LE PIANO 1)E BERTHE
Par MM. Barrière et Lorrin.
Qui y eût résisté? — Vous, lecteur? Que non pas! La journée se levait chaude et bleue comme un beau jour de juin, les brises matinales frissonnaient encore; c'était l'ouverture du printemps. Trois amis vinrent nous enlever, sans bruit, sans refus possible. — Où allonsnous? — Pécher à la Uj^ne dans un château. — Nous étions déjà sur l'impériale; les gros chevaux blancs piaffaient déjà comme des études de Géricault dans la cour du Plat d'Étain.
11 y a six cigares et demi de Paris au château.
Je vous le répète, lecteur, qui y eût résisté?
Et ce furent trois jours des joies de Parisiens, des courses dans le parc, tous les jeux d'une foire transportée sur le tapis vert ; des pèches indolentes, la Ugne fichée en terre, un grog près de vous à rafraîchir dans l'herbe, un volume de l'autre côté; ce furent des admirations de cette allée de tilleuls centenaires, de cette eau vive et belle, de ce pont vert, et de l'ile. Ce fut toute une enfance retrouvée à cinq, les grands combats à coups de pommes de pin ; et, que sais-je? toutes les gamineries qu'on est honteux de dire , mais qu'on est heureux de faire, qu'on improvise si vite, et qui courbaturent si bien. Toujours attendue, sonnait la cloche des repas; toujours demandées, résonnaient le soir valses
• Si
et polkas, dont nous vous remercions, maJemoisello. — Au midi, sur le g^azon, vous nous eussiez vus tous la cisrarette, le cigare, ou même la jjipe à la Louthe, qui, le peintre ordinaire des grâces parisiennes, dont les abonnés de l'Illustration savent bien le nom, à rêver de ces délicieuses impures; l'autre à songer à sa promenade de Pierrot par les sept péchés capitaux, — sept dessins que lui achèterait la comédie italienne, si elle vivait encore, dédiés aux mânes de Debureau; le troisième, — un paresseux que vous applaudirez cette année au Salon, — à ne rien faire; — et nous, à songer à nous excuser auprès de vous, lecteur.
Les vieux livres feuilletés; les dessins d'orfèvrerie de Gilles l'Égaré admirés et réadmirés; les promenades au clair de lune dans les futaies dépouillées, mais déjà bourgeonnantes; le ciel semé d'étoiles; les vesprées tranquilles où la nature vous murmure à l'oreille les chuchotements du silence; le matin, les ombres longues, le soleil tout rouge montant derrière les pins, et le rayon^d'or qui frappe à votre mur et qui vous dit : Il est temps! J'allais oublier : la grâce et l'hospitalité de notre aimable hôtesse; — de toutes c^s choses se fit notre vie quelques jours.
Si vous me demandez où c'est , je vous dirai qu'on traverse le pont de Saint-Maur pour y aller; je vous dirai encore qu'il y a quelque chose comme sept lieues de Paris; je vous dirai enfin, si vous êtes trop curieux, que c'est le château du village où , à la fin du mois de décembre, il y a eu un banquet de femmes; oui, un banquet de femmes, présidé par la mairesse, surveillé f.ar le garde champêtre, en l'honneur de... Chut! ne parlons pas politique.
Et le Gymnase donnait la Marquise rie la BreUche, et le Gymnase donnait le Piano de Berthe. — N'ayant vu ni celui-ci, ni celle-là, nous dirons que la Marquise a rcussi. Pour le Piano, nous connaissons, je crois, un d(\s auteurs. C'est, — nous a-t-on dit, — une très-jolie
bluette.
Edmond ot Jules rie Concourt.
THÉATKE-NATIONAL.