmétrope, muni d'un sphérique convexe de 5D, devient myope de celte quantité.
Pour produire le même effet chez un hyperope de 2 D, on n'a qu'à donner un convexe de 5D : deux dioptries serviront à corriger le défaut préexistant; la force réfringente restant engendrera les 5 dioptries de myopie recherchées.
§ 54. — L'orientation d'une astigmie est indiquée par le degré d'angle que fait le méridien le plus réfringent par rap-
Fio. 19. — Graduations des méridiens de l'œil ; elle est la môme pour les deux
yeux.
port à un diamètre oculaire. La plupart des ophtalmologistes placent le 0" de la gi'aduation (fig. 19) à la partie supérieure du diamètre vertical et les degrés consécutifs, pour les deux
MYOPIIÎ, llYPERUPIi:, ASTKiMlE.
yeux, à sa droite; le 90" se trouve, dans l'œil droit, à l'extrémité externe du méridien horizontal, dans le gauche, à son extrémité interne, et le 180« sur le prolongement du méridien 0». Une astigmie de 45" sera donc dirigée obliquement de haut en bas et de droite à gauche; et une astigmie de 135", toujours de droite à gauche, mais de bas en haut.
On doit regretter que tous les praticiens n'aient pas adopté cette graduation. A vrai dire, elle n'est pas la plus logique. L'astigmie est souvent symétrique, c'est-à-dire que si, chez un sujet, le méridien le plus réfringent de l'œil droit se trouve dirigé de haut en bas et de droite à gauclie, celui de l'autre œil est incliné de haut en bas et de gauche à droite. U est tout naturel, nous en convenons, de choisir uite graduation symétrique dans laquelle, par exemple, le 45» est dirigé dans l'œil droit selon la direction indiquée, et dans l'œil gauche en sens inverse. Mais les vues théoriques ne doivent pas enchaîner la pratique. Avoir deux graduations, une pour chaque œil, obligerait à munir les divers instruments destinés à mesurer l'astigmie d'une double division, ce qui serait une cause perpétuelle d'erreurs.
Une entente est d'autant plus désirable que, en plus des manières de procéder dont il vient d'être question, il en existe plusieurs autres. Certains ophtalmologistes placent le 0\ non à partir du méridien vertical, mais à une des extrémités du méridien horizontal; les uns, toujours à la partie externe; les autres, en ce point pour un œil, en un point opposé pour le congénère; d'aucuns agissent autrement.
Gomme on le voit, les systèmes les plus divers ont cours et cela au grand détriment de la science et de la pratique. Que de prescriptions très mal exécutées uniquement par ce fait que l'opticien ne connaît pas la manière de formuler de tel oculiste! Que de travaux mal compris parce qu'on a oublié la notation adoptée par l'auteur ! Quand donc pourra-t-on, en disant astigmie 120", être compris immédiatement et voir rapporter l'asymétrie en question au méridien incliné, de bas en haut et do droite à gauche, à 30» de l'horizontale ?
MYOPIE, IIYPEROPIE, ASTIGMIE. il
§ 55. — Si, lorsqu'il s'agil d'étudier cliniquemeiil l'asliginie ou de formuler des cylindres corrcteurs, il est important de savoir juste à quel méridien de l'œil correspond la réfraction la plus élevée, dans les études générales, une telle précision n'est pas nécessaire. On distingue alors seulement trois catégories d'astigmies : « Les conformes à la régie » ainsi nommées, parce qu'elles sont les plus fréquentes; elles comprennent les cas correspondant à zéro et ceux s'étendant à 20" de chaque côté de la verticale ; « les contraires à la règle i) englobant les méridiens depuis 70" jusqu'à HO"; enfin u les obliques » qui réunissent tous les degrés non compris dans les deux premières catégories.
Da^is ces derniers temps, pour abréger le langage, on a proposé de remplacer les deux premières désignations ])ar les termes d'astigmie directe et d'astigmie inverse. iNous préférons de beaucoup le mot de verticale et celui d'horizontale. En effet, ces qualificatifs, en même temps qu'ils indi(|uent grosso modo la direction du méridien le plus réfringent, complètent la série commencée par le mot oblique, tandis que les expressions « directe » et « inverse » appellent à elles tout autre qualificatif.
§ 56. — Les procédés divers que nous venons d'indiquer ne révèlent que l'astigmie subjective, celle qui est diagnostiquée grâce aux réponses du sujet; ces procédés sont incapables de renseigner sur la provenance de l'astigmie, si elle est due à une asymétrie de la cornée ou du cristallin.
Un instrument appelé ophtalmomètre et dont le modèle le plus précis et le plus pratique a été inventé par Javal et Schiôtz permet de mesurer objectivement l'astigmie de la cornée, son orientation et son degré.
Il n'existe encore aucun instrument capable de donner la mesure de l'astigmie du cristallin. On induit l'absence ou la présence de cette astigmie et son degré en comparant le résultat de l'examen subjectif avec celui de l'examen objectif.
Quatre cas peuvent se présenter :
1" Les chiffres de l'astigmie subjective et ceux de l'astig-
MYOPIE, IIYPEROI'IE, ASTIGMIE.
raifi objective sont égaux; il n'y a pas alors d'asligrnie cristal linienne ;
2° L'astigmie subjective est supérieure à la cornéenne; il faut en induire qu'il existe une astigmie cristallinienne de même sens que la cornéenne et venant la renforcer ;
5° L'astigmie subjective est inférieure à l'autre ; dans ce cas, une astigmie cristallinienne se dirigeant en sens inverse cohabite avec la cornéenne qu'elle annihile en partie ;
4° L'ophtalmomètre montre la cornée symétrique, tandis que l'examen subjectif révèle de l'asymétrie ; le seul coupable alors est le cristallin.
On comprend sous le nom d'asligmie cristallinienne divers états : les asymétries proprement dites de la lentille et ses obliquités.
Tscherning a observé, sur un certain nombre de sujets, à l'aide d'un instrument analogue à l'ophtalmomètre, que, sauf de rares exceptions, l'axe du cristallin ne coïncide jamais avec la ligne visuelle. Le bord externe de la lentille -serait porté un peu en arrière, comme si la totalité de ce corps avait eu à subir une rotation d'environ o à 7 degrés autour de son diamètre vertical.
Cette obliquité du cristallin aurait pour effet de donner à l'œil un faible degré (de 0,25 à 0,75 D.) d'astigmie horizontale.
Nous n'entrerons pas dans la description de l'ophtalmomètre, nous fournirons seulement quelques données expliquant de quelle manière on arrive facilement au diagnostic de l'astigmie.
a. Lorsqu'on approche d'un œil deux rectangles, on voit se peindre dans cet œil deux images réfléchies par la cornée ; ces images, vues au travers d'un prisme bi-réfrmgent, seront au nombre de quatre (fig. 20).
b. Rapproche-t-on les deux rectangles de telle sorte que les deux images centrales soient mises en contact, ce contact sera conservé dans le cas de parfaite symétrie, quel que soit le méridien chargé de réfléchir les images.
c. Si, au contraire, cette membrane est asymétrique, si
MYOPIE, JIYPEROPIE, ASTIGMIE.
•son méridien vei'tical, par exemple, est plus convexe que iriiorizontal, les images en contact parfait lorsque les rec-
FFiG. 20. — Images cornéennes dues à la iirojection des rectangles de l'oplilalmomètre Javal-Scliiôtz. Dans la posilion initiale de l'examen, les deux images centrales sont au contact.
ttangles sont disposés horizontalement l'un à côté de l'autre, ■se superposeront plus ou moins quand la base des recttangles'sera placée selon la verticale (fig. 21).
Le degré de superposition indique la différence de réfrac-
l Fig. 21. — Lorsque les deux rectangles sont jilacL's Si angle droit de leur posilion initiale, les deux images centrales se superposent d'un nombre de marches l'gal au degré de l'astigmie. La présente figure indique une asligmie cornéenne do 2 dioptries.
I lion des deux méridiens. Pour mesurer rapidement cette difi férence, Javal et Schïotz ont eu l'idée de découper un des r rectangles en forme d'escalier muni de gradins égaux. Un .gradin correspond à une dioptrie. Si l'on constate un empié- ■ tement de deux marches, comme cela est supposé dans la figure 21, on doit en conclure que le méridien vertical de l ia cornée a deux dioptries de réfringence de plus que l'horizzontal. Partant on est en présence d'une astigmie de 2 D.
§ 57. — Nous ne dirons que deux mots de l'ophtalmosscope. Cet instrument, en même temps qu'il permet de sonder I les profondeurs de l'œil, de voir sous un grossissement de 1 plusieurs diamètres les détails de la rétine, donne la possii biUté de déterminer d'une façon très exacte les anomalies de
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réfraction et même leurs degrés. L'ophtalmoscope se compose essentiellement d'un miroir qui projette dans l'œil les rayons d'une lampe voisine, placée dans une chambre noire, d'où l'expression d'examen à la chambre noire comme synonyme d'examen ophtalmoscopique. Le centre du miroir est percé d'une petite ouverture à travers laquelle l'oculiste voit ce qui se passe dans l'œil. Les données relatives à la réfraction que fournit l'ophtalmoscope (données objectives) diffèrent assez souvent des données recueillies à l'aide des méthodes subjectives; nous aurons à nous étendre longuement sur ces différences.