‹ Mystères des théâtres, 1852Chapitre 49 sur 93 · SI · texte numérisé non relu

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i'Iùulc lies HourtjeoiM, habituô à traiter l'amour on ,L:ran<l seigneur, de haut eu l>as, — s'est fait amoureux bourgeois, prosaïque, convairnu, attendri. M. Maillard a eu de la verve. M"* Favart a mis en sa diction une âme et une distinction bien faites jjour expliquer la folie du

sage.

Edmond et Jules de Goncourt.

(iAlTK.

LA CHA^reRE ROUItE, Drame en cinq actes et un prologue, par M. Th<''odore Anne.

La commode chose et l'utile invention, pour les auteurs, que la censure ! Pauvre fille, elle ne croit remplir qu'un devoir, et elle rend des services! Si la pièce t'st mauvaise, c'est la faute de la censure! Si Tnitrigue est mal coupée, c'est la faute de la censure ! Si les mots sont édentés, c'est la faute de la censure! Si le français est bâtard, c'est encore et toujours la faute de la censure! Et si la pièce est siftlée, c'est probablement que la censure n'a pas même voulu laisser jouir sa victime d'une vie mutilée ! Naccusons donc que la censure des ennuis que nous peut avoir causés l'audition de la Chambre rowje! Heureusement que les restaurateurs n'ont pas de censure à leurs fourneaux ! L'innnangeable cuisine qu'ils nous feraient manger! l'imbuvable vin qu'ils nous feraient boire !

C'est sans doute la censure (]ui aura retranché le rôle de Léontine dans la Chambre rowje, car Léontine devait nécessairement avoir un rôle dans la Chambre ruuije. Conçoit-on une pièce à la (iaité sans Léontine, la

délirante Lôontinp? Non, uno telle idée n'a pu venir dans le cerveau de M. Théodore Anne, un homme grave et peu oseur; cest cette malencontreuse censure qui aura retranché le rôle de Léontine. Eh bien! j'en suis fâché, car j'aurais été bien curieux de savoir comment L'''ontine intervenait dans la Chambre rowje. — Enfin, puisque la censure paraît ne Tavoir pas voulu , inclinons-nous et passons, mais non sans lui reprocher d'avoir accepté la moindre parcelle de la Chambre rouge. U'abord un drame qui s'appelle Chambre rouge doit être un récipient à revenants. La censure n"a pas voulu de revenants, et voilà comment la censure a fait ce que je vais vous dire de l'œuvre capitale de M. Théodore Anne, car M. Théodore Anne n'a pas mis moins de plusieurs années à tendre la Chambre rouge. Cette circonstance nous rappelle que, dans le dernier numéro du Mercure de France, un monsieur signait ainsi un proverbe versifié : 1830-i.i. Ceci indiquait que le monsieur avait mis six ans à le faire. Il aurait pu mieux fairr», se faire décorer, par exemple.

Pendant plusieurs années, M. Th'^odore Anne s'est jiréoccupé du désir de populariser en France l'iustoire de la Suède, et voilà comment, la censure aidant, il est accouché de la Chambre rouge. Reste à savoir ce que M. Lowenjheim, le spirituel et savant diplomate (jui représente le irouvernement suédois à Paris, doit i>enser des travestissements de son histoire nationale. Vous n'êtes j»as sans avoir entendu parler du roi de Suède Gustave II, Gustave-Adolphe, Gustave-le-Grand, le héros de la guerre de trente ans, l'épopée des Confusions racontée par Schiller? Vous croyez peut-être que Gustave eut pour successeur sa fille, la célèbre Christine?

Du tout. Gustave, à ce qu'il parait, tut tué à Lutzeii par l'amant d(! la roiue, Coppen, et un lirii^and de ses amis, Grégoire. La reine filéonore succède à son mari, et naturellement ce sont les assassins du grand homme qu'elle prend pour ministres. iMais ces ministres craignent la vengeance du prince royal , car il y a un prince royal, Charles-Gustave. Ce prince royal a une maîtresse, la comtesse Eudoxie, et de la comtesse Eudoxie une fille, l'incomparahle Pauline. Le prince royal a envoyé son intéi-essante famille chercher un refuge chez sa nourrice, la vieille Michelin , la propre mère de ce coquin de Grégoire, ce qui prouve que les bons sentiments ne sont iioint héréditaires. Mais Coppen et son acolyte viennent pour arracher Kudoxie et sa fille à cet asile tuté faire. Le prince royal se trouve là fort à lioint pour passer son épée au travers du corps de Coppen, ce qui l'empêche de mener à bonne fin ses coupables desseins. A Coppen ont succédé, dans la faveur de la reine, le baron de MuUer, le comte de Xorberg, et autres gaillards d'une trempe également mauvaise. Des années se sont écoulées, et le prince royal a eu le temps de se remettre d'une alarme si chaude. Les affaires vont leur petit train à la cour, lorsqu'il prend envie à la reine Éléonore d'entrer dans la chambre rouge et d'y mourir ; car il faut vous dire que, dans la famille des Wasa, l'usage est de passer jjar la chambre rouge pour aller au tombeau. La société Muller et compagnie s'apprête à substituer au prince royal son jeune frère, un prince de pâte molle, mais la reine Éléonore ne leur en donne pas le temps; elle meurt avant que la conspiration soit mûre, et Charles-Gustave, avec tambours et trompette.^, se met majestueusement à la place de sa

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mère. Charles-Gustave, qui sait à quoi s'en tenir sur les favoris de sa mère, exile Norberg et fait Muller ministre de la police. — Si c'est une épigramme, elle est bien mauvaise. — Charles-Gustave fait même gràceàNorberg et autres praticiens du même acabit. Ces scélérats n'acceptent leur grâce que pour mieux conspirer. Ce que c'est que d'avoir un cœur inaccessible aux doux sentiments de la reconnaissance! Cependant Pauline a grandi : l'âge des amours est arrivé, et Pauline n'a pas voulu perdre un instant. Elle aime un jeune officier nommé Yvan Dimitri. Yvan Dimitri aime également Pauline, dont il ignore l'illustre parenté. Charles-Gustave, qui est im bonhomme de père, est charmé de l'amour de sa tille, et les grâces pleuvent sur Yvan Dimitri, qui est fort étonné, car il a le bon goût de reconnaître n'avoir rien fait pour les mériter. Je ne sais pourquoi les conspirateurs ont besoin d'Y van; ils lui font accroire que Pauline est la maîtresse de Charles- Gustave. Yvan trouve cette opinion assez probable, et se précipite sur lui pour l'assassiner. Mais le bonhomme de roi lui révèle la vérité, et Yvan se confondrait encore en excuses, si la toile n'était pas tombée. Voici que Charles-Gustave va dans la chambre rouge, pourquoi? Je n'en sais rien. Les conspirateurs profitent de l'occasion pour aller l'assassiner, mais ils ont compté sans le reconnaissant Yvan, qui les extermine avec un pistolet en guise de Durandal.

Devant Dieu et devant les hommes, j'affirme qu'il n"y a rien d'amusant dans tout cela.

Cornélius HoltT.

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VAUDEVILLE

LE TRAIT D TNION, Vaudeville en un acte, par M. Leroux.

Caroline vont rpouser Soligny, un capitaine de cuirassiers, — tous les goûts sont dans la nature. — M""* Robichon, mère de Caroline^ veut que sa fille (épouse Beauvillain et non jjas Soligny, qui n'est réellement qu'un butor. Caroline épouse Soligny, et Beauvillain est le trait d'union. Comprenez- vous? — Non. — Ni moi non plus. Cette pièce est des plus bétes. Celui qui devrait inspirer de l'intérêt, Soligny, n'est qu'un homme grossier, qui ne nous inspire que le désir de lui donner une paire de soufflets.

Cil Ferez, chargé du rôle de Beauvillain, a proclamé le nom de M, Leroux d'une manière comique, spirituelle, mais un peu inusitée. Le charmant acteur a été fort applaudi. M. Leroux n'a pas eu le bon esprit de ne point se plaindre. Gil Perez a été mis à une amende que le public lui rembourse largement en applaudissements,

Cornélius Holff.

VARIÉTÉS

LE ROI DES DRÔLES, Vaudeville en trois actes, par MM. Duvert et Lauzanne.

Vicat Mascarillus, fourhûm imperatorl Le roi des drôles! 0 vous qui avez lu le Neveu de Rameau, qui gardez dans votre souvenir cette figure surprenante, le Gam-

bara parasite du siècle des soupers; ô vous qui par ruoments vous êtes comme attendri à le voir prcsqu'un homme, ce valet-né, vivant dans le bourbier, qui de ses vices fait comme ses tailleurs et ses cuisiniers; ô vous qui vous rappelez ce monstrueux risible, ce mis;^rable qui marche dans ses hontes comme dans une comédie, entre les rhéteurs et les faiseurs de sauces, partageant le matelas du cocher de M. de Soubise et le souper de M. Bertin; ô vous qui avez lu et relu ces pages d'abîme de Denis Diderot, — n'allez pas aux Variétés !

Messieurs Duvert et Lauzanne, vous venez d'apprendre ce qu il en coûte pour braconner sur le drame psychologique, — le plus haut, le plus beau des drames! — Vous étiez les rois du vaudeville. Arnal vous devait presque autant que vous lui devez. Vous aviez le cotjà-Fàne, vous aviez le vis comica, vous aviez l'esprit, vous aviez la mémoire, vous aviez lu Henri Heine, hi Marseillaise, c'est le Uanz des vaches de la liberté, — disait le Reiselbider; — vous disiez, vous, le Ranz des taches, c'est la Marseillaise des bestiaux; et vous étiez applaudis, et les muses inférieures vous souriaient. C'est une mauvaise œuvre que votre Roi des drôles, et ce n'a pas même été un succès.

Où est -il, où est-il dans votre vaudeville, ce Panurge doctrinaire, réduisant tout à la mastication? « Tout, depuis le maréchal de France jusqu'au savetier, tout se fait pour avoir de quoi mettre sous la dent. » Ce cynique gourmand, ce frère de Siméon Valette, l'original du Pauvre diable, ce Diogène à genoux, où est-il dans vos trois actes, cet homme qui n'a jamais sentinellé l'avenir, roulant de fange en fange, d'entreteneur

en entreteneur, mangeant le présent, attablé à la vie? Où est -il riionimc-appi'tit, vivant du droit des filles, des laquais et des chiens, un épag-neui à deux jambes, qui fait le beau, et à qui on jette par la gueule un souper de Messelier? Ah! comme il dit, il est un pauvre misérable! Pour vivre, il prend le mot d'un Bourct, un Trimalinon de finance! Un Bouret a la clef de sa gaieté, de ses chansons, de ses rires et de ses sourires! C'est un Triboulet sans fille. Quel rien et quelle platitude que cette vie ! Lever les mains au ciel dès que le balourd parle, dire : Ah! qu'il est savant, et jurer qu'Hipparclius et Aratus n'approchaient point de sa capacité! — « Mais, monsieur, la voix de l'honneur est bien faible, quand les boyaux crient. »

... En grand pauvreté Ne gît pas trop grand loyauté.

Dînei', souper et le reste. Ah! les plaisirs de toutes les couleurs, la volupté sans jupe, comme dit Voltaire, il est fait pour tout cela, le neveu de Raraeeu. — Mais chanter, sauter, jouer à l'ordre, aux heures de monsieur; voix, esprit, le geste, la parole, la pensée, dépenser tout cela toute la journée; être gai, faire pouffer, médire, savoir les nouvelles, conter, être les mille langues d'une orgie, être brillant, être drolatique sur un mot comme un automate, tout cela pour la mastication! — Mais les rissolettes à la Pompadour, la fricassée à la Sidobre! — Rappelez-lui son oncle, et Castor et rollwr, il s'écriera comme le Cappa de la Courtisane, dans Arétin : 0 suave! ô douce! ô divine musique qui s'échappe des broches chargées de cailles, de perdrix, de chapons. Et il appelle, et les yeux ardents.

bouche tendue, lèvres rebondies, il semble flairer des épi ces, des délices, son ventre se gaudit, il goûte au plat mirifique, et du vin il fait un petit lac dans sa bouche qu'il remue à menus coups de langue! — Il ne rougit qu'après souper, mais à jeun il fait tous les métiers, même les métiers sans nom. Des diamants, des dentelles, ma mignonne; des chevaux, des laquais! — J'aurai des dentelles, dit la petite; elle est prise, et le serpent touche quelques louis. — Mais, monsieur, « avoir la table, le lit, l'habit, veste et culotte, les souliers et la piètole par mois !» Et il montera des cabales avec Palissot chuté avec sa Zarés, avec Bret chuté avec son Faux généreux, avec Robbé le poëte, avec Corbie, avec Moeth, avec toutes les impuissances et toutes les jalousies! Il criera : Brava! à la petite Hus, cette parvenue coquine sans talent comme sans cfleur, — (les jolis tours que M. de Cury jouait à M. Michon, de Lyon, chezM"^ Hus !); et la petite Hus lui donnera un reUquat de sa défroque, un relief de sa livrée, elle qui vient de recevoir de l'auteur de l'Isle des Fous un mobiUer de oOO,000 livres! Et il se pavanera, et il se vêtira d'infamie sans que sa digestion se trouble.

Dans cette symphonie du scepticisme qui a pour dernier mot : l'important est d'aller librement à la garderobe, vous le voyez tour à tour être fou, être raisonnable, être trivial, être sublime! Vous le voyez passer des Indes galantes à l'air des Profonds abimes; il chante des gavottes, il chante les Lamentations de Jomelli ; tantôt le front ouvert, l'œil ardent, la bouche humide de luxure; tantôt le visage défait, les yeux éteints, un cou débraillé, des cheveux ébourifft'-s, vous le voyez se rengorger, approuver, sourire, dédaigner, mépriser, chas-

ser, rappeler, pleurer, rire, se désoler, roucouler, grilUiicer, rêver, ricaner, crier, tousser, se prosterner, s'éirosiller, minauder, hausser, baisser les épaules, s'cplafourdir, sangloter, siftler, lever les yeux au ciel, rire de la tète, du nez, du front, admirer du dos, imiter la basse, contrefaire le fausset ; vous le voyez faire Talibé tenant son bréviaire, retroussant sa soutane; vous le voyez faire la femme jouant de l'éventail et se démenant de la croupe; vous le voyez faire Bouret avec son chapeau sur les yeux, les bras ballants; vous le voyez entrer dans la peau de tout le monde. Soudain voilà le comédien de Diderot qui se frappe le front avec son poing-, se mord les lèvres dessus, dessous, saisit rarchet imaginaire, s'arrête, remonte ou baisse la corde, la pince de Tongie, l)at la mesure du pied, de tout le corps. Et il se jette à un clavecin idéal; il prélude; ses doigts volent sur les touches; il place un triton, une quinte superllue; il joue, il chante, il déclame, il accompagne enivré, insjtiré; il tâtonne, il se reprend; la musique galope; la voix tonne ou prie; le français, l'italien se succèdent; les airs de bravoure, les ariettes, les gigues, les triomphes, péle-mèle tout cela sort du clavecin imaginaire. Il devient la femme qui se pâme de douleur; il devient « les eaux qui murmurent dans les endroits solitaires. » Puis, la tête perdue et les tempes noyées de sueur, il contrefait les cors, les bassons, les flûtes: il est à lui tout seul un opéra, les chanteurs, les danseurs, les spectateurs; et il se démène, et il a la fièvre, et il crie : Monseigneur ! monseigneur! laissez-moi partir... 0 terre! reçois mon or, conserve mon trésor, mon âme, mon âme, ma vie!... 0 terre!... Le voilà, le petit ami! le voilà, le petit ami! Aspetar si non venire... A Zerhina

pensereta... Sempre in conhasti con tp si sto... En ce gueux, il y a symptôme dame 1

L'étourdissante comédie de Diderot avec ses deux acteurs. Lui et .1/0/.' Et quel rôle que Lui! 11 n'y a i>eutétre pas dans toutes les littératures un étalage plus disparate de sentiments, un heurt plus effrayant de passions, des transfigurations plus soudaines, une plus extravagante mimique, lilluminisme, le syllogisme brutal, l'ordurier, le pathétique!

Krédéricli. Lemaitre a joué dogmatiquement. Il a scandé ses phrases comme des sentences; il a pris le plus long pour faire rire... et puis, hélas! le temps s'en va.

Lasl le temps non, mais nous nous en allons.

La voix perd les ressorts de la jeunesse. Les notes pleureuses, les accentuations basses et brisées abondent. Son jeu, traversé de quelques éclairs, a été tristement et laborieusement mené. Il eût fallu mordre et attendrir. Frederick a joué de tout son cœur, de tout son zèle et de toute sa voix; mais je ne pense pas que Bouret eût donné à souper à un pareil drôle.

Nous allions oublier de dire que MM. Duvert et Lauzanne ont ajusté une intrigue au dialogue de Diderot. Rameau s"est marié une première fois sérieusement avec une femme qu'il a abandonnée. — Clarisse-Miroy a joué ce rôle de veuve involontaire avec gaieté et colère. Elle est vive, elle est alerte; son jeu a la tète près du bonnet: elle détache le soufflet; elle joue de la prunelle; elle est bien jalouse et bien femme. — On fait marier une seconde fois le sacripant à moitié ivre avec ime petite demoiselle, mais par un semblant de conjinnp où un laquai? a fait office de curé. Après la céré-

nionie, la denioisellc s'est trouvée dans un carrosse qui n'était i»as celui de Rameau, et tout est dit, du moins jtour RameaU; qui ne songe pas plus à sa première femme qu'à sa seconde. Pour se venger d'avoir été planter là, Dorothée, — la femme légitime, — fait croire à Rameau que le second mariage a été sérieux, et que le curé était un curé pour de bon. Les trois actes se passent en terreurs de Rameau, qui se croit Itigame et qui se voit pendu. La i)ièce fmit au mieux, comme vous imaginez, et le neveu de Rameau promet, avant que la toile tombe, de prendre l'état d'honnête homme.

L'étourdissante comédie, toute stridente de rires qui font mal, — celle de Diderot !

Edmond et Jules de Concourt.

DELASSEMENTS- COMIQUES.

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