EN CAMBRIE
chevaleresques par lesquelles le peuple français surpassait toutes les nations ^
c( Ailleurs , disait-il , ceux qui commandent sont remplis de fierté et d'insolence; là, ils ne sont haïs de personne et veulent être aimés de toutle monde; là, ils ne se montrent point comme des ours à leurs inférieurs' (ainsi que nous en avons vu quelques-uns en Angleterre); là, ils n'agissent point en lions, mais ils sont affables et bons pour leurs sujets. Et tandis que d'autres, voulant être comparés à des bêtes féroces , font peindre sur leurs boucliers ou broder sur leurs étendards des ours, des léopards et des lions; eui seuls, simples et modestes, ont pour armoiries des fleurs. Cependant, chose merveilleuse et bien digne d'être célébrée partout, nous avons vu de nos jours ces fleurs mettre en fuite les lions et les léopards : nous avons vu les bêtes féroces regagner leurs cavernes à la seule odeur des fleurs de lis de France, et au seul souffle des Français *• »
* Strenua Francoruniinilitia... etiamhodie mundum univergum exsuperat gloria. (Girald. cambrensis, Âp. scriptor. rerum frandsc.f t. XVIII, p. 160. ^
' Simplices hujnsmodi flores, pardos vincere vidimus atque
l^ voyageur ajoutait : ce J'ai été à la cour du roi de France (Louis YIl); là, ni verges, ni bâtons, ni maréchaux, ni valets n'interdisent l'entrée à ceux qui ont. des demandes à faire ; il rend justice àchacun, sans délai et gratuitement, et non pour de l'argent, comme ailleurs. »
Il eût pu dire que Louis Yil avait assisté les Bretons d'Arporique dans leur résistance contre les Normands, et que les Armoricains le regardaient comme leur suzerain. Peuple de même race, les Bretons-Gallois n'avaient-ils pas lieu, en se considérant comme seS; vassaux, {le prétendre à la mâme protection? Ils l'implorèrent, et un de leurs chefs, Owen, prince de la Cambrie septentrionale, écrivit au roi de France pour lui demander, en qualité de vassal, aide et assistance contre leur ennemi commun.
A peine le messager gallois était parti, que les bardes, habitués à servir d'organe aux intérêts et aux désirs patriotiques, se mirent à chanter ces vers dont ils Grent honneur à Merlin :
c( pommiers doux, aux blanches fleurs, vos
ieones... Besliaî terribiles soium odore florum, et.FraD€orum aftlatu statim in fugam ignave sunt conversae, speluDcasque suas, etc. (Ibid., p. 162.)