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MÉSAVENTURES DE L'ÉLECTEUR DE SAXE

vrai, mais elles dataient des premiers jours de mai, et rieo dès lors n'était venu les confirmer.

On avait appris l'entrée de Charles XII en Saxe, le le septembre. On savait qu'il avait établi son quartier général non loin de Leipzig, à peu de distance de Dresde par conséquent, et dans la petite ville d'Altransladt.

Un traité, portant le nom de cette ville, avait été conclu le 24 septembre, mais on en ignorait les clauses. Aucun détail sur l'ambassadeur de Russie.

En proie à de sinistres pressentiments, Myrrha-Maria conçut le projet d'aller à Dresde pour y retrouver son père, ou tout au moins pour y apprendre le lieu de sa retraite et la cause de son silence.

Le prince Sherbanesko s'offrit pour pousser cette reconnaissance.

Peu de jours après son départ, la petite fille de Wenceslas recevait deux lettres, Tune de Sherbanesko, lui disant que l'Electeur de Saxe avait fait interner Patkul dans la forteresse de Kœnigstein. L'infortuné, faussement prévenu du crime de haute trahison, avait été arrêté contre tout droit et toute justice à la porte du palais de Holstein-Beck el mis au secret le plus absolu, ce qui expliquait suffisamment son mutisme et son absence.

La seconde lettre était d'Albertine d'Einsiedel. informée de l'adresse actuelle de Myrrha-Maria par le prince Sherbanesko, elle invitait cette dernière à se rendre avec son aïeul à Dresde pour aviser aux moyens de secourir son malheureux père.

Aussitôt Wenceslas et sa petite -fille quittaient Prague, pour retourner dans la capitale de la Saxe.

Voici comment Flemming était parvenu à faire ratifier par Auguste II une double violation de la foi jurée -et du droit des gens.

Le ministre des affaires étrangères et le baron de Brubl avaient bien quitté Dresde, décidés à faire

approuver les décisions du conseil. Fiemming les avait bien munis d'instructions secrètes en vue d'arracher à l'Electeur son consentement à la perte de Patkul, mais, à vrai dire, ils avaient trouvé ce prince on ne peut moins disposé à accueillir des propositions pareilles.

En efîet, ils arrivaient à Cracovie au moment où Auguste allait se voir forcé de quitter cette ville et 4e fuir Charles XII, qui se dirigeait à marches forcées vers la Saxe, à la tête de ses Suédois victorieux.

La famille de TElecteur avait déjà pris les devants en se retirant dans le cœur de l'empire d'Allemagne.

En somme, Auguste demeurait seul avec quelques régiments dont l'effectif n'atteignait pas six mille hommes et il ne pouvait compter ni sur une paix qui lui assurât la conservation de la Saxe, ni sur le secours de son allié pour la reconquérir. Et cependant, il fallait opter, et cela sans retard, mais dans quelle alternative? Se voir enlever la Saxe par Charles XII comme on lui avait enlevé la Pologne ou bien être fait prisonnier par Mentchikov à la tête de ses trente mille hommes !

Bien que l'Electeur fût l'homme du monde le plus irrésolu, son indécision, cette fois, n'était pas sans motif. Aussi ni M. de Bruhl, ni M. de Manteuffel n'osaient insister. Ils feignaient même d'abandonner la partie; mais cette feinte n'était que provisoire et ils abordèrent résolument une autre question très grave, bien qu'elle semblât de moindre importance que la conclusion d'un traité.

L'Electeur habitait à Cracovie l'antique Château- Fort. Célèbre dans toute l'Europe pour ses manières affables, son esprit, sa belle figure, entouré aux jours de sa prospérité par toutes les illustrations contemporaines, on l'avait surnommé le Louis XIV du Nord.

Il avait de plus que le roi de France une taille plus qu'ordinaire, qui rappelait la force athlétique de Fran-

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çois I*', mais le revers de ces qualités brillantes était une faiblesse extrême de caractère et une propension naturelle à se laisser gouverner.

Plus le cas était ciilique, moins sa décision était prompte. De passagères révoltes, des résistances inattendues aboutissaient chez lui fatalement à l'indifférence, ce qui rouvrait de nouveau la porte à tous les donneurs d'avis.

Si Flemming connaissait bien le fort et le faible du roi, M. de Bruhl ne connaissait pas moins bien son maître. Auguste avait repoussé une première proposition, il devait être sans force pour en repousser uiie seconde.

De concert avec Manteuffel, le baron tenta l'aventure.

— Sire, dit le favori, une autre inquiétude préoccupe en ce moment le comte de Flemming. En face des périls de la guerre, l'Electorat est à la veille de voir éclater une conspiration dans la capitale. Pour la réprimer, il faudrait au premier ministre des pouvoirs discrétionnaires ; ces pouvoirs lui manquent.

— Comment ! Une conspiration à Dresde ? En face de l'ennemi victorieux? s'écria l'Electeur, mais qu'est-il besoin de pouvoirs spéciaux pour l'étouffer ?

— C'est qu'en principe, le chef de la conspiration est inviolable !

— Apprenez, de Bruhl, que nul n'est inviolable quand il retourne d'un complot contre la sûreté de l'Etat I

— Toutefois, sire, quand il s'agit d'un ambassadeur. . .

— Comment? Un ambassadeur? De qui donc voulez-vous parler ?

— M. de Manteuffel, ministre des affaires étrangères, renseignera Votre Majesté sur ce point.

Le prince tourna la tête du côté de Manteuffel avec un regard qui lui commandait la parole.

— Il est vrai, sire : il s'est formé à Dresde, sous uae inspiration étrangère, un parti désormais redoutable ; un parti contre les agissements duquel le conseil ne peut rien, puisque son chef n'appartient pas à la Saxe ; un parti, enfin, qui tend à livrer au tsar Pierre 1" le dernier fleuron de votre couronne...

— Mais, le nom, le nom de cet ambassadeur ? tonna le prince pâle de colère.

— Jean-Réginold de Patkul, jadis condamné à mort par Charles XI, roi de Suède, plus tard créé général par Votre Majesté, aujourd'hui ambassadeur de Moscovie. Vous savez, sire, dans quelles circonstances il vint demander l'hospitalité à votre cour... Il était proscrit, fugitif...

— Je conçois , interrompit l'Electeur déjà plus •calme, que M. de Patkul ait un intérêt très vif à s'opposer à tout accommodement.

— Mais l'intérêt de sauver sa têle doit-il passer avant celui de Votre Majesté ?

— Jamais 1 fit vivement Auguste ; mais quelles mesures Flemming me propose-t-il donc pour arrêter la marche des événements ?

— Le comte de Flemming demande à Votre Majesté la liberté de s'assurer de la personne de M. de Patkul, afin de n'avoir pas à surveiller ses menées contre le salut de l'Etat.

— Que j'enferme dans une forteresse uu personnage diplomatique, inviolable 1...

— Votre Majesté, reprit Manteuffel, ne disait-elle pas tout à l'heure que l'inviolabilité tombait en présence de la sûreté d'un Etat?

— J'ai dit cela ? Mais Flemming ne peut-il prendre les mesures de précaution nécessaires et faire surveiller Patkul de près, sans recourir à ces extrémités? Un pareil éclat, c'est une rupture avec le tsar ! Pourquoi nous créer des embarras inextricables, comme si nous n'en avions pas assez déjà ! Le poids d'une cou-

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