‹ Mystère des théatres 1852Chapitre 65 sur 87 · IÔ · texte numérisé non relu

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le rôle de Z(''li(lc de S/ fêlais roi. Comme la musique de iM. Adam, la musique de M. (Gauthier a été pour clic l'occasion d'un succès. II est vrai que sa voix si fraîche et si souple sait se prêter à toutes les difiicultés comme à tous les effets. Jeunesse! beauté! talent! tout un avenir pour une roulade ! Ainsi va le monde.

Grignon père et Grignon fils jouaient tous deux dans Choisy-le-Roi. Crignon fils n'a perdu aucune de ses excellentes qualités, il a de la méthode et du talent comme comédien. Quant à Grignon, il a été ce qu'il est toujours, excellent comédien et chanteur de goût. Le temps nous manque pour faire de lui l'éloge qu'il mérite; nous y reviendrons avec plaisir. C'est un des bons barytons et des bons comiques des théâtres de

Pai'is.

Cornélius Holfi'.

— 23 octobre. —

AMBIGU-COMIQUE

TOUT EST BIËX OUI FLXIT BIEN, Proverbe en trois tableaux, par M. E. de Yarennes.

Trois nuits et deux jours, j'avais travaillé sans prendre d'autre repos que le temps nécessaire à fumer une cigarette toutes les heures. Le soir du second jour, je sortis; il était minuit quand je rentrai chez moi. Je me mis au lit avec cette promptitude de l'honune qui cherche dans le sommeil autre chose qu'un délassement,

le plaisir, VouLli. A peine fiis-je clans mon lit que je m'endormis, et à peine fus-,je endormi que je me sentis transporté dans une pièce haute et froide : elle n'avait qu'une fenêtre qui donnait sur une cour étroite où jamais le soleil n'avait pénétré ; les murs étaient tendus de serire verte ; au lieu de parquet, c'était un carrelage peint en roug-e ; il y avait au milieu une table exactement carrée, recouverte de drap vert; devant la taLle, il y avait un fauteuil à accotoirs en bois, taillés à angles droits; l'étoffe du fauteuil était du damas en laine rouge; sur la table il y avait un encrier noir, un paquet de papiers fort sales; on y reconnaissait des enveloppes de chandelles et de bougies, des comptes de cuisinières et des cornets veufs de leurs pommes de terre frites. Il y avait encore sur la table un tlambeau d'argent dans lequel l)rûlait un cierge surmonté d'un abat-jour vert. Sur le fauteuil se tenait un petit homme sec et maigre. Il avait des lunettes vertes, un mouchoir à carreaux, une robe de chambre de molleton gris et une petite cravate de soie noire. Au lieu de pantalons, il portait des culottes; il avait des bas defiloselle noire et des souliers à boucles d'argent; à côté de lui empestait une large tabatière dans laquelle il puisait de larges prises.

J'étais sur le seuil de la porte, et le petit homme ne paraissait pas faire attention à moi. Je frappai.

— Frappez, et on vous ouvrira, répondit une voix aigre comme celle d'un enfant de chœur.

Je ui'avançai dans la chambre,

— Où suis-je? dis-je après quelques instants de silence.

— Demandez, et vous obtiendrez.

— Qui ètes-vous?

— Qui trop embrasse mal étroiiit.

— Me répondrez-voiis?

— Trop parler nuit.

Un silence,

— Eh bien !

— Tout vient à point à qui sait attendre.

— Allons donc !

— A bon vin pas d'enseigne !

— Parlerez-vous 1 repris-je avec colère.

— A brosser un nègre on perd son savon.

— Vous m'ennuyez !

— A quelque chose malheur est bon

— Finissez- vous donc ?

— Il y a une fin à tout.

— Taisez-vous!

— Rira bien qui rira le dernier !

Et en proie à une explicable fureur, je saisis mon poignard et me précipitai sur le vieillard; il poussa un cri, et je me réveillai.

Le lendemain J'eus l'explication de ce songe; on donnait à l'Ambigu-Comique la première de : Tout est bien qui finit bien. C'était sans doute le dieu du proverbe qui avait voulu avoir une entrevue avec moi;- je suis peu flatté de cette distinction. Encore si le dieu avait bien voulu me décorer de l'ordre du Proverbe sifflé ? Quelque commun qu'il soit, ce ruban eût agréablement figuré à la boutonnière de mon habit.

Une femme est infidèle à son mari sans que celui-ci s'en aperçoive; voilà la pièce de M. Edmond de Varennes. C'est assez leste i»our un homme grave, pour un père de famille.

Cornélius Holff.

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HISTOIRE I) UNE FE\OIE MARIÉE, Drame-vaudeville en trois actes, par MM. Brisebarre et Nyon.

11 en est autant qu'il y a de feiuraos mariées. Quant au drame en question, c'est la vieille histoire de ce monsieur qui dit à sa femme et à son amant : « AUez-vouSr en ensemble. » L'amant et l'amante s'en vont, et puis ils s'ennuient et se séparent. Qu'est-ce que cela prouve? Qu'ils ne s'aimaient pas; car s'ils s'étaient aimés, ils ne se fussent ni ennuyés ni séparés. Le vrai amour n'a qu'un temps; il vit autant que l'objet aimé. Ce qui a perdu l'amour de réputation, ce sont les amoureux; mais ce n'est pas sa faute, à lui : 11 est obligé d'accepter toutes les recrues que lui amène le printemps. Ce dramevaudeville est infiniment déplorable.

Cornélius Hoiff.

FOLIES-DRAMATIQUES

DANS I.-VE ARMUIKE, Vaudeville en un acte, par MM. Vulpin et Thierry.

Une armoire est par elle-même un meuble incommode et disgracieux; son premier inconvénient n'est-il pas d'abord d'être, pour beaucoup de personnes, d'un genre douteux? Peu savent s'il faut dire : un armoire ou une armoire. Évidemment les armoires n'ont été inventées que pour le service des amants. Pour ma part, je n'ai jamais considéré une armoire sans penser que c'était là sa seule excuse, sa raison d'être. Ah! qu'il en est une surtout que je ne trouve supportable qu'à cette

condition et dans laquelle je voudrais hien me voir enfermé! Hélas! trois fois hélas! domma, non sum dignus! et je me frappe la poitrine! Et voilà comment on est nialheureux ! Cette armoire je ne l'ai vue qu'une fois; c'était un soir : la douce soirée ! L'armoire est restée fermée pour moi! et pourtant!

Le droguiste est amoureux de la femme du juge de paix de l'endroit. Quoi d'étonnant qu'un droguiste soit amoureux? Le juge de paix débouche au milieu d'un rendez-vous. Situation renversée. L'amant cache l'amante dans une armoire. Dans cette armoire est déjà enfermé Saturnin, jeune homme rempli d'amour pour la^ fille du juge de paix et couvert de dettes, ce qui ne gâte rien. Saturnin a été poussé dans l'armoire par le garçon du droguiste, l'obligeant Sulfurin, au moment où il allait être pris en flagrant délit de séduction et de lettre de change non payée. Le juge de paix vient mettre les scellés sur l'armoire. Les prisonniers ont l'air de mourir de faim, si Saturnin n'apprenait qu'il vient de gagner la grosse prime à l'Hôtel-de- Ville. Il brise les scellés et épouse son amante, tandis que le droguiste médite de nouveaux adultères avec la sienne. Le juge de paix voudrait bien poursuivre pour bris de scellés, mais la loi n'a pas prévu l'effraction provenant du dedans.

La pièce est très-amusante, beaucoup plus amusante que les ordures du Palais-Royal. Pour les emprunts municipaux, c'est une excellente réclame. Je vais regarder dans Paris de combien elle a fait monter les obligations de la Ville, et je vous le dirai le jour de la soixantième représentation, lequel sera probablement la veille de la soixante et unième. Dès aujourd'hui, le

directeur vous pourrait dire de combien cette pièce a

fait hausser ses recettes.

Cornôlius HolfT.

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