‹ MyrdhinnChapitre 4 sur 30 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

mythes, des légendes, des contes et des prophéties apocryphes qu'il s'est plu à tirer de roubli. Ni Silvestre de Sacy ni M. Alexandre n'ont cru déroger, en étudiant sérieusement les Fables indiennes ou les Oracles des SibyUeSy à leur avis, les fables sont souvent presque aussi vraies que l'histoire, sans compter l'avantage qu'elles ont d'être plus amusantes ; et les anciens ouvrages apocry* phes, loin de mériter le dédain, ont droit au respect des gens graves, principalement des historiens, car outre qu'ils présentent une valeur artistique à peu près égale à celle des oeuvres authentiques de même date, ils servent beaucoup à connaître les mœurs et les opinions des hommes d'autrefois.

Le prophète Merlin, quoique privé du patronage éminent qu'ont trouvé les Sibylles, ne sera pas traité sans doute plus défavo-

INTRODUCTION. u

rablement qu'elles; après avoir accueilli les sœurs, on ne repoussera pas le frère.

On raconte que saint Patrice, voulant counaîlre Tbistoire de Tlrlande^ alla consulter une bonne vieille qui avait vu passer plusieurs générations humaines. Elle avait, malgré ses années, l'œil encore vif et le pied leste, l'oreille fine, la voix fraîche, une parole simple et ingénue, une mémoire intarissable, et un cœur de feu sous la neige de ses cheveux blancs. Le peuple l'aimait, la suivait, croyait à la vérité de ses récits, et l'écoulait avec admiration.

Un berger gallois de la vallée de Myvyr l'a aussi rencontrée errante dans les montagnes du nord de la Cambrie. Un savant de Cornouailles a recueilli de sa bouche les dernières chansons du comté, à la fin du dix-huitième

i INTRODUCTION.

siède. Waller Scatl dit l'avoir suivie le long des frontières, de l'Ecosse; moi-même, s'il m'est permis de me nommer après ce maître illustre, je l'ai vue plus d'une fois

assise au foyer du paysan breton; son œil

était aussi vif, son pied aussi feste, son oreille

aussi fine, sa voix aussi fraîche, sa parole aussi ingénue, sa mémoire aussi heureuse, et son cœur aussi chaud qu'à l'époque où saint Patrice l'écoulait. À qui lui eût demandé son nom, elle eût répondu : « Je suis la tradition celtique. »

C'est sous sa dictée, en France, en Angleterre et en Ecosse, que l'histoire de Merlin a été écrite. Elle le représente tour à tour comme un personnage mythologique, réel, légendaire, poétique et romanesque.

Je le mon tre successivement sous les mêmes aspects.

INTRODUCTION. ii

J'étudie ensuite les œuvres qu'on lui attribue.

Je fais voir enfin quelle action il a exercé sur l'esprit et l'imagination des hommes les plus considérables de l'Europe, durant tout le cours du moyen âge, et j'achève ainsi de déterminer l'importance historique d'un personnage revenu de nos jours à la vie et à la mode, après un long oubli.

OU

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