HIPPODROME
Ètes-vous allé à ruippodrome cette année? — Non. En ce cas, je vous en fais mes compliments. Moi, non plus, je n'y étais pas allé, et bien m'en avait pris. Ah! pourquoi rexpérience ne se peut-elle acquérir que par l'expéri mentation ?
Pauvre Hippodrome! si élégant, si coquet du temps des Franconi! qu'est-il devenu aujourd'hui? Alors il y avait de beaux chevaux, des costumes frais, des exercices amusants ; aujourd'hui, il n'y a plus que des rosses, des costumes fripés, des exercices au petit pas, depuis longtemps parodiés dans tous les cirques de province, imr tous les bateleurs de sous-préfectures. C'est que les Franconi étaient des artistes en équitation, qu'ils aimaient leur art et leur science en gens qui leur devaient tout, et fortune et réputation, — tandis que le directeur actuel n'est qu'un spéculateur. Par exemple, les Franconi n'avaient point d'aussi belles affiches, illustrées et historiées de tous les coups de crayon de la banque et de la réclame. La direction de l'Hippodrome est fort habile, — c'est un talent que je ne lui conteste pas. — Si vous voulez l'écouter, elle vous persuadera que vous vous amusez quand l'ennui vous fait monter
le ^ltnllllt,'il ù la Irtc 11 ifosl rien ([uc uc puisse lu réilaine; s'a,i;irait-il iiièine de l'aire luisser le Juif errant iitiur une pièce iun\ [irolundémont ennuyeuse, on y arl'ivcrait; mais cela ne dure pas. L'Hippodrome s'en est trop lié à Texcellence de la réclame, et je ne sais pas s'il y avait bien cinq cents personnes lorsque j'eus le malheur d'y aller.
Construction éminemment rustique, é(;liafaudagc de planches â peme dégrossies, Mliiii>odrome aurait au moins besoin d'être tenu avec propreté, et c'est ce qui n'arrive pas; outre que les banquettes sont rembourrées avec un foin qui, tour à tour indjib'- par la pluie et desséché jiar les rayons du soleil, e.vhale une odeur de fermentation tiui, par instant, se ra[tproclie des senteurs du fumier; outre que les banquettes sont fort dures, cires sont couvertes de poussière et de graisse, au point qu'mie fraîche toilette ne s'en peut relever que fanée. Les accotoirs sont humides et rouilleux et laissent leurs traces ferrugineuses sur les couleurs claires. Les balustrades sont couvertes d'vme crasse qui ne permet l>as que l'on s'y appuie un instant. Ai-je dit que les places étaient plus étroites qu'à l'Ambigu, et qu'entre la rampe et le siège, il n'y avait faciUté jiour la circulation qu'aux dépens des cors et des dentelles de la galerie? Faut-il [larler de la tribune? Les loges sont étroites, les chaises et les fauteuils sont durs comme des selles de manège, et la piètre décoration de ces places à o fr. est d'un goût si piteux que, par respect pour leur teint, les femmes préfèrent ne point s'y^ asseoir. Et dire que, dans une ville comme Paris, le seul théâtre de jour ne soit pas autrement comfortable. Le public est si bête qu'il va où U est mal, sans s'apercevoir qu'il
est mal; mais un Jour viont où il se lasse. La direction de l'Hippodrome a beaucoup à l'aire si elle veut conser- \er ;ï son établissement la faveur et la poi)ularité qu'avait su lui con(iuérir rintellip,ente administration des frères Franconi.
On pardonnerait peut-être à l'Hippodrome sa malpropreté et tous ses autres inconvénients, si dans le spectacle en lui-même était véritablement un attrait. Malheureusement il n'en est rien. Ce qui distingue actuellement les exercices de l'Hippodrome, c'est le mauvais gïjùt; et, dans une ville intelligente connue Paris, le mauvais goût est ce qui se doit le moins pardonner. Peut-on concevoir quelque chose d'un goût i»lus détestable que les Comiques de /V/rw sur le turf? En province, on hausserait les épaules ; à l'Hippodrome on a|)plaudit, car il y a une claque à THippodrome comme aux Variétés; encore un perfectionnement que ne connaissaient point les frères Franconi. Outre que, selon moi, c'est faire beaucoup trop d'honneur aux gros bonnets de la gent cocassière que de les parodier, je me demande vainement quel sel peut avoir une pareille plaisanterie, — le masque de Sain ville tombant de cheval , par exemple ! — Les Femmes d'Athènes ont cela de fâcheux que les chars sont montés sur ferraille et que c'est pendant toute la course un bruit à écorcher les oreilles. Et les attelages, et le liarnacbement ! C'est un succès de fou rire, quand parait le harnachement gris-bleu. Le beau plaisir d'ailleurs de voir une course dont l'on sait le vainqueur d'avance désigné ! L'intérêt de l'administration l'exige, car on ne peut laisser à ces dames la faculté de lancer leurs chevaux à toute vitesse; mais les jouissances du public n'en sont-elles pas d'autant diminuées'
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rt, puisqu'il paie, il peut bien, après tout, exiger (jue Ton ciève des chevaux pour son jilaisir. Ces réilexions s'appliquent à tous les exercices équestres de Tllippodrorae : le Triinnplu' ilestruis d'jv'cx, les Courses de Chantillj/, la Chasse sous Loui.s ,\ \', les Fantaisies équestres, le Jeu de barres, etc. Ouant au Satil île riciére, t'est une plaisanterie bien déplacée après les merveilles de lîerny et de la Marche. Si des ainateui-s sautent douze pieds, des joueurs de tours devrai(nit en sauter trente, et ils n'en sautent que douze. — La partie burlesque de YHi\> podrome est peut-être ce qu'il y a de plus déplorable. On ne l'é unirait personne à Concarneau, avec les Cockneis de la Cité, les Singes en caliche et Robert Macaire, etc. A Paris, avec de grandes affiches, une administration réunit toujours du monde jusqu'à ce qu'elle se trouve seule en l'ace de ses banquettes ; c'est ce qui se prépare pour celle de l'Hippodrome, si elle ne se hâte d'acheter à ses figurants des feutres un peu moins ramollis, si enfin elle ne fait le sacrifice d'une mise en scène plus soignée. MM. Hingler et Paiish sont sans doute de très-habiles acroliates; mais quelle satisfaction que de von* un homme risquer sa vie pour peu de chose probablement ! De tels spectacles conviennent à des barbares, mais ils ne sont plus dans nos raœurs^ et fort heureusement. La direction de l'Hippodrome ne fera pas que l'on éprouve aujourd'hui du plaisir à voir à quarante pieds en l'air un homme suspendu par les pieds.
(Juand on n'a pas d'idées à soi, on emprunte celles des autres. Aussi, voyant le succès du capitameHuguet de ^lassilia, la direction de l'Hippodrome a voulu avoir sa ménagerie et son dompteur. L'excellente charge!
Figurez- VOUS une caye traînée par six chevaux, dans laquelle sont enfermés quelques animaux prétendus iV'roces. Un monsieur du nom d'Herbert descend là-dedans par une trappe. 11 se met à califourchon sur le lion, puis sur le ti.i;re, et le tour est lait, l'ourquui cela s'appelle-t-il le Martyr chrétien? S'il va un martyr là-dedans, c'est ce pauvre publi<- qui jtaie et qui s'ennuie. Ce ne sont pas là les bouillantes fureurs des pensionnaires du capitaine liufiuet de Massilia ! ce ne sont pas les teriibles luttes de Charles le dompteur! ce ne sont pas les pantelantes émotions des spectateurs de la ménag-erie! Un éclat de rire accueille toujours la ridicule exhibition de l'Hippodrome. On pourrait croire que les animaux sont empailles, si on ne les voyait se remuer de temps à autre. Ces pauvres bêtes sont tout simplement vaincues par l'hébétude, la privation de nourriture et de sommeil, et peut-être le chloruforme. Si c'est une parodie,
elle est bien mauvaise.
E. Le Barbier.
cmnuE.
Depuis que saint Médard a arboré l'étendard de la pluie, on ne se hasarde quavec peine dans ces iumienses flaques d'eau, plus généralement connues sous le nom de Champs-Elysées. Guignol est bien souvent forcé de faire relâche. Le chat grelotte devant le manteau d'Arlequin du petit théâtre en coutil et cherche de ses yeux étonnés son pul)lic habituel : les enfants, — leurs caméristes, — et derrière ces caméristes de la Normandie ou de la Beauce. leur conséquence inévitable, les troubadours de la hgne. Le Commissaire et Pohchinelle
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àiionnoiit, (Mitre deux oiidros, leurs aiiti(jues lazzis. Los clianlcuscs des cafés-conrerts^ euruliaïuiées et eliauiai'rées de satin et de soie, lancent leurs notes hyperboli- (]ues devant un auditoii'e d.'ciin!' par le rhume et la lluxion. Pas de soleil en juin, pas de soleil dans ce mois qui jaunit la moisson, c'est triste! Que voulez-vous? saint Médard Ta voulu ainsi.
Malgré ce quasi-d(''luge, on va toujours au Cirque. C'est que dans l'élégant théâtre de AI. Dejean, vous qui \ oulez tout voir, vous n'êtes i>as fatigué pai six niuitelles heures de spectacle ; c'est que là tout est frais et de bon goût. Tel est le grand uiyst-'-re des succès toujours répétés du directeur du Cirque. Il fait tout bien et largement; il sait donner à tout un cachet parisien : — aux grandes connue aux petites clioses, — aux plumes et aux satins de ses écuyères comme aux selles et aux simples bridons de Chandor et de Wagram.
Nous avons vu au Cirque d(>ux charmantes danseuses de corde, M'"'* Adams et Bridges. M'"' Adanis surtout, ravissant type anglais, bondit sur la c(jrde avec une grâce et une souplesse incroyables, avec une légèreté qui vous fait lui chercher des ailes.
M"'' Amaglia exécute, sur un cheval nu, un travail que nous avons vu faire autrefois à Lejears, àLalamie, à Paul Cuzent, et qui, de la part d'une femme surtout, est une énorme hardiesse; aussi est-elle rappelée chaque soir, (atons encore deux jolies écuyères : M"'' Goralie Ducos et M"'= Virginie Tourniaire.
M. Guertener franchit, sur un cheval sans selle, l>anderoles, cercles, tonneaux avec une rapidité fabuleuse; on le croirait de caoutchouc. Poui- lui. il n'est point d'obstacles.
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Quant il Auiiol, il nous a senibh- triste. l*erd-il courage? Allons, notn; joyeux cknvn, quavez-vous donc? (Iraignez vous de ne plus être à la hauteur de votre réliutation? Si vous n'avez plus cette réussite assurée pour chacun de vos malicieux tours, nous pensons toujours à vos helles années et nous ne serons pas assez ingrats pour vous refuser nos bravos.
Maintenant, aurons-nous assez d'applaudissements, de trépignements pour les deux clowns Candler et Laristi? Si vous n'avez pas vu la Perche, ami lecteur, allez au Cirque, et vous verrez cet exercice diabolique ; c'est le nec plus ultra de l'équilibre.
M. Dejean nous prépare, dit-on, bien d'autres merveilles. A bientôt : le succès ne s'obtient qu'au prix
d'efforts continus.
E. Lf Ba-i'bier.
— 3 jniilpl. —
VAUDEVILLK
LtS XÉIIÉIDES ET LES CYCLOrES, Picce mythologique, par MM. Clairville et Lambert Thibousl.
Analyser cette pièce serait lui rendre un fort mauvais service : l'imbroglio mythologique n'est acceptable qu'à la condition que l'on profitera des légèretés du costume de M"*"' Cico, Marthe, Caroline Bader, Clary, Clorinde, Jeanne, xMarie et Corinne. Jamais M. Clairville n'avait encore trempé dans une stupidité
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aussi monstrueuse; il a (»utrc- passé les liorues du possible. Heureusement que M"' Cico est toujours la délicieuse ieuuiie que vous savez; heureusement que la musique de M. Montaubry est g'racicusc et coquette; lieureuscment que ni les Néréides ni les Cyolopes Jie sont les cariatides du vaudeville.
Ciii'iK'lius HoUr.
DliLASSEMENTS-CO.MlOUKS.
VIENS, GExNTlLLE UA.ME !
Vaudeville en un acte, par M Judicis.
Où? — Sur mon cœur, parbleu! — Vous avez deviné. C'est précisément ce que voudrait M. Henri-Boursier, quand il joue de la flûte, — un drôle d'instru- Uient, — sous la Miètre de M"*^ Camille, la tille de la marquise-Valmy, voisine de campagne du baron-Renaud, Tonde de M. Henri. — N'oubliez pas que vous êtes ici aux Délassements-Comiques, que les ofliciants ne sont point WiM. Scribe et Bayard, et que Famour est à Tordre du jour. Je m'apprêtais donc à voir paraître Camille-Élisa, — et M. .ludicis aftirme qu'elle serait venue, — lorsqu'un malencontreux coup de fusil vient interrompre la sérénade de M. Henri, et fait reculer d'épouvante jusqu'au plus profond de son alcôve M""" Camille-ÉIisa, qui, jeune encore dans la vie et aussi dans le vaudeville, ne réfléchit pas, dans le premier moment de son émoi, que ce coup de fusil peut bien n'être qu'un truc de Tautcur. Ce n'est, en ellêt, qu'un truc. Celui qui a tiré le i-oup de fusil, c'est le baron-Renaud, Toncle de M. Henri-Aulète, — le joueur de flûte, si
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VOUS ignoroz la lo;-rolog'ie irrecque et riiistoire dos Ptolémées. — Mais pourquoi le baron a-t-il tir.' ce coup (le fusil? Parce que nous sommes clans ce temps heureux où la chasse est permise, et que le baron est chasseur. Mais Henri-Aulète n'a pas été interromim i»our rien dans l'aimable exercice auquel il se livrait. Tant pis jiour son nnclc. il faut (pi'il écoute l'histoire des amours de son neveu. M. Henri finit par i>rier son oncle de demander pour lui, Hem-i, la main de M"*' Canjille; car à quoi servirait un onclo, si ce n'est à payer les lettres de change et à faire les commissions matrimoniales? C'est ici que le A'audeville prend des prop(»rtions shakspeariennes. Entre la famille du baron et celle de la marquise, il y a quelque chose comme entre les Capulet et les Montaigu : il y a du sang. . . le sang d'un lapin. Voici les faits : le baron est un vieux marin de l'empire qui a fait écrire ses titres de noblesse au dos des patentes d'un bâtiment pris à l'abordage. La marquise appartient à la noblesse de l'ancien régime. Entre le baron et la marquise, rivalité nécessaire. Ne sachant comment vexer le baron, et connaissant son humeur vagabonde, la marquise s'est amusée à le faire surveiller par ses gardes, et chaque fois que, dans l'ardeur delà chasse, il franchit les limites rigoureuses de la propriété de la marquise, il se trouve face à face du procès-verbal fait homme, du garde juré. Demain encore le baron aura à répondre au juge de paix, sf'ant à la justice de paix, du sang d'un lapin versé indûment sur les terres de la marquise. Ce fait n'a rien d'extraordinaire. Rien de plus usuel que ces tracasseries de voisinage. — Pour ma jiart, je connais une excellente et spirituelle femme, la comtesse de Y...,
la nî("'ro de mon moillour ami, qui ost atteinte de ce petit travers : elle possède les plus beaux bois de son arrondissement, — bois qui sont une tentation pour les cbasseurs à dix lieues à la ronde, et elle les fait garder avec une susceptibilité jalouse, pointilleuse et processive, qui la fait donner au diable par tous ceux de ses nombreux voisins qu'elle mène annuellement devant le juge de paix, au grand contentement des gardes, qui ont les bônéflces de l'amende — Je reviens au baron. Il refuse un mandat qu'il ne saurait remplir. Eh! c'est la marquise. Elle vient pour reprocher au baron de tolérer l'emploi exagéré que fait son neveu des charmes de la sérénade, et s'en va après lui avoir laissé je ne sais(pi(ii d'écrit. Ce je ne sais quoi d'écrit, c'est le dénoùment de la pièce. Le baron reconnaît cette écriture, et il tire de sa poche des lettres d'amour qui ('iiianent de la même plume. — Ce monsieur qui a l'air hôte, c'est l'avocat de la marquise. Le baron l'engage à jouer de la flûte. A ce son doux à son conu', Camille parait : Henri met une échelle contre le nuu', monte au balcon de sa belle, et en descend avec elle. Au milieu du bonheur des deux amants, l'arrivée de la marquise éclate comme une bombe; mais Je baron la calme en la menaçant de montrer les lettres qui sont en sa possession. — Henri et Camille se marient, et auront beaucoup d'enfants, — un malheur que je neveux pas souhaiter à M"'= Élisa. — Si le mot immoral signiflait quelque chose, je dirais f[ue ce dénoùment est immoral; je dirai simplement qu'il est ignoble. L'emploi du chantage est toujours condanmable, et le baron, ai»rès tout, lait ce qu'en argot industriel on appellerait ftiire chanter la marquise. Que Ton mette du chantage sur
la scène, ce n'est que justice, puisque le cliantug-e est dans nos mipurs; mais que l'on ait Tair de lui donner l'aison, c'est ce que je déplore. Jeter de pareils exeni pies en pâture aux iuia,i:inations impressionnables de ces hommes abrupts qui forment le public des théâtres populaires, c'est leur apprendre le chantage, c'est-àdire le crime! Ou eût perdu la pièce en gaieté et en esprit si le baron avait noblement rendu à la marquise ces témoig-nages compromettants de ce que le monde aurait appelé une coupable faiblesse, et si la marquise, touidiée de ce bon procédé', avait consenti à unir les deiiv amants?
PKXiuxT l'orage, ^';lU(lcîvllle eu un acte, par M. di- .lallais.
Quel farceur que le tonnerre! On sait les l)ons tours qu'il s'amuse à jouer. La marquise de L... nous racontait encore, il y a quelques jours, comme quoi, son cuisinier et sa fille de cuisine étant dans l'exercice de leurs fonctions, le tonnerre était entré dans le laboratoire et avait dénudé Tune et l'autre sans leur faire aucun mal^ ensuite que l'une s'était mise à rire, tandis que l'autre admirait de tous ses yeux; un mois après, la fille de cuisine épousa le cuisinier. C'est ainsi que le tonnerre lui-même se plaît à marcher sur les brisées de M. de Foy. L'autre soir, aux Délassements-Comiques, je souhaitais l)ien vivement que le tonnerre fit ce qu il avait fait au château de L..., et je me promettais de voir des choses que je n'avais jamais vues, car M"''^ ilathilde et Taigny étaient en scène. Malheureusement le tonnerre est resté dans la coulisse, à mon
grand dôsaiiitointonient ot à celui de tous les autres spectateurs, j'en suis persuadé. Cepend;int, cette fois, il n'a pas tout à fait menti à ses traditions; il a fait un mariage : celui de Peblo et de Kioretta. Fioi'etta-Matliilde donne asile, chez elle, à Peblo-Taigny, pour ne pas le laisser mouiller par l'orage, et, après des scènes qui ont 1(>. tort de rappeler ui'i vaudeville bien coiniu, Fioretta tlonne sa main à Peblo. Le curé passera par là, .je ne tlis pas le maire, car nous sommes en Espagne. JUen de plus ennuyeux, en général, que ces pièces à deux' personnages. M™'' Taigny a su faire passer la chose grâce à l'exquise flnesse de son jeu; elle était ravissante avec son costume andalou, et dans son rôle d'amant passionné et pressant elle a mis une verve, un entrain, une chaleur auxquels, malgré toute sa bonne volonté de se défendre, M"" Mathilde ne pouvait résister plus longtemps; aussi s'est-elle rendue avec une grâce qui faisait honneur à l'éloquence de Peblo. Pauvre Peblo! connue il a l'air heureux d'entrer en ménage. Hélas! que l'on est heureux d'être heureux! De. ma part, est-ce un regret? est-ce un souhait? — L'un et l'autre, madame.
r\E XITT SUR LA SCÈNE, Par MM. dr Jallais et Audevai.
Il n'y a que les pompiers qui liassent de ces nuits-là, et certes, je n'envie nullement leur sort, surtout depuis qu'on leur a ùté le mousquet, cet instrument si utile pour éteindre les incendies. MM. de Jallais et Audevai n'ont point voulu nous faire assister aux mystères de la pomjie et du seau. Bouvard entre chez
son voisin Poussier en revenant de la Porte-Saint-Martin, et lui raconte les Nuits de la Scène, ce drame émouvant dont le succès a, dit-on, si fort monté à la tête de rimpresario-maëstro. MM. de Jaliais et Audeval ont, je crois, voulu faire une scène comique aux dépens de M. Marc-Fournier. Peut-être un truc de rintellij?ent directeur. M. Marc Fournier a de si belles affiches, qu'il peut bien aussi se payer la réclame d'une parodie; notez bien qu'au même théâtre l'on a représenté Venutroto Ceffini, la parodie de Benvmuto Cellini. De quelque manière que soit la chose, je sais bien que MM. de Jaliais et Audeval n'ont rien fait qui vaille Cadet Buteux à rOpéra ou la Mère Michel aux Italiens.
Cornélius Holff.
— 10 juillet. —
0PFR.4-C0MiyiE.