OTHELLO
Mardi dernier, le Théâtre-Italien a rouvert ses portes au public; pour notre part, nous eussions autant aimé qu'il les tint fermées. Cette mesure eût peut-être eu de trrands avantages pour lui-même. Nous avons entendu chanter l'italien à Milan, à Florence, à Rome, à Naples, et nous ne le comprenons que là, avec l'air chaud qui vient du dehors, et surtout avec ce pubUc d'amateurs
haletants. L'italien chanté à Paris devant des gens qni, pour les Hli poui' 100, ne le comprennent pas, et qui, pour les 90 pour 100, se soucient peu de la musique, est quelcpic chose de parfiiitenient ennuyeux. Les acteurs, pour le public, font un perpétuel aparté, et rien n'est froid comme les aparté : on en peut juger dans le premier salon venu. J'ai toujours pensé qu'il vaudrait mieux là ne rien chanter du tout et se contenter de scènes de vocalisation. Jamais peut-être la froideur du public n'avait atteint une température aussi basse. Quelques bravos timides et peu sonores ont seuls éclaté au moment où les cris ont été les plus forts. Ceci prouve combien peu de personnes connaissent la musique et combien il est vrai de dire : Plus ily a de bruit, plus c'est l)eau pour le public, qui est bien réellement de l'avis de Jules, qui, en fait de musique, n'a d'estime que pour la musique militaire, et qui, parmi les engins de la musique militaire, déclare n'honorer sincèrement que la grosse caisse.
En dehors des bravos indiqués plus haut, ni rappels ni bouquets : il y a eu toutefois un bis; c'est Bcttini qui en a eu les honneurs.
M"" Sopliie Cruvelli est toujours la belle cantatrice de Tan passé, mais elle n'a fait aucun progrès comme actrice. Ce sont toujours les mêmes gestes désagréables et la même manière de marcher également désagréable. Elle a jugé bon, mardi dernier, de passer le grand air du commencement et de manquer un ré; ce sont des vétilles qui , je le sais, n'ont pas grande importance : elle a été réellement admirable dans la romance du Saule et dans le finale du second acte.
Bettini a eu le grand succès du jour.
Btilletti a une excellente méthode et il chante en musicien, qualiti- assez commune en Italie, mais hicn rare en France, où nous voyions l'autre jour une cantatrice, premier sujet d'une de nos grandes scènes, dans riuiposëihilité de déchiffrer un morceau; son mari a r habitude de lui apprendre ses morceaux selon la méthode empirique adoptée pour l'éducation des perroquets.
Calzolari, que nous avons entendu l'année dernière, a semblé faire une vive impression sur le public; il est un de ceux qui ont été le plus applaudis. Arnoldi est une basse qui paraît très-satisfaite d'elle-même. Quant à l'orchestre, il attaque avec mohesse et timidité, et il a continué sans plus de fousrue ni d'audace.
Comme toujours, la mise en scène est d'une grande simplicité, mais la propreté règne en ses moindres détfiils.
Pourquoi, au second acte, Desdemona a-t-elle une robe trop courte par devant?
Et pourquoi , au même acte, Othello a-t-il une robe trop longue?
Nous demandons à ne plus voir le jupon blanc de
M"* CruvelU et à apercevoir un peu les mollets de Bet-
tini.
Cornélius Holff.
AMBIGU-COMIQUE