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LA PRISE DE CAPREE, OU LES FRANÇAIS A NAPLE

Drame militaire en cinq actes et douze tableaux, par M. Labrousse.

On sait que, dans les drames militaires, ni l'esprit, ni l'art, ni la littérature n'ont rien à voir : M. Labrousse se serait reproché comme un crime de ne pas fondre son onivre dans le moule obhgé des platitudes et des vulgarités. Félicitons-le seulement d'avoir su mettre en rehef la saillante figure de Murât, l'Achille des armées françaises, de Murât, cette éclatante personnification du soldat parvenu , cette prompte victime des grandeurs et des revers. Les décors sont assez splendides, c'est tout ce que l'on peut demander au Théâtre - National. Quant au jeu des acteurs, nous n'en dirons rien. Dans des pièces de ce genre, l'on pourrait tout aussi bien tirer des ficelles pour faire manœuvrer des pantins que mettre en scène des bimanes.

Le ballet de la Xapolitaine est d'un heureux effet. M"* Follet danse avec une lascive vivacité qui semble une inspiration napolitaine prise sur le fait.

CornéliiLs Holff.

FOLIES -DllAM ATIQUES.

LA CHANVRIÈUE , Vaudeville en trois actes, par M. E. Plouvier.

Vous me demandez^ madame, ce qu'il vous faut penser de la pièce et de notre ami Cornélius. A'raiment , madame, ce que je pense de notre ami Cornélius, je ne sais trop. Vous dirai-je qu'il se moque un peu de tout et beaucoup de lui-même, qu'il fait semblant de ne croire à rien et qu'il est prêt à croire à tout ce que vous voudrez et encore au delà?

Holff est un Parisien qui est allé se faire mettre au monde à Heidelberg pour s'appeler Cornélius. Ceci est tout riiomme.

Coi-nélius lit de vieux livres et ne va pas dans le monde. A part cela, c'est un garçon comme les autres, — comme votre mari, si vous voulez. — Cornélius n'a jamais songé à s'habiller en velours rouge.

C'est Cornélius Holff qui, dans un théâtre que je ne veux pas nommer, coupait, au grand étonnement de ses voisins, Y Annuaire des Économistes et le lisait.

Cornéhus passe sa vie à se battre en duel avec ses opinions. Il a des cheveux blonds. C'est un mouton dans la vie privée; mais, une fois devant une feuille de papier blanc, il se fera rompre la plume et les os pour la première idée quasi jeune qui se donnera à lui.

C'est un paradoxe bon garçon que notre ami.

Il vous chantera la bière à vous faire croire qu'il essaie tous les soirs de se rappehn' .^lunich avec le bok du Grand-Balcon ; il vous aura chez lui une collection de

au

rhopcs merveillouscs. De mémoire crami, Jamais CoriK'lius n'a i»u avaler un verre de Jiière; il ]h)\1, — quand il boit, — du Bordeaux Mouton à huit francs la bouteille. Ainsi de tout.

Cornélius doit suivre la musique d'un régiment qui passe, et regarder des gamins jouer au bouchon.

L'autre jour, en passant devant la statue de Shakspeare, il lui a jeté vme grosse pierre. Notez qu'il ne sortait pas de souper — ce soir-là. Eh bienl dans sa petite bililiothèque, il a la quatrième édition du Shakspeare de Steevens relié, — avec des fers dessinés de sa main, — par Lortic, un Rauzonnet de demain.

C'est un des gardes-du-corps de C(jurbet, n'est-ce pas? Devinez ce qu'il a dans sa chambrette au quartier latin, sa chambrette de plain-pied avec la troupe des Illusions : une mezzetinade de Watteauau crayon rouge. C'est tout son musée.

Cornéhus a toujours un inéchant sourire aux lèvres, et malgré lui un doux regard dans les yeux.

Enfin, madame, — comment vous dire cela? — il se donne pour professer, vis-à-vis des femmes , un peu les doctrines de V Hassan de Musset, et il a revu — pour (|uelqu'un — dix-huit fois un vaudeville!

CoiTiélius est homme à écrire des lettres de quatre pages avec des points d'exclamation de deux lignes en deux lignes. Lui, qui chante les charmes de l'amour canaille, il n'aime guère à friper que des robes de soie. A l'apôtre des joies faciles, il faut les hauts crus du Champagne, des dentelles et de l'esprit orthographié.

Cornélius Hollf est le meilleur ennemi que je connaisse.

Quatre heures ! diantre ! — Madame, est-ce que vous

tenez maintenant beaucoup à la Chanvrière? — Non. — En ce caS;, signons.

Edmond et Jules de Concourt.

UN POIGT DE VIX, Vaudeville en un acte, par MM Raimbaul et Bourdois.

Personne n'a oublié la Douairière de Brionne, ^ÏSl. Raimbaut et Bourdois Vont encore moins ou]>liée c{ue vous ou moi, si bien qu obsédés par leurs souvenirs, ils ont voulu lui rendre un hommage solennel. Mais, comme les lois sur la contrefaçon sont assez sévères , ils ont été obligés de changer le titre; et, comme aucun théâtre à Paris ne se donne pour le moment le luxe coûteux de M"*^ Dé.jazet , et que, d'un autre côté, ces messieurs étaient très-pressés de dire au public tout le bien qu'ils pensaient de la douairière de Brionne, ils ont dû se contenter d'une photographie plus ou moins écor-

cliée.

Cornélius HoUÏ.

DÉLASSEMENTS-COMIQUES

L' ARGENT PAR LES FENÊTRES, Drame-vaudeville en trois actes, par A. Monnier et E. Martin.

Une intrigue de l'Ambigu, dialoguée en style de Paul de Kock : nous n'entrerons pas dans de plus grands développements sur le fond de la pièce. Les longueurs et les lieux communs foisonnent dans ce vaudeville. On ne sait trop ce que les auteurs ont voulu faire: si c'est une charge, ou ime œuvre se-

rieuse. L'impossible et le vraisemblable, le grotesque et le dramatique, arrivent pcle-mèle à tout propos, sans convenance comme sans nécessité. 11 n'y a là ni science ni talent : c'est un caprice d'imaLànation. Il y a des mots plaisants, des situations comiques, des redites qui ont le privilège de faire rire : mais ces mots plaisants, ils courent les rues depuis cinquante ans; ils ont été deux cents fois usés et retapés. Pas une originalité, par une invention comique. Pour produire une pareille œuvre, ce n'était point la peine de se mettre à deux. Néanmoins cette pièce, avec sa nullité et ses défauts, doit aux beaux yeux de certaines figurantes et au remarquable talent d'Alphonsine l'honneur d'être trouvée aumsante : c'est qu'en elfet, dès qu'Alplionsine entre en scène, il est impossible de ne pas se laisser intéresser. On sent que cette femme a été formée à récr)le de Paul de Kock : c'est la illle joyeuse par excellence, la grisette au doux sourire, l'ange consolateur de toutes les misères, la bohème gaie, rieuse, folâtre et honnête, la bohème telle qu'elle n'existe plus, telle qu'elle n'a peut-être jamais existé. Les allures, le geste, le regard, la mimique tout entière est léchée jusqu'à la plus exquise délicatesse : une scène de la Vieille Chaumière peinte par ^A'atteau. Rien qu'à la voir entr'ouvrir ses lèvres rosées, on sent que c'est un cœur qui se dorme et beaucoup, mais qui ne se vend pas. L'intonation même chez Alphonsine a des ressources incalculables, des effets du burlesque le plus désopilant. Au théâtre des Variétés, M"'" Ozy s'est fait, dans un genre analogue, toute une réputation. Il y a loin de M"* Ozy à Alphonsine : plus loin que du boulevard Montmartre à la Galiote; mais c'est Alphonsine qui est

le but. Alphonsinc sait, M"« Ozy ne sait pas; — Alphonsine joue, M"* Ozy est; — Alplionsine a du talent, M"* Ozy a des dispositions. Il n'y a qu'une fennne à Paris que l'on puisse comparer à Alphonsine : c'est Léontinc; mais, entre ces deux variétés d'un même genre, il y a mille nuances : Alphonsine n'est que grisette, Léontine est tout-à-fait fille. Ajoutons qu Alphonsine sait lire et que Léontine a oublié d'avoir des mois d'école. Cette différence d'instruction résume parfaitement la diff(''rence du talent : — l'une est élégante, l'autre est grossière.

M"" Taigny jouait un rôle de jeune homme qu'elle a su parfaitement approprier à la nature gracieuse et sentimentale de son talent. Elle avait à illustrer une scène de soulographie, et elle a mené cette difficulté avec mi balancé et une rondeur qui joignaient au naturel une certaine originalité. Mais c'est surtout dans les moments pathétiques, dans les scènes où l'orgue joue l'air des grands sentiments, que nous aimons M'"* Taigny; alors elle est vraiment elle, et elle ne saurait être mieux.

Alphonsine et M""" Taigny sont très-bien secondées par Willard et par Markais. Quant à Renaud, nous le prierons de s'inspirer un peu moins de Chilly, — un détestable modèle, — nous lui en saurons bien bon o-ré, et lui-même ne pourra que s'en bien trouver.

C'est ainsi que, grâce aux acteurs, ce qui devait être une chute est devenu un succès.

Cornélius HolIV.

VENUTROTO CEFFINI

Parodie on un acte, par M. E Wistyu.

Est-re que la pièce de Paul Meuricc était de celles qui valent la peine d'être parodi/os? Plus qu'un autre peut-être j'ai rendu justice à son œuvre, mais est-ce que Benvenuto Cellini peut passer pour une de ces conceptions hors ligne qui, comme Hernoni, par exemple, ont droit à l'insulte et à la risée? Non, mais il est deux sortes de parodies : les parodies réelles et les parodies fictives; les parodies du dénigrement et celles de la réclame. Le genre parodie contient donc deux variétés. A quelle variété se rattache Veimtroto Ce f fini? Je ne vous le dirai pas, car je n'en sais rien. — Les iwrodies ne sont supportables qu'à la condition d'être démesurément grotesques, et nous devons dire que l'œu^'re de M. Wistyn a toutes les qualités du genre. Il y a dans l'indication et dans la coupure des scènes un talent de caricaturiste fort remarquable. Les côtés faibles du style et de la conception sont accusés avec un rare bonheur. On sent que l'auteur a fait cette parodie pour de bon, qu'il y est allé franchement, qu'il s'est plu à son travail. Malheureusement on s'en aperçoit trop, car il y a des longueurs qui proviennent bien certainement de cette disposition de son esprit. M. Wistyn fait bien le vers, il a de la verve et de l'entrain; souvent il fait trop bien le vers, et il y a dans cette pièce légère quelques jolies choses que l'on regrette de voir déijaysées en étrange compagnie. On a dit (jue rien n'était plus voisin du ridicule que le sublime. C'est sans doute pour cela qu'Alphonsine a si bien rendu le faire et le dire de M""*" Person : la caricature est si heu-

reusc que plus d'une fois Ton pourrait se croire en présence de l'original. Ce talent d'assimilation a quelque chose d'étonnant chez une fenniie qui, comme Alphonsine, a en elle-même assez d'originalité pour défrayer hien des créations. L'entrée, la démarche, le geste, tout est fidèlement copié , mais avec ce talent qui s'identifie Fimitation. Adèle, dans le rôle de Scotichonne, s'est donné une certaine ressemblance avec M"^ Grave : la souplesse dans les gestes et l'adorable humilité dans les poses. M"" Lequien, qui a, dans le haut du front, une vague parenté avec Isabelle Constant, a très-bien su vulgariser Tourterelle. L'ampleur de ses formes ajoute encore quelque chose à la caricature de la Jeune première. Enfin, M"^ Clémentine a daguerréotype avec précision les airs étonnés de M"'' Berthe. Venutroto-Mikel n'est pas toujours Melingue; mais, dans la scène de la statue, il a exactement rendu l'activité désordonnée de la gestification de Benvenuto. Tous les autres rôles sont assez bien remplis, si ce n'est peut-être celui de Franchoie. Blondelet est par trop conducteur de diligence en goguette; il eût peut-être mieux valu tailler en pleine rodomontade. Telle qu'elle est, néanmoins, cette pièce est assez amusante pour longtemps attirer la foule : tous ceux qui ont vu Benvenuto, — et ils sont nombreux , — voudront voir Venuiroto.

Cornélius Holff.

— 15 mai.—

ODÉOX.

LES ABSENTS ONT RAISON, Comédie en deux actes, par M'"* Aiiais Scgalas.

Le savant Cambden définissait ainsi le provei'l)e (1) : « Un discours concis, sage et siii rituel, fondé sur les résultats d'une longue expérience et contenant quelque avis important et utile. » Scaliger, assimilant le proverbe à l'adage, prétendait que le mot adagiuin, — uilaye, venait du latin ayor, quud agaiur ad aliwl significanduin, c'est-à-dire parce que l'on s'en sert pour signi/ier autre chose que ce que ce qu'il veut dire. Ce prétendu paradoxe de M"'* Anaïs Ségalas n'était donc peut-être qu'une aijplication rigoureuse du principe posé par Scaliger. Les absents ont tort^ vpilà ce que dit la sagesse des nations; mais les nations sont si bêtes qu'il n'y a pas nécessité de les croire sur parole. Et vous ne sauriez vous figurer après tout, estimables lecteurs, combien je suis intéressé à ce que les absents aient raison; c'est pour moi une question personnelle et immense : les absents ont-ils tort ou raison ? Je l'ai déjà dit mille l'ois, je l'ai dit à tout le monde et à tout propos, et je suis heureux de trouver encore une fois l'occasion de le réi»éter : il n'y a point de vérité absolue. Il arrive que les absents ont tort, mais il peut ar-

(1) C.Vmbden's Remninrs concerning Brifain : their hinguages, naines, siirmimes, allusions etc.; the iii'th impression, willi mauy rare antiiiuities never belbre inipiiuted, by Joliu Pliilipot. Loiidon, Th. Hasper, 1036, in-4».

■ 2il —

river qu'ils aient raison. Quand, au lieu d'amour, le cœur n'a qu'une habitude, l'absence a tort. Voilà la règle selon moi; mais à droite, à gauche, en haut, en bas, je laisse place pour les exceptions. Un amour vrai, scindé à ses débuts par l'absence, ne puise -t-il pas de nouvelles forces dans l'isolement, dans la privation de l'objet aimé? Il en est de l'amour comme des idées fixes, et beaucoup comme des bâtons flottants : or donc, l'absence a raison : l'absence a tort, l'absence a raison; méli-mélo psychologique, confusion morale; l'absence a tort, l'absence a raison; où est le paradoxe, oîi est la vérité? Et il y a des gens qui s'amusent à mettre les passions en axiomes et les sentiments en théorèmes !

Max-Pierron aijandonne sa femme Irma-Laurentinc au l)eau milieu de la Suisse, — une abnégation que je n'aurais pas; — pour en finir avec les ennuis du mariage, il suppose un suicide qu'il n'accompht pas. Que va devenir Irma, seule, abandonnée dans un pays qu'elle ne connaît point? Timoléon-Tétard se trouve là fort à propos pour reconduire Irma-Laurentine à Paris, — un téte-à-tète que je lui envie. — Une année s'est accomplie. Or, il est fortement question du maliage d'Irma et de Timoléon. Henri IV disait à ses amis : « Vous ne me rendrez justice que quand je ne serai plus. » L'illustre Gascon avait raison. Mais le plus souvent, ceux qui ne sont plus sont comme les domestiques renvoyés : dès qu'on ne les a plus, on se découvre mille torts de ne pas les avoir chassés plus tôt. 11 aurait pu en être pour Max, — ne pas confondre avec l'ex-secrétaire de la rédaction de V Éclair, — comme il en est ordinairement pour les domestiques : il en fut

pour lui coniino pour Henri IV. Tandis qu'Irma se remettait en mémoire toutes les bonnes qualités de Max, Max additionnait de son côté toutes les excellentes qualités d'Irma, si bien qu'il revient tout à point reprendre possession de sa femme, qui lui pardonne volontiers l'année de veuvage qu'elle semble n'avoir pas trop mal utilisée avec M. Timoléon.

Cornélius Holff.

OPÉRA-COMIQUE

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