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THÉÂTRE DU PALAIS ROYAL

UNE PASSION A LA VANILLE, Vaudeville en un acte, par MM. Mélesville et Xavier.

Le théâtre du Palais-Royal recherche, comme on sait, les effets de titre. Pauvre public ! on le prend à l'affiche comme les oiseaux à la srlu. Une passion à la vanille! cela ne vous rappelle-t-il pas l'entremets nécessaire des tables d'hôte aux eaux de Cauterets, de Saint-Sauveur ou de Vichy ?

Stéphane-Ravel, jeune commis- voyageur en produits désinfectants, aime M"^ Henriette-Chauvièro, une jeune personne que l'on peut aimer sans avoir tort. Mais Stéphane-Ravel a un oncle, Vaudoré-Sainville , fabricant de ces puanteurs que l'on appelle des parfums. Tandis que Stéphane parcourt la France pour le compte de la maison Vaudoré, Henriette, pressée par sa mère, M"^ Bidault-Thierret, se décide à épouser Vaudoré. Retour de Stéphane. Désespoir du même. Il faut rompre le mariage. Stéphane fait la cour à M""^ Bidault; mais il fait trop bien , si bien que la vieille femme veut tout de suite épouser son jeune amant. Comment les choses vont-elles se débrouiller? On apprend tort à propos que Vaudoré est le père d'Henriette, ce qui épargne un inceste à ce respectable parfumeur.

Depuis quelque temps le Palais-Royal joue aux mariages interrompus.

MAMAN SABOULEUX, Vaudeville en un acte, par MM. Labiche et Marc Michel. .

Nous sommes de ceux qui n'aiment les melons que

quand ils sont mûris au vrai soleil C'est pourquoi, tout en reconnaissant Tintelligence précoce de Céline Montaland, nous regrettons de voir s'étioler sa jeunesse dans la serre-chaude des coulisses.

Nous ne rendrons pas autrement compte de cette farce, où l'esprit consiste à costumer Grassot en nourrice. A Pau, pendant le carnaval, les hommes s'habillent en femmes et les femmes en hommes : il y a des gens qui trouvent cela fort amusant.

Cornélius Holff.

— 27 méus. — OPÉRA-COMIQUE.

LE FARFAIŒT,

C^éra-comique en un acte, paroles de M. Planard , musique de M. Adolphe Adam.

Si j'étais assez abandonné de Dieu, des hommes et de mon indolence native , pour me livrer à la fabrication des pièces de théâtre, je jure que jamais je ne ferais ni opéra, ni opéra-comique. Il y a là-dedans des exigences de toute sorte : exigences du compositeur, exigences des artistes. Et au bout de bien des fatigues, s'il y a quelquefois un peu d'or, — on n'ose plus parler d'argent aujourd'hui , — il n'y a jamais pour un pauvre petit sou de réputation. Admettez que l'ouvrage réussisse, — et cela n'est pas rare , — le nom du compositeur est

proclamé à son de trompe, il reste en notes musicales gravé dans toutes les mémoires; quant à celui du monsieur que par politesse on appelle le poète, nul ne songe à s'en préoccuper. Est-ce juste? On peut après tout l'avouer : il est bien vrai que le libretto n'est rien dans un opéra, non plus que dans un opéra-comique; et cela est vraiment fort heureux, car, s'il en était autrement, rOpéra-Comique, comme l'Opéra, comme l'Opéra-National, compterait ses jours par des chutes, ce qui serait très-préjudiciable aux intérêts de tout le monde.

Ce que nous en disons n'est pas spécialement pour le Farfadet, c'est une réflexion générale. Cette fois, ce n'est pas M. de Leuven qui s'est offert en holocauste aux succès de M. Adam, c'est un poëte d'un autre genre, — M. de Planard, s'il vous plait, — vétéran émérite du petit vers et de la bergerie sentimentale. Or donc le rideau se lève sur un moulin, — un très-joh moulin qui m'a rappelé le mouUn du Guet-aux-Roses et Fontillette, la gentille meunière, — Fontillette, mes premières amours. Laurette-Talmon et Bastien-Jourdan chantent l'éternel refrain des douceurs du mariage. Mais, hélas! leur cœur n'est pas d'accord avec leurs lèvres. Bastien n'épouse Laurette que pour complaire à M. le bailli, dont il est le filleul et peut-être un peu le fils : celle qu'il aime, c'est Babet-Lemercier, — et je ne trouve pas qu'il ait tort. De son côté, Laurette préférerait épouser Marcelin , si Marcelin n'était pas mort. Mais Marcelin -Bussine n'est pas mort, il revient sous forme de sac de farine : — c'est le Farfadet. — Il profite de son déguisement pour effrayer le bailli-Lemaire, et il épouse Laurette, tandis que Bastien épouse Babet. M. Adam a le secret de la musique comique; il n'a

pas de grands effets, mais il est im])ossible de monter plus spirituellement des calembredaines de croches et de triples croches. Et onet aveu est d'autant plus méritoire que, — sous un point de vue qui n'est nullement musical j — M. Adam m'est diamétralement antipathique. La musique du Farfadet est leste et pimpante connne ces filles aux jupons courts ;, aux mollets rebondis, que du balcon de Fhôtel de France, à Saint- Sauveur, je voyais aller glaner Therbe, le bois ou le rhododendrum sur les aspérités du Bergon : c'est qu'en effet la scène se passe dans les Pyrénées, je ne vous dirai pas. où, mais je crois plutôt que c'est dans la vallée de Campan que dans la gorge de Gavarni, voire même dans celle de Pierrefltte, où la reine Hortense aimait tant à promener ses rêveries. L'ouverture est d'une piquante originalité : M. Adam, qui est d'une fécondité merveilleuse, ne s'est pas amusé à la parsemer de motifs qu'il devait reprendre; elle est ce qu'elle est, l'ouverture et rien de plus, c'est une œuvre à part. Il y a surtout une polka qui faisait trémoler mon allemande gravité. Il y a encore un duo et trois quatuors écrits avec beaucoup de style et de verve. Du reste, la partition tout entière est une étincelante fusée.

M""^ Talmont débutait dans le rôle de Laurette : nous lui recommanderons, comme à toutes les actrices de rOpéra-Comique, d'apprendre à jouer : c'est un détail dont les chanteuses en général ont le tort de ne point se préoccuper. Qu'elles prennent donc exemple sur ^imcs viardot et Rouvroy, qui, tout en restant d'admirables cantatrices, savent jouer comme M""^ Guyon et M""^ Allan.

Cornélius Holff.

GYMNASE

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