LA VEUVE TRAFALGAR
Drame vaudeville en trois actes, par MM. Wœstyn et Ch. Deslys.
Il y a quelques mois à peine, M. A\'œst\-n débutait dans la carrière dramatique par Venutroto Ce f fini, une des plus spirituelles parodies de l'époque. Aujourd'hui, nous rencontrons M. Wœstyn armé d'un drame vaudeville en trois actes, dont ^L Deslys lui aide à porter le fardeau. Et d'abord, pourquoi MM. Wœstyn et Desljs ont-ils donné à leur pièce ce titre : la Veuce Trafalgar! A la vue de ce titre, l'on croit que l'on va rire; du tout : l'on peut éprouver des émotions, je ne le nie pas, mais
l'on n'a guère envie de rire; et puis la veuve Trafalgar ne joue là-dedans qu'un rôle purement épisodique. Je ne connais rien de déplorable ooniine cet abus des étiquettes mensongères : sous le nom de Champagne, nui ne serait bien aise qu'on lui servît du vin d'Argenteuil, et pourtant voilà ce que font les gens qui, après vous avoir bien promis de vous faire rire, vous calfeutrent dans une loge pour avoir, deux heures durant, le droit de vous donner le désir de savoir pleurer.
En ce temps-là il y avait dans l'Inde un nabab , — c'était dan? le temps où il y avait encore des nababs, — qui avait une lille et des trésors, — la Compagnie des Indes avait oublié de passer chez lui; et le nabab était en guerre avec la Compagnie des Indes; et le nabab ne se pouvait cacher que lui, ses mannequins de soldats, sa fille et ses trésors ne seraient qu'une bouchée pour un escadron des dragons rouges. Or le nabab aimait beaucoup sa fille et ses trésors, — passion bien excusa ble chez un homme primitif. Le nabab était un homme peu perspicace; il confia sa fille et ses trésors à un capitaine anglais nommé Ramsey. Ai-je dit que la fille du nabab s'appelait Fatma? — On l'a deviné, car à quoi bon être Indienne si ce n'est pour s'appeler Fatma? Le nabab était peu perspicace, mais il était très-défiant; en confiant sa fille au capitaine anglais, il en exigea un reçu en bonne forme qui resta déposé entre les mains d'un banquier indien, du nom fort peu indien de Pharinga, Fatma aime un jeune officier anglais répondant au nom de Richard; mais Fatma est vindicative comme une prêtresse de Jagernath, et elle médite les desseins les plus sinistres contre ce pauvre Richard qu'elle a vu presser une Jeune fille sur son sein, ou se presser sur
le sein d'une jeune fille, — comme vous l'entendrez. Le nabab est tué, comme il devait arriver. Pharinga remet, je ne sais pourquoi, à Richard le reçu de Ramsey. Riihard aimait déjà Fatma, mais il l'aime bien plus encore quand il connaît l'importance de la dot. Or voilà Richard à la recherche de Fatma, tandis que Fatma est à la recherche de Richard. Ce que c'est que de ne pas s'entendre ! Ramsey arrive en qualité de commodore à l'escadre où est Richard. Richard, je ne sais pourquoi, se fait passer pour Pharinga et vient forcer Ramsey à reconnaître l'authenticité du reçu; mais Richard apprend en même temps que Fatma va épouser sir Arthur, le neveu de Ramsey, un jeune homme qui est aimé de sa sœur, à lui Richard. Le même Richard, furieux, insulte le commodore. Celui-ci le fait arrêter et l'envoie devant le conseil de guerre. Les affaires de Richard me font l'elfet d'aller très-mal. Mais un marin tout dévoué à Richard, Trafalgar, a reconnu dans la femme de Ramsey sa légitime épouse; il la menace d'une accusation de bigamie, si elle ne change pas les dispositions de Ramsey. Sollicité par l'ex-madame Trafalgar, et gagné par son neveu qui lui promet une approbation pure et simple de son compte de tutelle, s'il consent à faire grâce au frère et à lui laisser épouser la sœur, le commodore absout Richard, qui va épouser Fatma, très-satisfaite d'apprendre que son amant n'avait pressé sur son sein que sa sœur, — la même qui se va marier avec sir Arthur.
Voilà la pièce : il n'y a de comique que les angoisses de la veuve Trafalgar, et encore le chantage si heureusement pratiqué par Trafa.gar vient faire ombre au tableau. Du reste, la pièce est purement écrite et assez
habilement disposée. Je sig'nale seuleaient cette tendance ultra-réaliste à Tintroduction du chantage dans la chose dramatique^, qui depuis quelque temps se lait remarquer dans la plupart des dénoùments.
Cornélius Hollf.
QUI PAIE SES LETTES S'ENRICHIT, Vaudeville en un acte, par M. Bondois.
11 y a des gens qui croient qu'il suffit de faire un paradoxe pour avoir de l'esprit; à ce compte, ceux qui prétendent que rien n'est bon comme la soupe aux choux, auraient autant d'esprit que Voltaire. Il y a des paradoxes spirituels , il y a des paradoxes qui ne sont qu'ingénieux, il y en a qui sont fort sots.
De ce qu'un proverbe est, il ne s'ensuit pas qu'il soit juste. La sagesse des nations peut se tromper, les nations se trompent si souvent ! La sagesse des nations peut être béte , les nations sont si bêtes ! Je possède 4 , je dois 3, je paie 3, il me reste 1 ; — je possède i, je paie 4, il me reste 0, c'est là ce que Ton appelle s'enrichir. Dans le premier cas, j'appelle cela s'appauvrir; dans le second, se ruiner. Ah' c'est que l'arithmétique a des rigueurs inflexibles! Je ne dis pas qu'il faille ne pas payer ses dettes, mais je dis que payer ses dettes n'est pas le moyen de s'enrichir, et j'en appelle à la bonne foi de tous ceux de nos contemporains qui ont fait fortune : est-ce bien en payant intégralement tout ce qu'ils devaient, qu'ils se sont enrichis? Payer ses dettes est une action fort louable qui doit satisfaire la conscience de l'homme, mais il ne faut cependant pas s'abuser sur la vivacité des jouissances que peut procurer cette action. Bienheureux les créanciers de M. Bon-
dois, si M. BonJois a des créanciers, — ce que j'ignore coiuplétenient! — mais M. Bondois croit-ii avoir prouvé que : qui paie ses dettes s'enrichit?
Le chevalier est amoureux de la marquise. La marquise ne voit pas d'un mauvais a?il les assiduités du chevalier. Le marquis, pour se débarrasser du chevalier, lui donne les fonds nécessaires à l'achat d'un régiment. Au lieu d'acheter un régiment, le chevalier paie ses dettes, et, plus tard, il obtient un régiment. En détournant les fonds de l'usage auquel les destinait le donataire , le chevalier a commis un vol : — c'est le mot. Et qui est-ce qui triomphe à la fin? C'est le vol en la personne du chevalier. Donc, avec d'excellentes intentions, M. Bondois a fait une pièce parfaitement immorale.— 0 caissiers, n'allez pas aux Délassements- Comiques !
Du reste, si M. Bondois a fait une mauvaise action, il n'a pas fait une mauvaise pièce ! Le tentateur! comme il a ruoizé la pilule! Un dialogue très-gai, très-leste, très-spirituel , très-fin et très-français !
Cornélius Holfl'.
— 21 août. — OPÉRA-COMIQUE.