LE JUIF-ERRANT
Opéra en cinq actes, paroles de MM. Scribe et de Saint-Georges, musique de M. Halévy, divertissements de M. Saint-Léon, décors de MM. Cambon, Séchan, Desplechin, Diéterle, Thierry, NoUo et Rubé.
Où les beaux vers, la danse, la musique, L'art de tromper les yeux par les couleurs, L'art plus heureux de séduire les cœurs. De cent plaisirs font un plaisir unique...
C'était l'Opéra, au dire de Voltaire.
Exemples :
.\u sein de ma famille,
On disait que, depuis mille ans.
Nous étions tous ses descendants Par Noëraa, sa fille.
Pour expier envers lui ses outrages, Dieu le condamne à ne pouvoir mourir!.
Jusqu'à la fin et du monde et des âges, Dieu le condamne à vivre pour souffrir.
Pendant un quart d'heure,
C'est l'arrêt de Dieu,
A peine il demeure
Dans le même lieu !
Un ange invisible, ,
L'ange du Très-Haut,
D'une voix terrible
Lui crie aussitôt :
Marche ! marche ! marche toujours !
Sans vieillir, accablé de jours, Marche! marche! marche toujours!
fiien ne suspend des heures L'impitoyable cours!
Heureuse tu demeures ; Moi, je marche toujours!
La voix que je redoute Bientôt va retentir.
Me traçant ma roule Qui ne doit pas finir!
Et tant qu'a duré ce sommeil Où dormaient nos âmes... ton âme N'éprouvait-elle pas une secrète flamme, Impatiente du réveil?
Autour de moi tout passe.
En parcourant l'espace.
Des mondes disparus Moi seul connais la trace,
Et retrouve la place
Des temps qui ne sont plus!
Jamais la prière
Ne vient adoucir
La douleur araère
Qu'il me faut subir!
Jamais, sur ma vie,
Un œil n'a versé
Cette larme amie Qu'on donne au trépassé?
La voix du Seigneur vous appelle,
Morts, levez-vous!
Devant la puissance éternelle
Paraissez tous!
Quand M. de Saint-Geor^'"es est tout seul à signer ses (puvres, il fait de meilleurs vers. Du reste, la qualité de la poésie n'empêche pas la pièce d'être faite et coupée avec le talent qui n'abandonne jamais l'habile et spirituel faiseur.
La musique de M. Halévy a sans doute de fort belles intentions, mais nous ne les avons pas toutes bien comprises. M"«' Emmy la Grua, la cantatrice sicilienne dont Ton avait fait tant de bruit, n'a peut-être pas tenu tout ce qu'elle avait promis; mais cela pro\aent sans doute de l'embarras qu'elle devait éprouver en présence d'un public au milieu duquel elle devait se trouver étrangement dépaysée. Massol a été magnifique; c'est lui qui personniliait Ahsvérus.
Cornélius Hollf.
THÉÂTRE-LYRIQUE