‹ Mystères des théâtres, 1852Chapitre 71 sur 93 · KI · texte numérisé non relu

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cela s'est toujours pratiqué à rOpéra-Comique, dans les palais (le Venise et du Danemark. Ce vieux manoir est inhabité depuis loni^tenips et il tombe en ruine. M"''/<^va a bien fait de nous le dire, car lesdites galeries ont Fair (le se porter très-bien.

iM"*= Éva nous apprend encore une foule de choses surnaturelles à rét,^ard de ce château. Lorsqu'un grand malheur menace la famille, les arnmres se détachent de la muraille, les portraits descendent de leurs cadres, et ils reprennent ensuite leur place nécessairement, puisque pas un ne manque à l'appel.

On attend le comte Udolphe et sa fdle Suzanne. Ils ont envoyé en sergent-majt^r une dame de compagnie, M"* Christine, dont l'étymologie est noble, mais dont ia fortune est absente. Elle aime en secret le seigneur Arved, un des fils de l'amiral Norby, et elle en est aimée.

Cet Arved se présente déguisé en matelot, et se jette dans les bras de Christine en chantant d'assez jolis couplets.

Le comte Udolphe apparaît, reconnaît son ennemi et le fait arrêter. Le seul moyen d'obtenir sa grâce est d'épouser Suzanne, la veuve de son frère.

Us paraissent s'y décider l'un et l'autre.

Voilà pour un acte. Je n'en dois plus que deux.

Au deuxième acte, on voit la mer tout là-bas et un souterrain à côté, au milieu de la scène. Une troupe de marins débarque, conduite par l'amiral Norby en personne. 11 rencontre Christine en pleurs et lui jure que le mariage ne se fera pas; mais il réfléchit : le mariage chausse sa haine on ne peut mieux, et il se fait. — Suzanne disparaît tout à coup dans le souterrain. Personne

n'ose y descendre. Arved se dévoue et s'y enfonce en donnant du cor dans le but d'obtenir un effet de calendn ou de lointain.

Voilà xjour le second acte. Je n'en ai i)lus qu'un.

C'est le souterrain qui renferme le dcnoùment.

Descendons-y. Une personne de plus ou de moins importe peu; ils y sont déjà une masse.

\ " Une princesse Ulrique de Suède, que l'amiral Norby cherchait pour la faire prisonnière par ordre de son souverain de Danemark;

2" Le premier mari de Suzanne;

3° Suzanne elle-même;

4° Le jeune Arved, deuxième mari de ladite Suzanne.

Il est regrettable que le courage ait manqué aux autres; tout le monde y aurait passé, et je me trouverais seul pour chanter : « Quel est donc ce mystè-re ! »

Le nœud est maintenant très-simple. La princesse Ulrique a trois otages ; ce que l'on a de mieux à faire, c'est de la laisser partir. — Elle part. — Suzanne reprend son premier mari, Christine s'empare de l'autre.

C'est fini.

Simon.

PALAIS-ROYAL

rSE POULE ilOOLLÉE, Vaudeville en un acto, par MM. Bayard et Biéville.

La Poule mouillée est un Hyacinthe d'ime couardise tout à lait idéale.

Mais il a un cor au pied d'une susceptibilité inouïe, et si llyacinlhc est disposé à tout souffrir, le cor, lui, n'enli'iid pas qu'on lui marclie sur le pied.

Co, qui fait qu'Hyacintho, timide osclavc do son cor, est oblij^c de lui oli('ir et de donner un soufllct h un nommé Coriolan, marcliand de confitures et mauvaise tète, lequel a écrasé le cor d'Hyacinthe par mégarde.

La Poule mouillée s'est enfuie; Coriolan l'a perdue et puis l'a retrouvée. Le pauvre Hyacinthe lutte dans des situations de plus en plus humides avec le secours de sa femme et d'un cousin.

Le cousin prend l'affaire pour son compte; il se bat avec Coriolan et le blesse ; mais il est amoureux de la fcnnne d'Hyacinthe, et l'on pressent que la Poule

mouillée pourrait bien devenir coq Je n'irai pas

plus loin.

C'est drôle ! et cependant le spectacle d'une aussi extrême poltronnerie fait éprouver quelque chose connue de l'humiliation.

Parce que M. Bayard porte un nom sans peur et sans reproche, illusti'é dans la lice guerrière des vaudevilles, ce n'était pas une raison pour en abuser à ce point.

Simon.

ODÉON

LES QUATRE COINS, Rébus en an acte et point en vers.

Chacun a sa faiblesse; j'ai la mienne aussi : elle m'a été souvent onéreuse.

Voici en quoi elle consiste : — Je me berce de cette illusion que la parole a été donnée à l'homme soit pour exprimer, soit pour déguiser sa pensée, et que, dans l'un ou l'autre cas, on est tenu à savoir ce que l'on

veut dire avant de parler. Un pareil système ôte malheureusement à la conversation une partie de son rharnio. Tout devient froid en devenant correct. Si vous vous tenez dans la sincérit(^, votre langage ressemblera à une addition; ?i vous faites de la duplicit(^, il ressemblera à une soustraction. La rectitude et la logique ont leur avantage; mais c'est tout ce qu'il y a de plus ennuyeux au monde. La poi^sie n'est rien autre chose qu'un état d'incertitude, de doute, de pressentiment vague : le contre-pied du positif. Aussi , comme les poètes haïssent le connu ! Je querellais hier un de ces esprits hautains et splendides qui se nourrissent de clair de lune et de coups de tam-tam , et je voulais l'obliger à reconnaître au moins que deux et deux l'ont quatre. « Allons donc! me répondit-il, il n'est pas du tout sûr que deux et deux fassent quatre ; ce sont des mathématiciens qui ont fait courir ce bruit-là! »

En vérité, je partageais un peu la mauvaise humeur de sa protestation. Nous aurions bien plus d'intérêt à ce que deux et deux fissent cinq, ou vingt-neuf, ou soixante-quatorze! L'incertitude serait même encore une chose agréable : on cherche, et, en cherchant, on finit toujours par trouver quelque chose.

Eh bien ! voilà ma faiblesse, celle dont je me suis reconnu le tort dès ma première ligne : je ne sais pas chercher dans les ténèbres, dans l'inconnu, dans l'unpossible; de manière qu'après deux heures d'efforts surhumains pour arriver à comprendre les Quatre Coins, je me suis senti tenu en arrêt, comme un scarabée que l'on pique sur une carte d'entomologie.

Je suis encore dans cette position douloureuse à l'heure où je vous parle. Je remue les pattes, les an-

tcnnes et raiguillon avec désespoir. lujpossihle de sortir delà!

Tout ce que je sais, c'est qu'il y a quatre amoureux.

Ou ont-ils dit et qu'ont-ils fait? Je l'ignore. On a parlé beaucoup, on est entré et sorti quatre-vingts fois avec empressement, au point de me persuader que le feu était dans la rotonde du théâtre. J'ai demandé à un monsieur, mon voisin de droite, qui avait sur moi l'avantage d'une grande paire de lunettes, ce que signifiait tout cela. Ce monsieur m'a fait une r('ponse négative d'un ton fort circonspect, comme si je lui avais parlé politique. Je me suis tourné vers mon voisin de gauche, un gros homme paré de ce teint gai et de ce sourire rose du Bengale épanouie, propre aux gens qui ne fument pas ; le gros homme se vantait d'avoir compris, et il lui était impossible de se faire comprendre! D'ailleurs il n'avait voulu qu'engager la conversation et m'accaparer l'oreille pour y épandre un flot d'histoires dont j'ai eu beaucoup de peine à éponger les verbeuses immondices.

Enfin, je ne sais pas si quelqu'un a été plus habile que moi, mais il me semble que ces quatre amoureux auraient fait la gageure de parler pour ne rien dire l'espace d'une heure, qu'ils n'eussent point agi autrement. Je ne puis même pas tirer de leur caquetage ni un à-peu-près, ni une facétie, ni une craque un peu drôlette, comme on se le permet pour échapper à la lourde stérilité d'une mauvaise pièce. — Je suis littéralement abêti.

Cela tient à ce que je vous disais : l'habitude de la correction dans la parole et dans l'acte. Les gens qui ne savent pas bien ce qu'ils veulent dire sont pour moi

ronime [tlusieurs Allemands qui m'expliqueraient leurs affaires dans un tutti .irermanique.

Peut-être que mon collèjrue Cornélius Holff y eût compris quelque chose ; j'en doute cependant.

Simon.

— 20 novembre. — THEATRE-FRANÇAIS.

SULLIVA.X, Comédie en trois actes et en fjrose, par M. Mélesviile.

Provost est Provost; Brindeau est excellent comédien; Got est inimitable. La pièce est amusante, et nous sommes tout à fait de l'avis de cet ami de l'auteur qui disait : « C'est une comédie à laquelle il ne manque que d'être écrite par Musset. »

Edmond et Jules de Concourt.

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