CHOISY-LE-ROI
opéra-comique en un actp, paroles de MM. de Leuven et Carré, musique de M. E. Gauthier.
• L'autre jour, M. Gauthier nous donnait de la bonne farce italienne, aujourd'hui ce n'est pas cela : c'est de la musique rococo, de la musique de Boule, si vous voulez ; il y a tout un travail de petits ornements, de petites incrustations, de petits trucs, de petites perfections; c'est de la musique comme on en pouvait faire dans les petits appartements de Versailles dans le temps des filles de bon ton. Si \\'atteau avait fait de la musique, il en aurait fait comme M. Gauthier en a fait ce soir-là. M""^ de Pompadour, qui était une artiste déguisée en procureuse pour le contentement de son ambition, devait faire de pareille musique siu' son clavc-
ciii de bois darose, marqueté d'ccaille, d'ivoire et de vermeil. La Régence n'est pas lexvni* siècle; elle avait trop de philosophie dans ce qu'on a appelé son inniioralité. Le vrai xviii* siècle ne commence qu'à la naissance de Louis XV, et je place la naissance de ce gentil croque-mort de la chose monarchique à sa grande maladie, à sa première excursion en dehors du mariage, boucher n'est mort qu'en 1770. Marquises au coquet sourire, bergers enrubannés, amours rebondis, quittez vos trumeaux, quittez la toile et l'émail, venez à la musique de Gauthier danser la ronde fantastique du dernier siècle! — une gavotte. La musique de Clujixyle-Roi est toute jolie, toute gracieuse, depuis la première mesure jusqu'à la dernière, et quand je dis qu'il n'y a rien à citer, parce que tout est charmant, ce n'est pas une banaUté. Je ne connais guère que la partition des Porcherons qui soit aussi bien XTiu^ siècle. M. (iautliier avait un grand avantage, celui d'avoir à faire chanter M""*" de Pompadour, cette femme dont le nom seul est une inspiration. M™* de Pompadour, n'est-ce pas la maîtresse de Louis XV, ce roi de bonbonnière, ce prince qui semblait fait exprès pour avou- le droit de figurer sur une tabatière en portrait serti de dia mants? M"" de Pompadour, et n'est-ce pas tout un genre que ce genre pompadour? et, naturellement, M"-" de Pompadour devait tout faire à la pompadour, et elle devait surtout chanter à la pompadour, et M. Gautluer l'a fait parfaitement chanter à la pompadour. Comme perfection de couleur locale, la musique de M. Gauthier devrait être gravée sur de la porcelaine de Sèvres ou moulée en Ijiscuit avec des bergers et des lîergères en guise de croches.
Mais, à côté de la musique, il y a le Hbretto. M. de Leuven a très-spirituellement mis en scène W"" de Pompadour. L'intrigue est toute pimpante, décolletée juste assez pour doinier le désir d'en voir davantage. Elle est surtout et avant tout de bonne compagnie. Le fond est peu de chose, comme dans toutes les petites pièces de cette nature, mais les détails sont très-gracieux et très-amusants, deux qualités qui ne sont pas à dédaigner. Rien n'est moins commun que la gaieté ou le prétexte à faire cette grimace qu'on appelle un rire; rien, dis-je, n'est moins commun que la gaieté dans les opéras dits comiques. Et cependant ce n'est pas assez que d'écrire sur le seuil de la salle du festin : On rira. — On rit beaucoup à Clioisy-le-Roi; c'est ce qu'il faut dans ces piécettes qui se présentent sans prétentions dramatiques. M.M. de Leuven et Michel Carré ont su faire un liliretto qui est aussi amusant qu'un vaudeville qui serait amusant.
M"^ Petit-Brière débutait au Théâtre-Lyrique dans le rôle de la marquise de Pompadour. Elle a joué et chanté de manière à donner des regrets à l'Opéra-Comique. Elle porte parfaitement le costume du xtui* siècle. M""' de Corcelles continuait, dans Choisij, des débuts brillamment commencés dans Si yétais roi. C'est une charmante femme, des yeux bleus, des cheveux blonds, une peau de satin, et, ce qui vaut encore mieux, elle met dans ses moindres gestes une délicatesse, une grâce exquise qui va parfaitement au personnage qu'elle joue ; — elle a toujours l'air de descendre d'un panneau de Boucher. En peu de temps, elle a su acquérir une quahté qui kii manquait : l'iiabitude de la scène, car elle débutait dans la carrière du théâtre par