‹ Mystère des théatres 1852Chapitre 43 sur 87 · ULYSSE · texte numérisé non relu

ULYSSE

Tragédie on trois actes avec prologue et épilogue, par M. Ponsanl.

L'A3IATEUR.

« Ainsi, vous ne feriez aucune difficulté d'appeler par son nom vulgaire le stupide animal qui s'engraisse de glands?

Ùii1

l'édite TR.

C'est ce qu'on a d'^jà fait. Je connais un dialogue fort estimé où cette expression se trouve. Les interlocuteurs sont Ulysse et Grillus que la baguette de Circé a changé en pourceau. Ulysse plaint son compagnon qui se trouve très-bien de sa métamorphose et qui lui répond : « Mon tempérament de cuciion est si lieureux qu'il me met au-dessus de toutes ces belles choses. J'aime mieux grognonner que d'être aussi éloquent que vous. La patrie d'un cochon est partout où il y a du gland. Allez, régnez, revoyez Pénélope ; pour moi, ma Pénélope est la truie qui règne dans mon étable; rien ne trouble mon empire. » Ulysse lui réplique : c< Les hommes, au rang desquels vous ne voulez pas être, mangeront votre lard, vos boudins, vos .jambons... «

L'A-MATEIR.

Laissez, laissez ce dégoûtant dialogue ; l'auteur était sans doute quelque misérable né dans un cabaret...

L'ÉniTKI H.

Ou sous les piliei's des halles, comme .Molière...

I,'A>[ATKfll.

Qui n'a jamais vu la bonne compagnie le vous

délit' (If me dire son nom.

l'éditeur.

Cet homme de mauvaise compagnie se nommait mesxire Fraxcots de SalDt.xac de la Motte- Fénelon, précepteur île inesfteiijneurft LES EXFANTS DE Fraxoe, archevéipii' ili' Cambrai, prince du saint-empire, et (te plus auteur ile TélÉmaqi f:. »

Allez donc reprocher à M. Ponsard :

Et do plus il avait ici, dans douze étables, Douze troupeaux de porcs...

Ils mangent sans mesure au delà du besoin , Et prennent les plus gras des porcs...

II vous répondra : ^[pssire François de Saliirnac de la Motte-Fénelon, précepteur de niesseigneurs les enfants de France, archevêque de Cambrai, prince du saint-empire, et de plus auteur de TiHéiimque! Il pourrait aussi répondre Homère : « Cependant le divin Eumée donne ses ordres à ses compa,!J:nons : « Conduisez-moi un porc des plus succulents, afin que je le sacrifie pour cet h()te qui vient de contrées lointaines. Nous-mêmes, nous nous délecterons à ce repas. N'avons-nous pas assez d'afflictions, nous qui faisons paitreces animaux à dents blanches et qui voyons des étrang'ers dévorer impunément le fruit de notre labeur? » A ces mots, il fend du bois avec le fer tranchant ; ses compagnons amènent un porc de cinq ans, florissant de graisse, qu'ils étendent devant le foyer... Eumée honore Ulysse en lui offrant le dos entier du porc aux dents blanches. Le roi, en son àme, s'en glorifie et lui adresse ces paroles : « Puisses-tu, () Eumée! être toujours chéri du fils de Saturne, toi qui, malgré ma misère, m'honores de ce porc succulent ! »

Ce n'est pas nous qui blâmerons M. Ponsard de l'emploi du terme épique II faudrait vi-aiment que nous n'eussions pas lu dans la prélace du More de Venise toutes les ihfflcultés qu'a eues le mot mouchoir à obtenir ses entrées au Théâtre-Français. Il est acquis que le

mot mouchoir a mis quatro-vinjrt-dix-sept ans, — do 1732 à 1829, — à se faire recevoir dans la tragédie.

M. Ponsard, avec ce bonheur d'audace qui caractérise les forts, a osé son mot franciiement, délil)érément, du premier coup. « Il a osé son mot à l'épouvante et évanouissement des faibles qui jetèrent ce Jour-là des cris longs et douloureux, mais à la satisfaction du public qui, en grande majorité, a coutume de nonunei' un porc un porc. Le mot a fait son entrée. Ridicule triomphe! ajoute .Al. de Vigny. Nous faudra-t-il toujours un siècl(> jiar mot vrai introduit sur la scène? »

Eilmnnil (?t .îiilcs {\o Cruimiiit.

si»e(:ta(;liis-(;oncekts.

TABLEAIX VIVANTS.

La liel le chose que la Iteljc nature! la belle chose que le nu, même quand il n'est transparent qu'à travPi's les opacités d'un maillot! A défaut des lucidités delà chair vive, des scintillements de la peau, du jeu des ombres dans les mollesses langoureuses du corps, ne perçoit- on pas dans toute son intensité l'enivrement des poses? On va admirer de froides et insensil)les statues dans un musée, il y en a qui se mettent à genoux • (levant un marbre sculpté, et l'on sait les iirécautions dont on entoure la Vénus Callipyge; et pourtant ce ne sont point là les itantelants frétillements de la nature jtalpitante et vivante. Ah! pourquoi ce maillot? voilà : pourquoi ce maillot? Je suis sur que, plus raffinés que nous dans leurs plaisirs, nos descendants ne voudront pas du maillot. De ceci je ne parle qu'au point de vue

'im

plastique. Est-ce que dans les ateliers les modèles ont des maillots? Kst-ce que la morale la plus rig-oureuse peut trouver à redire à ce qui se passe dans les ateliers ! Non; personne n'ignore que l'art n'est que dans l'imitation, et peut-on imiter ce que l'on ne connaît pas? i/on ne met point de maillot à l'oMure du statuaire ; pourquoi donc en mettre à la natuir? L'image peut a\oir les mêmes inconvénients que la ri''alitt'', elle iie peut en avoir tous les avantages, car elle exclut l'idée d'étude et d'observation. La nation française passe pour la nation la plus artistique du monde, ses laudateurs font sonner bien liant son goût pour les arts. Eli bien! placoz-vous dans un quartier él'''gant,au coin de la rue Laflitte et du boulevard, et interrogez les passants sur l'anatomie ; je serais bien étonné si dans toute une journée vous recevez une réponse satisfaisante, le hasard vous eùt-il conduit It'S nombreux médecins qui illustrent la capitale. Il n'en seiait point de même en Allemagne. Nous portons des vêtements peu gracieux; nous sommes lourds dans notre extérieur, lourds comme la ])rume des l»ords du Rhin, épais comme la mousse de notre bonne bière d'ileidelberg; mais si tous nous ne savons pas tenir un crayon, tous nous connaissons l'anatomie, tous nous étudions l'antique et ses admirables modèles. Le peuple allemand deviendra de tous les peu- [tles le plus artistique, car c'est le seul qui apprenne et qui sache. Vieille Teuchland, pourquoi ton sein est-il couturé des cicatrices de la guerre ! Non, ce ne peut être pour rien que tu as porté le poids de la réforme et de la révolution, que tu as servi de champ clos aux duels de l'idée religieuse et de l'idée sociale contre le même ennemi !

Vous me trouvez loin des tableaux vivants du bazar

Bonne-Nouvelle : non, car voici la Mort d'Abel, la Toilette

fie Vé)ms, la Faimlle de Caïn, — des prtses gracieuses, de

belles femmes, — des idées de mort, de famille, d'amour,

de société; — n'est-ce pas qu'il y aurait là les vignettes

d'un cours de philosophie, si on mettait la philosophie^

à '20 c. la feuille?

Coriiélias Holll".

Page 1