LE BOUGEOIR
Coméiiie en un acte, par M. Clément Caraguel.
L'Od'on avait toujours respecté la morale; ah! paisibles habitants de la rue Racine et de la rue Condé, voilez-vous la face! C'en est fait : la mère n'osera plus y conduire sa fille. L'Odéon avait une spécialité, — celle des familles; — que va maintenant devenir l'Odéon? On n'est jamais trahi que par les siens : c'est M. Caraguel qui porte le dernier coup à JI. Altaroche ! — Étant dounés une femme, un mari et un amant réunis dans la même chambre à une heure compromettante, le mari étant en belle humeur, l'amant caché derrière un rideau, comment la femme fera-t-elle pour... faire
sortir Tamant? — Maris, ne conduisez pas vos femmes à l'Odéon; mères, n'y conduisez pas vos filles. — La pièce de M. Caraguel n'en est pas moins finement et spirituellement écrite : c'est le plus joli rien qui ait été fait depuis longtemps. Mais pourquoi avoir envoyé les fraîches couleurs du Bougeoir se faner aux pestilences de la nécropole Saint- Germain?
Cornélius Holff.
GYMNASE
INi: FILLE D'IIOFFMANN, Draine-vaudeville en un acte, par MM. Bavard et Varner.
Qui ne sait cette excellente idaisanterie qui nous a été conservée dans la correspondance d'un liomme très-spirituel, mais peu véridique? La femme d'un noble vénitien venait de perdre son fils unique, et, soit amour maternel , soit esprit de caste, elle s'aban doimait à la douleur, l'n reliLàcux, bien intentionn.% mais béte, lui prodiguait les consolations dites chrétiennes, qui consistent en : — C'est la volonté de Dieu, — il a votdu vous éprouver, — il faut b 'nir la main qui vous frappe, — et mille autres facéties également irritantes ; puis, en forme de péroraison , il ajouta : — Dieu ne commanda-t-il pas à Abraham de plonger un couteau dans le sein de son fils? — Eh! mon père, r/-pondit la mère. Dieu n'aurait jamais commandé co sacrifice à une mère. — Le mot est très-joli, mais, fùt-il vrai, il ne serait pas juste. Si vous en doutez, un de ces soiis, à la fraîche, g-agnez le boulevard
l'oissonniôir, — pas nVst besoin ilc vous prcssf-r, — et allez voir au Gyuuiase (ieolîroy détailler son amour pour sa fille.
Savez-vous ce que Wilhem-lloirmann- Geoffroy fait pour sa fille Louise-Maruuerite? Il fait une cliose que je proclame infaisable : il se défait d'une habitude; car il en est de Thabitude comme de la calvitie. Cependant, ce qui rend ce miracle possible, c'est que Wilbem Hoffmann ne raocomi)lit que; jtour marier sa fille. Or, quand il s'agit de marier une fille, il n'est rien dont un père, — et en ceci les mères sont comme les pères, — il n'est rien, dis-je, dont un p'-re ne soit capable. Une fille à marier, c'est un si grand embarras ! Une fille mariée, c'est un si grand débarras! Je me rétracte : llollmann n'aimait pas sa fille, il agissait par égoïsmc. — Voici les pièces du procès traduites du iratois Bavard et couq)agnie : le comte Frédéric aime Louise, la fille de Wilhem HoiTmann, amant effréné de son violon, de sa pipe et de son poste d'observation dans un coin de cabaret. Frédéric est riche : Louise l'aime, — c'est tout simple. — La comtesse va consentir à l'union de son fils Fr-'déric avec son amante, lorsque le chamltellan Rambcrg et le docteur Brunow viennent, fort à propos pour M. Bayard, se mêler de ce qui ne les regarde point. Ils ont un intérêt à faire épouser le comte Frédéric à une duchesse qui reste dans les coulisses. Quel est cet intérêt? - Je l'ignore, M. Bayard n'ayant pas jugé à propos de me le communiquer. — Ces deux intrigants persuadent à Frédéric que sa mère est malade de désespoir du mariage qu'il va faire. M. Bayard, qui est malin comme un vieux singe, sait jjieii qu'en amour absence -7 éloigne-
ment -\- combat - rupture; il veut cloitrner Frédéric. Mais voici que Louise éprouve en sens inverse les effets de raljscnce. Williem Hoffmann se fig-urc avec raison que ce sont ses habitudes de biberon et de ménestrel qui ont amené la rupture de Falliance projetée. 11 promet d'y renoncer. Pendant ce temps, Louise se meurt. Mais cet excellent M. Bavard, qui ne veut pas la mort du pécheur, communique un peu de sa malice au vieil Hoffmann , qui démasque l'intrigue : l'innocence triomphe sur toute la ligne. Louise épousera Frédéric, Williem ne boira plus et ne raclera plu?. Trois serments au finale, — tiois inlidélités pour domain.
Une .jeune personne du nom de Marguerite débutait, dit-on, dans le rôle de Louise, .l'en suis bien aise pour elle. — Quant à M. Bayard, il ne débutait pas; il continuait ce lirillant (>xercicc qui consiste à courir le pas gymnastique sur une ticelle entre deux gouffres béants, — dont l'un s'appelle le bon sens et l'autre l'esprit,— ayant suspendues sur la tète deux tuiles étiquetées, l'une : Grammaire française; — l'autre: Dictionnaire de l'Académie.
Cornélius HoltT.
VARIÉTÉS
DÉMÉNAGÉ li'HIER, Vaudcnille on un acte, par MM. A. Hoyor, G. Vacz et Narrey.
Le vrai but de cette pièce est de nous faire voir M'"' Ozy jouant un rôle d'ingénue. C'est très-grotesque, c'est très-amusant si vous voulez ; mais, franchement, cela ne vaut pas la i»eine d'aller prendre un bain de
vapeur ù la sallo des Panoramas. M"'= Ozy est trèsjolie, très-spirituelle; — la modestie de ses paroles forme, avec la légèreté de ses allures, un contraste très-saillant; — mais j'aime mieux la voir dans ses r()les carrément Lrrivois, où elle se complaît et où le public se complaît à l'applaudir. Quant à Arnal, on se demande quelle espèce de rôle est le sien. Comme c'est tlivertissant une (''niuiue dont les auditeurs ont le mot depuis le conunencement! — Je n'entreprendrai pas de vous racunter la pièce en question ; qu'il vous suffise de savoir que l'habitude, — cette seconde nature, — ramène à son logement un monsieur déménagé depuis hier, et que ce monsieur c'est Arnal. Comment deux Andalouses de Marseille se trouvent-elles par là? C'est ce que je ne vous dirai pas : il faudrait avoir écouté la pièce jusqu'au bout, et c'est un courage qui
m'a manqué'.
Cornélius Holfl.
FOLIES-DRAMATIQUES
r.VRlS OL'I s'iiVEILLE, Yaiiflovilio f'ii riiui acte*, ]iar MM. F.atironriii r-t Corinnn.
l*aris qui s'éveille!... c'est le poste de la garde nationale où il ne reste plus que le factionnaire; — c'est le tambour qui va boire la goutte avec le lieutenant; — c'est le marchand de vin qui prépai'e ses empoisonnements quotidiens; — c'est Nini qui va acheter un sou de lait; — c'est le portier qui examine celui qui
descend de chez M"'' ; — c'est souvent Cornélhis
llolff, votre indigne serviteur, qiù rentre du spectacle
par le chemin des écoliers. — Ici c'est la prière, là c'est le bâillement de l'orgie qui s'étire au frôlement de l'air frais du matin. Paris qui s'éveille!... c'est l'amour, c'est la vengeance! que de fois c'est le mécompte et le regret! Bien souvent le mari et l'amant, — l'un rentrant, l'autre sortant, — se demandent mille pardons dans l'escalier d'un heurt involontaire Paris qui s'éveille! c'est sale, c'est délabré comme les débris d'une débauclie.
11 est cinq heures, Paris s'éveille, — les minutes s'écoulent rapidement. Le train n" i du chemin de fer du Nord vient d'arriver ; le faulx>urg Poissonnière se remplit de voyageurs. Voici venir M. Laroche et M. Adrien, une paire de vrais amis. M. Adrien est mi conducteur du chemin de fer, il a un goût très-prononcé pour le petit verre; M. Laroche partage cette passion militaire. C'est le verre à la main que Laroche et Adrien ont fait connaissance, c'est le verre à la main qu'ils ont, à chaque station, renouvelé la connaissance; c'est le verre à la main qu'ils se promettent une constante amitié. — Vous êtes peut-être curieux de savoir ce que c'est que Laroche? — Laroche arrive tout exprès de Bruxelles pour embrasser sa nièce Hortense, — quel oncle! — et pour remettrt" à une jeune couturière du nom de Louise quelques billets de mille francs qu'il lui doit, — quel débiteur! — Je m'attendrirais peut-être, mais je suis cuirassé contre les séductions de la scène. Uh! messieurs Laurencin et Cormon, si je n'avais une excellente opinion de vous, je vous prendrais pour des créanciers! — C'est ici que l'intrigue se complique, — elle en avait besoin. — Louise aime Adrien, et Hortense aime Frédéric. En vullà un débiteur, un vrai débiteur.
\in d<''l)itour point paradoxal, un débiteur par oxcellenco, un dôliiteur qm no paie pas du tout, — mais du tout; si bion que des (•r(''iuiciers peu estimables se permettent <1(' vouloir le l'aire arrêter. (Ten est fait... Non. .\drien Tintroduit chez Louise et le cache dans l'alcôve. — Louise rentre avec Laroche, — Frédéric s'esquive, bêtement. >i vous voub'z ; mais il fallait cela pour fairrla pitMc. — Or donc Frédéric s'esquive. Louise ne le voit point, mais Laroche l'aperçoit, et il en conclut tout prosaïquement que Louise est la maîtresse de Frédéric, l'amant de sa nièce. Indignation de cet homme respectable. 11 va tout contei- à Hrtrtense. — Fureur d'Hortense. — Elle veut partir pour fuir l'infidèle; — mais, au moment de filer, elle s'aperçoit qu'elle est volée de toute sa foi'tune, qu'elle avait eu l'imprudence de mobiliser dans un iiortefcuille. — Qui a fait le i-oup? L'amant de la femme de chambre. — Quoique conducteur, Adrien n'est pas sourd. Une conversatifm emportée par la brise end)aumée lui tait connaître le voleur, il reprend le portefeuille, explique la présence de Fi'édéric chez Louise, et tout se termine par un double mariage.
La pièce est fort amusante, il y a surtout des scènes d'intéi-ieur chez le créancier IMcardier qui sont traitées de main de maître. Estn'e de l'observation ou de la
synthèse .'
Cornélius Hnltl.
— a juin. —
GYMNASE
O" SOUFFLET N'EST JAMAIS PElUl', Vaixieville on un acto, par M. Bavard.
20 dpgK'S centigrados. — Scrn- diamlo.
VAUDEVILLE
LA MAITRESSE L'IIÎVER ET LA MAITRESSE D'ÉTÉ, Vaudeville en cinq actes, par MM. C.lairville et J. Cordier.
23 dearrés centigrades. — Vers à soie.
VAIUKTÉS.
MADAME DlOfiÈNE, Vaudeville en un acte, par M. Desarljres.
:J5 degrés centigrades. — Hains ordinaires. AMBIGU-COMIQUE.
CROglEMITAlNE, Drame en six actes, par MM. Max de Revel et Humbert.
4j degrés centisrrades. — Chaleur liumaine.
PALAIS-ROVAL.
LES COULISSES HE LA VIE, X'hiiiIc villo .'M cinij ai;tfs, i>;\.v MM. Diimamiii- pI Clairvillr.
•iO degri's ceiitigrados. — Sônrgai.
La pièce do M. Bayard étant la plus fraîche de la sciiiainc, nous la recommandons à nos abonnés.
lùiuiond et Jules de Goneourt.
là juin.
VARIÉTÉS