‹ Mystères des théâtres, 1852Chapitre 48 sur 93 · LA SEXORA PEPITA OLIVA · texte numérisé non relu

LA SEXORA PEPITA OLIVA

Les gens qui ne sont jamais allés en Espagne se figurent que les maisons ont pour fenêtres de grands yeuxnoirs dont les langueurs s animent pour tous les amours, que les tapis sont de noires et soyeuses chevelures, que les divans sont faits de corps voluptueux, recouverts d'une peau pourprée comme les 4ésirs.

J'étais bien jeune alors ; c'était dans le temps où la lutte entre les carlistes et les christinos avait, en Esjjagne, toute la vivacité d'une guerre civile. Un de mes parents, officier dans l'armée anglaise, avait un commandement dans les troupes de la reine Christine; il m'offrit de l'accompagner en qualité d'officier d'ordonnance. Je ne connaissais l'Espagne que par ses chroniques chevaleresques, son xérès, ses chevaux et ses Andalouses; je ne connaissais la guerre que par les poètes et les déc<jrations : j'acceptai avec enthousiasme. Les belles nuits et les belles journées, quand nous n'avions

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}ias de la noiiro jusqu'au poitrail de nos cliovaux ou que nous notions pas obligés de les abandonner épuisés de fatigue et de chaleur! Le bon vin , quand nous avions pour nous di'saltérer tant seulement un verre d'une eau saunuUre et fétide! Les beaux chevaux, quand nous n'étions pas réduits à monter des ânes ou des mulets! La belle chevalerie, avec des trahisons à toutes les haltes! La belle chose que la guerre, quand nous pouvions faire un pas sans entendre siffler les balles des guérillas, quand nous n'attrapions pas une blessure chaque jour! La belle chose que la guerre, (juand nous avions à nous mettre sous la dent un morceau de chèvre calciné à la fumée des genêts ! Aussi les belles maraudes que nous faisions, quand il y avait quelque chose à marauder! Et les femmes! Ah! c'est là que la déception fut auière! Si elles étaient jolies, elles étaient sales à faire reculer des Cosaques. 0 charmantes vignettes lithographiées de quadrilles et de romances, où aviez-vous pris vos types si gracieux? Ce que j'en dis, du reste, n'est pas pour la senora Pépita Oliva; celle-là est bien une Espagnole de roman, une Espagnole d'imagination! Des yeux brûlants aux retlets ignés lui cicatrisent le visage! Ses sourcils sont noirs, épais, larges, forts, dessinés comme l'arc de Guillaume Tell dans la fameuse vignette: qui sert de frontispice au drame de Schiller! Ses dents sont blanches, aiguës et transparentes, de ces transparences roussâtres de la nacre méridionale ! Sa peau a les lueurs et les ombres d'un profil de coucher de soleil sur la place Saint-Marc ! De la race ibérico-mauresque, elle a toute la finesse! La senora Pépita Oliva est vraiment une charmante femme; mais est-ce bien là une danseuse? H y a dans son jeu

plus de déhanchement que de grâce; elle saute, ma.U elle ne danse pas. Disons encore qu'elle est un peu monotone, et que ses effets ont le tort d'être toujours à peu près les mêmes. Le programme m'annonce deu.x pas différents; je ne m'en serais pas aperçu, si la senora Pépita Oliva n'avait changé de costume et de coiffure. Cela ne rappelle-t-il pas le fameux dîner du maréchal

de Richelieu?

Cornélius HolfF.

DÉLASSEMENTS-COMIQUES

TlTl, TOTO, TAXA.

^audeville en trois actes, par M. Jainio fils.

Et je croyais que c'était une personnalité, car je connais Tata, je connais Toto, et je connais encore mieux Titi, une mauvaise connaissance, je vous assure. Il n'a fallu rien moins que la première scène pour me faire reconnaître que j'étais dans l'erreur. Et je suis si f»eu paradoxal, — quoi qu'on en dise, — que je suis toujours bien aise de m'ètre trompé.

Toto est un jeune auteur qui n'écrit ses pièces que sur papier timbré. Mais quelles pièces! des effets à courte échéance, usurairement escomptés; il est vrai que ces escomptes pourraient, sans préjudice pour Tcto, être encore plus usuraires, car, en père dénaturé, Toto refuse de reconnaître ses enfants, — les lettres de change qu'il a créées et mises au monde. — Beaucoup en sont là, qui, à l'exemple de Jean-Jacques, laissent leur signature aux enfants trouvés. Je n'examinerai pas s'ils ont tort ou raison; je serais bien tenté de leur don-

ner raison , mais ils ont qiiohjuefois do si bonnes raisons pour avoir tort. .Mais Toto ne t'ait pas la pièce à lui tout seul. Toto a des tenants et des aboutissants, sans lesquels M. .laime ne serait. jamais parvenu à faire sa pièce. Et d'abord voici M. Lucien. Lucien est un être machiavélique, — j'en demande pardon à l'illustre Machiavelli , mais le mot est fait et reçu dans la bonne compagnie. — Or donc, ce diable de Lucien a volé iO,000 francs dans la caisse de son oncle. A-t-il eu tort? a-t-il eu raison? Ah ! cher lecteur, il y a mille questions comme celle-là dans la vie, mille questions que Ton est assez embarrassé de trancher. Je ne les trancherai pas, si cela vous est ind!tl''rent. Lucien a volé 40,000 francs dans la caisse de son oncle. Pom-quoi cet oncle a-t-il une caisse? Pourquoi y a-t-il 40,000 fr. dans sa caisse? — Cela ne vous regarde pas. — Mais où est le machiavélisme de ce vol? Machiavel n'était pas un voleur. — Cette objection est juste : ce n'était qu'un diplomate. Ce qu'il y a de machiavélique dans l'affaire, c'est que Lucien avait un but, et ce but, c'était celui de faire incarcérer le tils de son oncle. Mais M. Jaime, protecteur né de la vertu, n'a pas voulu laisser à Lucien les honneurs du triomphe. Sans en prévenir personne, il est allé instruire Toto des noirceurs de cette trame. Toto, qui n'a pas moins de vertu que M. Jaime, a trouvé la chose un peu forte. Non moins machiavélique que Lucien, mais mettant son machiavélisme au service de la vertu, Toto s'est déguisé en banquier. Comment fait-on pour se déguiser en ban(]uier? Se lave-t-on ou ne se iave-t-on pas les mains? Il y a du pour et du contre : encore une question que je ne me permettrai pas de trancher. La critique est pavée de questions analogues.

Je ne sais pas si Toto ?e lave les mains pour se déguiser en banquier ; je ne crois même pas qu'il acquitte ses lettres de change. Toto xjropose à Lucien de lui ouvrir un crédit. A la laveur de cette ouverture d'ouverture^ il lui extirpe tous les petits secrets que M. Jaime ne lui a pas encore révélés. C'est ainsi qu'il apprend comme quoi Lucien est aimé de Tata, aimée elle-même d'un ouvrier du nom de Titi, mais que, comme Tata n'a point de dot, il Tabandonne pour épouser Juliette, jeune personne également dotée par la nature et par son père. Le machiavélique Toto songe aussitôt à traverser les desseins du machiavélique Lucien. Juliette n'ahue pas Lucien , elle aime un jeune homme qui l'a sauvée au moment où elle se noyait. Toto, de son côté, aime une jeune fille qu'il a sauvée au moment où elle se noyait. Celle que Toto aime, c'est Juliette; celui que Juliette aime, c'est Toto. Toto en devient de plus en plus acharné contre Lucien. Le machiavélique Toto ne trouve d'autre moyen que de substituer Tata à Juliette le jour du mariage. A la vue de Tata, Lucien prend la fuite. Titi profite de l'occasion et des préimratifs pour épouser Tata, à l'exemple de Toto, qui s'empresse d'unir ses dettes à la dot de Juliette.

Et voilà ce que c'est qu'un vaudeville en trois actes par M. Jaime. Il n'y a pas là dedans beaucoup de gaieté; ce pourrait être un mérite : c'est un défaut.

Cornélius Holff.

— 7 aui'it. — AMBIGU-COMIQUE.

LA QUEUE DU DIABLE, Vaiidovillr; en trois actes, par MM. Clairvillo et .1. Cordier

TITULCS SEU DIDASCALIA.

Acta liidit Megalensibus, C. M. Fulvio oX M. Glabrione fodilibus ourulibus; egeruiit L. Ambivius Turpio, L. Attilius l'raiiiestinus. Modos fccit Flaccus Claudii, tibiis paribus dextris et sinistris, et est tota graîca. Edita M. Mairello et C. Sulpicio Cons.

TITRE ou IXSTRUGTIO.\.

Cette pièce fut jouée pendant la fête de Cybèle, sous les édiles curules Caïus Marcus Fuivius et Marcus Glabrio, par la troupe de Lucilius Ambivius Turpio et de Luiius Attilius de Préneste. La musique fut faite par Flaccus, affranclii de Claudius, qui employa des flûtes égales, droites et gauches. La pièce est toute grecque. La première représentation sous le consulat de Marcus Marcellus et de Caïus Sulpicius.

Tel est le titre de l'Andripnm de Térence. Ce titre est incomplet; il y manque le chiffre du prix que la pièce avait été payée par les édiles. Les Grecs mettaient aussi sur le titre les honneurs que le poëte avait reçus, si on l'avait décoré de bandelettes, si on l'avait couronné de fleurs.

On le voit, tout aussi liioii que nous, les anciens connaissaient la banque et la réclame. Connaissaient-ils la banque des afliches? Chez eux, le goût des spectacles était si vif que Ton n'avait pas besoin de réi.haufîer l'entliousiasme des amateurs par des coups de crayon et des points d'exclamation ; aujourd'hui, la confection des affiches est devenue un art. Sans parler des affiches de mauvais goût du sieur Amant, qui n'ont de mérite que leur étendue, sans parler des affiches ridicules du théâtre des Variétés, on a vu sur les murs des charmantes affiches auxquelles il semblait impossible de résister. Ainsi, raffiche de Bomenuto Cpilini , une œuvre d'art dont les collectionneurs se disputent les épreuves: ainsi l'affiche des Xuits de la Seine, si habilement conçue comme disposition et comme tire-l'œil. La précédente administration de r Ambigu-Comique entendait parfaitement la banque des transparents, mais elle n'avait point donné ses soins à la banque des affiches. M. Charles Denoyers, qui a la prétention de mieux faire que la précédent^^ administration, a étendu une égale sollicitude sur les afliches et sur les transparents, et, nous le reconnaissons avec plaisir, Tafflche de la Queue du Diable et de Berthe la Flamande est un charmant modèle, très-heureux comme nuance et comme disposition. Le vert ressort adnjirablement sur ce fond blanc Ijordé d'un encadrement fantastique, et jamais peut-être le compositeur n'avait réussi à si bien déguiser cette partie ingrate de l'affiche, qui n'est que le programme du spectacle.

Un prétendait que de grandes réparations avaient été faites dans la salle. Avec joie j'en avais accepté l'augure, car je suis le partisan né de toutes les réformes et de toutes les améliorations, de celles mêmes qui ne sont

point nécessaires. Aiiif'ie déception! Je nrai)crçois, à mon grand regret, que ni mes.jand)esni mon corps ne jouiront d'un espace plus large. Ce n'était rien; Tavonir uie réservait une bien autre découverte. Je m'étais plaint de ce que les banquettes étaient rembourrées avec des amancbs à cosse dure. Pourquoi me suis-je plaint? L'administration nouvelle a eu égard à mes plaintes; mais comment? En concassant les amandes à cosse dure! (Je n'est plus dur, mais c'est fort piquant, je vous assure. J'en étais là de mes pénibles découvertes, lorsque la toile se leva.

Je l'avoue, j'ignorais qu'il y eût des étudiants en astronomie, et il ne faut rien moins que la parole solennelle de M. Clairville et de son pseudonymique collaborateur pour que j'ajoute foi à ce tait abracadabrant. On ne peut gagner que des torticolis à étudier l'astronomie; aussi TibuUe Camusot est moins qu'à son aise. Depuis (juinze jours, Canmsot est malade des coups qu'il a reçus en voulant défendre une jeune ouvrière insultée par un passant mal élevé. Or, Camusot est sans ressources, et cependant Camusot a été très-bien soigné ; rien ne lui a manqué pendant sa maladie, ni tisane, ni bouillon. Qui a veillé ainsi sur Camusot? Ce ne peut être que sa portière, M""^ Mistenflùte, une vieille femme qui doit être amoureuse de lui. Mais M""^ Mistenflùte arrive, jure ses grands dieux qu'elle n'est pas montée depuis quinze jours et s'empresse de détromper le malade en lui réclamant 4 fr. 30 c. Camusot se refuse à Tévidence; il persiste à remercier sa portière en lui demandant à déjeuner. M"'" Mistenflùte refuse et s'en va en reprocliant à Camusot de tirer le diable par la queue, mais de ne pas tirer assez fort, « parce que, lui dit-elle, si

r,iû

vous tiriez assez fort^ la qu^ue vous resterait dans la main, et ne pouvant plus tirer le diable par la queue, vous nageriez dans Topulence. » C'est clair. Camusot s'endort l'estomac creux et l'esprit rempli d'idées diaboliques. Une porte s'ouvre dans le mur, trois .jeunes filles paraissent : l'une porte des bottes, l'autre un habit et un paletot, la troisième des provisions, toutes choses dont Camusot a également besoin, car il n'a plus que des chaussons de lisière et un cale<;on. Ces trois jeunes filles sont trois voisines de Camusot, trois culottières auxquelles il n'a jamais parli'; ce sont les trois anges qui ont veillé sa maladie. Elles se retirent fiar où elles sont venues. La fenêtre s'ouvre; un monsieur, couvert d'un maillot en molleton gris, sous le prétexte d'être déguisé en singe, se précipite dans la chambre. Ce monsieur nous ex})lique comme quoi, enfermé au violon pour écarts indécents au bal du Prado, il s'est enfui par les toits. 11 s'approche du lit. Camusot, qui rêve à la queue du diable, s'empare machinalement de l'extrémité de la colonne vertébrale du monsieur déguisé en singe et il tire si bien que la queue lui reste dans la main. Le monsieur prend de nouveau la fuite. Camusot s'éveille, fort étonné de se trouver nanti d'une dépouille dont la possession concprde si bien avec son rêve. D'abord il a peur : mais en ai;)ercevant une paire de bottes, il se dit que ce diable peut, après tout, être un bon diable. La vue du pantalon, du paletot et du déjeuner le confirme dans son opinion. On frappe à la porte : ce sont les gardes du commerce qui viennent arrêter Camusot, auteur de plusieurs lettres de change non payées à échéance. Camusot sort par la fenêtre en emportant la queue du diable.

Passons à côté chez nos amies les culottières. Toutes trois ont un vieil amant : Zoé, M. Roustoubique, liuissier; — Francinc, M. Grattemhoul, astronome; — Niiliette, M. Corisandre, adjoint au maire de Saint-Mandé. C'est un pantalon et un paletot, dont M. Grattemboul leur avait confié la confection, qu'elles ont donnés à Camusot. Toutes trois sont amoureuses de Camusot : Zoé a cancané avec lui au Prado; Francine Ta vu par la fenêtre, et Nichette a été défendue [lar lui des gaudrioles insultantes d'un passant. Zoé nous apprend qu'en furetant chez Roustoubique, elle a trouvé un paquet de lettres d'amour adressées par la femme de Roustoubique au premier clerc de l'étude, Colimaçon. On frappe- C'est M. Roustoubique qui vient faire sa cour à Zoé. Tandis qu'il essaie de cueillir un baiser sur ses chastes lèvres, un grand bruit se fait dans la cheminée. Camusot arrive par cette voie peu usitée. Zoé s'enfuit. « Vous êtes un voleur? — Mais non. — Votre passeport?

— Tenez, voilà un commandement de payer. — Vous êtes Camusot, je suis Roustoubique, l'huissier qui vous poursuit; vous êtes pris. » Roustoubique demande une voiture par la fenêtre. Camusot, très-contrarié, en aplielle à la queue du diable. Tout à coup un paquet de lettres tombe à ses pieds ; les lettres de M"*" Roustoubique à Colimaçon. « Je pubUerai ces lettres, ou vous me rendrez mes lettres de change. » Roustoubique consent,

— improbable de la part d'un huissier. Roustoubique s'en va. — Camusot s'en va aussi sans avoir vu les culottières. Deux des culottières s'en vont. Froncine reste; M. Grattemboul arrive. 11 propose de donner à souper au trio. Francine accepte. « Je vais chercher les provisions et voir un jeune homme; gardez-moi mon traité

d'astronomie. » Camusot est de retour chez lui. Colimaçon lui a écrit; il veut se l»atlre en duel. Gratteuiboul parait: « Votre parrain, M. (^orisandre, m'a chargé de vous examiner; si vous ne savez rien, il vous déshérite. — Qu est-ce que le méridien ? » Camusot a recours à la queue du diable. Les culottières ont entendu ; elles prennent le traité d'astronomie et souillent à Camusot ses répimses. Grattemboul se retire satisfait. Camusot l'accompagne sur l'escalier. Nichette , qui a entendu Camusot lire la lettre de Colimaçon, entre dans la chambre pour savoir ce que c'est que ce duel. Camusot rentre; elle souftle la lumière. Elle veut sortir; mais la porte s'est refermée. Camusot croit que c'est le diable; il veut l'embrasser. De l'autre côté, Grattemboul entend dire : Ouvrez-moi, |)Oussez la porte. 11 pousse si bien qu'il tombe avec ses provisions.

Voulez-vous venir faire un tour à Saint-Mandé? Aussi bien cela nous fournira l'occasion d'aller di-poser une couronne sur la tombe d'Armand Carrel. Il y a bal costumé au profit des pauvres à Saint-Mandé ; la fête est sous le patronage de M. Corisandre, adjoint au maire de l'endroit et aspirant à la vice-présidence du conseil de salubrité. M. Corisandre est triste : il est allé l'autre jour au Prado déguisé en singe ; il a perdu sa queue, et il craint qu'un officieux ne vienne révéler aux habitants de Saint-Mandé la goguette de M. l'adjoint. — Monologue de M. Corisandre. — Arrivée de trois jeunes gens. Les trois jeunes gens sont nos trois culottières. Nichette a pris l'habit d'homme et s'est battue avec Colimaçon. Ses comi)agnes lui ont servi de témoins, — Arrivée de Camusot. Camusot raconte aux trois inconnues comme quoi il est possesseur de la queue du diable, comme

quoi le malin t-ncore le diable s'est battu pour lui. — Arrivée de MM. Uoustoubique, Gratteniboul et Corisandro. Roustoultiquc dit à Corisandre : « Ton filleul in a fait chanter. » Grattemboul dit : « Ton filleul m'a volé mes habits. — Impossible ! mon filleul est aveugle. Je lui ai envoyé ioU fr. pouri)aycr le premier quartier de sa pension aux Quinze-Mngts. » — Apparition de Caniusot. — Colère du parrain. — Carnusot a recours à la queue du diable. — Nichcttc écrit à Corisandre : « Assurez le tiers de votre fortune à Carnusot, rendez-lui votre amitié, et je vous épouse. )i Le parrain se précipite dans les bras du filleul. Étonnemeut et sortie de lloustoubique et de Grattemboul. — Camusot apprend le sacrifice de Nichette. — Il n'y veut pas consentir ; — et le voilà montrant à Corisandre la queue du diable. Corisandre croit que son neveu est en possession de son secret; il change la main de Nichette et sa fortune contre la queue. — lloustoubique et Grattemboul reviennent : l'un a gardé une lettre de change, l'autre réclame ses habits. « Mon parrain, agitez la queue du diable. » — Le parrain agite la queue du diable. — Francme et Zoé promettent à leurs amoureux de les épouser, s'ils veulent laisser Camusot tranquille, et tout s'arrange ainsi. Voilà ce que c'est que la Queue du Diable, la plus amusante boulïonnerie que la collaboration Clairville et Cordier ait enfantée, et ce n'est pas peu dire; on rit depuis le commencement jusqu'à la fin, car il y a des mots de quoi défrayer vingt vaudevilles ordinaires.

^jmu Philippe est une ravissante créature; Laurent n"a pas besoin d'éloges; Coquet-Roustoubique a de bons moments; le reste de la troupe est du dix-septième ordre de province.

BERTH£ LA FLAMANDE^

Drame en cinq actes, par MM. Molé-Genlilhommo et Guerout.

Charles II règne en Angleterre. Un des favoris du roi, le comte Lionel Mortimer, est amoureux de Lucy d'Herigdal, fille du duc d'Herigdal , décapité pendant les guerres civiles. Lucy aime Lionel ; le roi aime Lucy. Lucy a perdu sa mère; elle ne peut se marier qu'avec le consentement d'une quincaillière deNieuiiort qui est charg(^e de veiller sur elle. Lionel olilient ce consentement. Un courtisan fait croire au roi qu'il est aime de Lucy. Déshonneur de Lucy. Mais la quincaillière, c'est la duchesse d'Herigdal , qui a cherché dans le commerce à refaire la fortune de sa fille et qui a réussi. La mère fait reconnaître l'innocence de sa fille.

On apprend là dedans que les perruques sont très-favoraldes aux voleurs ; on voit un banqueroutier devenir le favori du roi d'Angleterre. On admire M"'* Guyon, dont le talent est toute une épopée, une épopée populaire. M'"' Périga fait souffrir le spectateur et pour elle et pour lui. Nous avons la générosité de ne pas parler nominativement des autres acteurs, Laurent excepté. Mais nous demanderons à M. Desuoyers si c'est bien sérieusement, avec un pareil personnel, qu'il prétend remplacer les talents réels de l'ancienne troupe.

Cornélius Holff.

si:

GAITE

LES CHARPENTIERS, Drame en cinq actes, par M. Barrière.

J'ai écouté de toutes mes oreilles et je n'y ai rien compris, si ce n'est une tirade sur les billets de banque. On dit que M, Delamarre, d(; la Patrie, a collaboré à la chose, — je suis ijorti- à le croire. — Ne pas confondre

avec un compliment.

Cornélius Holll'.

— 14 août.

THKATRE-FUANCAi.S.

LE SAGE ET LE FOU, Comédie on trois actes, par MM. Miîry et Hernarfl Lopez.

Le Sage et le Fou ! le fou — le vrai sage; le sage — le vrai fou : celui-ci l'homme du travail à la lampe attardée, de la vie en cravate blanche, des mœurs discrètes; un jeune homme rangé qui a toutes les vertus d'expérience; un jeune homme sans fortune et sans créanciers ; un jeune homme du bois dont on fait les notaires, les maris et les héros de drame; celui-là l'homme du sentiment à fleur de cœur, vivant bon train, mangeant se? revenus, aimant à tous les étages.

traitant demain comme un faux de Talmanach ; détaillant son cœur à cinq maîtresses sans maigrir,

Belge contrefaçon des mœurs orientales ;

prêtant son mouchoir à Tune, à l'autre, à la frrisette de la rue Vivienne, à la follette du quartier Breda, à la maîtresse d'hôtel garni, à la onzième muse, etc., menant le jjlaisir à toute bride, tapageur d'amour, l'homme du scandale, lï'pouvantail des pères et des maris. Et le fou se marie et le sage reste garçon. Comment c«la? direz-vous. C'est que le fou aime toutes les femmes, c'est que le sage aime ime femme; c'est que le fou quitte un amour comme une paire de gants sales, c'est que le sage s'attache comme le lièvre; c'est que le fou donne cinq congés en un acte, c'est que le sage ne peut rompre une chaîne en trois; c'est que le fou s'énamoure un quart d'heure, c'est que le sage aime des cinq ans de suite et que ces cinq ans, cinq ans de promenades dans le clair-obscur du sentiment et les mains dans les mains avec une femme qui peint au pastel, — surgissent comme l'ombre de Banco avi moment où il veut signer le contrat. Adieu l'étude déjà achetée en songe, les rentes et le ménage, l'avenir et l'ambition peimise! Le fou ramasse la plume, le contrat, lesbeau.x yeux de la cassette ! il promet de ne plus être garçon, de s'occufter de la greffe des pêchers, et d'aller à la messe tous les dimanches.

Les vers sont de charmants vers de Saint.-Charlemagne. Ah! monsieur Mén-, nous n'oublions ni Héca, ni la Floride, ni la Guerre du Xizatn. Quand reviendrezvous aux jongles?

Leroux, — ce marquis palsembleu, ce talon rouge de

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