EN CORNOUAILLES ET EN ECOSSE
d'Avallon, tout à coup réveillé par l'appel aux armes des hommes de sa race *.
Certains bardes d'une classe élevée, parpolitiqueou par une sorte de superstition patriotique, allèrent jusqu'à se faire l'écho des croyances de la multitude, et on les entendit chanter :
c< Merlin a véritablement prédit qu'un monarque de sang cambrien reviendra par enchantement; avant lui, les Druides ont assuré que les héros peuvent naître deux fois *. »
Pour le repos de l'Angleterre, et peut-être pour le salut des conquérants, l'Église intervint entre les deux partis normands, et, en arrêtant l'effroyable lutte qui durait depuis dix-huit ans, elle sapa par la base les espérances celtiques.
Le traité du 7 novembre 1153, qui donnait le fils de l'impératrice Mathilde pour héritier au roi Etienne, fit évanouir les chances d'indépendance des peuples bretons.
Toutefois leur espoir ne resta pas moins invin-
* Niveum autem senem putant Ârturum propter vitae longsevitatem appellatum. (Ibid.yp. 101.)
• Darogan Merlin dyvot Breyenhin Gymry werin, o gamhwri :
Diwaud Derwyton dadcni haelon.
(Lywarch ap Lywelin, Myvyrian.t I, p. 304.)
cible; nous Tavons vu, en ce qui regarde les Gallois, au précédent chapitre; nous lenskontrerions aisément eu égard aux habitants, des bords de la Clyde, sujets de David et d'Alexandre, dont le Dragon rouge, qui était toujours- le di?apeau national des Bretons d'Ecosse ^ étendit glorieusement ses ailes à ta bataille de TÊtendard : il nous suffirait de citer les paroles que les ménestrels du pays prêtaient à x\(erlin ^ Mais bornons-nous, pour abréger, au peuple de la Gornouailles et du Devonshite.
Dans ces contrées, mèjne après leur asservissement par Etienne, Tinfoligable écho répétait le chant des Gallois rebelles au joug des conquérants :
a Levez-vous, jours du Lynx M Meurs de honte, Dragon du Nord; toi et tes dieux, fuyez loin de notre pays! Que TAngleterre élèvcson vieux nom, comme un vieil appui! Qu'elle extermine sa race, et que ma race l'extermine elle-même!
Que les temps soient propices ! Un Konan a mis à la voile ! Que Celui qui commande aux bons
* Voyez plus haut, p. 134 et 135.
* C'est le roi anglais sous lequel les Bretons devaient recouvrer leur indépendance.