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LA PIE VOLEUSE

Drame-lyrique en trois actes et quatre tableaux, paroles de Castil-Blaze, musique de Rossini. (Reprise.)

« Ah! n'en v'ià une jolie pièce que j'viens de voir... la Pie voleuse; ainsi nommée parce que c'te bête avait un faible pour les couverts d'argent... c'qui fait que c'est intitulé^ en italien, la Gazza ladra; c'est-à-dire la pie voleuse d'argenterie, ou le crime des couverts!...

L'ouverture Se murmure Tron, trou, tron, Tron, tron, tron, Tron, tron, tron, Tron, tron, tron, Tron, tron, tron.

C'est le basson.

Le cor sonne Et résonne, Tron, tron, tron, Tron, tron, tron, Tron, tron, tron, Tron, tron, tron, Tron, tron, tron.

Oui.

La toile se lève et ça représente Un' ferm' superbe à Palai-seau I L'on va, l'on vient, tout le monde chante Pour célébrer — quéqu' chos' de beau !

Et vous n' savez pas quoiqu' c'est?... c'est tout bonnement le fermier et la fermière qui sont dans l'attente

(lu fils do la fei'uir-, un niilitairo qu'aime Xinctte, que Xincttc aiuio et vice Versailles... Le feniiicr chante, la fermière, la servante, tout le monde chante, largo, c'est-à-dire largement : « Oui , chantons avec amour et. ce retour et ce beau jour! » La jeune fille chante : « Ah! quel doux espoir! je vas donc le reroir! » F^es j)aysans pnifltent de ça i>our chanter à tue-téte « et leur coudrette et leur piquette, et leur piquette et leur coudrefte... et leur air bête! » Et, ma foi, y sont dans leur droit... lorsque tout à coup... ta ta ra ta, ta ta ra ta! c'est r militaire'qui r' vient d' la guerre... Oh! qu'il est beau! qu'il est beau! qu'il est beau!... dit le fermier Jacottn... à qui faudra-t il 1' marier? Mon Dieu! à qui?... à Xinette, dit la pie... Notez hien qu'il y a dans la ferme une pie, et que c'te pie épie, pendant toute la pièce... Xinette! Xinette! pas d'ça, Lisette, dit la fermière; nous sommes ici pour fêter le retour... de mon fils... avant de chanter un autre morceau, mangeons-en un... Là-dessus, ahattement général du militaire... Après le repas, tout le monde sort, et la servante Xinette, faute de mieux, range la table... Mais v'ià ben d'une autre affaire... arrice à tâtons un vieux, grand, sec et maigre, barbu, crépu et 7noustachu... Xinette! dit tout bas ce vieillard en se découvrant... ne me découvre pas... Ciel! mon père!... — Tais-toi! — Pourquoi? — Je suis perdu! — A cause? — J'ai déserté! — Se peut-il? — Hier au soir! — 0 ciel' — A huit heures un quart! — Que dites-vous? — Je ne dis rien... — Silence... Là-dessus, voyant le bailli du pays qui entre, le père repousse un second : Silence!... Arrive le bailli, un gros cocasse, qui se tape toujours sus l'ventre et qui a une voix plus grosse que lui... Mais c'est pas tout!... ah! ben ouiche!... V'ià le

gros bailli qu'arrivait tout chaud, tout bouillant, qui dit : « Que qu' c'est que et' liomnie-là? si c'était V déserteur dont , j'ai 1' signalement... Voyons donc voir, un peu voir, que j' voie pour voir! » Là-dessus, il se tape sus r ventre, c't homme, et il s'aperçoa qu'il a oublié ses lounetta. — Donnez, dit la jeune fille. Ciel! qu'a dit à part, c'est 1' signalement d' papa ! lisons tout de travers... « Taille, oi ans, — front châtain, — cheveux à la Roxelane... — nez, 3 mètres ~'6 millimètres. » Le bailli coupe là-dedans, y s'en va; il est à peine parti qu'on entend : Chaudronnia, ferraille à vendre! C'est un marchand d'bric et d'broc qui passe pour prêter à la petite semelle... la servante lui vend un couvert qui vient d' son père qu'est marqué d'un h et d'un /... Bon ! la pic en vole un autre à la fermière marciué d'un n et d'un 0... Bon! la fermière accuse Ninette; on chante à la garde! .. Le bailli r' arrive, et v'ià qu'y dit : Ah çà! un instant!... voyons!... d'un côté, nous avons un n et un o; de l'autre, un h et un /... Moi, ça rae fait l'effet de faire n. o. h. i. haine au hachis! ça ne peut être que la cuisinière... Là-dessus on la fourre en prison... injustement, c'est vrai;... mais c'est pas fini ! vous allez voir la quatrième aque.

La servante Se lamente Dans son cachot...

Voici qu'a s'écrie, à la fin des fins, c'a m'ostine!... faites de moi des choux, des raves, mais... finissonsen!... Là-dessus le tribunal s'assemble, les juges délibèrent, en lamineurs, et elle est condamnée à mort!...

La dt'coration chang-e, et la pauvre jeune fille, qu'est encore bien plus clianiJ^ée que la décoration, s'avance avec une démarche funèbre... avec des tresses sur les épaules... Pauvre fille... la corde au cou et le visage serein, elle implore la Providence, et semble indiquer par ses chants que la corde la gêne. Ah! quV'est dur! ah! pauvre enfant!... mourir si jeune! Mais à peine le cort'^ge avait-il tourné le dos, que v'ià la satanée pie qui rVliippe une pièce de dix sous au paysan Pippo . Pippo suit la pie à la piste; il monte dans le clocher... et qu'est-ce qu'il trouve? le couvert .. mis dans le nid, et ses dix sous à côté! Bref, il acquiert la certitude que cette pie était une voleuse, et qu'elle vivait avec un tas de rossignols!... Le v'ià qui crie : Arrêtez!... j'ai découvert!... dépendez-la, et y s'met à carillonner avec la cloche... din don!... din don!.., din don!... A cet appel de din don, tout le village accourt, on porte ^Mnette en triomphe, et ils se mettent tous à chanter à tire-larigot. »

Nous ne voulons pas refaire la critique de la Mcre Michel.

Il y avait des gens qui craignaient que l'exécution du chef d'œuvre de Rossini ne fut au-dessus des forces du Théâtre-Lyrique. Pour nous, qui pensons qu'il n'est rien que ne puissent ceux qui ne sont point subventionnés, nous n'avons pas un instant douté du succès. La belle musique de Rossini a été admirablement interprétée. Sous la direction vigoureuse de Varney, l'orchestre a acquis cet ensemble et cette homogénéité qui sont l'indispensable contUtion d'une bonne exécution, et qiu ne peuvent, après tout, s'acquérir que par rexercice et l'habitude. La Pie voleuse n'aura, pour le

moment, qu'un Ijien petit nombre de représentations. Il y a sans doute là déperdition considéraljle de temps, de travail et d'argent, mais je conçois l'empressement de M. Séveste à donner au ijublic la mesure de sa puissance. On dit le nouveau directeur assiégé de poètes et de compositeurs. Puisse-t-il rencontrer quelque œuvre de jeunesse et de vie qui assure à son théâtre un avenir plus brillant encore que le passé !

M""^ Rouvroy remplissait le rôle de Petit Jacques • Petit Jacques, — c'est Pippo, — c'est le boute-en-train de la x»ièce, c'est lui qui met le couvert, qui sert à boire aux con\ives, qui entonne les couplets bachiques; — c'est lui aussi qui sauve Ninette. Elle était charmante, la brillante cantatrice, dans son petit costume de paysan endimanché, — avec ses bas roses, sa veste bleue et sou gilet rayé. -Le personnage de Petit Jacques, qui ne parait tout du long de la pièce que pour avoir sa raison d'être à la lin, est excessivement difficile à jouer. Le public ne sait pas, lui-même ne sait peut-être pas ni pourquoi ni comment il est là, et il ne doit pas laisser paraître son embarras. Les rôles qui, comme celui-là, ne sont pas assez accusés, exigent une science de la scène, une sûreté d'action qui nécessitent une dépense de beaucoup de force pour peu d'effet. Avec de la gaieté, de la lestesse, de l'agilité et du tatillonnage, M"^ Rouvroy s'est parfaitement tirée de cette ambiguïté. Petit Jacques, qui passe souvent inaperçu, semblait avec elle le héros de la pièce. Elle lui a donné toute une grâce naïve qui ne sied pas mal à cette jeunesse demi-villageoise. Pour notre part, ce que nous admirons le plus chez M"*^ Rouvroy, c'est le réaUsme de son jeu : le talent, au théâtre, ne peut être que le réahsme, — le naturel, —

et M"' Rouvroy est toujours parfaitement naturelle. On oublie que Ton est parque dans un espace plus ou moins restreint, — dans une stalle ou dans une loge ; — on oul)lic les ouvreuses et leur uni former les lustres, la rauipe et rorchestre, pour croire qu'on la voit se trémousser ainsi dans les réalités de la vie Penser ce que Ton ne pense pas, être où Ton n'est pas et ce que l'on n'est pas, voilà ce que doivent savoir ceux qui montent sur la scène, — voilà ce que sait parfaitement M"* Rouvroy. Il y a loin du Barbier de Séville à la Butte (les Moulins, de Rosine à Marielle, — Rosine la grâce élégante, Marielle la grâce native : elle est jeune fille du monde dans le Barbier, comme elle s'attellerait à la charrette du porteur d'eau dans le charmant opéra de Roïeldieu, comme elle fait manœuvrer son bataillon de deux hommes dans la Poupée de Xuremberg, comme elle casse naturellement le ventre à sa tirelire dans la Pie voleuse! On sait que Petit Jacques n'a que peu de chose à chanter, deux morceaux d'un genre bien différent : des couplets à boire et un duo d'un sentiment exquis de déhcatesse. M"^ Rouvroy a dit les couplets à boire avec cette verve qu'elle sait toujours trouver à son service dans le chant et dans l'action, — dans le geste et dans la voix, et elle a interprété avec une touchante suavité l'enfantine générosité de Petit Jacques, qui refuse d'accepter le sacrifice que Ninette veut faire de sa croix pour procurer quelques secours à son père! Pauvre petit Jacques! les bonnes raisons qu'il donne à Ninette pour la prier d'accepter ses petites économies ! Les anges doivent chanter et parler ainsi! Nous attendions M"'' Rouvroy au dernier acte, alors que Petit Jacques suppute l'argent de ses économies, qu'il va porter

dans le vieux saule; on sait combien Tenfance est at tachée à ses petits trésors : M"*^ Rouvroy a parfaitement compris et parfaitement rendu cette nuance d'avarice qui doit colorer la générosité de Petit Jacques. Son parti est pris, il n'hésite pas; mais c'est si joli, l'argent! 11 y a là du sucre d'orge et des gâteaux : il ne regrette pas ce qu'il fait pour Ninette, mais il regrette de se séparer de son petit magot; aussi. Voyez comme il compte et recompte sa. monnaie, comme il examine la pièce que Ninette lui donna l'autre jour! Il y tient : c'est un souvenir de Ninette! mais c'est surtout une pièce de vingt-quatre sous ! Le talent, c'est l'observation de la nature; et voilà pourquoi il ne s'apprend point au Conservatoire.

M""^ Duez-Ninette, — la jeune chanteuse qui s'est fait une réputation dans la Perle du Brésil, — a montré qu'elle profitait des excellents conseils de MoreUi. M"'' Duez a une belle voix ; mais ce qui lui manque, c'est d'avoir de la méthode, et peut-être d'être un peu plus musicienne. Elle a joué de son mieux, au point qu'elle a eu des attaques de nerfs au deuxième acte, ce qui ne l'a pomt empêchée, à la fin du même acte, de reparaître pour céder aux instances des vingt-cinq romains de l'administration; — il est vrai qu'elle a failli écraser le jeune Dulaurens qui soutenait sa défaillance.

Pourquoi M"'^ Duez avait-elle un saladier sur la tête? pourquoi ne sait-elle que faire de ses mams? pourquoi pose-t-elle si étrangement ses pieds? Elle ne pourrait que gagner à soigner un peu ses allures, comme à varier l'uniformité de son faire et de son dire. L'espace nous manque pour donner à tous les éloges que

tous ont iiK'ritc's : Dulam-ons^, BoucIk'', l{ilibes, ot les

choristes eux-nièines.

Cornélius Holfï'.

GAITÉ

LA MENDIANTE, Drame en cinq actes, par MM. A. Bourgeois et Michel Masson.

Nous ferons deux parts : la première pour Léontine, — la seconde pour la petite Félicie.

L'une rentrait, l'autre débutait.

C'est un singulier talent que celui de Léontine, — mais c'est un vrai talent. Comme elle est vulgaire, cette femme ! — comme elle est canaille! disons le mot; c'est le genre charcutier par excellence, c'est l'épopée des grossièretés et des pohssonneries. Va te faire... et les poings sur les hanches! C'est beau à force d'être dégoûtant; c'est dégoûtant à force d'être vrai : c'est vrai d'expression, de mimique et de carnation. L'haleine sent le petit verre. La voix est éraillée par le rogomme. L'intonation est brutale comme la force, saccadée comme la violence, impérieuse comme la volonté. L'œil est fier et pétillant. Les lèvres sont rouges, fortes, souriantes et dédaigneuses. Les joues sont rebondies et colorées comme la santé. Le front est large et resplendissant de tons lumineux. Les cheveux sont épais et haut plantés. Le cou est fortement attaché. Les dents sont brillantes et impatientes de mordre. La tète semble posée pour l'insulte : elle pialTe l'agitation. La taille est puissante. La peau est fine, nette et blanche. Les veines se détachent à ses lucides transparences. Sous l'ampleur luxuriante des formes, on voit battre le cœur, on entend le

sang Ijouillir : ce n'est pas la mollesse, c'est l'activité. 11 y a là des colères, des coups de poing et des trésors de volupté; des haines farouches et des amours dévouées; à cette femme-là, des plaisirs bruyants, d énormes choppes gonflées de vin du Rhin, des débauches colossales ! Oh ! mais, quand elle aimera, elle aimera jusqu'à la passion, jusqu'à l'abnégation, jusqu'au délire. Gare à son amour! cette main est taillée pour la vengeance : elle ne se plamdra pas, elle n'aura pas d'attaques de nerfs; mais comme elle manie prestement le couteau qui sert à dépecer la chair crue! Bravo, Léontine ! Et comme elle scande sa démarche, la gourgandine impudente! connne elle développe la paume de ses mains! comme elle carre ses hanches! comme elle étale ses formes luxueuses! comme elle retrousse ses lèvres! comme elle roule ses yeux! comme elle aiguise son regard! comme elle fait voltiger sa langue! comme elle fait scintiller ses dents! comme elle enfle son mollet! comme elle semble de la ferme cambrure de son pied prendre possession de la terre! comme elle arrondit les coudes! comme elle est bouillonnante de gestes, écumeuse d'engueulements ! Qu'elle est belle cette femme, qu'elle est belle de vulgarité!... Bravo! Freska^ la courtisane des galetas, la houri de la bohème infime et des bagnes! Regardez, regardez bien, cela vous évitera la peine d'aller vérifier dans les tapis-francs de la grande ville l'existence de ces filles qui ont le cœur sur la main, — comme on dit, — et toujours un couteau dans la manche, qui, pour se venger, vont dénoncer leur souteneur, et qui après se feraient tuer pour Tempécher d'être pris. Bravo! Léontine; bravo! Freska. Il me semble que je revois Jeanne la Rousse, la reine de

la rue do la Licorne! Bravo! Froi^ka.... Ah! pourquoi nous quittes-tu si vite? La toilo tombe, et Léontine n'est qu'une femme comme toutes les autres femmes, avec de la heauté et de l'esprit en plus. Bravo! Freska, bravo! Mais il ne faut pas à Léontine un rôle écourté comme celui qui lui est di'parti dans la Mendiante; il lui faudrait un rùle taillé en pleine crapule, un r(Mc pour lequel on n'eût rien économisé, et alors il y aurait deux réputations et trois fortunes de faites. Mais ce que je demande, un dramaturge vulgaire ne serait point en état de le faire; Alexandre Dumas lui-même n'y arriverait peut-être pas. Il faudrait le grand poëte du siècle, — le titan des audaces et des inventions; mais le grand poëte seml;>le avoir abandonné le théâtre.

A toi maintenant, petite Félicie. — Des éloges? tu préférerais des bonbons. — Tu as raison, les bonbons valent mieux que les éloges, et j'espère que M. Hostein t'en donne autant que tu peux en désirer. Je commence par dire que je n'aime pas à voir les enfants sur la scène; il en est de cela jjour moi comme des gens qui jouent du violon avec le pied : je n'aime pas les monstres. On a fait beaucoup de bruit autour de Céline Montaland; pour ma part, je n'ai jamais été du nombre de ses admirateurs. Je ne veux pas non plus prétendre que Félicie soit une grande actrice, je ne lui prédis ]ioint un avenir plus ou moins brillant; mais je la préfère de beaucoup à Céline Montaland. Dans un rôle qui a une certaine inqjortance, qui exige même une intui tion dramatique, Félicie, — une petite fille de huit ans, — a fait preuve d'une intelligence vraiment fort remarquable. Ajoutons qu'elle est gentille à croquer, qu'elle a des cheveux charmants, des yeux rempUs de

douceur et d'esprit, des traits d'une parfaite régularité, un tiuiljre de voix mélodieux, et que toute sa personne enfin est emmiellée de grâces séduisantes : voilà Félicie. Allez voir Félicie, et vous me direz si elle ne vaut pas cent fois mieux que Céline Montaland. C'est une excellente idée qu'ont eue M.M. Bourgeois et Masson d»; faire une place dans leur pièce à cette délicieuse enfant. Ceci nous amène à parler de leur drame. Qu'estce"? Une histoire d'adultère et d'enfant volé! Beaucoup de morale et pas mal de chauvinisme. Ce qui n'empêche pas la pièce d'être façonnée à cette facture hahile dont ces messieurs ont le secret. Aussi il y avait presque une velléité d'enthousiasme quand, au second acte, le puhlic a aperçu dans la coulisse les aspects du paletot blanc de M. Anicet Bourgeois.

Coraélius Holff.

— 8 mai. —

PORTE-SAINT-MARTIX.

LE DROIT DE VISITE, Vaudeville en un acte, par MM. A. Monnier et E. Martin.

Depuis le charmant tableau que l'on admirait dans le cabinet du duc d'Aumale, — l'amateur aussi généreux qu'éclairé, — combien de fois a-t-on abusé du droit de visite? Comme il était beau le terre-neuve d'attention sournoise et maUcieusel comme elles retombaient

avec grâce ses longues et soyeuses oreilles ! Gomme l'œil était pôtillant de feinte distraction ! Comme la patte se laissait aller avec abandon! C'est toi, mon beau, mon cher Sultan; c'est toi, mon chien, mon fidèle, mon seul ami; c'est toi, quand tu jouais avec Dear, ton rival dans mes affections, — pauvre Dear, mon gentil épagneul! — C'est toi, mon beau terre-neuve, quand tu feins de ne pas me voir pour que j'oublie de me mettre en garde contre tes bonds caressants; — je te devais ce souvenir, mon beau Sultan, car tu m'as donné bien des joies et bien des orgueils, quand tu promènes par les rues tes bouillantes nonchalances ! — Et comme il était furtif, le chat, comme il léchait la sébile avec une fausse prudence! Le malin, il savait bien qu'il n'avait rien à craindre, mais il voulait faire le coquet. — Un mari qui veut mettre le nez dans les pensées intimes de sa femme. — Vous savez ce qui arrive aux indiscrets, à ceux qui écoutent aux portes, à ceux qui glissent leurs regards dans les lettres décachetées. — Le mari apprend ce qu'il ne voudrait pas apprendre. Fort heureusement que depuis quelque temps la morale a le privilège exclusif de la mise en scène. — Tout est sauvé, y compris l'honneur, — c'est mieux qu'à la bataille de Pavie, — et le don d'un pur Biétry complète fort à propos le replâtrage conjugal! J'ai toujours béni l'invention des kachemires; il paraît que je devrai la bénir encore plus quand je serai marié. — Elle m'a pourtant déjà rendu de grands services. — N'est-ce pas,

Julie?

Cornélius Holff.

THÉÂTRE-NATIONAL

LE PORTE-DRAPEA L' D'AUSTERLITZ , Pièce mêlée de chants, par MM. Guénée et Marc Leprévost.

Cela s'appelait d'abord le Retour de ïAiijle; le titre a été changé. A quoi bon? Soyez sûr que l'un valait autant que l'autre; le Retour de l'Aigle eût eu autant de succès que le Porte-Drapeau d'Auaterlitz, peut-être un peu plus, à cause de l'attrait de la nouveaut", car les théâtres ont si souvent battu la grosse caisse sur Austerlitz, son champ de bataille et son soleil^ que le public commence à désirer autre chose. Il y a tant à choisir dans l'histoire de cet empire qui comptait ses jours par des conquêtes, ses heures par des victoires et ses instants par des combats, que MM. les auteurs devraient bien tâcher de diversifier leurs souvenirs. — Un vieux soldat ne retrouve la raison qu'au jour où il peut tout haut, sans crainte du commissaire de police ou du brigadier de gendarmerie, dire son dévouement pour l'empereur. On voit que la donnée est fort simple. .\ joutons que les détails ne fournissent aucune saillie originale. Les vieux soldats de MM. Guénée et Marc Leprévost sont comme tous les vieux soldats possibles, également rabâcheurs et biberons. Le petit verre est au soldat français ce que le mille millions de sabords est au marin, ou le goddam à l'Anglais. Ce trait caractéristique est stéréotypé dans toutes les synthèses et dans toutes les observations; c'est pourquoi l'armée fournit un contingent considérable à l'établissement thermal de Vichy, où la goutte est spécialement, sinon guérie, du moins traitée. Je demanderai à M^I. Guénée et Marc

âlâ

Lcpi'ôvosl s'il ne leur serait pas indiflV'renl une autre l'ois de donner au héros militaire une a[ipellation moins singulière que celle de La Balafre; pour ma part, je leur serais bien reconnaissant s'ils voulaient s'abstenir de ces intempérances de couleur locale.

CoriiL-lius Holff.

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