HIPPODROME
Très-sotte et très-ennuyeuse lx)uffonnerie. Décidément, la semaine a été très-bouffonne.
Cornélius HoKf.
— 28 août.
VAUDEVILLE
MERIDIEN,
Vauflcville en un acte, par MM. Clairville, Raymond Deslandcs et Pol Mercier.
La scène se passe aux Sables d'Olonne; — elle aurait pu se passer à Cannes sans que j'y visse le moindre inconvénient.
Méridien est marin , car, quand on s'appelle Méridien , on ne peut être que marin, à moins d'être géographe. Méridien a donc épousé Claire, et, aussitôt après son mariage, il est reparti. Claire, qui n'aime pas la solitude, s'ennuie en l'absence de son mari. Pour le faire revenir, elle lui écrit qu'elle est mère. Méridien répond que, pour goûter les jouissances inconnues de la paternité, il va revenir au plus vite. Claire a pour amis les époux Barillard : les époux Barillard ont une fille. Méridien arrive et demande son enfant. Claire n'ose tout d'abord avouer sa supercherie, et elle présente la fille des époux Barillard comme sa fille. Méridien eût préféré un fils, mais il n'y a pas moyen de faire que ce qui n'est pas soit. Méridien prend son parti, et il se console en pensant qu'il pourra faire mieux une autre fois; mais Barillard, qui n'est pour rien dans la ruse de Claire, ne sait comment le désabuser de son erreur. Il court à la mairie, et, comme on est très-expéditif aux Sables d'Olonne, il rapporte un extrait de naissance qu'il met sous les yeux de Méridien ; il lui apprend en
même temps qu'il a vu sur les registres de l'état civil Tadoption d'un enfant par Claire, — il y a de tout, sur ces registres; — cet enfant, c'est le fils d'une jeune fille abandonnée par Méridien et morte de chagrin. — Méridien embrasse Claire et i)rend avec le public l'engagement d'avoir des enfants pour de bon !
C'est une de ces pièces dont on ne dit rien : on en jouerait mille de cette nature sans inconvénient comme sans profit : on n'en jouerait pas du tout que nul ne
songerait à s'en plaindre.
Cornélius Holff.
DÉLASSEMENTS-COMIQUES
LA DIPLOMATE SANS LE SAVOIR, ^'audeYille eti deux actes, par M. Ch. Potier.
Connaissez-vous l'Allemagne? — Non. — Eh bien! allez aux D Massements-Comiques, et, puisque vous ne connaissez pas l'Allemagne, rien ne vous peut empêcher de croire que vous êtes réellement en Allemagne.
De par M. Charles Potier, vous voilà à la cour d'un grand-duc allemand : lequel? me direz -vous. — Je n'en sais rien ; il y a peu de grands-ducs allemands, et bien sûr que M. Charles Potier n'a pas voulu mettre sous les yeux du Français, né malin, les détails intimes du ménage de mon grand-duc à moi, celui dans les États duquel j'ai l'ineffable bonheur d'être né; mon patriotisme se révolterait, et, par la tonne d'Heidelberg, je ferais repentir M. Charles Potier de ses indiscrétions.
Figurez-vous un grand-duc quelconque, un grandduc dont les états indélinis sont situés dans le royaume
lie la fantaisie. Ce graiidnluc aime une jeune fille, Bathilde Rossi, une charmante peisonne qu'il ne faut pas confondre avec la comtesse Rossi. Bathllde est artiste, et artiste de beaucoup de talent. Est-ce son talent, sont-ce ses beaux yeux qui ont séduit le prince? — Je ne vous le dirai pas. — Le fait est que le grand-duc est amoureux de Bathilde, comme j'ai eu l'honneur de vous le dire, et que Bathilde lui rend amour pour amour, mais pas un baiser avec ; car Batliilde est sage autant que belle, sage autant qu'on peut l'être aux Délassements-Comiques. Ce grand-duc et l'artiste roucoulent avec un ensemble digne d'un meilleur sort, je ne crains pas de le dire, lorsque suivient à la cour un envoyé du duc de Carinthie, — un autre duc du pays de la fantaisie. Et savez-vous ce que vient faire cet envoyé? Proposer au grand-duc la main de la fille de son maître. Jamais employé ne vint plus mal à propos. Vous me direz : Qu'importe? L'amoureux est grand-duc ou il ne l'est pas? S'il est grand-duc, qu'il le montre; — pas du tout : car, s'il n'épouse pas la fille du duc de Carinthie, c'est la guerre; et le grand-duc, qui aurait pu être membre du congrès de la paix, ne goûte point du tout une pareille perspective. Sacriflera-t-il son amour à son repos? sacrifiera-t-il son repos à son amour? S'il en croit son sénéchal, il sacrifiera son amour à son repos. Heureusement pour Bathilde et pour le grand-dux:; lui-même qu'un des confidents du prince, le comte ***, n'est i)as de l'avis du sénéchal; heureu.sement pour tout le monde que le comte a pour femme M""^ Taigny, une artiste qui est l'amie de Bathilde, et qui, remuante comme une intrigue de la comédie itahenne, se promet de servir à la fois les principes et l'amitié. D'abord,
pour affaiblir l'ennemi, elle commence par détacher du parti de l'ambassadeur carinthien le sénéchal peu perspicace, auquel elle fait croire que si le prince n'épouse pas la fille du duc de Carinthie il épousera sa fille, à lui, sénéchal. 11 n'en faut pas tant pour com[)létement changer les vues du sénéchal. Mais ce n'est pas tout, il faut donner le change à l'envoyé du duc de Carinthie : la comtesse y a pensé. Elle donnera un bal pour occuper la cour en général et le diplomate en particuUer, et, tandis qu'on dansera, le prince s'échappera à la faveur de la confusion pour épouser en secret sa bien-aimée Bathilde. Mais l'envoyé du duc de Carinthie, qui est un homme très-fin, intervient au moment suprême, et le grand-duc va céder à ses menaces, lorsque l'envoyé apprend que Bathilde est sa nièce, la fille de sa sœur, jadis séduite par son maître; l'envoyé, dans sa colère, ne s'oppose plus au mariage, qui a lieu, au grand ébahissement du sénéchal. Le grand-duc et Batliilde se marient, et j'espère qu'ils auront beaucoup d'enfants.
La Diplomate sans le savoir, c'est M"* Taigny, qui a joué ce rôle avec beaucoup de grâce et de finesse.
Est-ce que les femmes ont besoin d'être diplomates? N'ont-elles pas leurs moues et leurs sourires?
Cornélius Hollf.
— 4 st^ptembro. —
ODÉON
REOUVERT ("RE.