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ŒUVRES DE MERLIN

LES PROPHÉTIES DE MERLliN EN GAMBRIE.

En quittant le monde enchanté pour entrer dans celui de l'histoire, il convient de rappeler sommairement les grands événements du onzième et du douzième siècles auxqut Is le nom et Taulorilé de Merlin vont se trouver mêlés : c'est l'époque où sa renommée de prophète arrive à son point culminant, et où, sans cesser d'être un hérosnational, il devient un héros pour l'humanité.

L'année 1066 fut marquée par une expédition qui causa chez les peuples d'origine bretonne une

explosion d* enthousiasme dont il est impossible aujourd'hui de se faire une idée. Â la nouvelle des préparalifs de la descente de Guillaume en Angleterre, un long cri d'espoir retentit de la pointe deCornouailles au golfe du Solway, répété et prolongé par tous les échos de TArmorique. Ce cri était celui-là même qui partit du cœur de Merlin en présence du tyran de sa race, et que ses compatriotes n'avaient cessé de pousser à chaque lueur d'espérance : « Notre nation se relèvera et elle chassera les Saxons ^ ! »

Les Bretons des deux côtés du détroit regardaient les Normands comme les exécuteurs de la justice divine à l'égard de leurs oppresseurs; ceux de Pile hâtaient de leurs vœux le départ de Guillaume et des généreux auxiliaires qui devaient les délivrer '; ceux du continent couraient se ranger sous sa bannière, dit un contemporain, avec l'ardeur d'un essaim d'abeilles, pressées de regagner la ruche d'où l'orage les a éloignées. Au ban de guerre de leurs chefs nationaux, qui

* Voyez plus haut, p. 93.

* God had brought in the Normanes to revenge his anger upon tlie Angles and Saxons that had traiterously and cruelly slaine the Brytaines. (Caradoc de Lancarvan, trad. de Humphrey Lhoyd, History ofCambria. Ed. ds 1584.)

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les appelaient des quatre coins de rArmorique à la reprise du patrimoine de leurs ancêtres , ils répondirent par milliers. Trouvèrent-ils dans la plaine d'Hastings les indigènes réunis pour la même cause? On doit le croire, en se rapportant à quelques lointains» souvenirs, et surtout en songeant qu'en plein dix-huitième siècle les Gallois et les Armoricains des armées anglaise et française fraternisèrent sur le champ de bataille de Saint-Cast : du moins, après avoir tendu les bras à leurs frères du continent, au départ de l'expédition d'Angleterre, les saluèrent-ils, le lendemain de la victoire, comme des libérateurs. Leur reconnaissance éclata en chants populaires dont le timbre résonne encore dans des rimes latines, improvisées par des moines gallois, sous l'impression du moment, en l'honneur de la colonie venant au secours de la mère-pairie.

« noble contrée! contrée victorieuse! Puissante par les armes , triomphante Armorique ! Saint! Quel pays plus chanté que toi par les ba rdes g uerriers ^ î

* Dives provincia ! victonosa !

Potens in arrnis ! viclrix Letavia !

Nullu potentior in laude bcllica?

c( Fille d'une mère bretonne, ta mère l'a bien élevée ; la victoire le suit partout I

c( Nos princes bretons, remplis de vaillance; nos nobles chefs, issus de plus nobles encore, autrefois possesseurs de ce pays, puis dépossédés, avaient perdu leur patrie,- et y étaient devenus comme des étrangers ^ ! »

Les Normands partagèrent naturellement avec les Bretons d'Armorique la reconnaissance des indigènes; Guillaume était. le Cyrus de ces nouveaux Israélites; ils allaient jusqu'à se réjouir de la réputation de férocité qui le précédait, et que ses compatriotes avaient laissée dans tous les pays qu'ils avaient conquis : il ne souffrirait pas, assurait-on, qu'un seul noble de sang anglais restât en Angleterre; le nom d'Anglais même deviendrait une injure pour toute personne bien élevée; il disparaîtrait comme celui d'un peu-

1 Sumpsitoriginem a matre britannica,

Eriidita fuit a niatre filia ; Sequitur natam tota Tictoria !

Britanni principes, vigorc pleni ; Nobiles duces, sed nobilissimi Quondam haeredes^ postea exha^redati Auiiserant propria, ut alieni.

(Rees, Lives of the CambrO'bintish saints, p. 158.)

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pie maudit des hommes et de Dieu. Mais par quel nom devait-il être remplacé? Les Bretons ne doutaient pas que ce fût par le leur : anciens possesseurs du sol, ils en recevraient une large portion de leur allié royal, qui en hcrilail du chef d'Arthur, leur vieux roi, dont il avait vengé la race en punissant Harold et ses sujets.

Les événements justifièrent d'abord ces illusions : nantis des iiefs d'un grand nombre d'Anglais du comté d'York dépouillés, les chefs armoricains crurent réaliser la prédiction que Merlin avait faite à leurs pères le jour où les Saxons les chassèrent de la terre natale ; et les Bretons insulaires, non moins confiants dans les promesses de leur prophète que dans celles du rusé conquérant normand, virent une délivrance dans un simple changement de joug. Quand leurs yeux s'ouvrirent enfin, quand ils s'aperçurent de leur erreur et des desseins de leurs nouveaux maîtres, il était trop tard : les marches de leur pays étaient envahies, l'antique frontière légale d'Offa perfidement franchie, et la conquête de leur dernier retranchement entreprise à force ouverte pour ne plus s'arrêter.

Alors les populations bretonnes recommencé-

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rent la résislance que leurs ancêtres avaient opposée à la tyrannie anglo-saxonne. La domination des Normands n'était pas plus douce, et la condition des indigènes devint peu à peu intolérable : tributs, exactions, violences, emprisonnements, massacres, vexations de toute nature; jamais, dit un contemporain, on n'avait vu autant de douleurs et de maux que pendant les années qui suivirent l'arrivée des Normands en Angleterre : plus de commerce dans les villes, plus de labour dans les campagnes ; beaucoup de riches et de nobles mendiaient ; les pauvres gens mouraient de faim ; ceux qui purent fuir s'expatrièrent, comme autrefois leurs aïeux, « et Ton disait tout haut que Jésus-Christ et tous les saints du paradis dormaient '• »

C'était bien le cas de veiller pour les chefs indigènes non encore soumis ; leurs auxiliaires dans les temps d'épreuve, les bardes, veillaient pareillement; une grande renaissance poétique commençait alors en Cambrie : depuis celle du sixième siècle, rien de pareil n'avait eu lieu. Taliésin et Merlin reparaissaient dans de

* Orderic Vital, p. 522. Cf. la Chronique saxonne. Ed. du Rev. J. Earle.

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dignes hériliers de leur inspiration ; Tantique fauteuil bardique se relevait, entouré d'honneurs et de privilèges : à aucune époque l'homme qui l'avait gagné n'avait été plus considéré. Confident, conseiller, ambassadeur et historiographe du prince, le barde, dans un intérêt national, se prêta souvent à jouer un rôle politique légitimé par les circonstances, et non d'ailleurs sans précédents ; il prophétisa à la manière des anciens voyants de sa nalion, et, pour donner plus d'autorité à ses prédictions, il les attribua souvent au plus fameux d'entre eux, à Merlin lui-même, profitant adroitement de celles que le peuple prélait au devin, et prenant ce qui était vrai ou du moins ancien et traditionnel comme point de départ et comme base de prédictions nouvelles, destinées à exercer sur la foule une influence immédiate. Depuis la victoire d'Hastings et la chute de la tyrannie saxonne, toute expédition nationale projetée, soit en Gambrie, soit en Cornouailles, soit sur les frontières de T Ecosse, soit en Armorique, dans toutes les terres bretonnes, fut plus que jamais annoncée par quelque barde comme devant réussir, d'après l'oracle de Merlin : Taccomplissement de sa prophétie contre les Saxons n'avait-il

%Ai LES PROPHETIES DE MERLIN

pas justice avec éclat la foi qu'il inspirait à la race opprimée? le passé ne garanlissait-il pas Tavenir? Ainsi, pensaient surtout les Bretons- Gambriens. Leurs chefs nationaux cherchaient l'occasion de mettre à profit la crédulité populaire, et leurs bardes de faire parler Merlin, quand un événement de peu d'importance en lui-même leur oiïrit ce qu'ils désiraient, six ans seulement après l'arrivée des Normands en Angleterre.

Raoul, seigneur de Gaël, en Bretagne, qui tenait par son père aux Bretons du continent, et par sa mère, princesse galloise!, à ceux deTile, où il avait des terres considérables, produit de la conquête, voulut se marier dans ses nouveaux domaines ; mais l'alliance déplut au roi Guillai^pxe, ^t il s'y opposa. Outré du despotisme . ()'un prince qu'il avait lieu de regarder comme un ingrat, après les services qu'il lui avait rendus , Raoul appela aux armes ses compatriotes du continent, dont Guillaume était détesté pour avoir fait empoisonner leur duc; en même temps, îl demandait aide et assistance à ses parents et amis du côté maternel , les Gallois , auxquels le

* This Radulph's inother came out of Wales. (Garadoc, ap. Lhoyd, p. ^2.)

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roi normand n'était ^ pas moins odieux qu'aux Armoricains ^ Malgré les secours empressés des princes et du peuple de Galles^ son entreprise ne fut pas heureuse ; ses auxiliaires n'en retirèrent ^u'un nouveau surcroit d'oppression ; lui-même, dépouillé de ses fiefs du comté de Norfolk, se vit coptraint de retourner dans son pays pour y chercher de nouvelles forces, et ceux de ses compagnons gallois, qui purent échapper aux gibets ■et à la mutilation, ne tardèrent pas à Ty suivre, conduits par un prince de la Gambrie méridionale, Rhys, fils de Théodore, descendant des vieux rois bretons.

Les Normands s'applaudissaient d'avoir « balayé de l'île cette ordure bretonne*, » comme ils le disaient dans leur langage méprisant ; mais leur joie dura peu : bientôt ce fut le tour des indigènes de se réjouir.

Quatre ans à peine s'étaient écoulés (les poètes gallois en comptent quatre-vingts; les années de Texil ne sont-elles pas des siècle^?), quand on

* Radulph sent for maoy of his mother's friends and kinsmen, meaning through their aid and procuvement to get Ihe prinœs and people of Wales to joine with him in this enterprise. (Ibid,) ,

* Spurtitia Britonum*

entendit répéter dans tout le midi delà contrée à peu près ces paroles :

« Savez-vous ce que Merlin, devisant autrefois avec sa sœur, a prédit? Il a prédit les noms de tous les rois qui doivent régner sur nous ; trente-quatre se sont succédé dans Tordrfe indiqué par le prophète ; Tavènement du trentecinquième approche : c'est Rhys, fils de Théodore, fils d'Houel le Bon, fils du grand Rodri, fils du barde-roi, Lywarch-Hen, et de tant d'autres chefs fameux ; nous allon» le voir revenir d'Armorique et monter sur le trône. Merlin Ta désigné sous le nom de Kadwalader (l'ordonnateur de la bataille); il a indiqué depuis cinq siècles le lieu où le prince doit débarquer.

Écoutez ce qu'il répond à sa sœur lorsqu'elle veut savoir dans quel endroit du pays aura lieu le débarquement :

c( Quand le Kadwalader descendra, ce sera sur c< les bords de la rivière de Towy ; les eaux se- « ront chargées de ses navires; les flots des c( Bretons belliqueux inonderont la plage avec « fracas. »

« Et lorsqu'elle lui demande :

c< Combien de temps régnera le Kadwalader ?

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« Il lui dit :

c< Il régnera trois mois, et trois ans, et trois c( siècles entiers, dans la justice et la lumière. »

ce Puis il ajoute :

c( Il réunira toute l'île de Bretagne sous son ce sceptre; jamais la race kymrique n'aura eu « un fils plus vaillant ^ ! »

Eh bien, avant la fin de Tannée où les bardes patriotes fesaient circuler parmi le peuple celle prédiction apocryphe de Merlin , les Gallois méridionaux accouraient dans la vallée de Towy pour recevoir Thérilier de leurs anciens chefs nationaux; le prince se mettait à leur tête, et, avec leur aide et des recrues amenées d'Ârmorique, il commençait l'affranchissement de son pays.

L'époque du retour de Rhys , le lieu de son débarquement , son dessein , ses intérêts , tout prouve jusqu'à la dernière évidence qu'un barde qui l'aimait, comme Merlin aima le roi Arthur, ou comme Blondel devait aimer Richard, avait préparé d'avance cet événement inespéré; un ciitique gallois, d'une. rare sagacité, va même jusqu'à dire que l'auteur du dialogue prophétique

' Myvynarifi. I, p. 146 et 140.

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entre Merlin et sa sœur venait d'Armorique, et que c'est lé prince Rhys lui-même *.

Mais il fallait que quelque grande victoire inaugurât le retour du chef gallois dans sa patrie. 11 ne fut pas plus difOcile de la faire annoncer par Merlin, qu41 n'avait été malaisé de lui faire prédire le débarquement de Rhys et la délivrance du pays. Le chef de la Cambrie septentrionale, Gruflyth, fils de Konan, avait fbî en Irlande, comme le chef du Midi sur le continent. Informé du rétablissement de Rhys, il se concerta avec lui pour attaquer ensemble l'ennemi sur un point élevé du pays, la montagne de Carno, où, grâce à une position très-avantageuse, ils étaient presque sûrs de vaincre. Messagers des deux princes et confidents de leurs projets, les bardes du Midi, comme ceux du Nord^ se mirent à chanter et tout le peuple répéta : • « L'inspiration prophétique de Merlin Tannonce : une sanglante bataille sera livrée sur les hauteurs; les armées se rencontreront aux environs de Nant-y-glo, au reveni de la montagne de Carno ; le sang coulera par tot'rents depuis la

* We must coDclude that he was in the distant province of Brittany. (Stephens, Ihe Literatureof the Kymry, p. 217.)

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garde jusqu'à la pointe des épées; le clairon son- .nera notre- délivrance ; des milliers d'étrangers périront ; la victoire nous restera \ »

Peu de mois après, en effet, l'année même qtii suivit le retour de Rhys dans son pays, pendant l'hiver de 1078, les Gallois méridionaux, réunis à leurs compatriotes des hautes terres et aidés d'un secours venu d'Irlande, remportaient la victoire de Garno, si fameuse dans les annales galloises, qui replaçait toute la Gambrie sous Tautorité des anciens souverains nationaux \ Elle y resta un demi-siècle; plus d'union aurait assuré à ses habitants l'indépendance indéfinie que Merlin figura par les trois cents années de règne de leur libérateur. Malheureusement les guerres civiles, trop fréquentes parmi les Gallois, facilitèrent les progrès de leurs ennemis, et ils se virent peu à peu enfermés dans une formidable ceinture de fortications.

* Le Rév. Thomas Prioe a entenda liù-mème chanter ce$ Ter» projihétiques à des insurgés gallois^ (Voyez son Tour thro^gh Brittany, p. 92, 93 et 94.)

* After they had meet at the mountain of Camo they fought a cruel battelL Butai the lengh the victorie «ieU to Gruflyth and Rees ; thcn the kingdom of Wales came under the rulé off the l'ight héires againe. (Garadoc, tnid. de Lboyd, p. 85.)

A la longue, il est vrai, la concorde se rétablissait devant le péril national, et des conférences avaient lieu, où les intéressés prenaient, d'un commun accord, des résolutions efficaces. Une de ces conférences se forma à la nouvelle de la mort d'Henri P', et elle fut favorisée par la guerre qui éclata entre les partisans d'Etienne et ceux de Mathilde.

Deux jeunes princes du Nord, fils de Gruffyth, « l'espérance de tous leurs compatriotes », selon l'expression d'un écrivain du temps *, se mirent à la tête du mouvement, et une aggression générale contre toute la ligne des fortifications normandes fut résolue. L'aîné portait précisément le nom de Kadwalader, et nul doute .que ses parrains Gallois ne le lui eussent donné au baptême, dans la conviction qu'il réaliserait les promesses attachées à ce nom magique ; nul doute aussi qu'en le voyant surpasser les autres chefs par sa force et son courage % ses soldats ne partageassent le sentiment de ses parrains : d'un autre côté, il leur viendrait à propos des auxiliaires d'Armorique, con-

1 In whome remained tbe hope of ail Wales. (Garadoc» ap. Lhoyd, p. 139.) ' They passed ail others in good and laudable Tertues. (Ibid.)

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duits par un des valeureux Konans, issu du fameux roi conquérant des anciens jours. Inutile d'ajouter qu'à tous ces souhaits, dont le peuple faisait à l'avance des réalités, on ne jugea pas sans importance de donner la consécration de Merlin. Les prophéties du barde furent donc consultées, et parmi celles qu'il était censé avoir adressées à ses pommiers, pendant sa vie sauvage en Galédonie, on en trouva une qui promettait le succès à l'expédition projetée contre les Normands. Aussitôt il n'y eut plus qu'une voix sur toute la frontière du pays de Galles pour répéter ce chant, que les envahisseurs, du haut de leurs donjons, purent entendre sans le comprendre, et peut-être en le dédaignant, mais qui n'en était pas moins l'éclair précurseur de la foudre :

c< Pommiers doux , aux fruits délicieux , vous « qui croissez à T écart, dans les forêts de la Caléce donie ! En vain on vous recherchera pour cueillir c( vos pommes, jusqu'à ce qu'un Kadwalader se c< présenteà la conférence du gué de Réon, et qu'un c( Konan s'unisse à lui pour attaquer les étrangers ; « alors les Cambriens seront victorieux, leur Dra- « gon sera glorifié, chacun retrouvera ses biens, « les cœurs bretons seront joyeux. Allez, clairons.

SuO LES PROPHETIES DE MEKLIN

« sonnez les fanfares de la paix et d'un temps meî(- « leur*. »

Telle ^tait rattenle populaire excitée ^ar tes interprètes de Merlin; maintenant voici lesëvé^ nementsqoe les historiens gallois du temps ont enregistrés avec une passion comparable à celli^ des bardes ; voici Téloge qu'ils font des deux prin-^ ces dont la victoire vint justifier leur prophète national : '^

ce Terribles et sans pitié pour l'étranger, doux et bons envers les amis du pays; bouclier des veuves, des orphelins, de tous les déshérités de la terre natale; supérieurs aux autres chefis për leurs bonnes qualités et leurs vertus , par la force de leurs bras comme par la beauté de leurs corps, Kadwalader et son frère attaquèrent, prirent et détruisirent de fond, en comble les forteresses normandes, sur toute la ligne; ils

' Afallen peren, a pren fiûn,

Attif ydan gel, yg koét Kélitoh!

Kid keisser oferTid herwit y hafon, '

Yn y dei Kadwaladir oe kinadcl ryd Reon, Kinan ny erbin ef rychwin ar Saesson ; Khmry a orvit, kein bit eu Dragon, KaiïauApaubiy theithi, llauen Vi bru brython. Kenhittor kimn, eluch, kathil hetucb a binon. ' {Ms. noir de Caermarthen, fol. 26, texte inédit.)

EN GAHBR1B. '2M

i-emirenb le pays sbils la 'domination des vtid'^ gèneSf mndirent leurs biens < aux anciens habr tântSyi 6tchas8èPêntileS'>ëtraB|^ps dfô domaines qa*il& • occupaient ^ »»• En Tain, Normands; Flaf mands et ce;iqni restait d- Anglais en Caml)rie ou sur les frontières réunirent-ils leurs forces pour lifrer bataille^ aux Geallois ; après nn combat terrible^ ils lâchèrent pied, laissant trois mille morts sur la place et plus de prisonniers , d'armes, de cbcyanix et de dépouilles de tout genre que les indigènes n'en purent emmener. La victoire de Kad^sdader et -de son frère fut complète, et leur retour un triompbe '.

. a Ce jour-là, le père que Fétranger avait privé d'an fils unique oublia son malheur *. »

Si le Konan des Bretons d'Ârmorique ne vint point, selon la prophétie de Merlin, prendre sa part de la victoire , il s'associa du moins à a la joie des cœurs bretons x> de File; d'ailleurs les deux jeunes vainqueurs n'avaient-ils pas eu pour

* Gaiiy wann, destroied and burned the wbole countrie with thc castel... subdued the wbole countrie... placing againe the old inhabitants and cbassing awaie the stranger. (Caradoc, trad. de Lboyd, p. 139.)

* Idem, y ibidem,

' Cambro-Brittonj t. Il, p. 13.

aïeul un autre Konan dont l'espril, qui revivait en eux, les soutint dans leur agression contre les envahisseurs normands? En tout cas, ce n'était pas au moment du succès que les amis du pro* phète devaient regarder de si près à ses prédictions.

Plus tard, avec les revers, sous un roi moins empêché qu'Etienne, ils crurent que la prophétie ne s'était pas encore accomplie, et un de leurs bardes disait : ce Quand donc viendra à notre secours le généreux Konan; quand viendra le grand Kadwalader, cette colonne de nos armées , que Merlin a prédit * ? »

C'est alors qu'à défhut des Konans armoricains, fort occupés chez eux , par suite de leurs démêlés avec le roi Henri II , les Gallois songèrent à s'adresser aux rois de France. La France avait la réputation , qu'elle mérite toujours , d'être la protectrice des faibles et des opprimés; nulle part plus qu'au pays de Galles, on ne vantait c< sa courtoisie, sa largesse et sa générosité ; » un clerc gallois, qui l'avait visitée, racontait des merveilles, dans les assemblées de son pays, des vertus

* Myvyriarift I, p. 200.

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